CHAPITRE IV
157. — Tous les répertoires indiqués dans le chapitre précédent font connaître tant bien que mal la bibliographie ancienne (depuis les origines jusqu'à la date où ils ont été publiés) des questions historiques. Mais outre la littérature ancienne, cristallisée dans les répertoires de Bibliographie rétrospective, il y a la littérature courante, celle qui se fait sous nos yeux*. Chaque année, la librairie et la presse péi*iodique de tous les pays jettent dans le domaine public des centaines, des milliers de volunies et d'articles relatifs aux sciences historiques, dont quelques-uns annulent complètement, sur Je point spécial qu'ils traitent, la littérature antérieure. Comment en est-on informé? — Par les répertoires de Bibliographie périodique universelle (§14, 14 bis)l Oui, mais d'une manière trop sommaire. Par les répertoires périodiques de Bibliographie nationale (g 26 et suivants), c'està-dire par les a Journaux de la Librairie » de chaque pays? Oui, mais ces journaux bibliographiques ne sont pas tous bien
1. 11 y a encore la littérature en préparation, qu'il est impossible de connaître autrement que par des renseignements privés, par hasard. — Aussi bien, tous les livres en préparation ou projetés ne voient pas le jour, tant s'en faut; Th.-J. ab Almcloveen a pu composer une Bibliotheca promissa et latens.... (Gouda, 1688, in-8), qu'il serait aujourd'hui facile d'enricliir infiniment. Il serait déjà amusant de compter combien de livres, annonces dans les Mitteilungen der Verlagsbuchhandlung B. G. Teubner in Leipzig, depuis 29 ans, sous la rubrique : a Anzeigen ûber kûnftig erscheinende Bûcher », n'ont jamais été publics.
rédigés, nous l'avons vu; on ne les a pas tous sous là main; aucun spécialiste, enfin, ne pourrait trouver le temps de les dépouiller pour y noter ce qui concerne ses études spéciales. — On voit ainsi comment des bibliographes ont été amenés à publier périodiquement (chaque mois, ou chaque trimestre, ou chaque année), des relevés d'ouvrages spéciaux à telle ou telle branche de la science qui ont paru dans tous les pays. Ces bibliographes, convenablement outillés, font pour le public studieux ce que le public studieux n'aurait ni les moyens, ni le temps de faire lui-même.
Pour l'Histoire, comme pour la plupart des autres sciences, il existe aujourd'hui des répertoires spéciaux, périodiques, de bibliographie courante. Il importe de les classer.
Les uns ont la prétention d'enregistrer « tous » les travaux relatifs soit à l'ensemble, soit à telle ou telle partie des sciences historiques. Les autres ne signalent que les « meilleurs » travaux.
Les uns sont de simples listes de titres : ce sont les « Bibliographies )) proprement dites. Dans d'autres, Ténoncé du titre de chaque ouvragé — ou de certains ouvrages seulement : les plus importants — est suivi d'observations critiques, de « comptes rendus » plus ou înoins développés {Berichte). Dans d'autres, enfin, un moyen terme a été adopté : ^ propos de chaque ouvrage on indique son dossier, c'est-à-dire la liste des articles critiques, détaillés et sérieux, qui lui ont été consacrés*.
Les uns se publient à l'état de fascicules ou de volumes séparés : c'est le cas des grands recueils annuels (Jahresberichte^ Jahrbûcher) qui existent en Allemagne. Les autres sont imprimés en appendice à des revues (avec ou sans pagination spéciale) : c'est le procédé que l'on emploie lorsque des Jahresbérichte
1 . Les articles critiques ou comptes rendus développés sont publiés soit dans les revues générales de Bibliographie critique dont il a été question plus haut (§ 14 bis), soit dans des revues de Bibliographie critique spéciales aux sciences historiques et philologiques, telles que la Revue critique d'histoire et de littérature (fondée en 1866), le Bulletin critique de littérature, d'histoire et de philologie (fondé en 1880), les Mitleilungen ans der historischen Litteratur (Berlin, depuis 1872), etc., soit, enfin, dans les revues historiques et philologiques.
indépendants ne trouveraient pas un public assez nombreux pour les faire vivre.
L'art de dresser des répertoires de Bibliographie périodique, qui requiert beaucoup de soin, de patience et de désintéressement, est surtout cultivé en Allemagne. On en a étudié théoriquement les règles ^ Ces répertoires doivent, pour être vraiment utiles, être completSy critiques et munis de tables. Ceux qui sont publiés en appendice à des revues devraient toujours être tirés à part ou pourvus d'une pagination spéciale.
158. — Il semble qu'il suffirait d'une seule bibliographie périodique, bien faite, pour chacune des parties des sciences historiques. Mais la concurrence, — une concurrence mal réglée entre les érudits des divers pays et entre les revues similaires de chaque pays, — a créé, çà et là, des doubles emplois, tandis que, faute de coordination, des lacunes graves subsistent ; il y a, sur certains points, surabondance, et, sur d'autres, absence quasi totale de moyens d'information. — D'autre part, chose plus fâcheuse encore, la plupart des bibliographies périodiques d'histoire — : d'histoire locale surtout — qui existent sont faites par des personnes zélées, mais isolées ou trop peu nombreuses, dont le zèle s'épuise à la longue et qui ne trouvent pas toujours des continuateurs*. Or, il est avéré que des répertoires de Bibliographie périodique ne peuvent être exécutés convenablement que par la méthode coopérative, sous les auspices de sociétés puissantes et assurées de durer. L'organisation des services de Bibliographie courante pour les sciences historiques, comme, du reste, pour la plupart des autres sciences, est encore, partout ailleurs qu'en Allemagne, dans l'enfance.
159. — Les subdivisions de ce chapitre seront presque exactement symétriques à celles du chapitre précédent.
1. J. Jastrow, Handbuch zu Litteraturberichten. Im Ansckluss an die « Jahresberichte der Geschichtswissenschaft », BerHn, 1891, in-8.
2. Elles sont faites souvent par des jeunes gens qui considèrent comme une gymnastique et une initiation utiles de s'astreindre pendant plusieurs années à recueillir et à analyser tout ce qui paraît dans le domaine de leurs études. Il est rare qu'après quelques années, lorsqu'ils sont au courant, lorsqu'ils ont entrepris des travaux personnels, ces jeunes gens n'abandonnent pas une besogne qui a cessé de leur être personnellement très profitable et qui absorbe tous leurs loisirs.