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EMPOISONNEMENTS PAR LES COMPOSÉS ARSENICAUX

Il y a vingt à trente ans , Tarsenic était l'agent qui servait à commettre la majeure partie des empoisonnements; depuis cinq à six ans on n'en constate plus que 3 à 5 chaque année. Il faut attribuer cette diminution à diverses causes, et notamment à la perfection des méthodes qui servent à reconnaître ce poison.

Parmi les composés arsenicaux, l'acide arsénieux était presque toujours employé, parce qu'on le trouve dans le commerce où il sert à diverses industries, parce qu'il est à peine sapide, et qu'il possède la blancheur et l'aspect de la farine.

95. Poisons hyposthénlsants. — L'acide arsénieux est un poison pour tous les animaux et même pour les végétaux [If. Chatm).

11 était classé parmi les poisons irritants; M. Tardieu le range parmi les poisons hyposthénlsants. Ces agents peuvent produire, il est vrai, une irritation locale, mais c'est là un effet particulier et non pas un caractère essentiel. La saveur acre, la constriction à la gorge, les nausées, les vomissements, les évacuations alvines ne se déclarent jamais avec cette violence qui est l'indice des poisons irritants. Ce qui les distingue essentiellement, c'est un abattement profond, une oppression extrême, une respiration difficile, un refroidis, sèment général, une sueur visqueuse, la suppression de l'urine, la cyanose de la peau, des convulsions qui aboutissent à •a paralysie, et enfin à une syncope qui amène la mort en plusieurs jours, quelquefois en quelques heures. Le plus souvent l'intelligence se conserve intacte. Les matières vomies, au lieu

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d'être porracées et bilieuses^ soat muqueuses, jaunâtres^ quelquefois sanguinolentes.

Les lésions sont beaucoup moins graves que dans le cas des poisons irritants : ainsi Ton n'a jamais observé la perforation de Festomac. On remarque des escharres dures^ grises, des ecchymoses sur les parois de cet organe, et des points blancs sur la surface intérieure du canal intestinal.

Les poisons de cet ordre pénètrent avec beaucoup plus de rapidité que les corrosifs dans toutes les parties du corps, parce qu'ils n'ont pas sur les tissus une action énergique qui les arrête au point où ils sont placés : aussi les retrouve-t-on dans les divers organes et dans la plupart des excrétions.

L'acide arsénieux est le type de ces poisons. Les membranes muqueuses, le derme, la peau même en permettent l'absorption : 10 à 30 centigrammes ont amené la mort en vingt-quatre heures.

Les symptômes et les lésions que nous venons d'indiquer lui sont applicables. Dans quelques cas l'action est violente et amène la mort en quelques heures. Le plus souvent elle arrive après deux, six à dix jours d'atroces souffrances.

Soins à* donner. — Lorsque Ton est appelé à donner des soins à une personne empoisonnée, la première chose à faire est de provoquer des vomissements pour expulser le poison qui est encore dans l'estomac. En même temps il faut s'efforcer de ramener la chaleur, et aussitôt après on doit administrer un antidote^ le peroxyde de fer récemment préparé (M. Bunsen) ou mieux la magnésie faiblement calcinée (M. Bussy). L'un et l'autre forment des arsénites insolubles qui empêchent l'absorption du poison.

M. Bouchardat a recommandé le protosulfure de fer; on a préconisé les sulfures alcalins^ les eaux sulfureuses, mais ces contre-poisons n'ont pas la valeur des précédents.

Recherche de Tarsenlc. — L'expert doit faire porter ses i'echerches sur les restes d'aliments> sur les produits vomis et sur les autres déjections, enfin sur les organes après l'autopsie. Il agira de préférence sur l'estomac, sur les intestins et sur le foie.

Supposons le cas le plus simple : une poudre blanche trouvée dans le fond des vases contenant les aliments, ou un liquide qui, évaporé à sec, a donné un dépôt blanc.

Une faible quantité jetée sur un charbon incandescent produira une fumée blanche et dégagera une odeur alliacée. Une autre portion^ chauffée dans le fond d'un tube avec 2 ou 3 fois

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son poids de poussier de charbon contenant un peu de carbonate de soude, donne naissance à un anneau miroitant d'arsenic qui se dépose à quelques centimètres du point chauffé et qui, se déplace lorsqu'on le chauffe. Il faut bien dessécher le tube, et il convient d'empêcher Tacccs de Tair en fermant par un petit tampon de coton ce tube, qui doit avoir environ 15 cent, de longueur. On peut aussi broyer un ou deux grains de cette substance blanche avec du cyanure de potassium bien sec ou mieux fondu, et chauffer dans le tube. L'emploi du cyanure est préférable parce qu'il réussit avec tous les composés de Tarsenic.

Ceci constaté, on coupera le tube avec une lime triangulaire au-dessus du charbon et on chauffera Tanneau. Il se changera en acide arsénieux, et il se sublimera sous forme d'un enduit cristallin blanc. On dissoudra ce dépôt dans l'eau, et on essayera les caractères de Tacide arsénieux.

L'anneau miroitant possède aussi la propriété de se dissoudre rapidement dans une solution d'hypochlorite alcalin. Enfin, il se dissout dans l'acide nitrique, et la liqueur présente les caractères de Tacide arsénique.

Quelques centigrammes suffiront à faire ces essais.

96. Élimination des matières organiques. — L'examen des autres matières se fera de la même façon; mais, comme les substances organiques masquent les réactions de l'arsenic, du cuivre, etc., il faut commencer par détruire ces matières. Toutefois on aura préalablement étalé ces substances dans un vase plat, et examiné leur contenu avec une grande attention, à l'œil nu ou à la loupe-, car souvent on y a découvert par ce moyen les points blancs d'acide arsénieux^ ou la poudre verte d'arsénite de cuivre.

Souvent l'expert n'a pas d'indication sur la nature du poison, et par conséquent la méthode d'élimination des matières organiques doit être aussi générale que possible» c'est-à-dire elle doit permettre de retrouver une matière toxique minérale quel^ conque au milieu des substances animales. Aussi, ce que nous allons dire ne s'applique pas spécialement à l'arsenic, mais aux divers poisons minéraux.

La carbonisation, — procédé généralement employé pour l'arsenic, — se pratique par l'action de l'acide sulfurique; et les moyens les plds commodes sont ceux de MM. Flandin et Dan-" ger, d'une part, et de MM. Schneider et Fyfe, d'autre part.

La combustion de la matière organique s'opère, 1 "par le chlore (M. Jacquelain), 2<» par l'acide chlorhydrique et le chlorate de

potasse (M, Duflos), 3° par l'eau régale {MM. Malaguti et Sarzeaud), 4® parTacide azotique et l'azotate de potasse [M. Wôhler).

Procédé Flandin et Langer. — On divise les matières suspectes en menus fragments, et on les arrose dans une capsule de porcelaine bien propre avec le tiers de leur poids d'acide sulfurique pur. On chauffe sur un feu doux en agitant continuellement avec une tige en verre : la masse, qui est d'abord à l'état d'une bouillie brune, s'épaissit et devient noire. Bientôt il se dégage de Tacide sulfureux et de l'acide sulfurique; on chauffe tant que ces vapeurs se dégagent, mais il faut éviter de porter au rouge le fond de la capsule.

La masse noire, sèche et friable, qui résulte de cette action, est abandonnée au refroidissement, puis pulvérisée dans un mortier de porcelaine. La poudre obtenue est additionnée d'une petite quantité d'acide nitrique pur (le 15® ou le 20« du poids du charbon), et le mélange est chauffé à feu très doux pour chasser l'excès d'acide nitrique ajouté. L'addition de ce corps a pour effet d'oxyder l'arsenic ou le métal qui aurait été réduit dans le traitement des. matières par Tacide sulfurique.

Lorsque le charbon est tout à fait sec on laisse refroidir, on épuise le résidu par l'eau bouillante et on filtre. La hqueur doit être tout à fait incolore : c'est sur elle qu'on opère la recherche du poison minéral par les moyens indiqués plus haut, ou par l'emploi de l'appareil de Marsh (99).

Ce procédé, très employé en France, n'est pas à l'abri de reproche; en effet, lorsque les matières organiques sur lesquelles on opère contiennent du sel marin, il peut se former, par l'action de ce sel sur le composé arsenical en présence de l'acide sulfurique, du chlorure d'arsenic, qui est volatil. Or les tissus, les liquides animaux, les aliments contiennent du sel. On a proposé, pour éviter cet inconvénient, d'opérer la carbonisation dans une cornue tubulée, en verre, munie d'une allonge et d'un récipient, et MM. Tardieu et Roussin annoncent avoir tiré un très bon parti de cette modification. On verse les matières dans la cornue, on y ajoute le quart de leur poids d'acide sulfurique, en s'arrangeant de façon que la cornue ne soit pleine qu'au tiers, et on chauffe au bain de sable jusqu'à ce que la masse soit changée en un charbon sec et friable.

Ce charbon est retiré de la cornue, pulvérisé, et traité par un quinzième ou un vingtième d'acide azotique. On maintient ce mélange au bain-marie pendant une heure environ; on ajoute de l'eau distillée chaude, et on filtre. On lave ce filtre tant que

l'eau coule acide^ puis on évapore cette liqueur au bain de sable jusqu'à ce que toute odeur nitreuse ait disparu ; la température ne doit pas dépasser 200". On étend d'eau la liqueur, et on liltre dans le cas où il se serait formé un dépôt de sulfate de chaux.

L'expérience nous a montré que cette modification à la méthode de Flandin et Danger en rend l'exécution très difficile. Les matières s'attachent au fond de la cornue, le mélange mousse avec persistance, la réaction est longue, irréguUère, parce qu'on ne peut pas agiter le mélange, et, malgré Tautorité des deux savants qui recommandent cette manière d'opérer, nous n'oserions la conseiller à des experts qui n'auraient pas une très-grande habitude de ces sortes d'expériences.

M. Gautier opère ainsi : 400 gr. de matière sont coupés en morceaux, et introduits dans une capsule en porcelaine de 600*«. On les traite par 30 gr. d'acide nitrique ordinaire et modérément chauffé. La substance se liquéfie et se colore en orangé. On ajoute 5 gr. d'acide sulfurique, et on chauffe jusqu'à ce qu'il commence à se dégager des vapeurs d'acide sulfurique. On laisse tomber sur le résidu 10 à 42 gr. d'acide nitrique. La matière se liquéfie de nouveau. Quand tout l'acide a été introduit on chauffe jusqu'à ce que la masse commence à se carboniser. La matière facile à pulvériser est alors épuisée par l'eau bouillante.

Vvùcédé de MM. Schneider et Fyfe. — L'arsenic est amené à l'état de chlorure d'arsenic en traitant les matières suspectes par un mélange de chlorure de sodium et d'acide sulfurique. Ce procédé est très employé en Angleterre et en Allemagne (fig.Si).

A, cornue tubulée dans laquelle on peut verser, à l'aide d'un tube en S ou d'un tube à entonnoir, de l'acide sulfurique par petites portions. Elle est chauffée au bain de sable.

B, allonge.

C, récipient bien refroidi.

D, tube à 3 boules contenant de l'eau distillée.

Les matières liquides desséchées au bain-marie, ou les fragments d'organe sont placés dans la cornue avec le quart de leur poids de sel fondu. On chauffe peu à peu, et on y verse lentement un peu moins d'un équivalent d'acide sulfurique, eu égard à un équivalent de sel, car il faut éviter la formation de l'acide sulfureux.

L'action étant conduite avec lenteur, tout l'arsenic reste dans le récipient; s'il en échappait un peu, on le trouverait dans le

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