DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE
Histoire. On donne le nom d'atmosphère à cette niasse gazeuse, formée de tous les corps susceptibles de rester à l'état de gaz, au degré de pression et de température sous lequel nous vivons, ainsi que d'une foule d'autres substances solides très-divisées et suspendues dans ce fluide aériforme. Il est essentiel de distinguer deux mots qui paraissent, au premier coup d'ceil , synonymes : savoir atmosphère et air atmosphérique. On désigne sous cette dernière dénomination ce fluide élastique , qui , abstraction faite de toutes les exhalaisons , les vapeurs», etc., qu'il contient, enveloppe de toute part le globe terrestre, s'élève à une hauteur inconnue, pénètre dans les abîmes les plus profonds , fait partie de tous les corps et adhère à leur surface.
D'après cet aperçu, il est facile de connaître le grand rôle que l'air joue dans la nature. En effet, sans te secours de ce fluide élastique , le végétal ni l'animal ne sauraient vivre. Cette vérité est si bien reconnue , qu'il n'est pas besoin d'en fournir dé nouvelles preuves.
L'air paraît même influer sur l'accroissement de l'espèce humaine. Sonnini rapporte que les Turcs
( ia6 ) qui habitent l'île de Candie , sont d'une plus belle stature , et les Turques douées d'une plus grande beauté que partout ailleurs.
La hauteur, ou si l'on veut l'épaisseur de la couche atmosphérique qui environne la terre , ne saurait être exactement déterminée, puisque sa densité varie suivant son élévation : on pense cependant qu'elle est de i5 à 16 lieues.
x^ristote et Empédocle furent les premiers qui considérèrent l'air comme un élément. Platon , en admettant un principe primitif, craint de se décider entre l'air, le feu, l'eau ou la terre. Hippocrate soutint qu'il existait dans l'air le principe ou l'aliment de la vie, qu'il appela pabulum vitœ. Démocrite devina , pour ainsi dire, sa composition. Il fut plus loin, il annonça qu'il subissait dans les poumons quelque changement chimique. On est surpris, en lisant les erreurs de ses successeurs, de le voir si près du chemin de la vérité; en voici la preuve. In aère enim grande m numerum esse, quœ illœ (Democritus) mentem , animamque appellat , ac respirante quidem animali , et aère ingrediente, ea\ pari ter ingrcdi, et compressioni resistendo , animant quœ in eo est, egredi prohibere. Atque ob idi in respirando et expirando mortem et vitam consistere (0. Pline, en examinant les effets de Tain dans l'acte de la respiration, reconnut qu'il contenait un principe vital : Namque et hoc cœlum appellavcre majore , quô alio no mine aéra omne quba inani simile vitalem hune spiritum fundit, Newtoni
(0 Àristoteles, De respirations
partagea également ce sentiment. Ces données d'Hippocrate , de Démocrite , de Pline et de Newton, qui semblaient devoir nous ouvrir le chemin de la vérité , furent successivement remplacées par des systèmes dénués de fondement. Parmi les plus accrédités, nous citerons celui de Stahl, qui fixa pendant un demi-siècle l'opinion de tous les chimistes. Cet illustre médecin regarda l'air résidu de la combustion et de la respiration comme de l'air ordinaire vicié par le phlogistique. Quelques autres aperçurent dans les opérations où la décomposition de l'air a lieu, le gaz azote, qu'il regardèrent comme de l'air vicié. Boyle , Hooke et Mayow annoncèrent, en i665 et 1680, que dans l'acte de la combustion et de la respiration, il n'y avait qu'une petite quantité d'air absorbée. Mayow, surtout , loin d'adopter la théorie de Stahl , se rapprocha de celle d'Hippocrale et de Démocrite. Comme eux, il soutint que, dans la respiration, le poumon absorbait une partie de l'air inspiré, qu'il désigna avec Lower sous le nom de nilre aérien; que le poumon, en s'emparant de ce principe de l'air, le transmettait au sang, et que c'était à cette union qu'il fallait attribuer la chaleur animale. Il observa en même temps que cet air éprouvait une diminution de volume qu'il attribua à la perte de son élasticité. Les données ingénieuses de Mayow , ne se trouvant pas étayées d'un assez grand nombre d'expériences, furent bientôt ensevelies dans l'oubli. Ce que Mayow avait entrevu dans la combustion et la respiration, Jean Rey l'aperçut dans la calcination des métaux. Ce savant physicien ayant été
( i*8 ) consulté par Brun, pharmacien à Bergerac, sur l'augmentation en poids qu'acquérait l'étain par la calcination , l'attribua > en i63o , à l'absorption de l'air. Les excellentes données qu'il consigna dans sou ouvrage étaient totalement abandonnées quand, un siècle et demi après, Bayen les exhuma en prouvant l'augmentation en poids du mercure par la calcination , qu'il attribua également à l'absorption de l'air. Ces faits étaient encore loin de résoudre le problème. La connaissance de la vérité était réservée au génie créateur de celui dont le nom est l'emblème de la science, de la gloire et des vertus. En effet, guidé par les recherches de ses prédécesseurs et parles découvertes de Schéele, par celles surtout du gaz oxigène faite par Priestley, le ier août 1 774 j? Lavoisier parvint, la même année, à opérer la décomposition de l'air , source de la naissance de la chimie pneumatique, et des nombreuses découvertes qu'elle a fait éclore. Ces expériences , répétées souvent par un grand nombre de physiciens, ont été couronnées du même succès. L'air est donc un fluide élastique , résultant du mélange de 79 de gaz azote, et 2 i de gaz oxigène, comme l'ont trouvé MM. Berthollet et Campy fils en Egypte et à Paris, Cavendish et Davy en Angleterre, de Marty et moi en Espagne, Beddoës sur de l'air rapporté de la Guinée , de Humboldt et Gay- Lussac à Paris , etc. , etc. (0.
(0 Une chose digne de remarque et bien difficile à expliquer, c'est qu'on a observé que, dans une glacière près d'Oswertry. l'air était impropre à la combustion, et donnait
Propriétés physiques. L'air est à l'état gazeux et conserve constamment cette forme J il est aussi transparent, inodore, insipide, pesant et compressible. Nous allons examiner ces deux dernières propriéte's.
La première idée et les premières preuves bien évidentes de la pesanteur de l'air sont dues à Aristote. Comme ce point historique nous paraît assez important , nous allons présenter les faits que nous croyons propres à lui donner le caractère irrécusable de la vérité. Aristote annonça que tous les corps, à l'exception du feu, étaient doués de la pesanteur : Oninia prœltr ignem pondus , signum cujus est utrem inflalum plus ponderis , quàm vacuum habere. Ce passage ne peut être révoqué en doute. Aristote a prouvé ainsi la pesanteur de l'air en démontrant qu'une outre vide était moins pesante que lorsqu'elle était pleine d'air. Ce philosophe fut encore plus loin, il découvrit que l'eau lui faisait acquérir un plus grand volume , et le rendait plus léger : Cùm enim aqua ex aère est orta^gravior est. Cette opinion d' Aristote fut rangée parmi les hypothèses, jusqu'à ce que Galilée vînt, en i64o?la reproduire, en faisant connaître qu'un vase plein d'air comprimé était plus pesant que lorsqu'il était plein d'air non comprimé. ïoricelii, son disciple, leva le voile qui couvrait cette propriété de l'air. Un fon-
à l'analyse 79 d'azote, 16 d'oxigène et 5 d'acide carbonique. jDaos des cavités voisines de cette glacière, et d'une grande jprofondeur, l'air n'est nullement altéré. Le terrain de cette l'iaciére est un banc de sable assez sec; elle est couverte de grands arbres. Voyez Philosophical magazine; la Revue mcyclopëdique et le Bulletin général scientifique.
( i3o ) tainier du grand -duc de Toscane, ayant construit une pompe aspirante d'une longueur plus qu'ordinaire, croyant élever l'eau à une hauteur considérable, fut surpris de voir que cette élévation ne pouvait jamais dépasser celle de 3i pieds , quelle que fut la longueur de sa pompe. Surpris de ce peu de succès , il fut consulter Galilée. Cet illustre physicien se borna à lui répondre que la nature n'avait horreur du vide que jusqu'à 32 pieds. Cependant, loin de croire à une telle cause , Galilée entreprit des recherches immenses , qui facilitèrent à Toricelli , son disciple, l'importante découverte delà pesanteur de l'air. En i643 , ce dernier remplit de mercure un tube de verre, dont la longueur était égale à 4 pieds. Il la ferma hermétiquement à l'un des bouts, boucha l'autre avec le doigt, et le plongea verticalement dans le mercure. Après l'avoir débouché , il s'aperçut que le mercure descendait jus qu'à une hauteur de 18 pouces, et y restait. Il conclut de cette expérience , que puisque l'eau nei pouvait s'élever à plus de 3i pieds , et que le mer cure, qui avait un poids spécifique environ i4 foB plus fort, s'élevait aussi 14 fipis moins, le même agent physique devait donner lieu à ces phénomè nés, et que cet agent physique devait être l'air Descartes attribua aussi cette cause à l'air qu'il re garda comme doué de pesanteur, et communiqua comme il l'assure lui-même , cette idée à Pascal [l] qui engagea M. Perrierà entreprendre l'expérienc mémorable qui devait réaliser tous les doutes su
(0 Encyclopédie méthodique.
Ja pesanteur de l'air. M. Perrier prit, en conséquence, le 19 septembre 1648, à huit heures du matin, dans le jardin des Minimes, à Clermont, deux tubes de Toricelli, semblables, remplis de mercure, et placés comme nous l'avons déjà dit. Le mercure descendit dans tous les deux jusqu'à 27 pouces 3 lignes-^. Il prit un de ces tubes, et , accompagné d'un grand nombre de personnes , il parvint sur le sommet de la montagne du Puyde-Dôme; à une élévation de 5oo toises, le mercure se trouva avoir baissé de 5 pouces; en descendant , le mercure s'élevait; arrivés au point de départ , il avait repris le niveau de celui qui avait été placé dans le jardin, et qui n'avait point varié. M. Pascal répéta ces essais à Paris , avec le même succès. Depuis ce temps , la pesanteur de l'air a été regardée comme une des vérités le mieux démontrées , et la couche atmosphérique qui couvre la terre, comme douée dune pesanteur égale à une couche d'eau de 32 pieds ou de 28 pouces de mercure. D'après cela, il est bien évident que toutes les fois que l'air doit, par une cause quelconque, devenir plus rare ou plus dense, cette colonne de mercure contenue dans le tube de Toricelli, doit descendre ou s'élever, telle est la théorie du baromètre. Il est aisé de voir aussi que plus on doit s'élever au-dessus du niveau de la terre, moins la couche atmosphérique doit être épaisse et l'air dense, et plus la colonne de mercure doit baisser. D'après ces principes , on a construit un instrument des plus simples et des plus ingénieux pour mesurer la pesanteur de l'air , auquel on a donné le nom de
( i32 ) baromètre y et qui n'est , à proprement parler', que le tube de Toricelli , plongé dans une petite cuvette pleine de mercure , ou ayant une double branche plus courte et recourbée. On choisit un tube bien calibré, qu'on purge d'air en le remplissant de mercure et le faisant bouillir, et on le place ensuite sur une échelle bien faite et divisée en pouces , ou en ioo parties. Dans cet instrument, le mercure baisse dans la colonne toutes les fois que l'air devient plus rare , et vice versa, quand il devient plus dense. Il indique ainsi le beau et le mauvais temps, de même que la pluie , jusqu'à un certain point, et les autres phénomènes météorologiques. Lors de la pluie, il baisse d'autant plus que l'air tient plus d'eau en dissolution, et l'on sait qu'alors il devient plus léger. Outre que le baromètre est un objet de curiosité, il est non-seulement utile au physicien pour reconnaître la pression atmosphérique sous laquelle sont placés les corps qu'il examine, mais il sert encore au géomètre qui cherche à déterminer la hauteur des lieux.
Dès que la pesanteur de l'air fut connue, on chercha à trouver son poids spécifique , mais les résultats durent varier suivant les lieux et sa densité. Ainsi la société royale de Londres (0 l'établit par une première expérience, comme étant 84o fois moins pesant que l'eau j par une seconde:: 85'2 , enfin:: 860. M. Jurin :: 1087, Boyle :: 1000, et Mersene :: i346. Les résultats les plus exacts que nous possédions sur le poids spécifique de l'air sont
(0 Transactions philos., n° 180.
( i33 ) ceux obtenus par MM. Arago et Biot, qui, à la température de i5,5, et sous une pression de 76, l'ont trouvé 820 fois plus léger que l'eau. M. Rice, suivant les expériences de sir Georges Shuckburgh (0, le porte à 827,43. On peut déterminer le poids spécifique de l'air, comme celui de tous les gaz, de la manière suivante. On prend un ballon, dont on a déterminé la contenance, on fait le vide à la machine pneumatique et on le pèse. On le remplit ensuite d'aii% et le poids qu'on est obligé de mettre pour établir l'équilibre est celui de l'air ou du gaz qu'on pèse. Dans les expériences comparatives des poids des gaz, l'air est pris pour unité comme l'eau pour les solirdes, et cette unité est exprimée par 1,0000.
20 Compressibilité '. Il est bien évident que puisque l'air est pesant , et que cette pesanteur est égale à celle d'une colonne d'eau de 32 pieds , et de mercure de 28 pouces, l'air doit comprimer tous les corps avec une force égale. Voilà pourquoi, lors des expériences sur les gaz, on doit, pour éviter les erreurs , tenir compte de la pression atmosphérique. Sans cette pression, plusieurs liquides seraient, a la température ordinaire, à l'état de vapeurs. On en acquiert la preuve en en exposant plusieurs sous le récipient de la machine pneumatique, et en faisant le vide. L'air comprime tous les corps, non seulement verticalement, mais encore latéralement et en tous sens. Ces pressions sont égales en force. On a évalué, à quelque chose près, le poids de toute
(0 Annals of philosopha, n° 77 et 78.
l'atmosphère, à i i?36i,8g4,400?0(>o?ooo,oooliv. (0.
L'air, comme tous les gaz, est très-compressible; en diminuant de volume il dégage alors une telle quantité de calorique qu'elle est quelquefois suffitante pour produire l'inflammation de quelques corps. C'est d'après cette connaissance qu'on a construit les briquets pneumatiques. Cette propriété lui est commune avec les autres gaz. On en tire parti pour la construction du fusil à vent, et de plusieurs instrumens de physique propres à élever les eaux à de grandes hauteurs, etc. Dans quelques opérations chimiques, pour paralyser les effets de la pression de l'air sur les liquides , on a imaginé de placer, dans les vases qui servent à recueillir les produits, des tubes qui établissent dans chacun un équilibre atmosphérique parfait, qui empêche l'ascension de ces mêmes liquides dans ces tubes, et de vase en vase jusque dans celui où se fait l'opération. Ces tubes ont reçu le nom de tubes de sûreté.
Le pouvoir réfringent de l'air atmosphérique a été pris pour unité; il est exprimé par 100,000. L'air sec est très-mauvais conducteur du fluide électrique; lorsqu'il est humide, il le laisse passer. L'air humide à travers lequel on fait passer pendant long-temps un courant de fluide électrique, finit par se convertir en acide nitrique : la présence de l'eau ou de tout autre corps est indispensable
(0 Cette pression de Pair est telle que, si Ton fait le vide d'un récipient où Ton a placé un animal, il ne tarde pas à périr, et Ton voit quelquefois le sang s'exhaler par les pores de la peau.
( '35 ) pour absorber l'acide. L'air est conducteur du calorique et du son , mais moins que les liquides et les solides.
Propriétés chimiques. L'air n'éprouve aucune altération ni par la plus haute ni par la plus basse température ; il en est de même de la plus forte pression. Il ne s'unit à l'oxigène qu'à l'état de mélange. Tous les corps combustibles simples sont susceptibles de lui enlever de l'oxigène, à l'exception du chlore, de l'azote , de l'iode, de l'or, de l'argent, du platine, du rhodium, du palladium et de l'iridium. Les autres en absorbent l'oxigène, et mettent l'azote à nu. Cette absorption constitue une science qui porte le nom d,endioi?iétrieJ et sur laquelle nous reviendrons. Nous allons examiner l'action particulière de quelques-uns de ces corps.
i° h9 hydrogène h froid ne fait que se mêler avec l'air ; ce n'est que par l'étincelle électrique ou une chaleur incandescente qu'il le décompose rapidement ; il se produit alors une détonation plus ou moins forte, et un dégagement de lumière et de calorique.
i° Le Bore n'a également d'action sur l'air qu'à l'aide de la chaleur rouge; il se forme de l'acide borique.
Le charbon, à la température ordinaire, absorbe plusieurs fois son volume d'air, dont, au bout de quelque temps, il converti tune petite partie en acide carbonique. A une température élevée, il y a ignition, dégagement de calorique et de lumière , et production d'acide carbonique, si la quantité d'air est
( i36) assez considérable; dans le cas contraire, formation de gaz oxide de carbone.
Le phosphore,même au-dessous de o, brûle dans l'air. A la température ordinaire il s'empare peu à peu de tout le gaz oxigène , laisse l'azote à nu et produit de l'acide tritophosphorique (phosphatique). Pour que cette décomposition soit complète , l'air doit être humide, et même en contact avec l'eau. A une température de 35 à 4o cette décomposition est plus prompte; il se produit une combustion vive, un grand dégagement de lumière, et de l'acide phosphorique.
Le soufre ne décompose l'air qu'à un degré de température au-dessus de celui de sa fusion. Il donne lieu à un acide d'une odeur suffocante , connu i sous le nom d'acide sulfureux ou deutosulfurique.
Le sélénium n'a d'action sur l'air qu'à une forte chaleur ; il peut donner lieu alors à deux composés, , un oxide et l'acide sélénique.
Ueau agit sur l'air, et en dissout plus ou moins , suivant son degré de température et de pression. Le calorique s'en dégage dépouillé d'une partie de son azote.. MM.Breda,Hassenfratz et Ingenhouz ont trouvé danss l'air dégagé de l'eau de pluie, i^ d'oxigène ; MM. dec Humboldt et Gay-Lussac, dans celui qu'ils avaientt dissout dans l'eau distillée, 11* ; dans celui de l'eauu de pluie, J-L, et dans celui de l'eau de la Seine,, liif , Je l'ai trouvé dans celui des eaux de La-
mayral, en France, et de Bascara, en Espagne, dan&s les proportions de -IL (J). Les eaux, enfin, de la ri—
(0 Voyez mon ouvrage sur l'air marécageux.
( i37 ) vière appelée le Gesse, dans le Piémont, exposées au soleil dans un vase plein de cette eau, et renversé sur ce liquide, donnent un air qui contient rir doxigène ; l'air qui est à la surface de cette rivière en contient -12 (0.
1 oo
Extraction. Lorsqu'on veut se procurer de l'air d'un lieu quelconque , il est un moyen bien simple: il suffit de remplir d'eau, ou mieux de mercure, un vase quelconque, et de le vider dans ce lieu. Au fur et à mesure que l'eau s'écoule, l'air s'y introduit et finit par le remplir entièrement. On bouche soigneusement ce vase afin d'éviter toute déperjdition.
L'air, à son tour , est susceptible de dissoudre une quantité d'eau qui est relative à son degré de température et de densité. Dans ces cas, l'air est d'autant plus rare qu'il contient plus d'eau en dissolution. Cette observation importante, que plusieurs modernes se sont attribuée, est due à Aristote. Ce phénomène est facile à concevoir , si nous considérons que la densité de l'air est à celle de la vapeur aqueuse :: i : 0,620. Il est deux circonstances qui accompagnent cette dissolution de l'eau dans l'air ou sa précipitation; c'est une production de chaud ou de froid. Il est bien reconnu que lorsque l'air ^saturé d'eau devient plus rare, ou que sa température élevée vient à diminuer sensiblement, il abandonne la vapeur d'eau qui , passant à l'état liquide,
(0 Voyez Blblioth. britann., tome vi, et ma dissertation physique et chimique sur l'air, in-4°.
dégage beaucoup de calorique qui devient très-sensible; re contraire a lieu par un air chaud et sec, ou froid et sec. On s'aperçoit en effet que, pendant les temps de pluie, la température est plus ou moins douce, et que lorsqu'elle a cessé l'air devient froid, parce qu'en exerçant sa force dissolvante sur l'eau, il prend du calorique dans tous les corps environnans. Nous avons de nouveaux exemples de cette action dissolvante dans la transpiration cutanée qui, par les vents du nord-est, qui sont très-secs, est peu sensible; tandis que par les vents de sud-est, ou pendant les temps pluvieux, elle devient très-sensible, et souvent même sous forme de sueur, dénomination qui exprime le produit de l'accumulation des molécules de la transpiration que la supersaturation de l'air empêche de dissoudre. On se trompe grandement lorsqu'on croit, en surchargeant un malade de couvertures, augmenter la transpiration ; on ne fait que supprimer, en grande partie, l'action dissolvante de l'air, dont on intercepte presque le contact. Ce moyen, dit Fourcroy, ne guérit les rhumes qu'en retenant l'eau dans le corps, et favorisant ainsi le délayement des portions des liquides épaissis , et leur séparation plus facile des parois des canaux où elles étaient attachées par leur épaississement glutineux et tenace.
Il est divers moyens propres à mesurer approximativement le degré d'humidité de l'atmosphère; leur connaissance constitue une science connue sous le nom d'hygrométrie.
Composition. D'après les diverses recherches qui ont été faites sur l'air, on l'a trouvé composé de r~
( >39 ) de gaz azote, et de xa-L d'oxigène, plus quelques traces d'acide carbonique. f
i° On y démontre la présence de l'eau en remplissant un vase de glace qui ne tarde pas à se recouvrir à l'extérieur de gouttelettes de ce liquide.
i° Celle de l'acide carbonique, en plaçant sous une cloche d'environ 12 litres, une petite capsule, contenant de l'eau de chaux, dont la surface est bientôt convertie en une pellicule de carbonate calcaire, qui finit par se précipiter.
3° Celle de l'azote par l'absorption du gaz oxigène. C'est ce qui constitue l'eudiométrie. Nous avons une foule de moyens eudiométriques pour opérer cette décomposition. La combustion du phosphore, le mélange d'une quantité donnée d'air avec le deutoxide d'azote; les sulfures alcalins, saturés auparavant d'azote, réussissent très-bien.
Celui qui nous paraît cependant le plus exact consiste à introduire dans un instrument, approprié à cet effet , et connu sous le nom à'eudiomètre de Voha, un mélange à parties égales d'air et d'hydrogène, qu'on enflamme par l'étincelle électrique. On divise par trois la différence qui existe entre le résidu et le volume total du mélange. Le quotient indique la quantité exacte de gaz oxigène contenu dans l'air. M. Gay-Lussac a perfectionné et simplifié beaucoup cet appareil Le potassium paraît être aussi un très-bon moyen eudiométrique.
De Vair vicié.
L'air est susceptible de tenir en dissolution ou en suspension une foule de corps qui se dérobent à l'a-
nalyse chimique, et qui ne sont jusqu'à présent connus que par leurs mauvais effets. Si Pair, clans son état de pureté , est l'agent indispensable à la vie de l'homme , des animaux et des végétaux } il est aussi le fléau de l'espèce humaine lorsqu'il est vicié par des corps inconnus auxquels on donne les noms d'effluves ou miasmes marécageux, etc. Lorsqu'il règne une maladie épidémique, ditHippocrate, ce n'est point le régime qui la cause, mais l'air que nous respirons , et alors on ne peut révoquer en doute qu'il n'y ait dans l'air une exhalaison vicieuse. Les ouvrages de Zimmerman, Lancisi , Pringle , Lind , Barthez, Lautter , Werlhof, Baumes, Rigaud-de-1'Isle, Ingenhouz , ont confirmé cette vérité. J'en ai moi-même présenté un grand nombre de preuves dans mon ouvrage sur l'air marécageux. L'expérience a démontré que la durée de la vie était en raison directe de la salubrité des lieux, et de l'éloignement des marais, que l'on peut considérer comme les plaies infectes de la terre d'où s'élèvent à de grandes distances la langueur et la mort. Condorcet a démontré en effet que dans les lieux marécageux le terme moyen de la durée de la vie était de 18 ans, et dans les lieux non marécageux , de a3. Le dernier recensement qu'on fit en Provence portait un octogénaire sur i3o personnes dans les lieux non marécageux, et un sur 6,000 dans les lieux marécageux. Cet effet de l'air des marais est tel, que des populations entières, placées à peu de dislance de leur foyer, ont disparu totalement, et d'autres luttent entre la misère et l'abandon. On a attribué aux divers
gaz qui sont le produit de la putréfaction végétale et animale les causes délétères des marais : un médecin estimable a même été si loin qu'il n'a pas craint d'attribuer telle ou telle maladie à la prédominence de l'un ou de l'autre de ces agens morbifiques. Lorsque l'académie royale des sciences de Lyon mit cette intéressante question au concours, je me livrai à plus de 60 analyses, tant en France qu'en Espagne, et j'acquis ainsi la conviction que l'air des palus, comme celui des égouts , des latrines, des bergeries, des étables , des hôpitaux et des cimetières, ne donnait à l'analyse que les principes de l'air le plus pur et dans les mêmes proportions. Je portai également mes recherches sur l'air de la salle du grand hôpital de Barcelone, recueilli lorsque la fièvre jaune y exerçait le plus ses ravages , et je ne pus y découvrir que 2 1 de gaz oxigène, et 79 azote. Il est donc bien reconnu que, dans l'état actuel de nos connaissances, et par les moyens chimiques que nous possédons , on ne peut reconnaître les corps qui vicient l'air que par leur mauvais effet. Il est dans l'atmosphère , comme dans les eaux minérales , un je ne sais quoi bien difficile à expliquer.
Si les substances qui altèrent l'air nous sont inconnues,nous avons du moins la douce satisfaction de pouvoir en paralyser les effets; les fumigations acides, et celles surtout par le chlore possèdent cette vertu. Ces moyens sont cependant infructueux contre les miasmes de la fièvre jaune , comme l'ont démontré à Cadix ,SévilIe et Barcelone, les docteurs Arejula, Balcells, Bailly et moi.
Usages. De tous les corps de la nature, l'air est celui qui joue le rôle le plus important ; il est l'agent de la respiration et de la combustion. Sans lui, l'univers ne serait qu'un vaste tombeau. Il est l'agent qui contribue à la formation de plusieurs couleurs, telles que l'indigo, l'écarlate, etc.; il blanchit la cire, la soie et la toile. C'est par son action dissolvante qu'on obtient les sels dans les marais salans ; lorsqu'il est suffisamment dilaté il devient plus léger. Montgolfier tira parti de cette propriété pour faire les premiers aérostats.
Quant à l'action de l'air sur l'économie animale , l'expérience a démontré que plus il était pur, plus le terme moyen de la vie était long, et plus la contrée était saine. Ainsi les pays élevés et les plus éloignés des marais jouissent d'une plus grande longévité. Buffon a démontré que les montagnes d'Auvergne, d'Ecosse, de Galles, de Suisse , ont fourni plus d'exemples de vieillesses extrêmes que les plaines de Flandre et de Pologne. Le célèbre Barthez ajoute que la Suède, la Norwège, le Danemarck et l'Angleterre sont , sans contredit, les pays qui, dans les derniers temps, ont produit les hommes qui sont parvenus à la plus grande vieillesse ; on a pu y voir des vieillards de cent trente à cent cinquante ans , et même au-delà. Une nouvelle preuve de ces vérités, c'est que dans les pays marécageux la plupart des hommes sont pâles, et pour ainsi dire étiolés ; ils sont cachectiques , traînent une vie languissante; leurs facultés intellectuelles se développent moins facilement , et s'altèrent même chez les individus qu'on y transplante. Dans les pays sains
( i43) ils sont plus vigoureux, plus grands, plus forts, plus agiles et plus spirituels. Lorsqu'il règne des maladies épidémiques , attribuées aux marais, le meilleur moyen de s'en préserver, c'est de se réfugier dans des contrées où ces miasmes n'exercent pas leurs funestes effets, et lorsqu'on a eu le malheur d'en être atteint, pour hâter les convalescences, qui sont toujours trèslongues dans les pays marécageux, les malades doivent recourir à un air plus pur. Il est donc bien reconnu que l'air pur influe non-seulement sur la durée de la vie, mais qu'il est regardé comme un moyen curatif dans le traitement de plusieurs maladies. C'est en vertu de cette propriété que le père de la médecine envoyait ses malades respirer l'air salutaire de l'île de Crète. Les Chinois étaient si convaincus de ses bons effets, qu'on les a vus aller remplir des ballons d'air sur les hautes montagnes, pour les vendre aux habitans des villes. Bordeu a préconisé Y air vierge des montagnes, et Rousseau n'a pas craint de dire : « Lorsque vous me verrez mourant , portezmoi au pied d'un chêne , je vous promets que j'en reviendrai, » Un fait digne de remarque, c'est que cet air, qu'Hippocrate appelle si judicieusement l'aliment de la vie, introduit spontanément dans les veines cause subitement la mort. (0
(0 On peut consulter à ce sujet une note de M. Leroi insérée dans le tom. III des Archives gén. de médecine, ainsi que le Journal de physiologie expérimentale de M.Magrndie.
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