DES ACIDES
On donne le nom d'acides à des corps qui ont une saveur plus ou moins aigre ou caustique, rougissent la teinture de tournesol , s'unissent avec le plus grand nombre d'oxides métalliques, et avec les substances appelées salifiables , pour former des composés, connus sous le nom de sels, qui ne participent d'aucune des propriétés de leurs principes constituans. Unis à l'eau et soumis au courant de la pile, s'ils ne se xlécomposent point, ils se rendent au pôle positif. Les acides sont en général sous forme solide , et quelques-uns susceptibles de cristalliser ; d'autres sont liquides, et certains gazeux; ils se dissolvent tous dans l'eau, à l'exception d'un seul.
Lors de la création de la chimie pneumatique, ces corps furent regardés comme le produit exclusif de l'union de l'oxigène avec certaines bases salifiables, ce qui fit donner à ce gaz le nom qu'il porte. L'illustre Bcrthollet reconnut le premier que l'hydrogène pouvait jouer le même rôle, dans l'acidification, que l'oxigène; depuis on a été encore plus loin : on a découvert que deux bases acidifiables pouvaient, en se combinant, donner lieu à des acides sans le coucours de l'oxigène ni de l'hydrogène. t)'après cela , on sent combien est fautive cette terminaison en eux
!( aBa )
et en ique que portent les acides oxigenés, attendu que cette dernière est également appliquée aux acides qui résultent de l'union de l'hydrogène avec une base, ou de deux bases réunies, comme les acides hydrosulfurique , hydriodique, hydrochlorique, fluoborique, fluosilicique, chloriodique, etc., dans lesquels il n'entre pas un atome d'oxigène. Nous conservons dans cet ouvrage cette terminaison en ique, non comme exprimant qu'un acide contient de l'oxigène, mais comme devant être la terminaison caractéristique de tous les acides. Nous ne regar- . dons pas non plus l'oxigène ni l'hydrogène comme les principes de l'acidification, puisqu'on obtient des acides sans leur concours , l'acidification étant , selon nous, une propriété qu'acquièrent certains corps en se combinant, et à laquelle ils participent également. Quant à la terminaison en eux , nous l'avons également supprimée, en suivant la nomenclature admise pour les oxides , qui nous a paru plus simple, c'està-dire en faisant précéder le nom de l'acide des épithètes proto, deuto, trito, yer, etc. , suivant leur degré d'oxigénation.
On peut diviser les acides en deux grandes classes :
i° en acides inorganiques, ou pouvant être obtenus sans recourir aux produits des substances végétales ou animales ;
i° Acides organiques ou produits par les corps organiques.
Nous ne traiterons dans ce livre que de ceux de la première classe, que nous sous-diviserons en :
i° Acides formés avec l'oxigène, que nous appellerons oxacides;
i° Acides formés avec l'hydrogène, ou hydracides.
3° Acides par simple combinaison de deux combustibles simples.
PREMIERE SECTION
DES OXACIDES.
Cette première section comprend les acides inorganiques formés par des corps simples métalliques et non métalliques. Nous allons suivre cette distinction.
acides métalliques.
Les chimistes anglais admettent neuf acides de ce genre; mais comme en France on ne considère pas généralement comme tels les acides arsénieux , antimonieux et antimonique, nous allons nous borner à étudier les six suivans :
arsenique , protomolybdique ,
chromique , deutomolybdique,
columbique , tungs tique.
Acide arsenique.
Histoire. Entrevu par Macquer et découvert par
Schéele en 1775.
Propriétés. Solide, blanc, déliquescent, et par
conséquent très-soluble dans l'eau; incristallisable;
rougissant fortement les couleurs bleues végétales.
Aune température élevée, il passe à l'état de deutoxile; parles combustibles on parvient à le réduire. On lv prépare en faisant agir à chaud les acides nitrique ou hydrochloronitrique sur le deutoxide d arsen^# Qn }e trouve dans la nature à l'état d'arséniate aec ie fer ? ]e cobalt, le cuivre , etc.
Composition. Arsenic 100, oxigène 53,i4o. Usages. Aucun. Il est très-caustique, et plu vénéneux que le deutoxide de ce métal.
Acide chromique.
Histoire. Découvert par M. Vauquelin en 1 757.
Propriétés. Solide, d'une saveur acre et styp tique , d'un rouge pourpre assez beau; soluble dans l'eau et lui communiquant sa couleur, susceptible de cristalliser en prismes à quatre pans, rougissant fortement la teinture de tournesol , et se convertissant par le calorique en oxide et oxigène.
Une des propriétés caractéristiques de cet acide c'est, par son union avec l'acide nitrique, de pouvoir dissoudre l'or.
Cet acide existe, combiné avec le plomb, dans le rouge de Sibérie et le rubis spinelle qui lui doit sa couleur. On l'extrait du chromate de fer en le traitant, dans un creuset porté au rouge, par le nitrate de potasse, etc.
Composition. Chrome 100, oxigène 85, 26.
Acide protomolybdique ( mol jb deux ).
En poudre bleue , soluble dans l'eau , rougissant l'infusion de tournesol, et composé de 100 molybdène, oxigène 33,5 1.
On le prépare en triturant 2 parties de deutoxde avec 1 de métal et d'eau.
Acide deutomolybdique .
Histoire. Découvert par Sahéele en 17^- Propriétés. Solide, blanc sale, volati) peu so-
( a85 ) able, peu sapide, rougissant faiblement la teinture ie tournesol. Son poids spécifique est de 3,46- On 3 prépare en traitant à chaud le sulfure de molyblène par l'acide nitrique. Par cette opération on a ►our produit les acides sulfurique et molybdique; n:e dernier en poudre blanche.
Composition, ioo molybdène, oxigène 45,5s.
De V acide colombique.
Histoire. Reconnu en 1802 par Hatchett, avant nême que Ekeberg eût découvert le métal qu'il :ontient.
Propriétés. En poudre blanche, sans saveur ni >deur, infusible et indécomposable par le calorique, Deu soluble et rougissant faiblement les couleurs >leues végétales, insoluble dans les acides et s'unisant facilement avec la potasse et la soude, pour :brmer des colombates, dont l'acide est éliminé par jes acides plus puissans.
On le prépare en traitant le minéral, à une chaeur rouge, par la potasse, et s'emparant ensuite de (cet alcali par l'acide hydrochlorique.
Composé de métal 100, oxigène 5,5.
Acide tungstique.
Histoire. Découvert en 1781 par Schéele, et ap pelé pai Bei zélius acidum wolframicum.
Proprioés, En poudre jaune, sans saveur ni odeur , ni a^ion sur les couleurs bleues végétales, insoluble dan l'eau, susceptible d'être ramené par la chaleur à l'tat d'oxide bleu et ensuite brun, s'il est en contact irec }e gaz hydrogène.
On le preparven traitant le minerai , connu sous
( 286 ) le nom de wolfram, par l'acide hydrochlorique, qu dissout le fer et le manganèse et laisse l'acide tungsti que mêle' avec la silice ; on les sépare par l'ammonia que, on calcine ce tungstate, et l'on obtient l'acidepui Composé de métal 100, oxigène ^5.
2° acides non métalliques.
Ces acides sont au nombre de dix-sept :
borique , 4 avec ^e phosphore $
carbonique, séléniquc,
chlorique, 4 avec *e sou^rei
perchlorique , 3 avec l'azote, fluorique.
De V acide borique.
Histoire. Cet acide fut découvert en 1702, pa Homberg, qui lui donna les noms de sel sédatif' sel narcotique volatil de vitriol. Lemery jeun l'obtint ensuite en traitant le borax par les acide nitrique ou hydrochlorique , etc.
Propriétés. Solide , en petites lames minces d'il', blanc argentin un peu analogue au blanc de ba leine; inodore; d'une saveur légèrement acide sur vie d'une pointe d'amertume et de fraîcheur q?} fait place à une saveur sucrée; il rougit faiblement la teinture de tournesol. Poids spécifique, en^cail les, i,49? fondu, i,8o3.
Quoique inodore , si on verse dessus ^ I'acidci sulfurique, il s'en dégage une odeur & musc. Pai l'action du calorique il se fond sans ^ volatiliser; il est peu soluble dans l'eau, et indé^mposable par les combustibles, si ce n'est par le potassium et le sodium.
( 287 ) État naturel. Cet acide libre existe dans les eaux de plusieurs lacs de la Toscane connus sous les noms àeCastel-Nuovo , Monte- Cerboliel Cherchiajo. On l'obtient en décomposant le borax par l'acide sulfurique.
Composition. Bore 25,83, oxigène 74?! 7- Usages. Dans les arts on en fait usage pour l'analyse de quelques pierres. En médecine, il est administré comme calmant et antispasmodique contre les douleurs nerveuses, l'épilepsie, etc.; la dose était de 6 grains à 5o.
Acide carbonique.
Histoire. La découverte du gaz acide carbonique peut être regardée comme la source de la naissance de la chimie pneumatique. Sous ce point de vue nous examinerons plus en détail l'histoire de ce corps, à cause de l'intérêt qu'il présente.
Deux médecins chimistes, Paracelse et Van-Helmont, fameux, et par l'étendue de leurs connaissances, et par leur enthousiasme pour la chimie, reconnurent qu'il se dégageait dans quelques opérations un air auquel ce dernier donna le nom de gaz. Boyle soupçonna que ce gaz différait de l'air; Haies démontra qu'il était un des principes constituans de certains corps; Black annonça qu'il constituait, avec leurs bases , la chaux y la magnésie et les alcalis : il 1 lui donna le nom $ air fixe; M. Reir, d'après les expériences du docteur Priestley ? découvrit sa nature acide, et le nomma acide calcaire; Bergmann confirma bientôt après cette découverte , et l'appela acide aérien ; Bewley 7 acide méphitique } etc.
( 288 ) Presque en même temps que Black publiait ses expériences, Venel, professeur de chimie à Montpellier , faisait connaître qu'il était le principe minéralisateur de quelques eaux minérales; ce fut enfin Lavoisier qui démontra ses principes constituans.
Propriétés physiques. Gazeux , incolore ; saveur acide, odeur piquante; rougissant les couleurs bleues végétales , éteignant les corps en combustion , asphyxiant les animaux; son poids spécifique est de 1,5196.
Propriétés chimiques. Soluble dans l'eau , qui , à i5°, en dissout son volume, et, sous une forte pression, peut en absorber six fois plus. 11 est, comme on a vu, plus pesant que l'air; aussi peut-on le trans* vaser facilement. L'on sait que , dans les lieux où il s'en dégage, comme la grotte du Chien à Naples, il occupe le lieu le plus bas. Il n'en est pas de même dans les salles de spectacle , parce que les couches d'air inférieures étant plus chaudes et plus dilatées, elles entraînent le gaz à la partie supérieure; ce qui rend le parterre plus sain. Le calorique ne l'altère point ; le fluide électrique le convertit en oxide de carbone et oxigène.
De tous les métaux , le potassium et le sodium sont les seuls qui le décomposent totalement ; le fer le fait passer à l'état d'oxide de carbone. Il est absorbé à froid par plusieurs oxides métalliques, et forme, avec le plus grand nombre, une classera rticulière de sels.
Etat naturel. Sous trois étals : à celui de gaz , dans l'air, pour environ o?ooi , et dans certaines
( 289) cavités de la terre ; liquide, dans beaucoup d'eaux minérales, auxquelles il communique une saveur fraîche, piquante et aigrelette : l'on peut même dire qu'il existe dans presque toutes les eaux j solide et à l'état salin, il constitue les roches calcaires, les marbres , etc. Pendant la fermentation vineuse, il se produit en grande quantité* c'est à cet acide que les vins mousseux , la bierre , le cidre , etc. , doivent cette propriété.
Préparation. On le prépare en traitant le marbre blanc en poudre , ou la pierre calcaire, par l'acide hydrochlorique, et recevant le gaz dans des flacons pleins d'eau et renversés; quand ils sont à moitié pleins, on les bouche et on les agite.
Composition. Oxigène 72,624 , carbone 27,36, ou bien parties égales de vapeurs d'oxigène et de carbone , qui, par leur union, perdent la moitié de leur densité , puisque 100 parties de vapeur de car-
ibone et 100 d'oxigène ne donnent que 100 de gaz
| acide carbonique.
Vertus médicinales. L'acide carbonique produit promptement l'asphyxie, même quand il n'est mêlé à l'air que pour ~. Bergmann croit que ses effets délétères n'ont lieu que parce qu'il détruit toute irritabilité, de manière que le cœur de ceux qui périssent ainsi asphyxiés n'est plus susceptible de donner aucun signe. M. le comte Chaptal a reconnu que les membres qu'on y tient plongés pendant quelque temps s'y engourdissent. Dans l'asphyxie par ce gaz acide, le sang prend une couleur jaunâtre. Dans l'air résidu de la respiration , il existe à la dose de o,o3 à 0,04.
( 290 ) A l'extérieur , le gaz acide carbonique a été recommandé pour le traitement de quelques ulcères. Ingenhouz s'est convaincu qu'en y plongeant un doigt auquel il avait une plaie, la douleur diminuait bientôt. On l'a aussi conseillé, mêlé avec l'air, pour calmer les irritations de la poitrine. En dissolution dans l'eau , il agit comme rafraîchissant , antiseptique, antispasmodique, et peut être administré pour prévenir la formation ou dissoudre le gravier. M. Orfila dit avoir vu certaines douleurs néphrétiques, calculeuses , très -aiguës, se calmer sensiblement par son usage.
Acide protophosphorique (hypophosphoreux).
Découvert en 1816 par M. Dulong.
Propriétés. Liquide , incristallisable , et se formant lorsqu'on dissout un phosphore alcalin dans l'eau. Ses sels sont tous très-solubles dans ce liquide.
Composition. Phosphore 100, oxigène 37,44*
Acide deutophosphorique {phosphoreux).
Découvert en 1812 par H. Davy.
Propriétés. Solide , sans odeur ni couleur, saveur acide.
Composé de 100 de phosphore et de 74,88 d'oxigène.
Acide tritophosphorique {phosphatique).
Cet acide, découvert par Le Sage, reçut le nom d'acide phosphoreux. M. Dulong lui a donné celui de phosphatique; il le regarde comme composé* d'acides phosphorique et phosphoreux.
Propriétés. Incolore, visqueux, forte odeur,
( 29* ) saveur alliacée; plus pesant que l'eau. Par le calorique,]'! passe à l'état d'acide phosphorique, en dégageant du gaz hydrogène phosphore. On le prépare en brûlant lentement du phosphore dans de l'air humide.
Composition. Phosphore îoo, oxigène iia,32.
Acide perphospliorique ( phosphorique ) .
Découvert par Margraaff, et examiné par Lavoisier, Thomson, Berthollet, Davy, Dulong, Berzélius , etc.
Propriétés. Solide, inodore, incolore; saveur acide; rougissant fortement les couleurs bleues végétales; plus pesant que l'eau, soluble dans ce liquide, et le retenant avec une telle force, qu'à la chaleur rouge il en conserve encore quelques portions. Par l'action du calorique, se fond, se vitrifie et se volatilise même à une température très élevée. Par l'action de la pile ,1'oxigène se rend au pôle positif, et le phosphore au négatif. Il attire l'humidité de l'air sans être attaqué par lui ni par l'oxigène. Cet acide vitrifié est transparent et réfracte la lumière. De tous les combustibles non métalliques, le seul dont l'action soit bien connue, c'est le charbon, qui , en lui enlevant son oxigène à une haute température, passe à l'état d'acide carbonique et d'oxide de carbone. C'est sur cette propriété qu'est fondée la fabrication du phosphore.
Etat naturel. Jamais pur dans la nature, mais à l'état salin dans certaines substances végétales et presque toutes les animales. Uni à la chaux , il constitue la charpente osseuse, ainsi que plusieurs mon-
( ^92 ) tagnes entières que M. Proust a trouvées dans TEstramadure, en Espagne, etc.
Préparation. On obtient cet acide en décomposant le phosphate d'ammoniaque par le feu, en distillant de l'acide nitrique sur du phosphore, jusqu'à ce que le résidu soit en consistance sirupeuse; ou en brûlant rapidement du phosphore dans une cloche pleine d'air bien sec , et sur le mercure. L'acide ainsi obtenu est en flocons blancs. Si on les réunit et qu'on les mette dans un peu d'eau, il y a un dégagement de calorique qui produit le même bruit qu'un fer rouge qu'on plonge dans l'eau.
Composition. Phosphore too, oxigène 124,80.
Usages. Pour l'analyse des pierres précieuses. Lentin la recommande dans la phthisie pulmonaire, la carie vénérienne et les épuisemens vénériens , à la dose de i5 à 25 gouttes par jour dans une tisane adoucissante. On l'emploie aussi avec quelque succès contre les douleurs aiguës causées par les dents cariées, en en appliquant quelques gouttes sur la partie malade.
Acide protonitrique (nitreux).
C'est à Schéele que nous devons la première connaissance de cet acide, et à M. Dulong celle de ses propriétés caractéristiques. Avant lui on le regardait comme un corps gazeux ; mais ce chimiste a prouvé, \o qu'il était liquide sous la pression, et à la température atmosphérique; 2° qu'à 9 il est d'une couleur jaune tirant sur le fauve; à ïo°, presque incolore; à 20, sans couleur; et à i5° jusqu'à 28 au-dessus de o , jaune orangé.
Cet ac\de est d'une odeur et d'une saveur trèsfortes; il colore la peau en jaune et la détruit; son poids spécifique est de i ,45 1 . A 28 ° il entre en ébullition et se réduit en vapeurs rougeâtres qui, à froid, colorent tous les gaz avec lesquels on les mêle, et qu'on appelait gaz rutilant. Il n'exerce aucune action sur le gaz oxigène sec ; s'ils sont en contact avec l'eau, il se convertit en acide nitrique. Comme ce dernier acide, il agit sur tous les combustibles; il en est même sur lesquels il exerce une action bien plus forte. Les bougies allumées, et le phosphore en combustion continuent d'y brûler; en l'agitant avec le potassium il l'enflamme; si on l'agite avec beaucoup d'eau ordinaire, il se décompose, se convertit en acide nitrique , et il se dégage du deutoxide d'azote. Si on n'opère qu'avec une petite quantité d'eau, il ne se produit point de dégagement y et la liqueur devient d'un très -beau vert.
Préparation. On 1* obtient en distillant le nitrate de plomb bien sec, et entourant de glace le récipient.
Composition. Oxigène 100, azote 4^?9°»
Sans usages. Ce gaz est irrespirable attendu qu'il agit avec la plus grande force sur la poitrine, en y produisant un sentiment très-pénible de constriction , et bientôt après la mort.
Acide deutoni trique {nitrique).
Histoire. Cet acide, découvert en 1225 par Raimond Lulle (alchimiste), a porté successivement les noms d' 'eau-forte , esprit de nitre y acide du ni*
( ^94 ) Ire , acide azotique , etc. Il fut analysé en 1784 par Cavendish.
Propriétés physiques. Liquide , blanc , transparent, très-acide, répandant des vapeurs blanches, d'une odeur très-forte ayant quelque analogie avec celle de la rouille; brûlant et désorganisant les substances végétales et animales, en leur imprimant une couleur jaune, qui, faite sur la peau, ne passe qu'avec le renouvellement de l'épidémie. Il rougit fortement la teinture de tournesol. Son poids spécifique, suivant Thénard, est i,5i3. On n'a pu encore l'obtenir privé d'eau. A 1,620, il retient celle qui est nécessaire à son état.
Propriétés chimiques. Se congèle à 5o°. Par l'action du calorique, il entre en ébullition, depuis le 86e jusqu'au 35e centigrades, suivant son point de concentration. Si on le recueille à la distillation, on le trouve sali par un peu de gaz nitreux, qui s'est formé pendant l'opération , et dont on le dégage en le chauffant doucement. Si l'on fait passer cet acide à travers un tube de porcelaine porté à l'incandescence, on obtient du gaz oxigène et du deutoxide d'azote , qui, lorsqu'ils se trouvent refroidis , se combinent de nouveau pour former de l'acide protonitrique (nitreux). La lumière solaire agit sur cet acide; il s'en dégage du gaz oxigène, et l'acide protonitrique se dissout dans le deutoni trique, et lui fait acquérir successivement les couleurs jaune, orangé , etc. Il est soluble dans l'eau en toutes proportions. Il ne reçoit aucune altération de la part de l'air ni de l'oxigène.
A une haute température, mis en contact avec
( 295 ) le gaz hydrogène, il se produit une détonation violente. Versé tout-à-coup sur les huiles de térébenthine et de girofle, il les enflamme subitement. Cette expérience exige beaucoup de précautions pour ne pas se brûler. Il détermine aussi la combustion du charbon en poudre bien sec, et convertit par l'ébullition le soufre en acide sulfurique. Versé sur le zinc, rétain et le bismuth en fusion , il les enflamme. Il dissout beaucoup de deutoxide d'azote, et se colore en vert, jaune et brun. Par une douce chaleur on en retire de l'acide nitreux, et l'acide nitrique se trouve plus concentré. Il a une action très -marquée sur les métaux, qu'il oxide, en s'unissant avec le plus grand nombre.
Préparation. On l'obtient dans les laboratoires en traitant dans une cornue le nitrate de potasse sec et pur par l'acide sulfurique concentré; on purifie l'acide obtenu en le redistillant sur de l'argent. Dans les arts, cette opération se fait dans des tuyaux de fonte fermés aux deux extrémités par des plaques bien solides. Un fait digne de remarque, c'est que les points de ces tuyaux qui sont exposés à l'action du calorique, sont beaucoup moins attaqués par l'acide que ceux qui ne le sont point. Pour le purifier, on le redistille, et Ton met de côté les premières portions qui contiennent du chlore et de l'acide protonitrique.
Composition. Oxigène 100, azote 35,4°; ou 2 volumes 5 d'oxigène et 1 d'azote.
Usages. Très -employé dans les arts, tels que la teinture, la chapellerie; en peinture pour lessiver les boiseries, pour le départ de l'or et de l'argent,
( 29<3 ) pour dissoudre certains métaux; étendu de beaucoup d'eau, on lui donne le nom Seau seconde.
En médecine , il est employé pour ronger les callosités, les verrues, etc. A la dose de 4 grammes dans un litre d'eau, il a été très-vanté pour combattre les gonorrhées et dissoudre même la pierre. Incorporé avec le saindoux , il constitue la pommade oxigénée SAlyon, contre la gale. Rien n'a encore justifié les vertus de ces trois médicamens. En fumigations, il est recommandé pour désinfecter l'air. L'acide nitrique, uni à l'alcool, forme un autre médicament connu sous le nom à'esprit de nitre dulcijié y que l'on administre , comme diurétique , par doses de 4 à 6 grammes par pinte de tisane.
L'acide nitrique est un des poisons les plus violens; on reconnaît son action à la couleur jaune des tissus, qui a presque toujours lieu; à la vive inflammation ou corrosion de l'estomac, et en s'assurant de sa nature par l'analyse des liquides rejetés. L'eau de savon , de chaux, la magnésie calcinée , les eaux légèrement alcalines , les mucilagineux en sont les antidotes.
Acide perni trique (pernltreux).
Découvert par M. Gay-Lussac, en laissant pendant quelque temps en contact une forte dissolution de potasse avec le deutoxide d'azote. Cet acide n'a pu encore être séparé de la potasse, à laquelle il est uni à l'état salin. Lorsqu'on cherche à l'isoler, en s'emparant de cet alcali, il se convertit en acide proto ou pernitrique , et en deutoxide d'azote.
Il est composé, selon ce chimiste, de oxigène i5o, azote 100»
Le docteur Ure admet un autre acide qu'il appelle acide nitrique o xi gêné , que l'on produit en oxigénant l'eau dans laquelle il est dissous par le procédé de M. Thénard : cet acide avait déjà été indiqué par le chimiste français ; mais il paraît démontré que c'est de l'eau oxigénée et de l'acide nitrique.
Acide protochlorique (chlorique).
Histoire. Annoncé par M. le comte Berthollet dans les muriates suroxigénés , appelés maintenant chlorates; bien démontré et misa nu par M. Gay- Lussac.
Propriétés. Liquide, incolore, inodore, très-acide; rougissant et décolorant ensuite l'infusion de tournesol; inaltérable par la lumière, décomposable par tous les corps combustibles. On le prépare en versant sur du chlorate de barite de l'acide sulfurique étendu d'eau , filtrant la liqueur et la concentrant à une douce chaleur.
Composition. Oxigène m, 68, chlore ioo; ou a,5 vol. du premier, et i du dernier.
Acide perchlorique [chlorique oxigéné).
La découverte de cet acide est due à M. le comte Frédéric Stadion.
Il est liquide , incolore , inodore, saveur faible, et rougit l'infusion de tournesol sans détruire sa couleur. Il se volatilise à -f- i4o. Il diffère du précédent en ce qu'il n'est pas décomposé par les bvdracides.
Préparation. On le prépare en laissant en conta du chlorate de potasse avec de l'acide sulfuriq concentré. Le chlorate de potasse oxigéné, qu* obtient ainsi , distillé dans une cornue avec moit son poids d'acide sulfurique, contenant un ti d'eau , donne l'acide perchlorique qu'on débarras d'un peu d'acides sulfurique et hydrochloriqu par l'oxide d'argent et la barite.
Composition. Oxigène 1 55,75, chlore ioo; om 3 vol. I oxigène , et i chlore.
Acide proto sulfurique ( hyposulfureux ) .
Cet acide peut être regardé comme un composé d'acide sulfureux et de soufre. On ne peut l'obtenir isolé; on ne le connaît qu'à l'état de combinaison avec les alcalis; lorsqu'on veut l'isoler par un acide. il se convertit en soufre et en acide sulfureux.
Composition. Soufre ioo? oxigène 5o.
Acide deuto sulfurique {sulfureux ).
Histoire. Cet acide , l'un des plus anciennement connus, a porté successivement les noms à' esprit di soufre par la cloche, acide du soufre, esprit suif u^ reux de Stahl , etc.
Propriétés physiques. Gazeux , incolore , odeui suffocante, saveur acide et désagréable; impropre à la combustion et à la respiration, faisant disparaître le plus grand nombre de couleurs végétale!» et animales. Poids spécifique 2,^34.
Propriétés chimiques. Inaltérable par le calo que, et par le gaz oxigène et l'air secs; s'ils sont h mides, combinaison lente; inattaquable à froid pari
( 299 ) combustibles, et décomposable à la chaleur rouge | par le carbone et l'hydrogène , qui s'emparent de Toxigène, et mettent le soufre à nu. L'eau h 10 centigrades peut en dissoudre, à la pression ordinaire, ! 37 fois son volume qu'elle abandonne par l'ébullition ; cette dissolution est facile à congeler. Mêlé avec le chlore, il se produit de l'acide sulfurique et de l'acide hydrochlorique ; l'eau qui est décom- 1 posée fournit ces deux nouveaux élérnens.
Préparation. On peut obtenir cet acide en distillant dans une cornue deux parties de mercure et une d'acide sulfurique, et recevant le gaz sous le mercure, ou le dissolvant dans l'eau très-froide. On ' peut le produire aussi en brûlant du soufre sous une cloche.
Composition. Soufre 100, oxigène 97,63, ou bien des volumes égaux de ces corps.
Usages. Pour la décoloration des tissus et le blanchiment de la soie, du chanvre, etc. Il provoque la toux, la suffocation, une grande constriction de la poitrine, et la mort. En vapeurs mêlées avec > l'air, il est employé avec succès contre les maladies psoriques; il provoque aussi la menstruation, et la résolution des tumeurs froides. On l'emploie i dans les amauroses commençantes, dans les syncopes, les défaillances, etc. Il est regardé comme un dérivatif précieux. En dissolution dans l'eau, il est tonique et astringent.
Acide tri to sulfurique (hypo sulfurique).
Découvert par MM. Gay-Lussac et Werter.
Propriétés. Liquide, incolore, inodore et très-
( 3oo ) acide -, dans son plus grand état de densité, son» poids spécifique est de 1,347. ^e calorique le dé-» compose et le change en acides sulfureux et sulfurique ; il est inaltérable à froid par le chlore et ' l'acide nitrique.
Préparation. On le forme en faisant passer um courant de gaz acide sulfureux à travers du peroxiddi de manganèse suspendu dans l'eau , et décomposant)! par la barite les sulfates et hyposulfates qui ont étéi le produit de cette opération. Comme l'hyposulfate» de barite est soluble, on le sépare du sulfate qui se précipite, et on le décompose ensuite par l'acide sulfurique. Par ce moyen on obtient l'acide tritosulfurique pur.
Composition. Soufre 100, oxigène ii5.
Acide persulfurique {sulfurique).
Histoire. Cet acide , l'un des plus importans pour les arts, était connu, avant la nouvelle nomencla-i ture chimique, sous le nom S'huile de vitriol; on 1er trouve décrit pour la première fois dans les ouvrages de Basile Valentin, alchimiste du i5e siècle.
Propriétés physiques. Incolore, inodore , trèsacide, consistance oléagineuse, d'une grande causticité, désorganisant la plupart des substances végétales et animales, et d'un poids spécifique égal à i,85o, ce qui équivaut au 66e degré de l'aréomètre de Baume.
Propriétés chimiques. L'acide sulfurique très-affaibli se congèle difficilement; concentré, il prend une forme cristalline à 10 ou 11 au-dessous de o. Très-concentré, il entre en ébullition à 3a6, tandis
( 3oi ) [u'il bout au-dessous de ce degré s'il est plus ou noins affaibli; c'est eu vertu de cette propriété ju'on parvient à le concentrer. Par la volatilisation 1 n'éprouve aucune décomposition. Si on le chauffe iu rouge, dans un tube de porcelaine, il se convertit en acide sulfureux et en oxigène, dans les proportions de i volumes du premier, sur i du Bernier, La pile le décompose également; l'oxi- ;ène se rend au pôle positif, et le soufre au négatif.
L'oxigène ni l'air sec ne lui font éprouver aucune altération; s'ils sont humides, il les dépouille ^e l'eau dont ils sont chargés, au point que son Volume peut devenir triple. Il s'unit à l'eau en i toutes proportions, mais avec un phénomène bien jreinarquable, c'est de rendre beaucoup de calorique libre. Ainsi un mélange d'une partie d'eau 2t 4 d'acide, élève la température à -+• io5°; si , lu lieu de l'eau, on emploie de la glace, elle ne se porte qu'à 5o° ; et si Ton prend au contraire une \ [partie d'acide avec quatre de glace, elle descend Il — 20. Il est bon de faire observer que tout mélange d'eau et d'acide sulfurique acquiert une plus grande densité que la moyenne de ces deux corps.
De tous les combustibles simples, l'iode , l'azote 3t le chlore sont les seuls qui ne le décomposent point. Avec le phosphore et le carbone, il est converti en acide sulfureux , et ces deux combustibles s'acidifient en même temps. Le soufre chauffé à 200 avec cet acide, le fait passer, et passe luimême à l'état d'acide sulfureux.
Préparation. On prépare en grand cet acide en
( 3oa ) brillant , dans de grandes chambres de plomb , io parties de soufre sur i de nitrate dépotasse, de manière à n'employer qu'un demi-kilogramme de soufre pour chaque 100 pieds cubes de l'air qui remplit la chambre; on y fait passer en même temps un courant de vapeur d'eau , de manière à i entretenir l'acide qui est condensé sur le plancher à i 5o de l'aréomètre. Dans les fabriques la combustion dure environ trois heures. Aussitôt qu'elle a lieu, ilil se forme de l'acide sulfureux et du deutoxide d'à-» zote , aux dépens de l'acide nitrique du nitrate, quin est décomposé, ainsi que d'une partie de la vapeur d eau ; ces deux gaz se disséminent dans la chambre; le deutoxide d'azote se porte sur l'oxigène del'air, et passe à l'état d'acide nitreux, qui,s'unissanti; k l'acide sulfureux , le convertit en sulfurique, repasse à l'état de deutoxide, et successivement ai celui d'acide nitreux , pour agir de nouveau sur une» nouvelle portion d'acide sulfureux, etc. Une heure» après que la combustion a cessé, on ouvre les portés i| pour chasser l'azote y le gaz nitreux , et renouveler l'air. Cet acide ainsi obtenu contient un peu d'acide» nitrique et des sulfates de plomb et de potasse; on le concentre dans une chaudière de plomb, et ont le porte à 66 dans une de platine. Tel est l'acide» sulfurique de commerce, dont le plus pur contient .1 environ -^ de sulfates de plomb et de potasse, dont on ne peut le débarrasser que par la distillation.
Quand il est concentré il contient environ -^- d'eau.
Autrefois on préparait cet acide en distillant des k pyrites martiales. C'est ainsi qu'on le prépare de nos jours à Nordlhausem par la distillation du sulfate de
( 3o3 ) fer calciné. L'acide qu'on en retire est noir, fumant et d'un poids spécifique de 1,896. En distillant cet acide à une douce chaleur, et recevant le produit dans un récipient entouré de glace , on l'obtient en filamens soyeux , rudes au toucher et difficiles à couper, assez semblables à l'amiante; ils conservent leur solidité jusqu'à 19 centigr. ; au-dessus il se réduit en une vapeur sans couleur, qui, par le contact de l'air, devient blanche ; si on le verse dans l'eau, il produit un sifflement égal à celui du fer incandescent qu'on plonge dans le même liquide; en assez grande quantité il y produit une sorte d'explosion. C'est cet acide qu'on regardé comme anhydre. Etat naturel. D'après le journal du professeur Silliman , on trouve dans l'île de Java un lac et un ruisseau d'acide sulfurique (*)•
Composition. Privé d'eau, soufre 100, oxigène i46,43.
Usages. Dans les arts, pour la fabrication des soudes fatices et de quelques acides ; pour le tannage, la dissolution de l'indigo. Les limonadiers , lorsque les citrons sont rares, y suppléent par cet acide, qui est i aussi la base de l'eau antiputride de Beaufort. On i l'administre à la dose de quinze à vingt gouttes , : comme rafraîchissant, antiseptique et astringent. Il ! convient sous ce rapport dans les hémorragies uté- ! rines. Combiné avec l'alcool , il constitue l'eau de Rabel qu'on donne dans les diarrhées atoniques, les hémorragies, etc.; avec neuf parties de saindoux
C») Annalen der phjrsik und der physikalischen ehemUi Leypsick, 2« cahier, i8a3.
( 3o4 ) il forme une pommade très-résolutive qu'on em ploie dans les gales chroniques, etc.
Acide iodique.
Découvert par M. Gay-Lussac, et obtenu à l'état de pureté par H. Davy.
Propriétés physiques. Solide, inodore, blanc, très-caustique , détruisant les couleurs bleues végétales après les avoir rougies, et d'une densité plus grande que celle de l'acide sulfurique.
Propriétés chimiques. A une température de 200 il se convertit en iode et oxigène ; il brûle avec détonation presque tous les corps combustibles. Lesacides qui portent la terminaison enew^rle dépouillent 1 de son oxigène ; il en est de même des hydracides, , sans en excepter l'acide hydriodique ; dans tous ces I cas, l'iode est mis à nu. Avec les acides sulfurique , nitrique, phosphorique , etc., il forme de nouveaux composés mixtes qui cristallisent, et qui, suivant Berzélius, agissent avec une telle énergie sur les métaux, qu'ils peuvent même opérer la dissolution de l'or.
Composition. Iode 100, oxigène 3,2.
Sans usages.
Acide sélénique.
Propriétés. Soluble, blanc, en petits grains ou> en aiguilles prismatiques étoilées; très-acide, rougissant l'infusion de tournesol • par l'action du calorique il se sublime sans se décomposer; il attire l'humidité de l'air et est très-soluble dans l'eau et dans l'alcool. On peut l'obtenir en brûlant le sélénium dans l'oxigène, pu en le traitant par l'acide nitrique.
( 3o5 ) Composition. Sélénium ioo, oxigène 4o,33.
Acide fluo rique .
Historique. Découvert, uni à un peu de silice, en 1771, par Schéele, et mis à nu par MM. Thénard et Gay-Lussac. Plusieurs chimistes, à la tête [desquels se trouve H. Davy, le regardent comme un composé de pthore et d'hydrogène, tandis que d'autres, avec M. Thénard , soutiennent qu'il est 'formé par l'oxigène. Sans nous établir juges dans june telle dissidence d'opinions, nous allons lui conserver le rang qui lui est assigné dans l'ouvrage de ce dernier. C'est à M. Ampère qu'est due la connaissance de la base de cet acide, à laquelle il donna le nom de pthore.
Propriétés physiques. Liquide, blanc , très -odorant , saveur extrêmement vive, fumant • si corrosif, qu'aussitôt qu'il est en contact avec la peau il la désorganise avec une vive douleur. Son poids spécifique est de 1,06.
Propriétés chimiques. A — 4° ^ ne se congèle pas ; il bout à -j- 3o ; il s'unit à l'eau avec dégagement de calorique, et, s'il est suffisamment affaibli, il ne donne plus de vapeurs blanches. Il se combine avec le bore et le silicium , et donne lieu à deux acides qui ne contiennent ni oxigène ni hydrogène , et qui sont connus sous les noms dejluo ou pthoroborique et silicique. Un caractère bien distinctif de cet acide, c'est qu'il attaque le verre avec la plus grande énergie; ce qui le fait employer avec succès dans la gravure sur verre. On ne peut le conserver que dans des vases de plomb et mieux d'argent.
( 3o6 ) Préparation. On l'obtient en décomposant le pthorure de chaux pur , ou fluate calcaire , par l'acide sulfurique, dans des vaisseaux de plomb.
DEUXIEME SECTION
DES HYDRACIDES.
Tel est le nom qu'on donne aux acides formés par un corps combustible simple et par l'hydrogène. On en compte six :
l'acide hydrosulfurique , — hydrochlorique,
— hydrosélénique , — hydrocyanique ,
— hydriodique, — hydroxanthique.
Acide hydrosulfurique.
Histoire. Cet acide, découvert par Schéele , a porté successivement les noms de gaz hépatique et| gaz hydrogène sulfuré. Mon illustre maître, M. le comte Berthollet , en examinant cet acide en 1 794, annonça sa nature acide et fit connaître que le gaz hydrogène jouait, dans cette acidification, le même rôle que l'oxigène; il doit donc être regarde comme l'auteur de la découverte des hydracides (0.
Propriétés physiques. Gazeux, incolore, saveur et odeur très-fortes d'ceufs couvés , inflammable, éteignant les corps en combustion, rougissant les couleurs bleues végétales, qui reprennent leur couleur par l'action du calorique, et susceptible de de-
(I) L'hydrogène sulfuré, qui jouit bien réellement des propriétés d'un acide, est une preuve directe que l'acidité n'est pas toujours due à l'oxigène, etc. Stat. chim., ae part., pag. 8 et 10.
( 3o7 ) venir liquide par un degré de froid suffisant et une forte pression, ainsi que Ta démontré M. Faraday (0 ) il est alors incolore et très-volatil.
Propriétés chimiques. Le calorique et le fluide électrique séparent le soufre de l'hydrogène. L'oxigène et l'air n'exercent à froid aucune action sur lui; à chaud l'hydrogène brûle avec le contact de l'air, et le soufre se dépose. Si on allume un mélange de i vol. de cet acide et i,5 de gaz oxigène, il y a détonation et formation d'eau et d'acide sulfureux.
L'eau en absorbe plus de trois fois son volume ; elle est trouble, parce qu'une petite portion de cet acide étant décomposée, le soufre reste en suspension dans le liquide. Le calorique dégage cet acide de sa dissolution.
Le charbon peut s'emparer de 55 volumes de ce gaz; si on le place ensuite dans du gaz oxigène il se dégage du calorique par la décomposition de cet acide dont l'hydrogène s'unit à l'oxigène pour former de l'eau, et le soufre est mis à nu. L'iode et le chlore le décomposent aussi et se convertissent en acides hydriodique et hydrochlorique, en isolant le soufre. Les oxides métalliques forment avec cet acide divers sels; presque tous les métaux le décomposent, s'unissent avec le soufre à l'état de sulfure, et rendent l'hydrogène libre.
Préparation. Ce gaz existe en dissolution dans une classe particulière d'eaux minérales. On l'obtient dans les laboratoires en traitant le sulfure d'antimoine par l'acide hydrochlorique. Dans cette
M Armais of philosophy,- avril 1823.
" ( 3o8 ) opération , l'eau se décompose, son oxigène se porte sur le métal et l'oxide, tandis que l'hydrogène s'unit au soufre et se dégage avec lui à l'état de gaz hydrogène sulfuré ou acide hydrosulfurique.
Composition. Soufre 100 en poids , et hydrogène 6,i 3. Il est bon de faire observer que les 6, 1 3 parties de gaz hydrogène sont égales en volume à celui de l'acide qu'on obtient; de sorte que ioo volumes de gaz hydrogène, en passant à l'état d'acide hydrosulfurique , occupent le même volume.
Usages. Ce gaz acide non seulement asphyxie , mais il est encore si vénéneux pour les animaux, que, répandu dans l'air pour -t *o - , il tue, suivant MM. Thénard etDupuytren, les oiseaux; à la dose de ,~ , il tue les chiens les plus vigoureux ; et à ceux de a-ï— , un cheval finit par succomber. Chaussier a fait connaître qu'il suffit de plonger le corps des animaux dans ce gaz pour leur donner la mort. Il n'agit pas ainsi sur l'homme, puisque nous le respirons impunément mêlé avec l'air, et qu'en dissolution dans l'eau, il est employé, avec le plus grand succès, pour exciter la peau, pour le traitement des maladies psoriques, les scrophules , les rhumatismes chroniques, les vieux ulcères, ïesphthisies commençantes, la paralysie, les engorgemens rhumatiques, etc.; c'est enfin à cet acide que les eaux minérales de Barége, de Bagnères, de Molitz, d'Arles, de Luchon, etc., doivent leurs vertus. C'est donc ici le cas de dire avec Lucrèce : Tantaque in Jiis rébus distantia dijferitasque est , Ut quod alis cibus est, allisferat acre venenwn.
Lorsque ce gaz est en trop grande proportion
dans l'air, il produit l'asphyxie; c'est à lui qu'on attribue celle qui est connue sous le nom de plomb ou asphyxie des vidangeurs.
En chimie, il est considéré comme un excellent réactif pour indiquer la présence du plomb, de l'argent, de l'antimoine, de l'arsenic, etc.
Le chlore, en fumigations, est le moyen le plus sûr pour désinfecter l'atmosphère viciée par ce gaz acide»
Acide hydrosélénique .
Découvert par Berzélius.
Propriétés. Gazeux, incolore, d'une odeur presque analogue à celle du précédent; enflammant et irritant tellement les membranes muqueuses, que leur sensibilité se trouve paralysée pour long-temps; rougissant l'infusion de tournesol , plus soluble dans l'eau que l'acide hydrosulfurique, communiquant à cette dissolution une odeur et une saveur hépatiques, et tachant la peau en brun. Exposé à l'air, l'hydrogène s'empare de l'oxigène, et le sélénium se précipite. 11 est plus vénéneux que l'hydrogène sulfuré.
Préparation. Onl'obtient en faisant agir l'acide hydrochlôrique sur le séléniure de potasse ou de fer.
Sans usages.
Acide hydriodique.
Découvert en i8i4,par M. Gay-Lussac. M. Berzélius le croit oxigéné.
Propriétés. Gazeux, incolore, saveur piquante, odeur presque semblable à celle de l'acide hydrochlorique, attirant l'humidité de l'air en exhalant
( 3io ) des vapeurs blanches, rougissant les couleurs bleues ve'ge'tales , éteignant les corps en combustion , et d'un poids spécifique de 4?4-*9* ^ est très-soluble dans l'eau, avec dégagement de calorique, et il y adhère avec une telle force, que, lorsque ce liquide n'en est pas saturé, on peut le concentrer par l'ébullition.
A une haute température il est décomposé; l'air et l'oxigène produisent le même effqt par Faction du calorique; il se forme de l'eau, et l'iode est mis en liberté. Le chlore produit le même effet. Plusieurs métaux le décomposent et forment des iodures.
Cet acide liquide exposé à l'air, une partie est décomposée, et l'iode se dissout dans l'acide, le colore en violet, et forme l'acide hydriodique ioduré. Un fait bien remarquable, c'est que, si l'on met en contact cet acide et l'acide iodique , ils se décomposent de suite tous les deux; il se forme de l'eau, et tout l'iode est précipité. Les acides persulfurique, trito et deutonitrique, produisent le même effet.
Préparation. £n faisant passer à travers de l'eau chargée d'iode un courant de gaz hydrosulfurique, filtrant et concentrant la liqueur.
Composition. Iode 100, hydrogène 0,8, ou volumes égaux en vapeur.
Usages. C'est à cet acide, existant à l'état salin dans l'éponge et quelques plantes marines, qu'on attribue leurs bons effets contre les goitres. Cet acide ioduré jouit des mêmes vertus , et est employé comme l'iode. Voyez ce mot.
( 3.i ) AcicU hydrochlorique.
Histoire. Obtenu d'abord par Glaubert, étudié par un grand nombre de chimistes, regardé comme un corps simple, inconnu, qu'on supposait uni à l'oxigène, jusqu'à MM. Gay-Lussac et Thénard , qui firent connaître sa nature. Cet acide a porté successivement les noms àHesprit de sel, d'acide marin et d'acide muriatique. Berzélius persiste à le regarder comme oxigéné.
Propriétés physiques. Gazeux, incolore, odeur vive et piquante, saveur acide, répandant des vapeurs blanches avec l'air, rougissant le tournesol , éteignant les corps en combustion, et d'un poids spécifique égal à 1,247.
Propriétés chimiques. Par une forte pression et une basse température H. Davy a liquéfié le gaz acide hydrochlorique anhydre; à celle de — 5o, il passe aussi en cet état, sans aucune altération. L'étincelle électrique le décompose partiellement; aucun combustible non métallique n'a d'action sur lui. Le charbon en absorbe 85 volumes. Les métaux qui ont beaucoup d'affinité pour le chlore, le décomposent et forment des chlorures. Ce gaz acide est tellement soluble dans l'eau, que ce liquide, à 20° et sous la pression de 76, en dissout plus de 4^3 fois son volume; pour lors, celui de l'eau augmente d'un tiers.
Préparation. On introduit du sel marin bien sec dans une cornue, et on y verse de l'acide sulfuriquej on reçoit le gaz qui se dégage, sous des cloches remplies de mercure si on veut obtenir cet acide
( 3ia ) gazeux, ou bien dans des flacons aux deux tiers pleins d'eau et entourés déglace, si Ton veut l'avoir liquide. Dans cette opération , l'acide sulfurique, ayant plus d'affinité avec la soude que l'hydrochlorique, s'unit avec l'alcali, et ce dernier se dégage à l'état de gaz.
Composition. En poids, chlore 36, hydrogène i .
Usages. Dans les arts et dans une foule d'opérations chimiques; en médecine, à l'état de fumigations , pour la désinfection de l'air. Mêlé avec l'atmosphère, en assez grandes proportions, il enflamme la poitrine, et produit la toux et le coriza; il asphyxie les animaux, et détermine l'occlusion de la glotte* Liquide, on le joint aux pédiluves, comme un excellent révulsif. Il est aussi employé dans les gargarismes, pour les aphthes gangreneuses, etc. On en prépare un onguent contre la teigne, en le combinant avec le saindoux.
Acide hydrocyanique.
Nous traiterons de cet acide, dans l'examen des substances animales, et de Xhydroxanihique lors de celui des végétales, afin de conserver la classification que nous avons établie.
Acide hydrochloronitrique. Produit du mélange de l'acide nitrique avec l'acide hydrochlorique. Dans cette combinaison , il y a un peu d'hydracide décomposé qui s'unit à l'oxigène d'une portion de l'acide nitrique. Il en résulte de l'eau, du chlore, qui se dégage en partie, et l'autre avec l'acide nitreux restent en dissolution dans la liqueur.
Cet acide , connu aussi sous le nom d'eau régale ,
( 3i3 ) est jaune, et jouit de la propriété de dissoudre l'or et le platine.
TROISIEME SECTION