‹ Manuel de chimie médicaleChapitre 32 sur 56 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Des combinaisons formées par Vhjdrogène et quelques corps combustibles simples qui ne donnent pas lieu à des acides.

Ces combinaisons sont jusqu'à présent au nombre dei3:

3 avec le carbone, i avec le tellure,

2 avec le phosphore, i avec le soufre,

i avec le potassium , i avec l'azote.

2 avec l'arsenic,

Du gaz hydrogène protocarboné.

Histoire. Ce gaz est également connu sous le nom de gaz inflammable des marais , parce qu'il s'exhale des palus; et de mofette des mines, parce qu'il se dégage aussi des mines de houille. L'un et l'autre contiennent de l'azote et de l'acide carbonique.

Propriétés. Incolore, insipide, inodore, brûlant avec une flamme jaune ; si on le fait détonner avec son volume de gaz oxigène, il se forme de l'eau et un volume d'acide carbonique égal à celui de ces deux gaz. Sa pesanteur spécifique est de 0,5564-

Composition. Deux volumes d'hydrogène et un de vapeur de carbone.

( 3i6 ) C'est à ce gaz qu'on attribue une partie des effets délétères des marais; plus de 60 expériences eudioni étriqués, que j'ai tentées sur cet air, ne m'y ont démontré que les mêmes principes et dans les mêmes proportions que dans l'air le plus pur. Voyez mon ouvrage sur l'air marécageux, couronné par l'académie royale des sciences de Lyon.

Gaz hydrogène deutocarboné.

Histoire. Ce gaz fut découvert, en 1756, par les chimistes hollandais , qui lui donnèrent le nom de gaz oléifiant.

Propriétés physiques. Bien pur , il est incolore , insipide, impropre à la combustion et à la respiration , brûlant avec une flamme qui est bleue et transparente à sa base jusqu'à une hauteur d'environ six lignes, et ensuite blanche, opaque et trèslumineuse. Poids spécifique 0,978, suivant Saussure.

Propriétés chimiques. Il jouit de toutes les propriétés mécaniques de l'air; il est soluble dans six fois son volume d'eau. Si on le fait passer à travers un tube de porcelaine porté au rouge cerise , son volume double, et il dépose du carbone ; cet effet continue par une élévation de température, au point que, par la plus forte chaleur, il est dépouillé de presque tout son carbone, et que son volume est devenu 3 fois 1 plus considérable. S'il est mélangé avec le gaz oxigène ou L'air, il produit une forte explosion. Mêlé avec le chlore, à volumes égaux, on obtient un liquide oléagineux, qui, distillé sur du muriate de chaux bien sec , a une saveur sucrée particulière.

Préparation. On peut se procurer ce gaz eu chauffant dans une cornue quatre parties d'acide sulfurique et une d'alcool. On le prépare en grand en distillant, dans de grandes chaudières de fonte appropriées à cet objet, du charbon de pierre, des graines oléagineuses , ou en y brûlant de l'huile. Pour dépouiller le gaz de l'acide hydrosulfurique et autres- corps qui en troublent la pureté, on le fait passer à travers la chaux délitée, et on le reçoit sur l'eau dans de vastes réservoirs, connus sous le nom de gazomètres. Il faut avoir le soin de ne pas le laisser plus de 24 heures en contact avec ce liquide, car autrement il se dépouille d'un peu de carbone, et d'une huile brunâtre, épaisse 5 dans cet état, il ne donne presque pas de lumière (0.

Composition. Deux volumes de gaz hydrogène , et deux de vapeur de carbone.

Usages.. M. Lebon , ingénieur français , fut le premier qui proposa l'éclairage par ce gaz. Comme ce moyen oifre quelques dangers , dus à l'inexpérience ou à un manque de soins et de précautions, le gouvernement a consulté l'académie royale des sciences sur un objet de si haute importance. Sa ré-

(0 II n'est pas bien prouvé que le gaz hydrogène carboné qui sert à l'éclairage en soit véritablement. On sait que le gaz qui n'est que carboné brûle avec une flamme rougeàtre. La couleur blanche de la flamme du gaz de l'éclairage, sa vive lumière, et l'huile qu'il dépose sur l'eau, nous portent à croire que c'est du gaz hydrogène, tenant en dissolution une huile altérée, ayant pour principes constituans l'hydrogène et le carbone dans des proportions propres à former du gaz hydrogène carboné : tel est aussi le sentiment de M. Pelletau.

( 3i8 ) ponse sera désormais la boussole de l'opinion publique. Nous n'irons point au-devant, nous nous bornerons à dire que cet éclairage vient d'être attaqué par un littérateur, qui, ignorant sans doute que dans les sciences physiques il faut plus que de l'imagination , qu'il faut des faits, a prouvé, par les nombreuses erreurs dont est semée sa brochure, qu'il était totalement étranger à la chimie, et qu'il écrivait pour écrire, malgré le sage précepte de Montaigne. En Angleterre, on vient de former un autre établissement pour porter le gaz à domicile dans des sphères où on le comprime jusqu'à 3o atmosphères , et qui sont susceptibles d'en supporter 43. Les communes ont fait à ce sujet un rapport fort intéressant.

Gaz hydrogène percarburé.

M. Daîton a découvert, dans le gaz qui se produit par la décomposition de l'huile par le calorique, un nouveau gaz qui contient deux fois plus de carbone que le précédent, et qu'il appelle superoléifiant. Cela explique pourquoi 16 ou 17 litres de gaz extrait de l'huile , éclairent pendant aussi long-temps que 5o litres provenant du charbon, ainsi que la densité plus forte du premier.

Gaz hydrogène protophosphore'.

On l'obtient en exposant aux rayons solaires du gaz hydrogène per phosphore. Il se précipite alors du phosphore, et le nouveau gaz ne s'enflamme plus par le contact de l'air.

Gaz hydrogène perphosphoré.

Découvert en 1783, par Gingembre.

( 3.9 ) Propriétés. Incolore, odeur alliacée, saveur anière. Poids spécifique 0,9022. Il s'enflamme dès qu'il a le contact de l'air. C'est le gaz qui forme les feux follets des cimetières , et qui se dégage quelquefois de certaines mares.

Hydrure de potassium.

Découvert par MM. Gay-Lussac et Thénard.

Propriétés. Solide, et d'une couleur grise. On l'obtient en chauffant, à une lampe à l'esprit-devin, un peu de potassium dans du gaz hydrogène.

Gaz hydrogène potassié.

Propriétés. Incolore, et converti par l'eau en alcali et en gaz hydrogène; possédant la propriété de s'enflammer par le contact de l'air , et la perdant au bout de quelques heures- ce qui fait qu'on doit le conserver sur le mercure. On le prépare en faisant agir, à une très-haute température, le fer sur l'hydrate de protoxide de potassium.

Hydrure d'arsenic.

Découvert par MM. Gay-Lussac et Thénard. Propriétés. Solide, terne, inodore, insipide, brunrouge, et très-vénéneux.

Gaz hydrogène arseniqué.

Découvert par Schéele.

Propriétés. Incolore, odeur repoussante, ncsvénéneux, et qu'on doit même s'abstenir de préparer. L'infortuné M. Gehlen, chimiste distingué, en mourut victime en 181 5; c'est pour cette raison que nous n'indiquerons point son mode de préparation. Poids spécifique 0,529. Le chlore le convertit en

( àio ) hydrure d'arsenic. A un froid de 30% il passe à l'état liquide.

Hydrure de tellure.

Découvert par Rit ter.

On l'obtient en plaçant au bout du fil négatif de la pile un morceau de tellure, et le plongeant dans l'eau ainsi que le fil positif.

Gaz hydrogène tellure.

Découvert par Davy.

Propriétés. Incolore, inflammable, odeur hépatique, et soluble dans l'eau. On le prépare en introduisant dans de l'acide hydrochlorique très-élendu d'eau un alliage de tellure et de potassium. Hydrure de soufre.

Découvert par Schéele, en 1777.

Propriétés. Odeur et saveur hépatiques, consistance huileuse, plus pesant que l'eau ) on l'obtient en versant de l'acide hydrochlorique dans une solution de sulfure hydrogéné de potasse. Cet alcali s'unit à l'acide, et ce nouveau produit se dépose au fond de la liqueur.

Du gaz hydrogène azoté, ou de V ammoniaque .

Histoire. Ce corps, l'un des plus importans de tous ceux qui sont le produit de l'union de l'hydrogène avec un corps combustible simple, est connu de temps immémorial. Il est une des plus fortes preuves de notre théorie , que l'acidification n'est qu'une nouvelle propriété, due à l'union de deux ou plusieurs corps, et qu'elle n'appartient h aucun spécialement. Nous avons vu le chlore et l'iode former avec l'oxigène et l'hydrogène, et même unis entre

( 3<ii ) eux , cinq acides bien différens : chlorique et hydrochlorique , iodique et hydriodique , et chloriodique. Nous savons aussi que l'azote avec l'oxigène produisent un simple mélange qui est l'air, deux oxides, et trois acides. Eh bien, le gaz hydrogène, ailleurs principe acidifiant , joue ici, avec une base acidifiable, le rôle de principe alcalifiant. Ce fait bien remarquable nous paraît hors de réplique. Quoique l'ammoniaque, ou alcali volatil, fût connu des chimistes arabes, c'est Priestley qui, le premier, en a séparé le gaz; Schéele y a reconnu l'azote, et M. Berthollet en a fait connaître la composition.

Propriétés physiques. Incolore , transparent , saveur acre et très-caustique, odeur sui gène ris extrêmement vive, attaquant les membranes muqueuses, verdissant le sirop de violettes, éteignant les corps en combustion, et d'un poids spécifique égal à 0,591.

Propriétés chimiques. A une chaleur rouge, il n'est point décomposé; l'étincelle électrique le change en hydrogène et azote, qui font le double du volume primitif. A un froid de 4$°, il n'éprouve aucune altération. L'eau peut en dissoudre jusqu'à 46o fois son volume, ou le tiers de son poids; le docteur Ure, d'après ses expériences, porte cette absorption à 780 fois ; le volume de l'eau augmente alors de 6 à 10, et son poids spécifique 0,900. Cette dissolution porte le nom d'ammoniaque, et jadis celui ^alcali volatil fluor.

L'oxigène et l'air mêlés avec ce gaz, exposés à une vive chaleur, détonnent, et donnent de l'eau et de l'azote. Le charbon absorbe 90 volumes de gaz ain~

moniac. Le chlore, en agissant sur lui, forme dei Thydrochlorate d'ammoniaque , et l'hydrogène est mis à nu. L'iode et ce gaz, bien secs , s'unissent et donnent lieu, à la température atmosphérique, à un iodure d'ammoniaque. Plusieurs métaux, et la plupart des oxides, décomposent le gaz ammoniac à une haute température. Un fait digne de remarque, c'est que des fils de platine, de cuivre, de fer, etc., en le décomposant, deviennent très-cassaus , sans augmenter de poids; 10 grammes de fer sont suffisans pour décomposer, pendant 9 à 10 heures, un courant de ce gaz à travers un tube de porcelaine. L'ammoniaque forme avec les huiles des espèces de savons, et avec les acides divers sels.

État naturel. Le docteur Marcet dit avoir rencontré cet alcali dans les eaux de la mer. On le trouve à l'état de sel dans la plupart des substances animales , et dans la fiente de quelques quadrupèdes Il s'exhale aussi de l'urine qui commence à se décomposer, des bergeries, etc.

Préparation. On le prépare en distillant par lies égales de chaux et drhydrochlorate d'ammoniaque , et recevant le gaz ammoniac dans de flacons tubulés, aux deux tiers pleins d'eau, et en tourés de glace ou d'eau froide. Ainsi obtenu, i peut se congeler à 4°°«

Usages. L'ammoniaque est très-employée en me decine : à l'extérieur, combinée à l'huile à l'état sa voneux, comme un puissant rubéfiant; pure, elle es un puissant caustique qu'on emploie contre la moi sure des chiens enragés, le venin de la vipère, etc. on en a obtenu des succès contre l'amaurose; c'es

( 3^3 ) à ce gaz que la poudre de Loëson doit ses vertus. A l'intérieur, elle agit comme un puissant exci-

; tant; elle est très-diaphorétique, soutient les forces, et accélère même la circulation. L'alcali volatil est

. également conseillé pour faciliter les éruptions , contre la morsure des animaux venimeux et les diverses fièvres adynamiques. On en prend de i5 à 3o gouttes dans 5 ou 6 onces d'un liquide édul-

ï coré. On a vanté ses bons effets contre l'ivresse; on a vu plus d'une fois i5 gouttes de cet alcali, dans un verre d'eau, la faire cesser complètement, et d'autres fois ce moyen ne pas réussir. Le docteur Lavagna a préconisé son efficacité dans l'aménorrhée , en faisant des injections dans le vagin avec i once de lait et io à \i gouttes d'ammoniaque.

L'ammoniaque vient d'être annoncée aussi par le docteur Murray, comme un contre-poison de l'acide prussique. 11 en a tenté l'expérience sur des lapins et sur lui-même; il en prit une quantité suffisante pour produire un étourdissement et une douleur de tête assez intense. Il combattit ces effets en respirant de l'ammoniaque étendue d'eau, et en appliquant sur le front un linge trempé dans cette liqueur : en quelques instans, tous les symptômes disparurent. D'après cela, il regarde cet alcali comme un antidote si assuré, qu'il n'hésiterait pas d'avaler

I une dose suffisante d'acide prussique pour lui donner

i la mort , s'il trouvait une personne sur laquelle il pût compter pour lui administrer, au moment

i favorable, la dose nécessaire de ce précieux antidote (i).

(* ; Edimb. philos,, n<> 1 2.

Page 1