‹ Manuel de chimie, ou précis élémentaire de cette science dans l'état actuel de nos connaissances (volume 3)Chapitre 28 sur 59 · Gaz desséchés. 22. Phosphore · texte numérisé non relu

Gaz desséchés. 22. Phosphore

13. Papier sec, parche- 23. Glace au-dessous de min et cuir. . zéro. ; 14. Bois séché au four, 24. Huiles, surtout celet végétaux dessé- les les plus denses.

chés. 25. Oxides métalliques 15. Porcelaine. secs, en y compre- 16. Marbre. nant les hydrates al- 17. Minéraux en masse, calins fondus et les non métalliques. hydrates terreux.

Le classement des deux listes ci-dessus est pas-. sablement exact, quoiqu'il soit probable que le phosphore, dépouillé de l'humidité qui y adhère, devrait être placé dans un rang plus élevé parmi les corps isolans.

On a ordinairement partagé toutes les substances

. matérielles dans les deux classes d’électriques et de non-électriques; mais cette distinction est sans fondement et erronément établie. Toute substance est électrique , ou capable de produire, par frottement, les phénomènes électriques. Ainsi, en prenant un corps quelconque de ceux de la première liste, ordinairement considérés comme non-électriques, une balle de cuivre, par exemple, et;

| qu’après avoir isolé cette balle au moyen d’une

: baguette d’un solide convenable quelconque, PTS dans la seconde liste, on la frotte avec un morceau de soie ou d’étoffe de laine, on reconnaitra qu elle devient électrique; elle attirera et repoussera les corps légers , et donnera une étincelle brillante au doigt qu’on en approchera. Pour expliquer ce qui

+ se manifeste alors , on a dit que l équilibre électriue; qui constitue l’état ordinaire de la matière,

est troublé par le frottement , et que l’un des deux corps attire sur lui une surcharge de fluide électrique, tandis que l’autre reste dans un état où il manque de celui qui lui est nécessaire; ce qu’on a voulu désigner par les termes positif et négatif, ou plus et moins. Cependant plusieurs des phénomènes apparens se conciliant difficilement avec l'hypothèse d’un simple excès, ou manquant d’un fluide unique, on crut devoir l’abandonner pour lui substituer celle d’un fluide composé susceptible de décomposition par frottement ou autres moyens. Les fluides qui forment le fluide composé coexis-

tent nécessairement dans le même corps; l’un ap-

paraissant sur le corps frotté et l’autre sur le corps frottant ; mais comme l’un de ces fluides se développe le plus ordinairement sur la surface du verre et l’autre sur la surface des résines, on a distingué le premier de ces fluides parle nom de fluide vitré, et l’autre par celui de fluide résineux ; d’où résultent pour les corps les deux états d'électricité vitrée et électricité résineuse, états correspondans à ceux de positif et négatif de Franklin. Les deux

fluides vitrés et résineux produisent par leur réu-

nion une espèce de neutralisation réciproque, et l’état d'équilibre ou repos électrique. Quelques investigations récentes du profond géomètre-physicien M. Poisson, ont rendu cette seconde explication Ja moins improbable des deux. Qu'il nous soit toujours cependant permis de penser que le lien hypothétique dont nous nous servons actuel: lement pour unir ensemble les faits épars d’électricité, diffère probablement beauconp de ia chaîne au moyen de laquelle la nature les coordonne.

Ïl ne paraît pas y avoir de propriété physique commune aux corps conducteurs et non-conducteurs. L’arrangement cristallin donne toujours lieu à des propriétés non conductrices plus ou moins parfaites, si l’on en exclut les métaux. Ainsi le

DE CHIMIE. 163 sarbone, dans ses formes pulvérulente ou fibreuse, est un excellent conducteur; mais cristallisé dans le diamant, il devient corps isolant, La même différence existe entre l’eau et la glace , et aussi, diton , entre le verre pilé et le verre compacte. Si, en effet , le verre pilé est conducteur, il ne doit l'être, d’après mes expériences, que très imparfaitement. Le verre, les résines et les graisses, qui, à l’état solide, sont non conducteurs, deviennent, étant fondus, conducteurs.

C’est sur le développement de l’électricité par le frottement, qu’est fondée la construction de nos machines électriques ordinaires. On supposa dans un temps, que l’action de ces machines se rapportait à l’oxidation de l’amalgame qui s'applique ordinairement à la face du frottoir; mais sir H. Davy ayant monté une petite machine dans un vaisseau de verre, de telle manière qu’on pouvait la faire mouvoir dans toute espèce de gaz quelconque , trouva qu’elle était active dans l’hydrogène, et plus active dans l’acide carbonique, que même dans l’atmosphère. En effet, si l’on se rappelle que le frottement des surfaces de verre, de la soie, ou de la cire à cacheter suffit pour produire des apparences électriques , on ne peut pas supposer que. l’oxidation du métal soit essentielle à leur manifestation. Si même on dirige un courant d’air, Ou si l’on fait passer un très petit filet de mercure pur sur la surface d’un carreau de verre sec, il en résultera une excitation électrique.

Les phénomènes électriques excités par le frottement, sont en général tellement énergiques,

w'il suffit, pour que l'apparence s’en manifeste, de morceaux de matière légère quelconque. S'il s’agit de découvrir un dérangement de l’équilibre électrique, occasionné par d’autres et de plus faibles causes , il faut recourir à des moyens électroscopiques, pouvant indiquer les plus petites

AT 0 ST ER 9,2 27e LL o.di

quantités d'électricité. Le plus sensible des électroscopes simples! consiste dans deux bandes étroites oblongues de feuille d’or, suspendues dans un cylindre de verre de 5 centimètres de diamètre, et d’environ 15 centimètres de long, par un fil métallique, au centre d’une calotte de laiton, servant de couvercle au cylindre. Ce cylindre poserait sur un fond métallique, d’où , sur les côtés opposés, deux bandes étroites d’étain en feuille s’élèveraient sur la surface intérieure du verre jusqu’au niveau du milieu des bandes pendantes de feuille d’or. L’électroscope de Coulomb, qui agit par la torsion d’un fil de soie, tel qu’il sort du cocon, portant suspendue dans une cage de verre, une aiguille horizontale de soie enduite de gomme laque, se terminant en un petit disque de papier doré, est encore plus sensible; et c’est celui de ces instrumens dont les physiciens de Paris font le plus usage.

0. L’électricité se développe aussi dans la fusion des corps inflammables. Si l’on verse du soufre fondu dans un vase de métal isolé, on trouvera, après la solidification du soufre par le refroidissement, qu'il est, ainsi que le métal, électrisé ; que le soufre a acquis, en se refroidissant, l'électricité vitrée, et le métal l'électricité résineuse ; ou quelquefois le phénomène se présente d’une manière inverse. Mais, d’après une suite d'expériences auxquelles ils soumirent un certain nombre de corps, MM. Van Marum et Troostwyck furent portés à conclure que, dans les cas de fusion, l'électricité était produite, soit par le frottement résultant du changement de volume lorsque le corps fondu se solidifie, soit par le frottement que les corps électriques éprouvent en s’étendant sur les surfaces d’autres corps, lorsqu'on les y verse à l'état liquide. Il se produit des phénomènes électriques dans les cas de la congélation de l’acide phosphorique glacial , et de

solidification par sublimation du calomel (protoxide de mercure). Les expériences de Henly sur l’électricité qui se développe pendant que du chocolat en fusion passe à l’état concret, ne semblent pes d’une explication facile, en la fondant sur le principe du frottement. Lorsque le chocolat est refroidi dans les moules de fer-blanc où il a été d’abord versé, l'électricité est forte, et continue quelque temps après que le chocolat en a été retiré. Lorsque le chocolat ayant été fondu de nouveau, on le laisse refroidir dans les moules, leur vertu électrique est rétablie, mais elle est moins forte que la première fois. Après la troisième ou quatrième fusion, l’électricité devient extrêmement faible. Lorsqu'on mêle le chocolat avec un peu d'huile d'olive avant de le sortir du moule, il devient alors fortement électrique. Or , en tout ce qui peut se rapporter au frottement , nous devrions avoir les phénomènes électriques aussi marqués à la quatrième fusion qu’à la première, et la présence de l’huile devrait rendre l'effet moindre, comme diminuant le frottement. Il est donc fort probable que lacte de cristallisation donne toujours lieu a un changement de l’équilibre électrique, et qu’en général, la structure cristalline change les rapports électriques.

3. Production d'électricité par évaporation. — Si l’on place sur la calotte d’un électroscope à feuille d’or une petite capsule métallique contenant un "peu d’eau , et qu’on y verse du fraisil ou cendre dé charbon de terre chauffée au rouge, les feuilles d’or divergeront aussitôt, avec un écartement considérable ; ou si, après avoir isolé un creuset chaud de fer , de cuivre, d’argent ou de porcelaine ; on y verse queiques gouttes d’eau , d’alcool ou d’éther, en mettant alors le creuset en communication avec un électroscope, il se manifestera des Phénomènes électriques.

4. Développement d'électricité par dégagement de az. Si, dans une coupe de platine posant sur la Calotte de l’électroscope à feuilles d’or , on verseun peu d’acide sulfurique étendu, et qu’on y mette alors de la limaille de fer ou de la craie, il y aura divergence des feuilles d’or à mesure que l’effervescence devient active. Le même effet peut être produit avec l’acide nitrique et de la limaille de cuivre.

5. Électricité produite par disruption d’un corps solide, — Si l’on sépare subitement des lames de mica, si l’on rompt en travers un bâton de cire à cacheter, que l’on fende un* morceau de bois sec et chaud, ou qu’on en râcle la surface avec du verre de vitre, ou enfin, qu’on fasse éclater une larme batavique en rompant l'extrémité, l'équilibre électrique sera troublé. Cependant, il est probable que ces cas peuvent être pour la plupart rapportés au frottement qui a lieu parmi les molécules. On peut aussi attribuer à la même cause l'électricité excitée en tamisant à travers un crible métallique différentes poudres et limailles de métaux, ou lorsqu'on les

rojette sur des plaques isolées.

6. Développement d'électricité par changement de température. — Haüy fit la découverte importante, que la propriété de manifester des phénomènes électriques par la chaleur n’appartient qu’à ceux des cristaux dont les formes ne sont pas symétriques, c’est-à-dire dont une extrémité on un côté ne ne correspond pas à l'extrémité ou au côté opposé. Ainsi, par exemple, la variété de tourmaline que cet illustre minéralogiste appelle isogone, cristal prismatique à neuf pans, avec un sommet à six faces et l’autre à trois, étant exposée à une température d'environ 42° centigrades, ne donpera aucun signe de vertu électrique. Mais, si l’on plonge pendant quelques minutes cette tourmaline dans de l’eau bouillante, et que, la prenant avée

une petite pince par le milieu du prisme, on la résente à la calotte de lélectroscope, ou à uné balle de moelle suspendue en pendule, déjà chargée d’une électricité conaue, alors on verra la tourmaline attirer la balle par l'une de ses extréimités et la repousser par Pautre. Le sommet à irois faces possède l’électricité résineuse, et Île sominet à six faces l'électricité vitrée. Quoiqu’une élévation de température soit nécessaire pour développer dans la tourmaline cette propriété, elle ne le devient pas pour la lui conserver. Sa vertu électrique peut continuer six heures après que sa température est revenue au premier point, surfout si on l’a placée sur un support isolé. Dans le fait, la tourmaline perd plus lentement son électricité qu'un morceau de verre dans des circonstances semblables.

* Cette propriété d'attirer, étant chauffée, les corps légers, fut reconnue par les anciens dans la tour: maline, qui était probablement leur lyncurium. Les Hollandais donnérent à celle de l’île de Ceylan le nom d’aschentrikker, de la vertu qu’elle maniféstait d'attirer les cendres, lorsqu'on en laissait un morceau près du feu. Il paraît qu’à une température supérieure à celle de l’ébullition, la tourmaline perd de son activité électrique, et qu’elle est quelque temps avant de la recouvrer dans sa “vertu première. Lorsque la tourmaline est grosse; élle devient capable d'émettre des éclairs électriques. Les topazes du Brésil et de Sibérie manifestent, étant légèrement chauffées , les mêmes phénomènes électriques. Les topazes de Saxe et la topaze bleue de l’Aberdeenshire ne sont électriques que par frottement. La boracite, la mésotipe et la éalamine cristallisée deviennent aussi, comme la tourmaline, électriques par la chaleur. :

n 7. Électricité produite par contact de corps dissemblubles. — Si l’on prend deux disques plats, lun

d'argent ou cuivre et l’autre de zinc, chacun de 50 à 75 millimètres de diamètre, munis l’un et l’autre d’un manche de verre par lequel on les tient, et qu’on les mette momentanément en contact en les appliquant surface à surface, on reconnaîtra, en les séparant, qu’ils sont électrisés un et l’autre. Lorsqu'on touche un disque de soufre, modérément chauffé, avec une lame de cuivre isolée, les effets électriques seront encore plus frappans. Des cristaux acides, touchés avec des lames métalliques, fournissent des phénomènes électriques. Enfin, des cristaux d’acide oxalique, mis en contact avec de la chaux vive sèche, développent de l'électricité. C’est sur l’excitation d'électricité par le contact de corps chimiques dissemblables qu’est fondé le principe d’action galvanique et la construction de la batterie voltaïque. Nous traiterons ci-après de cet admirable appareil.

IL. Des deux électricités. — I] a déjà été établi que les deux électricités existent toujours ensemble et simultanément. Si elles résultent de la décomposition d’un fluide composé neutre en repos, nous pouvons facilement reconnaître que cette coexistence est inévitable, Cette décomposition peut aussi nous faire aisément comprendre comment un corps quelconque peut être rendu, par frottement, propre à manifester l’une ou l’autre des deux électricités, suivant la nature du frottoir. La seule exception à ce fait est celle que présente le dos d’un chat vivant qui donne l'électricité vitrée avec tout frottoir quelconque jusqu’à présent essayé. Pour reconnaître les espèces d’électricité développée, il suffit simplement de communiquer auparavant aux bandes de feuilles d’or une électricité connue, produite par excitation, soit du verre, soit de la cire à cachcter : si les bandes de feuilles d’or divergent avec la première de ces électricités, et qu’on approche alors un corps si-

milairement électrisé, la divergence augmentera ; mais, en leur présentant un corps ayant une électricité opposée, les bandes de feuilles d’or se rapprocheront aussitôt l’une de l’autre.

On a présenté, dans la table qui suit, plusieurs substances qui acquièrent l’électricité vitrée quand on les frotte avec les substances qui suivent dans la liste, et l'électricité résineuse, étant frottées avec celles qui les précèdent :

La peau de chat. Le papier.

Le verre poli ou lisse. La soie.

L’'étoffe de laine, ou estame, La gomme-laque. Les plumes. Le verre dépoli.

Le bois sec.

- Il ne peut être signalé de rapport visible entre la nature ou/la constitution des substances et les espèces d'électricité que développe leur frottement mutuel; la seule loi générale qui se fait remarquer parmi les phénomènes, est que le corps frottant et Le corps frotté acquièrent toujours des électricités opposées. Le soufre est vitreusement électrisé lorsqu’on le frotte avec tout métal, excepté le plomb, et résineusement avec le plomb et toute autre espèce de frottoir. Les-corps résineux, frottés entre eux , acquièrent altérnativement l'électricité vitrée et l'électricité résineuse ; mais, étant frottés : contre tout autre corps , ils deviennent résineusement électriques. La soie blanche acquiert l’électricité vitrée avec la soie noire, les métaux et le drap noir, et l’é'ectricité résineuse avec le papier, la main de l’homme, le cheveu , et la peau de belette. La soie noire acquiert l'électricité vitrée avec la cire à cacheter, mais l’électricité résineuse avec les peaux de lièvre , de beletteet de furet ,avec le laiton, l'argent, le fer, la main humaine et la soe blanche. L'étofte de laine se charge fortement d'électricité vitrée avec le zinc et le bismuth; médiocrement avec

V'argent, le cuivre, le plomb et le fer spéculaire. L'électricité est résineuse, lorsqu'elle est acquise par cette étoffe avec le plaune, lor, l’étain, l’antimoine, le cuivre gris, le sulfure de cuivre, le bisulfure de ce métal, les sulfures d'argent, d’antimoine et de fer. Lorsque deux rubans d’égale surface sont excités en faisant glisser une longueur de l’un sur une partie de l’autre, la portion qui a éprouvé le frottement devient électrisée vitreusement, et l’autre l’est résineusement. De l’air sec que l’on force à passer sur du verre s'électrise résineusement, et laisse Le verre dans l'état opposé. Des étoffes de soie, agitées dans Patmosphère avec un mouvement rapide, prennent toujours l'électricité résineuse, tandis que l'air devient électrisé vitreusement. Un ruban de soie blanche frotté contre un ruban noir bien teint donne toujours des signes d'électricité vitrée; mais; si le ruban de soie noire est sensiblement usé, et que le ruban de soie blanche soit chauffé, 1l manifestera l'électricité résineuse, et en refroidissant, il donnera de nouveau des signes d’électricité vitrée. Le résultat général que déduisit M. Coulomb de ses nombreuses et très exactes expériences

sur ce sujet intéressant, est le suivant : X

Lorsqu'on frotte ensemble les surfaces de deux

corps, celle dont les parties composantes s’écartent le moins entre elles, ou se trouvent le moins hors

de leur position naturelle de repos, paraissent en .

conséquence plus disposées à prendre l'électricité vitrée; cette tendance augmente, si les surfaces éprouvent une compression passagère. Réciproquement, celle des surfaces dont les molécules dévient le plus de leur position ordinaire par la violence de

frottement de l’autre, ou par une cause quelcon«:

que, est par cette raison plus disposée à prendre

l'état d’électrisation résineuse : cette tendance aug-\

mente, si la surface éprouve une dilatation réelle»,

DE CBIMIE, ETC

Plus cette Opposition de circonstances est forte, plus le développement d’électricité sur les deux surfaces est énergique. Ce développement s’affaiblit en proportion de ce que l’état des surfaces devient plus semblable; une égalité parfaite ferait cesser les phénomènes , si elle pouvait exister. Ainsi, lorsque l’on frotte contre une surface métallique rude une substance animale ou végétale sèche, elle donne des signes d'électricité résineuse ; dans ce cas, ses parties sont forcément séparées. Lorsque, d’un autre côté, cette substance est frottée contreun métal poli qui affecte à peine sa surface, ou qui comprime simplement les molécules, alors, ou elle ne fournit aucune évidence d’éleetricité, ou celle qu’elle manifeste est de espèce vitrée. La chaleur, en dilatant les pores, agit sur les surfaces des corps comme le ferait un rude frottoir; elle les dispose à prendre l’électricité rési- neuse. De même aussi, de la soie noire neuve, fortement teinte, frottée contre un ruban de soie blanche, prend toujours l'électricité résineuse: ‘mais, lorsque l’étoffe de soie noire est usée, et sa couleur se passant, si l’on ouvre les pores du ruban blanc par la chaleur, celui-ci acquiert à son tour une pius grandetendance que la soie noire à prendre Pélectricité résineuse , et en conséquence il la met à l’état d’électrisation vitrée. Cette disposition, comme on pouvait s’y attendre, cesse avec la cause accidentelle qui y donnait lieu, et le ruban blanc, en refroidissant, reprend son état de vitreusement électrisé. La teinture noire produit sur la laine le Même effet que sur la soie. Un ruban blanc, frotté £ontre une étoffe de laine blanche, donne toujours des signes d'électricité résineuse; mais ce ruban, frotté :ontre de la laine teinte en noir, manifeste Pélectricité vitrée. Je suisentré, ditle DrUre,un peu Minutieusement dans le détail des ca uses, piraissant frappantes, quidonnent naissance à l’une ou à l’autre

électricité, parce que ces causes peuvent tendre à jeter quelque lumière sur les électricités qui se développent entre les corps chimiques, par froitement ou simple contact. ILa été, à la vérité, Supposé que les acides non combinés, les alcalis et les métaux, sont dans un état constant d’électrisation résineuse pour les acides, et vitrée pour les alcalis et les métaux; mais il n’y a ni probabilité n1 évidence que ces corps soient dans cet état. L’électricité produite par leur contact avec d’autres corps, sur une surface étendue, donne évidemment lieu à dérangement de l’équilibre préexistant. Un fil qui, dans lélectroscope de torsion le plus sensible, parcourt 90° avec une force de moins d’un millionième de grain, n’'indiquera point d'électricité, lorsqu’on le ferait toucher l’acide ou le corps alcalin le plus énergique.

En décrivant les deux électricités, nous ne devons pas omettre de parler des observations intéressantes de M Ehrman. Il est des substances, de la classe des conducteurs imparfaits, qui ne peuvent recevoir qu’une espèce d’électricité lorsqu'on en forme des chaînons dans le cireuit voltaïque : M. Ehrman appelle ces corps unipoluires. Le savon parfaitement sec et la flamme du phosphore, réunis avec les deux extrémités de l’appareil voltaïque et avec le sol, ne déchargent que l'électricité résineuse ; les flammes d'alcool, d'hydrogène, de cire et d'huile ne déchargent, sous des circonstances semblables, que l'électricité vitrée. Tous ces corps cependant, lorsqu'ils ne sont en communication qu'avec un seul pôle de la pile et le sol, font cesser la divergence des feuilles de l’électroscope attachées à ce pôle. Pour rendre ces résultats manifestes, isolez, dans un temps sec, une batterie d’environ 200 paires de plaques; mettez en communication, par un fil mobile, avec chacun des pôles de la pile la calotte d’un électroscope à bandes de

DE CHIMIE. 173 feuilles d’or : lorsque l’un ou l’autre électroscope est mis en contact avec le savon communiquant avec la terre, la légère divergence des feuilles d’or cesse; mais , lorsque les électroscopes sont communiquant l’un et l’autre avec le savon et aussi avec la terre, la divergence des feuilles d’or attachées à l'extrémité zinc, où au pôle électrisé vitreusement, continuera, tandis que les feuilles de l’autre électroscope se réuniront. L'ordre inverse d’effets se présente, où les feuilles de lelectioscope com- Muniquant à l’extrémité zinc se réunissent, lorsque la flamme d’une bougie est en communication avec l’un et l’autre des électroscopes et avec le sol.

Dans un Mémoire intéressant de M. Brande, publié Phil. Trans. pour 1814, ce savant a cherché à expliquer d’une autre manière les phénomènes curieux que présentent les flammes. Comme il considère quelques corps chimiques comme étant naturellement à l’état électrique résineux et d’autres à l’état électrique vitré , il suppose que la flamme positive sera attirée par la polarité négative qui la neutralise, tandis que la flamme négative produit un rétablissement semblable de l’équilibre au pôle positif. Pour démontrer la vérité de cette

hypothèse, il plaça les flammes de différens corps

entre deux sphères de laiton isolées, contenant chacune un thermomètre sensible. Sa première exérience vérifia l'observation de Cuthbertson, que à flamme d’une bougie communique principalement sa chaleur à celle négative de deux boules faiblement électrisées l’une et l’autre par la machine cylindrique de la construction de Nairne.

Walt b‘ di

|EPES

Flammess attirées par

la boule positive.

Hydrogène phosphoré légèrement.

Oxide de carbone en un petit courant de vapeur, douteuse.

Idem, en grand courant de vapeur.

L’acide produit par la

flamme de soufre.

Flamme et fumées acides de phosphore.

Vapeur de gaz acide muriatique se manifestant en recouvrant les boules avec du papier de tournesol.

Vapeur d’acide nitreux.

Vapeur d'acide benzoïue

Vapeur d’ambre.

la boule négative.

Gaz oléfiant.

Gaz hydrogène sulfuré

légèrement; sa vapeur

d'acide sulfureux passait à la boule positive.

Hydrogène aréeniqué ; son acide arsénieux passait faiblement à l’autre boule.

Hydrogène,résultat douteux d’après égalité d'attraction. S Fiamme de soufre car-} buré ; ses fumées aci-, des passaient à la boule,

ositive. K Flamme et fumées alca-,.

lines de potassium. Flamme d’acide benzoï+, ue.

Flamme de camphre.

Flamme de résines.

Flamme d’ambre.

Les flammes d’huile, de cire, etc., doivent étre

considérées , dit M. Brande , comme consistant principalement dans ces.corps à l’état de vapeur ;! et leurs électricités naturelles étant positives, il est:

évident que lorsque ces flammes sont mises en com=t pôle positif de la batterie, ets avec un électromètre à feuilles d’or, les feuilles con-:

munication avec le

tinueront de diverger; mais ces flammes étant mises : en communication avec le pôle négatif, cet état! électrique sera annihuüi par l’énergie positive in-: hérente de la flamme, par conséquent, les ;

feuilles de l’électromètre négatifnedivergeront pas. D'un autre côté, la flamme du phosphore est négativement uni-polaire. Or, on a vu que cette flamme (ce qui est probablement dû à la rapidité avec laquelle elle forme un acide puissant par sa combimaison avec une grande quantité d'oxigène) est attirée par la surface électrisée positivement , et que, par conséquent, elle est elle-même négative, de sorte qu’elle transmettrait l'électricité négative à l’électromètre, mais annihilerait la puissance négative; et paraît être ainsi un isolant sous les circonstances particulières que M. Ehrman a décrites. Je ne- m’arrêterai pas à examiner jusqu’à mel point ces ingénieuses conclusions sont justes. * Elles n’affectent point l’unipolarité du savon sec, qui, d’après la théorie de M. Brande sur celle des flammes, devrait être naturellement et constamment à l’état d'électricité positive, ce que nous. savons ne pas être,

III. De la distribution du fluide électrique. — Nous serons en état de classer et de réunir sous ce titre plusieurs phénomènes importans, que par leur disjonction, des auteurs ont souvent rendus compliqués et difficiles à comprendre. Nous traiterons en premier lieu, de la distribution de Pune ou l'autre électricité isolée dans un corps et dans un système de corps en contact; et en decond lieu, de la distribution d'électricité dgns un système de corps contigus , n'étant pas en contact.

1°. Si l’on communique l'électricité à une sphère métallique isolée, on trouvera que Îe fluide s’est porté toutentier à sa surface ,etqueses moléculesintérieures sont absolument dépourvues de toute vertu électrique. Si, aprèsavoir électrisé une sphère isolée de fer cu de laiton, dans laquelle on a pratiqué un trou d'environ 25 millimètres de diamètre, se prolongeant jusqu’au centre de ce corps, on fait toucher ce centre par une boule métallique suspendue

à l’extrémité d’une aiguille de gomme-laque, et qu'on la présente aussitôt à un électroscope sensible, on reconnaîtra qu’elle ne manifeste aucun signe quelconque d’électricité. Si cependant la boule touche le bord extérieur du trou, ou la surface de la sphère, en un point quelconque, cette. boule acquer:a une électricité très manifeste. Il s’ensuit, que si l’on applique pour un moment sur la surface d’un boulet de canon de 24, électrisé, deux coupes hémisphéroïdes de fer-blanc munies de manches isolans, au moyen desquels on Îles tient, on trouvera que toute la vertu électrique du bouiet a passé dans les coupes, dont le poids peut ne pas être la dix millième partie de celui de ce corps. Cette distribution d'électricité est entièrement indépendante de la nature de la substance, et elle peut se déduire de la loi découverte par. Coulomb, que les attractions et répulsions électriques sont inversement proportionnelles aux carrés des distances.

Le corps électrisé étant une sphère, la couche électrique extérieure, qui coïncide toujours avec Ja surface du corps, sera la même que la couche mince dans son intérieur. Si le corps électrisé est un ellipsoïde, la surface intérieure de la couche électrique sera aussi un ellipsoïde concentrique et semblable ; car on démontre qu’une couche elliptique, dont les surfaces sont ainsi concentriques et semblables, n’exerce aucune action sur un point situé dans son intérieur. L’épaisseur de la couche en chacun de ses points, se trouve généralement déterminée par cette construction. Il en résulte que cette épaisseur est la plus grande au sommet du plus grand axe et la moindre au sommet du plus petit, et les épaisseurs qui répondent aux sommets différens, sont entre elles comme les longueurs de leurs axes respectifs. x

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