‹ Manuel de chimie, ou précis élémentaire de cette science dans l'état actuel de nos connaissances (volume 3)Chapitre 38 sur 59 · DES SELS · texte numérisé non relu

DES SELS

On a pour l’ordinaire fait emploi du mot se/, bour désigner un composé en proportions délinies , de matière acide avec un alcali, une terre ou

un oxide métallique. Lorsque les proportions des parties constituantes se trouvent tellement réglées entre elles que la substance qui en résulte m’affecte pas la couleur de l’infusion de tournesol , ou celle de chou rouge, cette substance forme alors un sel qu’on appelle neutre. Lorsque Vacide est reconnu prédominant par la coloration en rouge de ces infusions, le sel est dit acidulé; et c’est ordinairement en faisant précéder le nom du sel de sur ou bi, que l’on désigne cet excès d’acide. Si au contraire l'acide paraît être en marquant ou en quantité moindre que celle nécessaire pour saturer lalcalinité de la base, le sel est dit être avec excès de base; et l’on indique cet état du sel en l’appelant sous-sel. Ainsi, d’après ces manières de distinguer les différens états des sels , la dénomination de sulfate de potasse, qui nous présente le sel dans son état de neutralisation parfaite, sans aucun excès ni d’acide sulfurique, ni de potasse, deviendrait celle de sur-sulfate où de bi-sulfate de otasse, pour le même sel avec excès d'acide, et de sous-sulfate de potasse, pour le même sel avec excès

de base. Ces trois sortes différentes de sels doivent.

augmenter considérablemént le nombre des composés salins; et quoique ce nombre ne soit pas exactement connu, parce qu'il en est beaucoup qui n’ont pas été examinés par les chimistes , 1l est cependant très probable qu'il s'élève au-dessus de 2000.

Les différens genres de sels se distinguent par les noms de leurs acides. Les terminaisons des noms de ces genres, varient selon la nature de l’acide qui les constitue Elles sont en afe pour

les genres de sels dont les acides contiennent l’oxi-.

gène au maximum, El en ite pour ceux dont l’acide n’est pas sa!ure de ce principe. Les sels diffèrent beaucoup sans leurs propriétés, suivant que leur

xcide est où non saturé d’oxigène. Les sels en

ite sont rarement permanens; exposés à l'air, ils en absorbent ordinairement l’oxigène, et se convertissent ainsi en sels en ate. L

On distingue chaque esjèce particulière de sel, en ajoutant à sa dénomination de genre le nom de sa base; ainsi le sel composé d’acide sulfurique et de soude, s’appelle su/fate de soude. On désigne les sels triples, en faisant suivre lenr om de genre de l’une et de l’autre de leurs bases réunies par des tirets ; ainsi, le sel composé d’acide tartrique, de potasse et de soude, se nomme fartrate de potasse et de soude. Quélquefois aussi les sels triples s’indi-

uent en plaçant devant leur nom générique celui de l’une des bases, l’acide faisant fonction d’adjectif; ainsi, par exemple, la’ soude muriatée de rhodiurm est un sel triple composé d’acide muriatique, de soude et d’oxide de rhodium. Parfois le nom de la base qui précède celui du genre est un peu altéré, comme sulfate ammonio de magnésie, pour sulfate de magnésie et d'ammoniaque.

La dissolubilité des sels dans l’eau est leur propriété générale habituelle la plus importante. Dans ce liquide, ils sont ordinairement cristallisés ; et c’est par son moyen qu'ils sont purifiés et séparés les uns des autres dans l’ordre inverse de leur faculté de dissolution.

M. Gay-Lussac a récemment publié, dans les Annales de Chimie et de Physique, t. XX, pag. 296, un Mémoire important sur la dissolubilité des sels.

On est étonné, est-il dit dans ce Mémoire, en parcourant les différens ouyrages de chimie, du vague de nos connaissances sur la dissolubilité des sels; elles se bornent à l'observation commune, que les sels sont plus solubles à chaud qu'à froid, et à la solubilité de quelques uns d’entre eux, à une température ordinairement très incertaine ; cependant c’est de cette propriété des sels que dépendent leur décomposition mutuelle , leur sépa-

ration et les différens procédés de leur analyse, Comme opération chimique , la dissolution des sels mérite une attention particulière; car quoique les causes auxquelles elle est due soient les mêmes que celles qui produisent-les autres combinaisons, cependant leurs effets ne se ressemblent pas.

La détermination de la quantité d’un sel que l’eau peut dissoudre n’est pas une opération très difficile : elle consiste à saturer l’eau exactement du sel dont on veut connaître la solubilité à une température déterminée; à peser une certaine quantité de cette dissolution, à la faire évaporer, et à peser le résidu salin.

On obtient une dissolution saline parfaitement saturée, des deux manières qui suivent : en faisant chauffer l’eau avec le sel, et en la laissant refroidir jusqu’à la température pour laquelle on cherche la solubilité; ou bien, en mettant dans l’eau froide un grand excès de sel, et en élevant graduellement la température. Dans chaque cas, il faut maintenir constante la température finale pendant deux heures au moins, et remuer fréquemment la dissolution saline pour être assuré qu’elle est complétement saturée. Par des expériences directes faites avec beaucoup de soin, M. Gay-Lussac reconnut que les deux procédés donnent absolument les mêmes résultats, et qu’on peut en conséquence les employer indifféremment.

Il arrive souvent que la dissolution d’un sel qui ne cristallise pas, et que par cette raison on regarde comme saturée, cède des molécules salines aux cristaux de la même nature qu’on y plonge; et l’on a conclu de cela que les cristaux d’un sel appauvrissent sa dissolution, et la font descendre au-dessous de son véritable point de saturation. M. Gay-Lussac pense que ce fait, qu'il regarde comme certain, et même comme très général , a été mal expliqué.

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Ta saturation d’une dissolution saline d’une température invariable est le terme où le dissolyant, toujours en contact avec le sel, ne peut plus en prendre davantage ni en abandonner aucune partie. D’après cette définition, toute dissolution saline qui peut abandonner du sel sans que la température change, est nécessairement sursaturée. On peut voir que, en général, la saturatiôn n’est point un terme fixe, et que la cause qui la produit est la même que celle qui rend Peau liquide audessous de la température à laquelle elle se congèle.

Pour reconnaître la solubilité d’un sel, M. Gay- Lussac indique d’opérer ainsi qu’il suit :

Ayant saturé de l’eau d’un sel à une température déterminée, on prend un matras de la capacité de 150 à 200 grammes d’eau, et dont le col a de 15 à 18 centimètres de longueur. Après l'avoir pesé vide, on le remplit au quart environ, de la dissolution saline, et on le pèse de nouveau; pour évaporer l’eau, on saisit le matras par son col avec des pinces, et on le tient sur un brasier ardent sous un angle d’environ 45 degrés, en ayant l’attention-de le remuer continuellement , et de donner au liquide un mouvement vibratoire, afin de favoriser l’ébullition et de prévenir les soubresauts , qui sont très fréquens avec quelques dissolutions salines , dès que , en conséquence de l’évaporation, il commence à se déposer des cristaux. Lorsque la masse saline est desséchée , et qu’il ne s’en dégage plus de vapeur d’eau à une chaleur presque rouge , on souffle dans le matras avec un tube de verre adapté à l’extrémité d’un soufflet, afin d’en chasser la vapeur aqueuse qui en remplit la capacité ; on laisse ensuite refroidir le rmatras, et on le pèse. On connaît alors la proportion d’eau au sel qu’elle tenait en dissolution , et l’on exprime cette proportion en représentant le poids de Veau par 100.

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