INSTRUCTION SUR L’HÉRÉSIE
D. Qu'est-ce que l'hérésie ?—R. C'est un attachement opiniâtre à son sentiment particulier en matière de foi.
D. Qui se trouve coupable de cet attachement ?—R. Celui qui préfère son sentiment particulier au sentiment général de l'Eglise.
D. Comment! cela se fait-il ?—R, Cela arrive lorsqu'on s’obstine à vouloir expliquer l’Ecriture dans un tout autre sens que ne l'explique PEglise.
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D. Tous les hérétiques ont-ils prétendu établir leur dogme sur l’Ecriture ?—R. Tous, sans en excepter un seul.
D. Sur quoi s’appuyaient les Ariens, lorsqu'ils niaient la consubstantialité du Verbe ?—R. Sur es paroles du Sauveur au chap. 14 de St. Jean : ‘* Mon père est plus grand aue moi.”
D. ur quoi s’appuvaient les Macédoniens, lorsqu'ils niaient la divinité du Saint-Esprit ?— R. Sur ces paroles du chap. 8 de l’épitre aux Romains : ‘“ l'Esprit prie pour vous avec des ‘* sémissements ineffables.”
D. Comment les Manichéens prétendaient-ils prouver que le Fils de Dieu ne s'était revêtu que des apparences d’une chair mortelle ?—R.
En citant ces paroles du second chap. de Pépitre aux Philippiens : ‘Il s’est anéanti lui-même ‘en prenant la figure d’un esclave, et en se ‘ rendant semblable aux hommes.”
D. Comment les Nestoriens prétendaient-ils prouver qu'il y a deux personnes en Jésus- Christ ?—R. En citant ces paroles du second chap. de l’épitre aux Cojiossiens : ‘ Dans Jésus-
+ Christ habite la plénitude de la divinité cor-
‘ porellement.”
D. Comment les Eutichiens prétendaientils prouver qu'il n’y a qu’une nature en Jésus- Christ ? — R. En citant ces paroles du premier chapitre de l'Evangile de St. Jean : ‘ Le Verbe
h°‘ s’est fait chair.”
D. Sur quoi se fondaient les Pélagiens en
fuianut le péché originel! —R. Ils établissaient Rleur erreur sur Ces paroles du dix-huitième
chap. du prophète Elzéchiel : ‘ Le fils ne por- ‘ tera pas l’iniquité du père.”
D. Quelle a été la source de toutes ces erreurs ? —R. Ca été la présomption qu'ont eue des particuliers à vouloir préférer leur inter prétation à celle de vu l'Eglise.
D. Luther et Calvin ont-ils aussi nréféré leur interprétation particulière à celle : 2 l'Eglise ? — BR. Ils ont fait en cela comme tous ceux qui se sont égarés avani eux.
D. Faites-nous-en voir un exemple dans Calvin? —R. L'Eglise entend ces paroles du Sauveur : Prenez, ceci est mon corps,” dans le sens naturel, et Calvin a mieux aimé les prendre dans le sens figuré.
D. Faites-nous en voir un exemple dans Luther ? —R. L’apôtre dit au troisième chap. de l’épitre aux Romains, que “ l’homme est justi- ‘ fié par Le foi sans les œuvres de la loi ; ”? or, Luther a entendu ces parcles dans un tout autre sens que l'Eglise.
D. Comment l'Eglise a-t-elle toujours enten-
du ces paroles? —R. Elle a toujours entenau | que l’homme n’est point justifié ni par les œu- &
vres de la loi naturelle ni par les œuvres de la loi judaïque, mais par la foi en Jésus-Christ, et par les œuvres qui procèdent de la foi, et qui ont la grâce pour principe.
D. Et Luther, en quel sens a-t-il entendu ces paroles ? —R. Îl a prétendu que l’homme est justifié sans les œuvres de la foi chrétienne,
ce qui est contraire à une infinité de passages
de lEcriture.
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D. Luther et Calvin ont-ils gardé partout la même méthode ?—R. I y à pas d'article Contesté, pou: lequel ils n’en aient usé de même.
D. Les partisans de Luther et de Calvin seront-ils excusables devant Dieu d’avoir préféré l'interprétation particulière de Luther et Calvin à celle de l'Eglise ?—R. Non, ils seront inexcusables.
D. Chaque particulier qui se croit plus de lumière que toute l'Eglise pour juger saine-
ment du sens des Ecritures, pourra-til justi-
fier devant Dieu sa présomption ?—R. Non, il ne pourra jamais la justifier.
D. Quel raisonnement faites-vous snr cela pour presser les adversaires ? —R. Ou vous croyez pouvoir vous tromper dans l'explication que vous faites de l’Ecriture, ou vous vous croyez infaillibles.
D. Que leur diriez vous s'ils avouaient pouvoir se tromper ?—R. Votre foi est donc incertaine et chancelante, et par conséquent ce n’est pas une foi divine.
D. Que leur direz-vous s'ils prétendent ne pouvoir se tromper en expliquant lEcriture ?
—R. Il faut donc que vous disiez en vousmême ; l'Eglise peut bien se tromper en expliquant l'Ecriture, mais mOi je ne puis me tromper.
D. Que s’en suit-il de là ?—R. Il s’en suit qu'ils restent dans la perplexité, ou qu’ils tombent dans une AHSA insoutenable.
D. Dites-nous ce que l’on à remarqué toutes
les fois qu'il s’est élevé quelque hérésie considérable dans le christianisme.—R. On y a toujours remarqué cinq choses.
D. Qu'a-t-on remarqué en premier lieu ?— R. On a remarqué que tous les hérésiarques ont osé blâmer l'Eglise d’être tombée dans des erreurs pernicieuses.
D. Qu'a-t-on remarqué en second lieu ? — R. On à remarqué que les hérésiarques avec le rs adhérents se sont séparés de l'Eglise.
D. Qu'a-t-on remarqué en troisième lieu ?-— R. On à remarqué qu'ils ont enseigné de nouveaux dogmes inconnus avant eux.
D. Qu'a-t-on remarqué en quatrième lieu ?— R. On à remarqué qu'ils ont donné leur nom ou le nom de leurs dogmes à leurs sectateurs.
D. Qu'a-t-on remarqué en cinquième lieu ?
—-R. On à remarqué qu'aucun d'eux n’a pu prouver sa mission légitime.
D. Trouve-t-on les mêmes choses à remarquer dans Luther et Calvin ?--R. On y a trouvé les mêmes choses qu'on à remarquées dans tous les chefs de partis.
D. Luther et Calvin ont-ils blâmé l'Eglise d’être tombée dans des erreurs pernicieuses ? — R. Ils ont fait en cela comme Arius, Macédonius, Nestorius et Eutichés.
D. Luther et Calvin ont-ils donné leurs noms à leurs sectateurs ?—R. Les Luthériens tiennent leur nom. de Luther, les Calviniste de Calvin, comme les Ariens d’Arius, les Macédoniens de Macédonius, etc.
D. Comment prouvez-vous que Luther a en-
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seigné de nouveaux dogmes qui avant lui étaient inconnus dans le christianisme ?—R.
4)n ne peut nommer aucun pays, aucun diocèse, ni aucune ville où l’on ait cru avant Luther qu'il n’y a que deux sacrements ; que la messe est une abomination, la confession une torture de conscience, l’invocation des Saints une idolâtrie, le purgatoire une superstition, et le pape l'Antechrist. |
D. Quelles remarques a-t-on toujours pu faire toutes les lors qu'il s’est élevé une nouveile ‘doctrine dans l'Eglise ?—R. On à pu nommer l'auteur qui lui à donné le commencement, dire le lieu et le temps où on l'a vue naïitre,nommer les premiers adversaires qui l'ont combattue, et dire le concile qui l’a condamnée.
D. Donnez-nous un exemple.—R. C’est ainsi ue l’on sait qu'Arrus a été le premier à enseigner que le Fils de Dieu était moindre que son Pére. |
D. Sait-on le lieu cà il la enseigné ?—R.
C'est à Alexandrie, ville d'Egypte.
D. Sait-on l’année de la naissance de cette doctrine ?—R. C'est en l'an 315.
D. Sait-on ceux qui ont été les premiers à Ia ‘ombattre ? — FR. C'est particulièrement le patriarche Alexandre et saint Athanase.
D. Sait-on par quel Concile cette doctrine à été condamnée ? —R. Par le premier Concile de Nicée.
D. Peut-on marquer les mèmes choses touchant la doctrine de Luther ?-=R,. On le peut. également.
D. Sait-on le lieu où cette doctrine a pris naissance ?—R. C'est à Wittemberg, en Saxe.
D. Sait-on l’année ? —R. C'est l’an 1517.
D. Sait-on qui a été le premier à combattre cette doctrine ?—R. Ce sont toutes les universités auxquelles Luther en avait appelé.
D. Sait-on le Concile qui l'a condamnée ? —- R. C’est le Concile de Trente.
D. A quelles autres marques peut-on encore connaître la nouveauté de la doctrine de Lu ther ?—R. A trois différentes marques.
D. Dites la première. —R. Ceux qui ont eni brassé la doctrine de Luther étaient d’abort en fort petit nombre.
D Dites la seconde.--R Tous ceux qui ont suivi Luther avaient été élevés dans une autre doctrine.
D. Dites la troisième.—R. La doctrine de Luther causa partout beaucoup d’étonnement et de trouble.
D. Ne pourrait-on pas dire que Luther n’a rien enseigné de nouveau, et qu'il n’a fait que rétabiir l’ancienne doctrine des apôtres ? — KR. C'est là une réponse commune à tous les héré- . tiques, et qui par là doit être justement sus-
'pecte.
D. Comment réfutez-vous cette réponse ? — R. La doctrine des apôtres ne peut cesser d’être enseignée dans l'Eglise; avant Luther on n’avait aucune connaissance de la doctrine de Luther, la doctrine de Luther n’est donc pas Ja doctrine des apôtres.
D. Luther et Calvin sont-ils plus en état de
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prouver leur mission que ne l’étaient Arius,.. Macédonius, Nestorius ?—R. Ils sont aussi peu en état de la prouver.
D. Quels reproches faisait-on à Arius, à Macédonius, et aux autres de leur espèce ?—R.
On leur reprochait qu’ils n'avaient point de mission ni ordinaire, ni extraordinaire.
D. Comment leur prouvait-on qu'ils n'avaient pas la mission ordinaire ?—R. On leur disait : ‘* Vos supérieurs ecclésiastiqnes ne vous ont ‘‘ pas envoyés, donc vous n'avez pas la mis- ‘ sion ordinaire.”
D. Comment leur prouvait-on qu’ils n'avaient pas la mission extraordinaire ?—R. ‘ Si Dieu ‘ vous avait envoyés immédiatement par lui- ‘ même, il aurait attesté votre mission par des ‘ miracles.”
D. Rapportez-nous les paroles que Luther adressait aux premiers prédicateurs anabaptistes. (T, 5, Ed. Germ. £. 491, 6.}—R. ‘ Si ce sont: ‘* les hommes qui vous ontenvoyés, faites-nous ‘* voir vos patentes ; et si c’est Dieu qui vous a ‘* envoyés, faites-nous voir des miracles.”
D. Eüût-on pu adresser les mêmes paroles à Luther et à Calvin ?—R. On l’eût pu sans doute et ils eussent été aussi embarrassés de répondre.
. D. Mais Luther, qui était prêtreet docteur des l'Eglise Romaine, n’eût-il pu répondre qu'il avait reçu de l'Eglise Romaine le pouvoir et la commission de prêcher la véritable doctrine contenue dans l’Ecriture ?—R. Ou l'Eglise Romaine était pour lors la véritable Eglise, ou elle avait cessé de l'être ; si elle était pour lors
la véritable Eglise de Jésus-Christ, il n’était pas permis à Luther de s’en séparer, et si elle avait cessé de l'être, elle ne pouvait donner de mission légitime à Luther.
D. Que si Luther et Calvin n’ont pas eu de mission, sur quel pied faut-il les regarder ?— R. Sur le pied de gens qui ne sont pas entrés dans la bergerie par la porte, mais par la fenêtre.
D. Et quel est le jugement que le Sauveur porte contre ces sortes de gens ?—R. Le Sauveur dit qu’ils viennent non pour paitre les ouailles, mais pour les égorger.
D. Ne peut-on pas imaginer entre Luther et Arius queique différence qui puisse rassurer un esprit raisonnable ?--R. Non il n’est pas possible d'en imaginer.
D. Ne pourrait-on pas dire qu'Arius s’est élevé contre la divinité du Fils de Dieu, et que Luther n’a rien fait de semblable ?—R. Luther n'a pas erré touchant la Divinité du Fils de Dieu, mais il a erré sur plusieurs autres articles.
D. Ne pourrait-on pas dire que la doctrine de Luther n’a été condamnée que par l'Eglise Romaine au lieu que la doctrine d’Arius fut condamnée par l'Eglise Grecque et Latine ?— R. Les Grecs d'aujourd'hui, aussi bien que les Latins, condamnent également les erreurs de Luther.
D. Ne pourrait-on pas dire qu’il y a dés nations entières qui ont embrassé la doctrine de Luther, et que par conséquent cette doctrine
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s’a pas été condamnée par l'Eglise universelle ? —R. Il y a eu des nations plus nombreuses, qui ont professé l’Arianisme qu’il n’y en a qui pro fessent le Luthérianisme.
D. Ne pourrait-on pas dire qu'il n’y à rier dans la doctrine de Luther qui soit contraire à l'Evangile, au lieu que la doctrine d’Arius y était tout à fait opposée ?—R. Arius ne citait pas moins que Luther l'Evangile, et y trouvait des passages aussi favorables à sa cause.
D. Ne pourrait-on pas dire qu’Arius a abusé de l’Ecriture pour établir son erreur, au lieu que Luther en a fait un bon usage pour établir la vérité ?—R. Quiconque donne à l’Ecriture un sens différent de celui que lui donne l'Eglise, abuse de l’Ecriture; Arius et Luther lui ont donné un sens différent de celui de l'Eglise, par conséquent l’un et l’autre ont abusé de lEcriture.
D. Rapportez-nous sur ce sujet les paroles de saint Jérôme sur le premier chap. de l'Epitre aux Galates.—R. ‘ Une mauvaise interpré ‘tation donnée à l'Evangile de Jésus-Christ ‘en fait l'Evangile d'un homme et même ‘* l’évangile du démon.”
D. Que concluez-vous de tout ce qui a été dit ci-dessus ?—R. Je conclus que tout disciple de Luther n’aura pas moins de peine à justifier sa foi devant Dieu que les disciples d’Arius.