I—DE LA DÉCORATION
$ 1. Son utilité
L'art décoratif, mais non pas les beaux-arts, est d’une constante application dans l’industrie; conséquemment il est limité par les conditions nécessaires
de manufacture, ainsi qu’on l’a dit déjà, au lieu que les beaux-arts sont limités seulement par leurs propres conditions. Les conditions de manufacture résultent de trois choses : — d
1—Za matière dont l'objet doit être fait, comme bois, pierre, argent, fer, fibres textiles. Il est clair que tous les ornements ne peuvent également bien se travailler dans ces différentes matières.
2—Za manière dont l’objet doit être fait : en le tissant, en le battant au marteau, en le faisant au tour, en le ciselant, en le fondant, en le sciant, en le sculptant. Il va de soi que chaque mode de fabrication doit imposer à l& décoration certaines conditions qui lui sont particulières.
3—L'usage auquel l'objet fabriqué doit être affecté ; la décoration doit s’harmoniser avec cet usage. Mais l’usage implique la position ; par conséquent, il faut que la décoration tienne compte de cela, puisque c’est toujours du bon côté qu'il faut que l’ornement soit vu. Ainsi, il arrive souvent qu'un ornement destiné au mur d’une chambre où il ne peut être vu que dans un sens, ne fait pas bien pour les tapis où il sera vu dans tous les sens. En outre, si un ornement doit occuper une position élevée, il lui faut plus de largeur avec moins de menus détails, que s’il doit occuper une position proche du spectateur. L’intensité de la lumière est aussi à considérer: les détails délicats ne paraîtront pas dans l'obscurité.
Mais il n’y a pas ici lieu de donner un exposé complet des particularités de la décoration appliquée ; ce point appartient à une phase plus avancée du cours. On croit, cependant, que ce qu’on vient de dire des
traits généraux, joint à quelques sujets qui restent à mentionner, sera compris sans peine par la généralité des maîtres, que ces connaissances mettront en état de donner un caractère pratique à l'instruction, même dans des exercices élémentaires.
Les conditions de manufacture demandent que la décoration ait, en règle, une cons!" tion géométrique —une base de triangles, carrés, ,entagones, etc. L’art décoratif s’est, en somme, conformé à cela. Elles exigent aussi que les formes dont on se sert pour la décoration soient simples, puisque les procédés de fabrication rendent impossible la reproduction exacte d’autres formes. Il résulte de là que le bon art décoratif ne fait aucun usage de vraies formes naturelles. Pour la même raison, il n’a rien de commun avec ce qu’on appelle le c/air-obscur, où l’exacte représentation des effets de perspective, de lumière et d'ombre.
ÿ 2. Source des lois de l’art décoratif
Les lois générales de l’art décoratif découlent de la nature, surtout du monde végétal. Comme on l’a déjà montré, il se fait un grand usage des formes naturelles, telles que feuilles, fleurs, boutons, rejetons, vignes. Lorsqu'on emploie ces sortes de formes, elles sont toujours, dans le bon art décoratif, conventionnelles, et arrangées selon les lois de la croissance naturelle. Tout en omettant beaucoup de ce qui est naturel, on ne violente pas la nature dans ce qui est représenté. La convention a été expliquée par voie d'illustration dans toute sa plénitude dans les pages qui précèdent.
Déterminez, d’abord, la forme générale de la figure naturelle, comme ensemble, laquelle est d'ordinaire
géométrique, et, ensuite, la forme générale de chaque partie. C’est là le premier pas qui mêne à fixer la convention de la figure.
Presque toutes les formes naturelles sont, comme tout, symétriques. Ainsi, dans le cas de la plupart des feuill es et de la forme humaine, le côté droit équilibre le côté gauche —exemple. de symétrie. Lorsqu'on vient à considérer les parties, on trouve qu’un élément isolé, comme la tête, est symétrique; tandis que des éléments doubles, comme les bras, n’ont pas de symétrie, si on les étudie séparément, mais sont sy métriques, si on les considère ensemble, l’un balança nt l’autre. Les fleurs simples sont ordinairement sy métriques, en ce que leurs pétales sont arrangées régulièrement autour d’un centre; mais dans le cas des touffes, chaque fleur, considérée à part, est souvent non symétrique. Dansles cas où la forme naturelle, comme tout, est symétrique, la forme conventionnelle l’est strictement aussi.
$ 3. Arrangement des parties
Il y a trois manières d’arranger les parties d’une for me décorative et d’en conserver la symétrie : —
1. On peut les arranger autour du centre, soit d’un ce rcle, d’un carré, d’un pentagone ou d’un autre figure gé ométrique ; c’est ainsi qu’on arrange d’ordinaire les parties des boules-de-neige, des fleurs et beaucoup d’autres choses.
2. On peut balancer le côté droit et le côté gauche, comme fait la nature de tant de feuilles, d'animaux et d’autres choses.
3. On peut arranger les parties de manière qu’elles rayonnent d’un point ou d’une tige, comme un évan-
tail, ainsi qu’on le voit dans les feuilles de marronnier sauvage, les feuilles de palmier et les pétales de la olupart des fleurs vues de profil.
4. Il y a une autre sorte d’arrangement tout à fait différente de celles qui précèdent. On l'appelle la croissance continue, et la vigne en fournit l'illustration. Mais, comme les précédentes, elle possède le grand caractère de l’art décoratif: elle est rhythmique, c’està-dire, qu’à des intervalles réguliers, les mêmes traits se répètent, comme les feuilles d’une vigne naturelle.
Il reste maintenant un mot à dire de la répétition de ces formes décoratives, car il faut les répéter pour servir les fins de la fabrication.
1. Pour couvrir les surfaces horizontales, il faut les répéter dans tous les sens.
2. Pour couvrir les surfaces verticales, [il faut les répéter horizontalement, verticalement ou‘ obliquement.
La répétition rhythmique des formes décoratives en
rend l'effet plus agréable ; il n’en est pas ainsi des beaux-arts.
4 4. Page de moulures
Sur la page ci-contre, on donne une esquisse de plusieurs variétés de moulures. Elles servent d'illustration à quelques-uns des principes de l’art décoratif qu’on vient de décrire. Les formes sont toutes éminemment conventionnelles, et ce sont celles qui s'adaptent le mieux à la décoration de la surface éverticale. Les quatre premières doivent être répétées à droite et à gauche, les trois dernières en haut et er bas.
1. Celle-ci est d'après la f uill: de trèfle ir'an”aïset la fleur de chardon écossais. Chaque forme démontre prr ill'istration l’équilibre d°s côtés, droit et gauche.