‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 2 sur 554 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

En composant l'ouvrage que je présente aujourd'hui au public, j'ai voulu à la fois initier les commençants à l'étude de l'ensemble des sources de l'histoire désignées sous le nom de documents diplomatiques et servir de guide aux historiens. L'expérience apprendra dans quelle mesure j'ai réussi à atteindre le but que je m'étais proposé.

Il importe assez peu de savoir ce qu'un travail de ce genre a pu coûter de temps et de labeur; mais il est moins inutile peut-être de dire que ce livre est pour une bonne part le fruit d'une enquête personnelle, poursuivie avec persévérance dans les archives et les collections de toutes les régions de la France et des pays voisins. Tout en profitant, comme il convenait, des travaux de mes devanciers et des résultats acquis par la critique depuis plus de trois siècles, j'ai voulu, dans la mesure du possible, vivifier la science par des recherches nouvelles et donner à mon travail la valeur qui peut seule résulter du contact immédiat des documents et de l'observation directe. J'ai fait effort pour m'affranchir ainsi d'efreurs traditionnelles, qui s'exagèrent et encombrent la science en se transmettant sur la seule foi des autorités.

Dans le vaste domaine des études diplomatiques, il existe des cantons depuis longtemps défrichés où les travailleurs ne cessent d'affluer, tandis que d'autres forment encore comme d'immenses réserves à peine explorées. Au risque de m'égarer, j'ai tenté d'y pousser des reconnaissances et d'y frayer quelques sentiers. Si ces premiers jalonnements pouvaient engager quelques chercheurs dans ces voies nouvelles, j'ai confiance qu'on ne blâmerait pas ma témérité. Je ne me dissimule d'ailleurs ni les lacunes de mon

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œuvre, ni les imperfections d'un plan et de classifications qui m'ont entraîné à des redites; j'avoue du reste n'avoir point trop cherché à éviter celles-ci lorsqu'elles m'ont paru contribuer à la clarté.

En vue d'être utile à tous ceux qui peuvent avoir à se servir des chartes, j'ai cru nécessaire de ne négliger aucun de leurs multiples aspects et d'appeler l'attention, ne fût-ce que par quelques remarques, sur les principales variétés des documents que les archives nous ont conservés. Je n'ai pas hésité à franchir nos frontières, mais je dois déclarer que le point de vue auquel je me suis placé a toujours été l'histoire de la France. Fondé sur les documents de nos archives françaises, ce livre s'adresse donc avant tout aux travailleurs qui veulent étudier les sources de l'histoire de notre pays. Ainsi s'explique l'apparente disproportion, dont on pourrait s'étonner, dans la part faite aux diverses catégories de documents.

La bibliographie a été l'une de mes principales préoccupations. Je ne l'ai point limitée aux travaux de diplomatique et j'y ai fait une large place aux ouvrages étrangers à cette science, mais susceptibles de servir à élucider les problèmes de tous genres que soulève l'étude des chartes. Je n'ai point eu la vaine prétention d'être complet; j'ai éliminé sans hésitation les livres surannés ou inutiles pour indiquer seulement ceux dont il m'a paru qu'on pouvait tirer profit, et de préférence les plus récents et les mieux informés; je n'ai pas craint, le cas échéant, de donner mon appréciation, ni surtout d'indiquer le genre d'utilité qu'on pouvait attendre des ouvrages cités.

Un travail qui met en œuvre des documents en grand nombre, dispersés un peu partout, et qui touche à une foule de questions diverses, ne pouvait s'effectuer sans que l'auteur eût recours au savoir et à l'obligeance de beaucoup de savants. Cette collaboration ne m'a pas fait défaut, et j'ai mentionné en leur lieu les communications dont je lui suis redevable. J'ai voulu, de plus, assurer à certaines parties de mon œuvre le contrôle d'une critique particulièrement compétente; c'est ainsi que mes excellents amis et confrères, MM. Antoine Thomas et Charles Bémont, ont bien voulu lire, l'un les chapitres qui touchent à des questions de philologie romane, l'autre tout ce qui concerne l'Angleterre; et que M. Callandreau, astronome à l'Observatoire de Paris, a pris la peine de revoir la partie relative à la chronologie technique; je dois à leur scicnwî des remarques et des conseils que j'ai cherché de mon mieux à mettre à profit. Enfin j'ai prié plusieurs amis et confrères, français

AVERTISSEMENT. vu

et étrangers, de relire la plupart des épreuves de ce volume et de me communiquer leurs observations ; je dois, de ce chef, des remerciements particuliers à MM. H. Lemonnier, M. Prou et L. Will. Mais entre ceux auxquels je me plais à exprimer ici ma reconnaissance) celui de tous à la science et à Tamitié duquel j*ai le plus souvent fait appel n'est plus là pour en recevoir le témoignage. La mort de Julien Havet est pour nos études, dont il était l'honneur, un deuil dont je ressens tout particulièrement la tristesse. Il n'y a guère» dans ce volume, de résultats que je n'aie soumis à l'épreuve de sa critique; il n'y a point de pages que j'aie écrites sans songer à lui et sans chercher à prévoir le jugement qu'il en pourrait porter. Au moment de me séparer d'un ouvrage dont nous^ avons si souvent discuté ensemble le plan et les détails, qu'on me permette de le placer, tout imparfait qu'il soit, sous le patronage de sa mémoire.

Novembre 1893.

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