‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 202 sur 554 · V. De Caxce. Gtoss. lat., au mot Prixceps · texte numérisé non relu

V. De Caxce. Gtoss. lat., au mot Prixceps

326 TITRES ET QUALITÉS DES PERSONNES. [Liv. m. Cm. i

titre de prince de Chalais en Périgord*. A partir du xvi» siècle nombre de fiefs furent érigés en principautés; citons : Joinville pour le duc de Guise, François de Lorraine, en 1552; Château-Porcîen, pour Antoine de Croy, en 1561 ; Guéméné, pour Louis de Rohan, en 1570. Chimay avait été érigé en principauté du Saint-Empire pour Charles de Croy dès 1486.

A la différence du titre de prince, celui de duc persista en France pendant tout le moyen âge. Comme on Ta vu plus haut, il était, presque toujours et dès lorigine delà féodalité, suivi, dans les actes publics, d*une spécification ; c*était ordinairement le nom du peuple (au génitif pluriel)» plus rarement l'adjectif ethnique; ce fut, à partir du xii* siècle, le nom du pays au génitif. Après la disparition du duché de France à Tavènement de Hugues Gapet, les seuls ducs du royaume furent pendant longtemps ceux de Guyenne, de Gascogne, de Bourgogne, de Normandie et de Bretagne. Et encore, si ces derniers prenaient généralement dans leurs actes ce titre de duc, la chancellerie royale persista, jusqu'à la fin du xm* siècle, à ne leur donner que celui de comte. Le nombre des ducs s'accrut à partir du xiv« siècle, par suite de la prérogative que s'attribuèrent les rois d'ériger en duché des seigneuries, souvent de fort médiocre étendue; l'usage s'établit notamment de donner les titres de duché aux apanages constitués au profit des princes du sang. Louis, sire de Bourbon, reçut du roi Charles IV, le 24 septembre 1527,1e titre de duc; cet acte d'érection de la seigneurie de Bourbon en duché est le plus ancien que Ton connaisse.

Comme le titre de duc, celui de comte demeura un titre éminent, attaché à la possession d'un grand fief, jusqu'à l'époque où les rois le multiplièrent, c'est-à-dire jusqu'au xv" siècle. Aux premiers temps de la féodalité, il est ordinairement déterminé par le nom du peuple (cornes Andecavorum ou Andegavensis), mais il est aussi, plus souvent que celui de duc, employé seul, sans aucune désignation de peuple ni de pays. Cela dura jusqu'au milieu ou à la fin du xn" siècle. A partir de cette époque, il est presque toujours accompagné du nom du fief au génitif {cornes Flandrie) ou quelquefois à l'ablatif précédé de la préposition de {cornes de Bellomonte).

Quelques comtes portent dans les actes le titre de comtes palatins* {cornes palatintts ou palacii). On sait que ce titre était sous les Mérovingiens et les Carolingiens celui de l'un des principaux fonctionnaires du

* Du Gange, D^« comtes palatins de France {Dissertation XIV sur Vhist, de S. Louy*^ au t. VU du Glois. lat.^ éd. DidotJ.

1. Probablement à l'exemple de ses ancêtres qui l'a vaienl porté au sens de seigneur : a WiUelmus Talemontis castri princeps et dominus » au xt* s. (Besly, Uisl. des comtes de Poitou, p. 320.) a ilelias Talairandus princeps lerrae » (Petragoris) en H3I. (Chai*tularium Sanclonense, n* ^, dans Car tut. inéd. de la Saintonge, publ. par A. GrasiLiER, t. II, Niort. 1871, in-4.) « Oliverius princeps de Chalesio ». (Charte de H74, citée par Du Ca^îgf, au mot Princeps.)

§i.] DUC, COMTÉ, MARQUIS, 327

palais. Certains comtes provinciaux, sous les derniers Carolingiens, furent investis de cette dignité * qui parait avoir eu pour conséquence un accroisr sèment de leur compétence judiciaire. Hugues, comte de Beauvais (-[ 1008), fut créé comte du Palais par le roi Robert', et ce titre honorifique devint héréditaire dans la famille des comtes de Champagne de la maison de Blois qui le portèrent jusqu'à Thibaut V (1 1270)\ Il fut pris aussi parfois par les comtes de Toulouse*, par les comtes de Bourgogne"^ et par les comtes d*Albon et de Vienne ^ mais il faut i^marquer que ces deux derniers relevaient de Tempire.

On rencontre souvent, depuis le x» siècle jusqu'aux premières années du xn^', le mot consul comme synonyme de cornes ; on doit observer toute* fois qu'il est d'un emploi moins fréquent dans les chartes que dans les chroniques'.

Le titre de marquis* (tnarchio, marchisus) ne se rencontre guère dans les actes français que dans les premiers temps de la féodaHté (x^xii^ siècle). il est à cette époque synonyme de comte, mais s'applique de préférence aux comtes des marches frontières. Les comtes de la marche d'Espagne, de Provence, de Flandre, de Normandie, prirent longtemps le titre jié marquis, aussi souvent, sinon plus, que celui de comte'; ce fut cependant ce dernier qui prévalut dans tout le royaume au cours du xu* siècle^ Depuis cette époque et jusqu'au commencement du xvi^ siècle il n'y eut

* Dom Bétenconri, Dissertation s'il a existé en France des marquis en titre de dignité avant le xvi* siècle^ dans Journal des savants, 1788^ pp. 607-620.

1 . Ilerbert, comte de Troyes, notamment, est ainsi quaUfié par le roi Lothaire en OSU {//m/, de Fr., t. IX, p. 641). — Guillaume Téle-d'Étoupe s'intitule en 942 : < Guillelc mus Dei gracia Pictavorum comes palacii ». (R^det, Doc. pour Vhist. de Végl, de Saint-Hilaire de Poitiers dans lesMém. de la Soc. des antiq. de VOuest, 1847, p. 25.)

2. Raoul Glabbr, Uist., lib. Ilf, 7; Cf. Ppister, Robert le Pieux, p. 136. ,,

3. < Campanie et Brie comes palalinus v, et dans les actes en français : « Thibaut, « par la grâce de Dieuroy de Navarre^ de Champagne et de Brie cuens palazins.:» (Ch. de 4265. — Fac-sim. Hthogr. de l'École des Chartes, n* 156.)

4. Notamment par Pons (1037-1060). Yoy. D. Vaissète. Origine du titre de comte Palatin que prenaient les comtes de Toulouse [Hist. gén. de Languedoc, éd. Privât, t. III, p. 297).

5. 1258. « Hugues cuens palatin de Borgogne. » [Arch. du Jura.)

6. 1218. c Ego Delphinus comes Albonii et Vienne palacii. » (Orig. Arch. de l'Isère, P" de la Chartreuse.)

7. Le duc de Bralagne Alain-Fcrgent s'intitule, dans une charte de la fin duxif.s., c Alanus consul, llocli consulis fîlius ». (A. de la Borderir, Actes inédits, n* 28.)

8. Borrcl, comte de Barcelone, s'intitule en 989: a Ego Borrelius com^« e^marc/tio». {FaC'Sim. à rus. de l'Éc. des Chartes, n» 34.) — Les comtes de Flandre du x« et du XI* siècle prennent le titre de Marchisus (voy. par ex. les actes publ. d'apr. les originaux de Gand par A. van Lokerex, Chartes de Vabh. de St-Pierre au Mont-Blandin, t. I, p. 23, 56, 94, etc.). — « Ego Bertrannus auctore Deo marchio sive comes Provinciae. » (Charte de 1044, Hist, gén. de Languedoc, éd. Privât, t. V, n» 223.) Raimond V s'inlitulc encore en 1188: < Nos, per Dei gratiam Ramundus, comes Tholose, dux Narbonc et « marchio Provincie ». (Fac-sim. lithogr. de l'École des Chartes, n« 366.)

528 TITRES ET QUALITÉS DES PERSONNES. [Liv. m, Cii. i

plus en France dans la hiiVarchie féodale de seigneurs portanl le titre de marquis. Les comtes de Savoie qui le prenaient au xiii^ siècle s'intitulaient marquU en Italie^. Ce fut en efTet d'Italie et d'Allemagne que ce titre revint dans les autres pays de TËurope. On peut citer comme les plus anciens marquisats de France, celui de Trans (Provence), créé en 1506 par Louis Xll pour Louis de Villeneuve, et celui de Nesle (Picardie), érigé en 1545 pour Louis de Sainte-Maure. Dom Bétencourt a prétendu, il est vrai, que le titre de marquis ne s'était jamais complètement perdu en France, et son opinion a été acceptée par un grand nombre d'historiens et surtout de généalogistes ; mais il n'y a pas un seul des textes allégués par lui que puisse accepter la critique*. En Espagne et en Angleterre le titre de marquis avait reparu dès le xiv<^ siècle'.

Le vicomte (vicecomes), qui avait été à l'origine un délégué (missus) du comte, n'avait pas tardé à devenir lui-même un seigneur. Ce titre fut

i. « Amedeus cornes Sabaudie et in Italia marchio. » (Ch. de 1261. Fac-sim. lithogr. de rÉcole de Charles, n* 464). Cf. D. Garutti, Regesia comitum Sabaudiae marchionum in Italia, Turin, 1891, in-S. (Bibl. êior, IlaL V.)

2. Voici l'indication sommaire des textes produits par Bétencourt {Mém, cit.) à Tappui de son opinion : 1" Mention que Simon de Clermont, marqui» de Nesie (•{- 1280), a été enterré dans l'abbaye de Beaupr(^. Le passage cité : «famosissimus ille Simon de Glaroc monte marchio de Nigella » est non pas d'un contemporain, mais des auteurs du Galita christ. (IX, col. 854), sous la plume desquels la confusion s'explique facilement parce que de leur temps la seigneurie de Nesle était un marquisat; mais aucune des nombreuses chartes du xnr s. où est mentionné Simon de Clermont ne lui donne d'autre titre que celui de seigneur {dominuê) de Nesle. — 2* Mention d'un acte du roi Jean de 1353, assignant une rente h « Renier de Grimant mari de Uilaire, iillc de Georges de Garret, marquis de Saon (sic) » (Arch. nat., JJ 82, n" 142). Lisez : Renier de Grimaldi et Georges del Garetto, marquis de Saigne. W s'agit par conséquent d'un marquis italien. — 3« Émancipation et contrat de mariage, en 1306, d'un prétendu marquis de Beaufort (Baluzr, Histoire de la maison d' Auvergne^ t. II, pp. 343 et 349). La lecture des actes où il est fait mention de a nobilis Marquesius de Belloforti, filius t naturalis et legitimus magnifici et potentis viri domini Guillermi comiiis de Uelloforli « et Alesti ac vicecomitis Mote », suffit à monti-er qu'il s'agit d'un fils du comte de Beaufort, portant le nom de Marquis. Encore qu'il soit assez rare, ce nom se rencontre parfois au moyen âge; plus souvent, il est vrai, sous la forme féminine de Marquisia. — 4" Traité de Louis XI en 1465 avec les Liégeois représentés par « le marquis de Baudin (sic) ». D. Bétencourt n'a pas reconnu dans ce personnage un marquis du Saint-Empire, Marc, margrave de Bade, alors gouverneur de Liège. — Il ne faut bien entendu tenir compte ni du marquisat de Pont-à-Mousson, fief de l'Empire, créé en 1354 par l'empereur Gharles IV, ni de celui de Saint-Sorlin (Bugey), crée en 1460 par le duc de Savoie.

3. Le premier prince qui aurait porté en Espagne le titre de marquis serait D. Ferdinand, fils d'Alfonse IV, roi d'Aragon, créé marquis de Tortose à sa naissance, vers 1330, d'apr. VArt de vérif. les dates, éd. in-8, t. VI, p. 532. — La première érection de marquisat en Angleterre daterait de 1385, d'après Thomas de Walsit^gham [flistoria Anglicana, éd. Rilet, t. II, p. 140; Chronicles and memorials of Great Britain) : « Greata est in hoc parliamenlo nova diguitas Anglicis insueta; nempe ft comes Oxoniae, dominus Robertus de Veer appellatur et factus est marchio Dubiliniae a in Hibernia; caeteris comitibus hoc indigne fcrentibus quod vidèrent eum gradum a celsiorem ipsis, régis munere, percepisse et praecipue, quia nec prudentia caeteris, « nec armis valentior videbatur. »

gl.] TITRES FÉODAUX. 329

très répandu dans la France féodale. Au nord de la France, en Flandre et en Hainaut principalement, on préféra le titre de châtelain (castellanus), qui fut à peu près synonyme. Il faut noter toutefois que l'un et l'autre de CCS titres ne désignent pas toujours des seigneurs féodaux, il y eut, en Normandie notamment, des officiers royaux ou seigneuriaux qui portèrent ce titre de vicomte, et d'autre part le titre de châtelain a parfois élé attribué aussi à des officiers chargés de la garde d'un château. De mènie que les comtes étaient parfois désignés sous le nom de consul, parfois aussi, aux X* et XI® siècles, on rencontre le mot proconsul avec la signification de vicomte.

Il ne faut pas confondre avec le vicomte, le vidame (vicedominus), titre qui désigne très généralement l'officier ou le seigneur remplaçant l'évéqué dans le service de ses fiefs (justice, service militaire, etc.). Ces offices, bientôt constitués en fiefs, prirent rang, dès les premières années du xii^ siècle au moins, dans la hiérarchie féodale. Dans leurs chartes les vidâmes ajoutent à leur titre tantôt la désignation de la cité épiscopale (vicedominus Ambianensis) et tantôt le nom de leurs fiefs constitués en vidamé (vicedominus de Gei^boredo, vidame de Gerberoy, titre du vidame de Tévêque de Beau vais).

Les mêmes fonctions étaient remplies pour les églises et les abbayes par les avoués (advocati) ; c'étaient souvent de grands seigneui^, comme par exemple les ducs de Guyenne pour l'abbaye de Saint-Hilaire de Poitiers, les comtes de Vermandois pour celle de Saint-Quentin, qui prenaient parfois dans les chartes le titre d'abbés (laïques) de ces abbayes. D*autres fois ce furent des officiers dont l'avouerie se transforma en fief.

Entre ces divers titres il y eut cependant quelque confusion : les avoués de certaines abbayes prirent parfois le titre dé vidame (les comtes de Vexin sont vidâmes de l'abbaye de Saint-Denis), et, d'autre part, l'évéqué de Thérouanne, au lieu de vidame, a un avoué, celui de Noyon un châtelain. Enfin le titre même de vidame fut parfois, mais rarement, synonyme de celui de vicomte.

De tous les titres le plus répandu â l'époque féodale fut celui de dominus (seigneur ou sire). On le rencontre en ce sens dans les actes depuis le XI® siècle ^ Mais bien antérieurement ce mot exprimait une qualité d'un usage continuel* et qu'on appliquait à tous les degrés de la hiérarchie, â Dieu et aux saints, au pape, aux évêques et aux simples prêtres dans l'ordre ecclésiastique, au monarque, aux grands feudntaires et à tous les gentilshommes dans l'ordre laïque. On distingua en français, en le traduisant par monseigneur pour les personnages placés aux premiers

1. « Ebbo dominus castri Partonaci » (seigneur de Parthenay). — (Marciiecay, Cartulahet du Bas-Poitou, ch. de lOOt, p. 12).

2. fl est écrit plus souvent Dompnus, Domnus dans les originaux antérieurs au !!• siècle.

550 TITRES ET QUALITÉS DES PERSONNES. [Liv. m, Ch. i

rangs de la hiérarchie, par messire pour ceux d*un rang inférieur. On trouve souvent le mot dominus comme qualificatif employé concurremment avec te môme mot exprimant le titre. Par exemple : Dominus Johannes, dominus BeUijoci, messire Jean, seigneur de Beaujeu.

Depuis les premières années du xv* siècle Dominus avait souvent pour équivalent Jfon«î^r, et ce terme s'appliquait aussi bien que Monseigneur aux plus grands personnages. Les princes du sang par exemple étaient désignés souvent par ce mot suivi de leui*s titres ou plus simplement de la désignation de leur principal fief : a Mon très redouté et honoré (( seigneur Monsieur le duc de Bourbonnoiz, comte de Clermont et de « risle », ou bien : a Monsieur de Bourbon ». On disait de même : a Monsieur de Guyenile, Monsieur de Berry », et lorsqu'on avait déjà nommé la personne : a Mondit sieur de Berry* ». Le féminin Domina avait pour équivalent français Dame ou Madame, terme qui exprimait un titre de seigneurie et était aussi une qualité attribuée aux femmes nobles à tous les degrés de la hiérarchie. Lemot(/om/ce//a (en français demoiseZ/tf), attribué d*abord aux filles des gentilshommes, fut appliqué aussi, dès le xni« siècle, aux femmes mariées ou veuves'. Plus tard on Tattribua de préférence aux femmes mariées de la noblesse de robe ou de la bourgeoisie.

En provençal et en catalan, une qualification analogue à celle de Dominus était la particule En — et par aphérèse iV' — pour le masculin, JVa — et par apocope iV' — pour le féminin*. Cette particule honorable précède généralement dans les actes les noms des personnages d'un certain rang, ceux des roturiers aussi bien que ceux des nobles : En Gaston vescoms de Bearn, — WAmaniu de ÏMbrid (d'Albret), — Na Costance vescomptesse de Marsan, — N'Aisilina de Fi/e/a. On avait depuis longtemps expliqué la forme féminine iVa par une aphérèse de Domina, mais l'explication de la forme du masculin n'avait pas laissé que d'embarrasser les philologues. Les formes Nos et Non, retrouvées par M. Ant. Thomas dans des chartes limousines, mettent hors de doute la dérivation analogue de Dominus et Dominiim^.

Le mot miles (chevalier) a été un titre aux premiers temps de l'époque féodale et fut alors à peu près l'équivalent de dominus : le seigneur de Saumur, par exemple, s'intitule dans les premières années du xi' siècle :

* Ant. Thomas, En et Na en provençal, dans Homania, t. Xtl (1885), p. 585.

1 . J'emprunte ces diverses dénominations à une seule et mc^me pièce : un traité d'alliance, conclu le 5 juin 1413 enirc le duc de Bourbon et le sénéchal d'Auvergne, dont l'original est aux Arch. nat. P 1555', cote 00. L'écriture permet d'y faire nettement la distinction entre les mots Monsieur et Monseigneur, ce qui n'arrive pas toujours. On y trouve désignés à côté l'un de l'autre a Monsieur le duc de Bourgoignc <> cl «i Monseigneur le duc d'Orliens i.

% 1347. < Ysabcl de Combes, damoiselle vefve de l'aage de quatre vins ans. » [Ai'ch. nat., n 68 n» 250.)

3. Cf. la forme Enz dans la Coutume de Saint-Bonnet-le-Château, Loire (MetbBi

gl.] TITRES FÉODAUX. 331

Ego Hùcbertus miles de CastrchSalmuro K Mais ce terme cessa bientôt d*éire un titre pour exprimer plutôt une prérogative. Au x'^et au xr siècle, il est assez souvent remplacé par une périphrase telle que : seculari militiae deditus^. A partir du xii« siècle certains seigneurs ajoutent fréquemment à leur titre la qualité de chevalier (miles), lorsqu'ils ont reçu la chevalerie; cette habitude devint générale à partir du règne de Philippe Auguste'.

Au-dessous du chevalier est Técuyer (armiger), titre assez rare dans les chartes, car ce n'était qu'exceptionnellement que les écuyers atteignaient Tâge d'homme sans être devenus chevaliers. Il en fut de même du titre de damoiseau ou donzel (domicellus), titre attribué aux jeunes gentilshommes avant qu'ils eussent reçu la chevalerie, et qui répond assez exactement au titre allemand de Junker, Toutefois il arriva assez souvent, surtout depuis le im^ siècle, que des seigneurs, détenteurs de petits fiefs, astreints au service militaire et vivant noblement, ne furent jamais assez riches pour devenir chevaliers et s'intitulèrent toute leur vie damoiseaux, en accompagnant leur titre du nom de leur seigneurie.

Outre les titres féodaux d'un usage général, il convient de noter quelques désignations singulières ou d'un emploi exceptionnel. Il y eut jusqu'au XH« siècle dans le midi de la France, et spécialement en Languedoc, en Roussillon, en Catalogne, en Limousin, en Auvergne, en Rouergue, en Gévaudan et en Quercy, des seigneurs que les textes latins nomment Comitores ou Comptores^ que l'on traduit ordinairement par Comiors*. En Guyenne quelques seigneui*s portèrent le titre de Captai (Captav^ CapilaUp en latin Capitalis et Capitaneus) ; les seuls célèbres furent les Captais de Buch*. D'autres seigneurs du Bordelais, ceux de l'Estrade et

* F. de Gainai, Du titre de Comior usité dan» une partie de la France et notamment en Rouergue au moyen Age, au t. UI, pp. 511-331, de ses Études hisi. sur le Rouergue, Paris, 1858, in-8».

Recueil d'anciens textes, p. 173.) Je relève la forme Na appliquée au masculin {Na Rostauli de Lopiat, horgues de Bordeu) dans une charte de 1365. {Recueil de Fac-sim. à l'usage de VÉc. des Chartes, n» 210.)

i. Entre 1009 et 1(H2. Bibl. nat., cop. de Gaignièrcs, ms. lat. 17127, fol. 153.

ï. En 087, Thibaud, fils d'Eudes !•% comte de Blois et de Tours, s'intitule : Tetbaldus vir armis militaribus deditus (Orig. Bibl. de Blois. Publ. dans la Bibl. de fÉe. des Chartes, t. XIX (1858), p. 366). — Gilduin. seigneur de Saumur v. 1035 : Ego Gilduinus vir seculari militiae subditus. (Orig. aixh. de Loir-et-Glier.) — Guillaume de Talmont, V.1050 : Saeculari militiae mancipaius. (Marciiegat, Cartulaires du Bas-Poitou^ p. 87.) Cf. Militias saeculares exercere. (Greg. Tch., Hist. Franc. VIII, Cli. 39.)

3. Dés le XI* siècle, Alain III s'intitule « Ego Alanus, dux Britanniae, saeculari militiae mancipatus ». (Gliarte pour Marmoiitiers, 1015-1032, A. de la BonoERiE, Rec. d'actes inéd. des ducs de Bretagne, n* 5.)

4. Capitalis de Bogio. La seigneurie portait le nom de Captalat. On trouve dans les chartes la dame de Buch portant le titre de captalessc {capita lissa). On a discute sur l'origine de ce titre, qu'on ne trouve dans les documents qu'à partir du xni* siècle.

552 TITRES ET QUALITÉS DES PERSONNES, [f^iv. m, Cw . i

(le la Trau, portaient les titres de Soldicus ou Soldanus (en français Soudic), que 1 on a rattachés au mot SyndicuiK Les comtes d*Albon prirent depuis Guigues IV (il 10) le titre énigmatique et encore inexpliqué de Dauphins^Ah y ajoutèrent plus tard le nom de leur fief {Delphinus Viennensis), qui porta lui-môme ensuite le nom de Dauphiné. Guillaume V^ d*Auvei^ne prit en 1167 le môme titre de Dauphin^, que portèrent aussi ses descendants, qui continuèrent à sintituler Dauphins d'Auvergne. Ou sait que le Dauphiné de Viennois ayant été cédé à la France en 1549, le titré de Dauphin fut depuis lors attribué aux fils aînés des rois, qui le portèrent jusqu'à la chute de la monarchie. Le titre de Damoiseau fut attaché depuis le x\^ siècle à la seigneurie de Commercy ^

Il faut remarquer que dans les actes du moyen âge les titres laïques sont toujours précédés du nom propre, la première fois du moins que le personnage est nommé ; il arrive, par contre, que le titre est quelquefois supprimé et que la personne est désignée par son nom suivi du nom du fief. On a vu que, dans les premiers temps de la féodalité, le titre n'était fréquemment accompagné d'aucune spécification de fief; il faut ajouter que, lorsqu'il s'y joignait une désignation, celle-ci variait assez souvent dans les chartes d'un même personnage. C'est ainsi, par exemple, que les feudataires qui retinrent le nom de comtes de Champagne s'intitulèrent longtemps, tantôt come$ tout court, et tantôt comtes des Francs, ou de Trôyes, ou de Dlois; ce ne fut qu'à partir de Thibaut IV (1214) que le titre Campante comes prévalut définitivement.

Dès le xn^ siècle certains personnages faisaient suivre leur nom dans les chartes des divers titres qu'ils possédaient; cela devint plus fréquent au xni<^ siècle et passa en usage au siècle suivant. Il ne semble pas qu'il y ait jamais eu de règle quant à l'ordre à observer dans l'énumération des titres, que l'on trouve souvent placés sans aucun égard à la hiérarchie féodale. On faisait souvent suivre immédiatement le nom du titre le plus ancien de la famille, encore qu'il fût inférieur à d'autres d'une acquisition plus récente. C'est ainsi que les La Trémoille plaçaient leur titre de

V. Du Cange, Glo88. lai., au mot Cvpitalis. Il était aussi porté par les seigneurs de la Trene (Gironde) et par quelques autres de la même région.

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