‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 40 sur 554 · Des Périodes chronologiques · texte numérisé non relu

Des Périodes chronologiques

On sait qu*il faut entendre par périodes chronologiques des séries composées d'un certain nombre d'années qui ont servi à la supputation du temps. Telles étaient les Olympiades, dont on doit dire ici quelques mots, parce que le terme sinon la chose se retrouve dans un certain nombre de documents du moyen âge.

11 suffira de rappeler que la supputation par Olympiades fut introduite en Grèce, au rapport dePolybe, par Thistorien Timée (552-256 av. J.-C.). Celui-ci se serait servi le premier, pour calculer le temps, de la liste des vainqueurs des jeux Olympiques, qui avaient lieu tous les quatre ans, liste remontant à Tan 776 av. J.-C. Les Olympiades étaient donc à la l'ois une ère, ayant son point de départ en 776 avant J.-C., et une période chronologique de quatre années. On exprime les dates d'après ce système, en indiquant le chiffre de l'année de la période et le nombre des périodes. C'est ainsi, par exemple, que la bataille deSalamine eut lieu la 1"^ année de la 75' Olympiade (480 av. J.-C.), ou encore que la 1" année de notre (•re correspond à la 1"* année de la 195* Olympiade. Celte manière de supputer les années fut d'un usage courant en Orient et en Occident jusqu'au iv« siècle ; elle fut alors remplacée par le compte des indictions et fut complètement abolie, d'après Cédrénus, après la 16* et dernière année de l'empire de Théodose (2* - 3* année de la 293« Olympiade ; 395 ap. J.-C.). On trouvera jusqu'à cette date, dans la Table chronologique ci-après (p. 177 et suiv.), la concordance des Olympiades avec les années de l'ère chrétienne. Il serait du reste facile de la calculer d'après la formule suivante : soit N le chiffre des Olympiades et P le chiffre des annéesdansla période ; la date de l'ère chrétienne =: (iN — 1) x4-l-P — 776. Par exemple : la 16* année de Théodose s'étant terminée le 17 janvier dans h d« année de la 293* Olympiade :

(293— 1) X 4 -h 3— 776 = 395 ap. J.-C. n faut toutefois observer qu'une grande confusion s'était introduite

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dans le compte des années des Olympiades, parliculièrement à cause de variations sur le point de départ de Tannée. Régulièrement, Tannée olympique commence le {^'juillets et la concordance avec les années de Tére chrétienne doit être corrigée de la manière suivante :

, ^ ( du !•' janv. au 30 juin = 01. 194. lY. An 1 ap. J.-t. I ^y ^„ jjj.j, ^^ 3^ déc. = 01. 195. I.

A o I r \ **" 1*' janv. au 30 juin =01. 195. I. An 2 ap. J.-t. I ^^ j„ jyji, jy 31 j^^ ^Q, ^^^ I,

et ainsi de suite. Mais, en réalité, plusieurs écrivains ont fait commencer Tannée olympique à la même date que Tannée civile des Grecs, c'est-àdire au 1^' septembre. Il existe encore d'autres calculs dans le détail desquels il serait trop long et inutile d'entrer ici.

L'expression Olympiade, après avoir longtemps disparu, se retrouve dans quelques chartes du x*" et du xi' siècle, mais avec un sens tout différent de celui qu'elle avait auparavant*. Les clercs qui l'employaient alors, pour faire étalage d'érudition et ajouter un élément chronologique de plus à ceux dont ils compliquaient leurs actes, ignoraient absolument ce qu'avaient été les Olympiades; la seule notion qui subsistât était celle de période de quatre ans, et c'est dans ce sens qu'ils ajoutèrent à Tannée du règne un chiffre d'Olympiades, c'est-à-dire le nombre de périodes de quatre ans que comprenait la durée du régne. Au point de vue de la critique, cet élément chronologique est donc totalement dépourvu de valeur. En voici un exemple emprunté à une donation de biens du comté d'Autun à Tabbaye de Cluny en 956 : « Data in mense maio, ebdomada (( I. ejusdem mensis, anno imperii Lotharii régis filii Ludovici régis H., « prima olympiadis*. » D'après le calcul ordinaire, le mois de mai 956 concorderait avec 01. 453.III; mais cette indication ne signifie pas autre chose ici que la i"^ période de quatre ans du règne de Lothaire^.

Se rindiction. — L'indiction, dans Tempirc romain, désignait le montant de Tinipôt foncier, dont l'assiette était, depuis le principat d'Hadrien ou environ, revisée tous les quinze ans. Le sens du mot indiction

* Aug. Bernard, Observa tiont sur le sens du mot Olympiade employé dans les actes du moyen âge, dans Mém. de la Soc. des Anliq. de /•>., t. XXII (1854).— JVcwr. Traité de diplom,, l. IV, p. 703, et t. V, p. 750, n. — Art de vérif, les dates, Dissert., p. 3. ~- Du Gange, Glossariumy au mot Olympias.

1. Encore est-ce une date conventionnellemcnt adoptée par les chi*onologistes; ladite exacte serait la pleine lune qui suit le solstice d'été.

2. Recueil des chartes de l'abb. de Cluny, publ. par Al. Bruel, t. H. n* 9M. — Cf. du même, Etudes sur la chronol. des rois de Fronce et de Bourgogne, dans BibL de l'Ecole des Chartes, t. XLI (1880), p. 371.

5. Dans la date suivante d'un dipl. du roi de France, Philippe I", publ. par Unt [Ilist. du Berry... Paris, 1647, p, in-12, lOt), il semble impossible d'expliquer le chiffre de rOlympiadc : a .... anno ab incarn. Domini mcii., indict. x.. Olympiade trecentesim « fecunda, epacta xx.... i>

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§ 2). ÏXDICTIOX. 97

solendit bientôt et désigna d*abord Tannée financière et plus tard la période quindéceunale comprise entre deux revisions des matrices cadastrales. Plus tard encore, on imagina de se servir de cette période de quinze années dans les supputations chronologiques. C'est au régne de Constantin qu'on fait généralement remonter cet emploi de l'indiction, et il est dans tous les cas ceitain que c*est sous son règne, à Tannée 515 apr. J.-C., qu*a été fixé le point de départ du compte des indiclions ^ Le plus ancien exemple de Tusage de Tindiction, comme élément chronologique d'une date, parait se trouver dans un édit de Tempereur Constance de 556 (Cotl, Theodos.y XII, 12, 2); c'est également au iv^ siècle qu'on en trouve mention dans les auteurs ecclésiastiques, et notamment dans saint Athanase et dans saint Ambroise.

Au point de vue chronologique, les indictions sont donc des périodes conventionnelles de quinze années dont la première commence en Tan 515 apr. J.-C; mais, à la différence de ce qui civait lieu pour les Olympiades, on n'exprimait jamais, en datant d'après ce système, le nombre de périodes écoulées depuis le commencement de la première, mais seulement le rang qu'occupait Tannée dans la période. Indiciione ffuarta signifie, non pas la 4<^ période quindéceunale, mais la 4<* année d'une période indictionnclle indéterminée*. On voit dés lors que cet élément chronologique peut servir moins à déterminer qu'A vérifier une date d'année de l'ère chrétienne, lorsque celle-ci est elle-même indiquée ou qu'on a pu la fixer à l'aide d'autres éléments : ans de règne, synchronismes, concordances quelconques, etc.

Pour calculer ou vérifier Tindiction d'une année donnée de l'ère chrétienne, il suflit de retrancher du millésime le nombre 512, — qui représ(*nte le temps pendant lequel il n'y a pas eu d'indictions, — et de diviser le reste par 15. Tandis que le quotient donnera le nombre de périodes quindécennales écoulées depuis 512, le reste de la division

1. Tous les auteurs ne sout pas d'accord sur cette date de 513; les uns placent la 1'«indM:tionen3l2,et, de fait, l'année indictionnelle ayant, comme on le verra plus loin, cummencé longtemps au 1*' septembre, le point de départ véritable est le l*' sept. 51^2. irautres la lixent en 314 ou même en 315. Hais la date de 313 a été très généraleinent adoptée et, malgré les assertions conU*aires, je n'ai pu trouver d*exemples certains d'autres calculs. La plupart des computistes du moyen flge l'ont admise, ou du moins, ce qui revient au même, ont pris pour base de leurs calculs la concordance de l'an i*' de J.-G. avec la 4* indiction. Voyez plus loin, p. 08, n. 1.

2. On a signalé quelques exceptions qui ne sont que des singularités : Art de vérif. /«M d«te9. Dissert., p. 36, n. 1 ; Aug. Berxako {Observations sur quelques indications rhronol. en usage au moyen âge, t. XXII (1853) des 3/6r. de la Soc, des antiq. de Fr.^ p. 6 du tirage à part) cite : un acte de Corvey (et non de Gorbie) de 1112, daté : « indictionis LXXIX., anno V >. (A obsen-er que le chiffre des indictions a été calculé comme si le point de départ était en l'an 3 av. J.-G.) ; — un acte d'un comte de Forez de iiOO, daté : « LXXXI. indictionis, anno IV v. (Même calcul, en supposant l'acte d'une date postérieure à septembre et Tindiction calculée à partir de septembre 4 av. J.-C.): — une pancarte pascale de Beau vais portant la mention pour 1217: « indic- « timiis LXXXIl. annus V. ». (Même calcul.)

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98 PERIODES CHllONOLOGIQLES. [Liv. ii, Chap. i,

indiquera le rang de l'année dans la période courante, c est-à-dire le chiffre cherché. S'il n'y a pas de reste, c'est que le millésime correspondra à la J5* année de l'indiction *. Soit x l'indiction cherchée, et M un millésime quelconque :

x^r^ reste de — —

io

Il faut remarquer toutefois que ce calcul, ainsi que les Tables chrotuh logiqueSf donne la concordance entre une année de l'ère chrétienne de notre style et une année indictionnelle qui commencerait au 1" janvier; mais il n'en a pas toujours été ainsi : il y a donc lieu à une correction dans certains cas et pour certaines époques de l'année.

Originairement, le point de départ de l'indiction était le 1" septembre. L'année financière des Romains commençait à cette date. Ce système s'est perpétué en Orient d'autant plus facilement que ce terme coïncidait avec celui du commencement de l'année grecque ; mais on en trouve aussi de fréquents exemples en Occident. C'est Vindiction grecque^ conslantinienne ou constantinopolitaine.

Pour vérifier une indiction calculée d'après ce système, il ne faut pas oublier que, le point de départ étant le 1" septembre 312, elle anticipe de quatre mois sur l'indiction calculée d'après la formule indiquée plus haut. Soit l'année 864 dont l'indiction, d'après le calcul ordinaire et les Tables chronologiques, est 12; cette 12^ indiction, calculée dans le style grec, a commencé dès le 1*^ septembre 863 pour se terminer le 31 août 864. La concordance exacte de l'indiction grecque avec l'année de l'ère chrétienne n. st. doit donc être établie ainsi :

g- t du 1" janv. au 31 août = indict. 12. ^^* } du 1" sept, au 31 déc.=indict. 13.

11 y a donc lieu d'augmenter le chiffre de l'indiction d'une unité pour les mois de septembre à décembre, lorsqu'il s'agit de l'indiction gi'ecque.

Les Anglo-Saxons rapprochèrent le point de départ de l'indiction de l'équinoxe d'automne et le fixèrent, par suite de calculs astronomiques défectueux, au 24 septembre*. Ce fut le système adopté par Bède*, et que ses ouvrages répandirent dans toute l'Europe occidentale. Cette indiction a été notamment en usage, sauf quelques exceptions, à la chancellerie des empereurs d'Allemagne, depuis Conrad I*^ jusqu'à Charles IV

1. Les computistes du moyen fige, et beaucoup de chix>nologistes d'après eux, indi-

quent une formule un peu différente pour calculer l'indiction : x = i*este de '-•

Gela tient à ce qu'ils faisaient remonter fictivement le compte des indictions à l'an 3 av. J.-G. : « Quarta indictione secimdum Dionysium natus est Dominus ». (Bède, De teniporum ratione^ cap. xlix; Migxe, Patrol. lat,^ t. XG, col. 496.)

2. C'est la date donnée par Bèdb pour l'équinoxe d'automne (De Temporibus liber, cap. TU, dans NiGKE, Patrol. lat., XG, col. 283).

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