‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 75 sur 554 · DU CALENDRIER RÉPUBLICAIN · texte numérisé non relu

DU CALENDRIER RÉPUBLICAIN

Ères de la Liberté et de l'Égalité. — Ère républicaine. — Calendrier républicain. — Sa construction. — Division en mois et décades. — Hétablissement du calendrier grégorien à partir du i*' janvier 1806. — Table de concordance des calendriers républicain et grégorien.

Dès les premières années de la Révolution française on avait songé à substituer â Tère chrétienne une ère nouvelle. A partir de \ 790, sans qu aucune décision législative paraisse être intervenue, lusage s'établit de désigner Tannée sous le nom d*an nde la Liberté*. Mais une confusion ne tarda pas à s'établir : les uns, prenant pour point de départ de Tère nouvelle le i4 juillet 1789, datèrent de Tan ujusqu en juillet i791; d'autres, comptant 1789 pour une année entière, commencèrent à dater de Tan m en janvier 1791. La question fut portée devant TAssemblée législative, qui décréta, Ie2janvierl792, que tous les actes publics, civili^etjudiciaires, porteraient désormais la mention de Vère de la Liberté^ et que Tan iv de la Liberté avait commencé le 1" janvier 1792*. Après le iO août, on ajouta Fan de TËgalité; les numéros du Af ontteur à partir du 21 août 1792 portent tous la mention : L*an iv de la Liberté et le 1*^' de l'Égalité.

A ce mode de dater, auquel on joignait presque toujours alors l'indication de Tannée grégorienne, la Convention substitua Vère repu-blicaine. Dés sa première séance, après avoir aboli la monarchie, elle décréta, sur la proposition de Billaud-Varennes, que ce jour ouvrait l'ère de la République et que a tous les actes seraient désormais datés de l'an i*' de la République française » . Pour mettre les années de l'ère nouvelle en concordance avec le calendrier en usage, on fit d'abord commencer l'an n avec le mois de janvier 1795, mais bientôt la Conven-

* Georges Villain,' Le Calendrier républicain, dans La Révolution françaiêe, t. IV, 1884-1885.

1. C'est le numéro du Moniteur du 14 juillet 1790 qui est pour la première fois daté du c i" jour de Tan n de la Liberté >.

2. Le Moniteur du 4 janvier 1792 est daté de l'an m de la Liberté. En exécution du décret de l'Assemblée, le numéro du 5 janvier est daté de l'an rV.

170 CALENDRIER RÉPUBLICAIN, [Liv. ii,

tion songea à remanier tout le système du calendrier. Le Comité d'instruction publique chargea une conunission présidée par Romme et à laquelle furent adjoints les savants les plus illustres : Lagrange, Monge, Lalande, Guyton, Pingre, Dupuis, etc., de préparer un projet. Sur sa proposition, un décret du 5 octobre an h (i795) fixa le point de départ de Tère républicaine et le commencement de Tan i^ à la date même de la proclamation de la République, qui se trouvait coïncider avec Téquinoxe d'automne, au 22 septembre i792. Le même décret établissait un Calendrier républicain, qui fut bientôt remanié, surtout au point de vue de la nomenclature, par Fabre d*Églantine, et promulgué sous cette nouvelle forme par décret du 4 frimaire an u (24 nov. 1795). Il demeura en vigueur jusqu'au i* janvier 1806.

On s'est donc scr^i en France, pendant près de treize années, dans tous les actes ofliciels et publics et très généralement aussi dans l'usage oniinaire, d'un calendrier difTéi^ent du nôtre. Il importe de pouvoir ramener une date exprimée d'après le calendrier républicain au calen* drier grégorien et réciproquement.

Le nouveau calendrier avait été inspiré par le désir de remplacer le calendrier grégorien — où l'obligation de tenir compte des usages religieux a laissé tant de sur>ivances d'une astronomie surannée, exclue depuis longtemps de la science, — par un calendrier plus scientifique et plus simple, et de mettre la mesure du temps en harmonie avec les autres mesures, si heureusement substituées aux anciennes mesures locales. Mais tandis que l'un des grands avantages des nouvelles mesures avait été de substituer l'uniformité à la diversité, pour le calendrier au contraire, alors que le monde civilisé presque entier était d'accord ou à peu près sur la mesure du temps, on substituait à cet accord général une dissidence fâcheuse. Il était difficile d'espérer en effet que les autres nations pussent un jour accepter conune point de départ de l'ère universelle un événement de l'histoire de France, et faire dépendre le conunenceraenl de l'année et la division du temps de calculs relatifs au méridien de Paris.

On a vu plus haut que le point de départ de l'ère républicaine avait été ûxè au jour de la proclamation de la République (22 sept. 1792). La coïncidence de cette date avec l'équinoxe détenninait pour l'avenir le commencement de l'année, qui fut fixé « à minuit, avec le jour où tombe l'équinoxe vrai d'automne pour l'observatoire de Paris ». (Décret du 4 frim. an n, art. 5.) C'étaient donc les astronomes qui devaient déterminer pour chaque année le moment exact du passage du soleil par le plan de l'équateur, et un décret spécial fixait ensuite le commencement de l'année. Cette variation du point de départ des années, qui commençaient ainsi tantôt le 22 et tantôt le 25 ou même le 24 septembre, l'incertitude qui en résultait et le principe de régler la détermination de cette date sur l'heure de Paris, constituaient les gros défauts du nouveau calendrier. Il y a lieu d'ajouter que lorsque le passage du soleil au point èquittoxial devait se produire vers minuit, les calculateurs les plus habiles pouvaient être fort embarrassés de le fixer avant ou après l'heure

Ch. V.] CALENDRIER RÉPUBLWUIN. 171

exacte de minuit et par conséquent de décider si Tannée devait commencer un jour ou Fautre. Deldmbre a fait la remarque que les Tables astronomiques en usage n*auraient pas permis de déterminer, d*aprés la règle du décret du 2 frimaire an n, le commencement de Tannée 144 de Tère républicaine (en 1935).

L année républicaine était réglée sur Tannée solaire : chaque année comptait 365 jours, et pour la rapprocher de Tannée tropique on avait emprunté à Tancien calendrier le système de Tintercalation ; tous les quatre ans, ou, comme on disait, chaque sextile, on ajoutait un 366*" jour. Cette période de 4 ans s'appelait la franciade*, et au jour intercalaire, nommé jour de la Révolution et placé à la fin de Tannée, on devait célébrer des jeui nationaux. Quant à Terreur annuelle d'environ 11 minutes négligée par ce système, on laissait aux astronomes le soin de déterminer les époques éloignées où il serait nécessaire de supprimer une intercalation'.

L année était divisée en 12 mois égaux de 30 jours chacun, et comme 12 mois de 30 joui*s ne font que 360 jours, ils étaient suivis de 5 jours n appartenant à aucun mois, nommés d'abord jours complémentaires (décret du 5 octobre 1793), plus tard sans-culoltides (décret du 4 frimaire an u) et enfin, de nouveau, jours complémentaires (décret du 7 fructidor an m). Le jour de la Rév(^ution formait dans les années a sextiles » un 6* jour complémentaire.

A la semaine, qui n'est une division exacte ni des mois, ni des années, ni des lunaisons, on avait substitué la décade, ou période de 10 jours, qui divisait le mois en trois parties égales.

Les mois, les décades, les jours des décades et les jours complémentaires furent d'abord a désignés par les dénominations ordinales a (décret du 5 octobre an u). On devait dater, par exemple, du 2« jour de la ^ décade du 2« mois de la 2*^ année de la République ; mais on ne tarda pas à constater combien cette numération abstraite entrerait difficilement dans l'usage. Le poète Fabre d'Églantine trouva et fit adopter pour les mois des dénominations nouvelles dont la signification et les désinences symétriques avaient l'avantage de rappeler les saisons. Les mois d'automne

i* c En mémoire de la Révolution qui, après qualité ans d'elTorr, a conduit la France au gouvernement républicain. • (Décret du 4 frimaire an u.)

2. Ou plutôt Tintercalation n'était pas nécessairement périodique. Aux termes du décret du 4 frimaire an n, chaque intercalation devait être réglée par les calculs astronomiques : « L'année oitlinaire reçoit un jour de plus* selon que la position de l'équinoxe le comporte, afin de maintenir la coïncidence de Tannée civile avec les mouvements célestes.... La période de quatre ans. au bout de laquelle cette addition est ^inairemenl nécessaire, est appelée la franciade {ùvi. iO) ». Le désir de mettre en complète harmonie Tannée civile et « les mouvements célestes » conduisait à supprimer 1^ règles invariables qui ne peuvent donner que des approximations, pour mettre le calendrier à la merci des astronomes. Le remède était pire que le mal. Ce défaut *vait du reste bientôt frappé les auteurs mêmes du calendrier. Romme fit du rétablisornent d'une intercalation régulière l'objet d'une proposition & la Convention, impri- <D^ et distribuée, mais sa mise en accusation, puis sa mort le 2 messidor an m (20 juin ^'*^)i Tempéchérent d'aboutir.

m CALENDRIER RÉPUBLICAIN. [Liv. ii, Cm.t,]

furent : vendémiaire^ brumaire^ frimaire; ceux d'hiver : nivôse^ pluviôse et ventô$e; ceux dû printemps: germinal, floréal, prairial, et cieux- de l'été : messidor, thermidor, fructidor. Cette ingénieuse nomenclature avait cepen* dant rinconvénient du calendrier tout entier; elle ne s'appliquait exactement qu'au climat de la France. Quant aux jours de chaque décade, on leur attribua des noms formés de la numération ordinale : primidi, duodi^ tridi, quartidi, quintidi, spxlidi, septidi, octidi, nonidi, décadi. Cette combinaison mettait les jours en relation constante avec les quantièmes primidi était en effet toujours le !•% le 11 et le ai de chaque mois*

Le système décimal fut appliqué en outre à la division du jour en 10 heures, à la division de l'heure en 100 minutes, et de la minute en 100 secondes décimales.

*" Au point de vue chronologique il y a lieu de remarquer que l'on n'a guère employé régulièrement le calendrier républicain qu'à partir de frimaire an n (décembre 1793). Auparavant, les dates qui ne sont pias exprimées d'après l'ancien calendrier présentent quelque confusion ; souvent, du reste, à la date du nouveau style on prenait la précaution d'ajouter entre parenthèses la date grégorienne. Il importe de ne pas confondre l'ère de la liberté, commençant en 1789, avec Vère républi-^ caine; il faut se rappeler de plus que celle-ci eut quelque temps son point de départ au 1" janvier 1792; les documents compris entre le 1*^ janvier et le 21 septembre 1793 ont été datés de l'an u, alors que, d'après le calendrier décrété le 5 octobre suivant, ils appartiennent à l'an !«'. Enfin, du 5 octobre au 24 décembre 1793 (4 frimaire an ii), oh a désigné les mois et les jours par des numéros d'ordre. A la fin de la Révolution, le calendrier républicain était depuis plusieuirs années déjà tombé presque complètement en désuétude dans l'usage ordinaire et n'était plus employé que dans les documents officiels. De même, les semaines et les anciens noms des jours avaient reparu depuis le réta* blissement du culte'. Il fut aboli officiellement et l'usage du calendrier grégorien rétabli par sénatus-consulte du 22 fructidor an xm (9 sep-i tembre 1805) à dater du 11 nivôse an xiv, 1*^ janvier 1806. "

Pour ramener les dates républicaines aux dates correspondantes du calendrier grégorien, il faut de toute nécessité savoir à tout le moins à quelles dates de l'ancien calendrier a correspondu le 1*' vendémiaire, c'est-à-dire l'équinoxe vrai d'automqe, calculé sur l'heure de Paris, pouf chacune des années pendant lesquelles le calendrier républicain a été en usage. Les explications qui précèdent permettraient ensuite de reconstituer pour chaque année la concordance complète des deux calendriers. Poui* plus de facilité, on trouvei'a dans le tableau suivant la concordance des dates du l^*" et du 15 de chacun des mois républicains^ ainsi que des 5* et 6« jours complémentaires avec les quantièmes correspondants des mois' de l'ancien Xalendrier depuis 1793 jusqu'à la fin de 1805^ ■ ■ ■ . p.» ■■ ■■■ i.i.

,. i. Dés l'an x (1^02), riiidicatiôn des anciens jours de la semaine se retrouve dans les documents ofncîels. . --

Page 1