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LIFR ART NE YURK INTRODUCTION ts
Plus d’un siècle s’est écoulé depuis qu'a paru en France la première édition d'un livre devenu classique entre tous dans sa spécialité, le Bon Jardinier, dont les éditions successives ont largement contribué au progrès de l’agriculture et du jardinage. Mais, depuis cette époque, et surtout depuis une quarantaine d'années, tout a marché autour de nous avec une rapidité sans exemple. L'application de la vapeur à la navigation et la création des chemins de fer, qui sillonnent l’Europe et l'Amérique et déjà pénètrent dans les autres parties du monde, ont mis en communication des peuples qui jusque-là vivaient isolés et se connaissaient à peine de nom. Tel est le point de départ de ce grand développement des sciences de la nature dont nous sommes témoins aujourd'hui et celui d'importantes découvertes qui ont profité à l’industrie et aux arts. De là aussi l'expansion des peu- ples civilisés vers des pays nouveaux que le trop plein de la population de la vieille Europe tend à coloniser. Malgré ses malheurs récents, la France est vaillamment entrée dans ce concert, et on peut espérer qu'à l’aide d’une administration éclairée et persévérante, elle remontera au rang qu’elle occupait dans les deux siècles derniers comme puissance colonisatrice, et dont elle n’aurait jamais dû déchoir.
Coloniser, c'est demander à la terre tout ce qu’elle peut produire eu égard au climat et à la nature du sol. Ge sont là les conditions premières et naturelles de la culture ; mais à côté d'elles il y en a d’autres dont il importe également de tenir compte : ce sont les conditions économiques, toujours complexes, variables suivant les temps et les lieux, et qui trouvent leur expression la plus nette dans les transactions commerciales. Une terre, quelle qu’elle
soit, ne produit jamais à elle seule tout ce qui est nécessaire à une société civilisée, et ce qu'elle produit le plus aisément n’est pas toujours ce qu'il y a de plus avantageux à celui qui la cultive. Telle plante qui, pendant des siècles, a fait la fortune d'un pays, peut, à un moment donné, ne plus payer ses frais de culture, soit parce que la terre est épuisée, soit par suite de la cherté du travail, soit enfin parce qu’elle est supplantée par un autre produit plus en harmonie avec des goûts nouveaux. L’histoire de l’agriculture, comme celle du jardinage, en offre de nombreux exemples. Il y a là des nécessités qui s'imposent; mais le répertoire des plantes cultivées ou à introduire dans la culture est si vaste, qu'il y a toujours moyen de parer aux éventualités.
A aucune époque de l’histoire, l’art de la culture n'a été aussi savamment pratiqué qu'aujourd'hui; à aucune époque non plus, le domaine de la nature n’a été scruté avec plus d’ardeur. On a d’abord voulu connaître, sans autre but que de satisfaire une noble et légitime curiosité ; puis, comme surcroît à la science, on a successivement découvert l'utilité d'une multitude de plantes et d'animaux longtemps négligés, qu'on s'efforce actuellement de soumettre à la domestication. C'est un des grands progrès de notre siècle, et ceux qui y auront contribué, ne füt-ce que par une seule plante devenue économique, mériteront le titre de bienfaiteurs de l'humanité. N'oublions pas ces hardis pionniers de la science, qui ont exploré, souvent au péril de leur vie, les contrées lointaines dont ils nous ont rapporté les richesses naturelles, et rendons un pareil hommage à ceux qui, sans courir les mêmes dangers, cherchent patiemment, et malgré bien des échecs, à les approprier à nos besoins. Une grande institution existe aujourd'hui pour centraliser et encourager ces efforts individuels: c'est la Société nationale d'acclimatation, fondée à Paris par lillustre Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, dont les membres, répandus dans le monde entier, rendent d'immenses services à la science, à l’agriculture, à l’industrie et aux arts.
Le but que nous nous proposons, en publiant ce travail, est de venir en aide à ces nombreux expérimentateurs qui s’intéres-
sent à la naturalisation des végétaux exotiques, principalement
en Europe, dans le nord de l'Afrique et les colonies françaises de récente ou d’ancienne acquisition. La première idée en est dûe. à l'éminent botaniste de Melbourne, le baron Ferdinand Von Müller, l’ardent propagateur des plantes australiennes, l’auteur
d'un livre déjà fort répandu dans le monde, qui compte plu
sieurs éditions, et dont celui-ci est en grande partie tiré(), Aucun botaniste, dans ce siècle, n’a scruté la végétation australienne avec autant de persévérance et de succès que le baron Müller, aucun non plus n'a enrichi au même degré nos musées botaniques et nos jardins d'étude ou d'agrément. Nous lui devons une multitude d'arbres et d’arbrisseaux déjà naturalisés dans le midi de la France; mais son nom restera surtout attaché à l’importante acquisition des Eucalyptus, ces arbres aussi merveilleux par la rapidité de leur croissance et la haute valeur de leur bois que par leurs propriétés hygiéniques. Le bienfait est inappréciable, et notre Algérie, conquise au prix de tant de sacrifices, en porte la preuve à chaque pas. Grâce aux plantations d'Eucalyptus, elle À s’assainit d'année en année, en même temps qu'elle y trouve une
+ compensation croissante à sa pauvreté forestière.
1 Ce succès est un encouragement, et il n’est pas le seul que l’on 4 puisse citer. Depuis plus de trente ans déjà, les Anglais ont 4 introduit dans leurs possessions de l'Inde, et les Hollandais dans
leur grande colonie de Java, les arbres à quinquina de l’Amérique. Le caféyer de Libéria est cultivé à Geylan, à côté de celui d'Arabie, et le remplacera peut-être un jour. Le bananier, la canne à sucre, le cotonnier, les arbres fruitiers des tropiques, des plantes industrielles ou médicinales et une multitude de plantes d'agrément se répandent graduellement dans toute la zone intratropicale, et la franchissent même sur bien des points. Ne voyons-nous pas, par exemple, la canne à sucre et le dattier prospérer dans le midi de l'Espagne? En France même, aux bords de la Méditerranée, ne possédons-nous pas de florissantes | cultures d’orangers et de citronniers empruntés jadis à l’Inde et à la Chine, et ne sommes-nous pas surpris d’y rencontrer un Ë reflet de la flore tropicale dans ces superbes palmiers dont les a jardins se sont enrichis depuis quelques années? Ce n'est là encore qu'un commencement, mais déjà si heureux qu'il est permis d'espérer beaucoup plus dans un prochain avenir.
J'ai parlé tout à l'heure du Bon Jardinier, parce que, sous ce modeste titre, ce livre, graduellement accru, à pris une large part à la propagation des plantes d'agrément et d'utilité de provenance exotique; mais sa sphère d'action, par le fait même des circonstances, n'a pu être que très limitée. Son objet principal était l’horticulture du nord de la France et plus spécialement
un “sai
(1) Select extra-tropical Plants, readily eligible for industrial eullure or naturalisation (1881).
celle de la région dont Paris est le centre. Or, par suite de la rigueur de l'hiver et du peu de durée de l'été sous ce climat, la : culture de la plupart des végétaux exotiques n'est possible qu'à l’aide de serres chaudes et d’orangeries. Sans médire de ces accessoires de l’art horticole, nécessaires dans les pays du Nord, et tout en reconnaissant qu'ils rendent d'importants services, on est bien forcé d'admettre qu'ils sont si dispendieux de construction et d'entretien, que les gouvernements ou les riches particuliers sont seuls capables d'en faire la dépense. Ajoutons à ce grave inconvénient qu'à part certaines catégories de plantes qui aiment l'air confiné et ne craignent pas la lumière affaiblie, la plupart de celles qu'on réussit à y faire vivre n’y prennent jamais le développement et l’aspect qu'elles présenteraient si elles croissaient en pleine terre et à l'air libre. Enfin, et c’est encore là le vice irrémédiable de ces constructions, si vastes et si élevées qu'on les suppose, les grands arbres en sont forcément exclus par l'insuffisance de l’espace. ;
Le but que nous nous proposons en publiant un livre, presque calqué pour la forme sur le Bon Jardinier, est donc d'aider à la propagation et à la culture à l’air libre de toutes les plantes capables de se plier, en chaque lieu déterminé, au climat qui y règne. Au premier abord, ce programme peut sembler beaucoup trop vaste; car, en un certain sens, il embrasserait le globe entier. Mais j'ai hâte de dire que, tout en signalant les plantes classiques ou plus particulièrement intéressantes de la culture intratropicale, nous avons surtout en vue celles qui peuvent s'adapter aux pays tempérés et tempérés-chauds, séjour presque exclusif des peuples civilisés, et principalement de ceux qui ont souci de voir progresser la science et l’art de la culture. Même ainsi restreint, notre domaine est encore trop large pour que nous l’épuisions dans un premier essai. On y trouvera donc bien des lacunes; mais, si incomplète qu’elle soit, nous espérons encore que cette œuvre modeste rendra quelques services à ce nombreux public qui, en Europe et ailleurs, prend intérêt à tout ce qui peut augmenter le bien-être général, embellir les jardins et rendre plus agréable la vie des champs.
Ch. Naunin.
Re CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES # SÛR L'ACCLIMATATION DES PLANTES
On a beaucoup disputé sur la possibilité de lacclimatation : les . uns la déclarant illusoire, parce que les espèces, disent-ils, sont . immuables de leur nature et soumises à un ensemble de conditions - climatériques hors desquelles elles ne peuvent exister; les autres professant au contraire que les espèces peuvent se modifier et se plier à la longue à tous les climats. Des deux parts il y a exagération. Il est certain que, dans l’ordre naturel, c’est-à-dire ce que nous appelons l’état sauvage, les espèces sont enfermées dans des’aires géographiques, tantôt larges, tantôt étroites, où elles trouvent les conditions les plus favorables à leur développement et d’où elles ne s’écartent jamais d’elles-mêmes. Personne, en eflet, n’ignore que la végétation présente des aspects fort divers suivant les régions du ÿ globe, que les plantes des pays chauds ne sont pas celles des pays 5% tempérés, encore moins celles des pays froids; mais on sait aussi : que, par le fait de l'industrie humaine, une multitude de plantes ont été transportées bien loin des lieux où la nature les a fait naître, et qu’elles ont manifesté, sous l'influence de la culture, des flexibilités de tempérament qu'au premier abord on n’aurait pas soupçonnées. Toute l’agriculture en porte témoignage, car presque nulle part les végétaux qu’elle exploite ne sont indigènes du lieu même 'où'elle les cultive. Ce sont donc des végétaux acclimatés, c’est-à-dire . convenablement modifiés pour le but qu’on se propose. Ces modifications sont tantôt le fait de la nature elle-même, qui n’a pas jeté dans un même moule tous les individus d’une même espèce, mais qui a, au contraire, établi entre eux de nombreuses et remarquables diversités; tantôt, et le plus souvent peut-être, elles sont le résultat de la culture, à laquelle il faut bien reconnaitre le pouvoir, si non d’altérer les caractères des espèces, du moins de mettre en évidence des aptitudes cachées à l’état sauvage. Non seulement la culture, surtout lorsqu'elle a été longtemps continuée, a considérablement amélioré les plantes et leurs produits, elle a encore fait naître et pour ainsi dire créé des races arüficielles très
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D différentes les unes des autres par la figure, les dimensions, le … tempérament, la précocité, et, si l’on veut nous passer ce néologisme, … par la climatéricité. C’est ainsi, pour n’en citer qu’un exemple entre mille, qu’elle a tiré d’une seule espèce de vigne, le Vitis vinifera de l’ancien continent, des variétés presque innombrables qui diffèrent les unes des autres par la qualité du fruit, leur précocité et leurs aptitudes à se plier à diverses natures de sols et de climats, les unes ne pouvant mürir leurs raisins que dans les partiesles plus chaudes du midi de l'Europe, les autres donnant encore un vin 2. potable jusque sous le 50° degré de latitude et même au-delà. Le blé, le maïs, le riz, toutes les céréales en un mot, nos arbres fruitiers et beaucoup d’autres plantes nous fourniraient des exemples semblables. 7 La naturalisation, que l’on confond assez souvent avec l’acclimatation proprement dite, en diffère en ce que certaines plantesse propagent loin du lieu de leur origine sans le concours de l’homme, ou du moins sans que l’homme se donne la peine de les cultiver, souvent même malgré les efforts qu’il fait pour en arrêter la dif= fusion. Dans ce nombre, en effet, se trouvent beaucoup d'espèces + nuisibles, de celles qu'on nomme de mauvaises herbes. Depuisla découverte de l'Amérique, une foule de ces plantes en quelque sorte cosmopolites, parties d'Europe avec les graines des céréales, se sont naturalisées dans le nord et dans le sud de ce vaste continent. = Le même fait s’observe en Australie, et plus encore à la Nouvelle Zélande, où la végétation indigène est tenue en échec et graduellement supplantée par une végétation exotique. A l’île Sainte-Hélène, la flore primitive a presque totalement disparu devant des plantes arrivées du sud de l'Afrique, de l'Inde et de l’Europe. En France même, les botanistes signalent un certain nombre de plantes étran gères, la plupart américaines, qui se partagent le sol avec celles. qui l’occupent de temps immémorial, Presque toutes ces naturalisations spontanées sont fâcheuses au point de vue de l’agriculture; quelques-unes cependant sont réellement utiles, telles, par exemple, que celle de l’oranger, retourné à l’état sauvage en Floride, et celle du manguier (Mangifera indica) à la Jamaïque. Peut-être pourraiton ranger aussi parmi ces naturalisations utiles celle de la vigne, qui, sans doute échappée des lieux cultivés, s’est propagée d’elle- à même sur beaucoup de points du midi de l’Europe, même en France, et y est retournée à l’état sauvage. Quelque idée, du reste, qu'on se fasse de ces naturalisations, elles n’en prouvent pas moins queles lantes ne sont pas nécessairement et irrévocablement fixées dans e lieu même de leur création; qu’elles peuvent se déplacer et rospérer sous des conditions climatériques qui, sans s'éloigner he de celles de leur centre d’origine, ont cependant bien des dissemblances avec elles. : 710 Le but que poursuit l’acclimateur n’est pas de naturaliser des plantes étrangères au pays qu'il habite, en prenant le mot naturaliser dans le sens indiqué plus haut, mais d’y introduire et d’y faire vivre telle espèce de plante qui rendra des services sous la condition que les soins du cultivateur ne lui manqueront pas. C’est d’ailleurs le
cas de la plupart de nos végétaux économiques. Ils se maintiennent et durent indéfiniment tant qu'on les protége contre les diverses causes de destruction ; livrés à eux-mêmes, presque tous disparaîtraient, en un temps plus ou moins long, de nos jardins et de nos champs.
Les adversaires que rencontre une plante exotique dépaysée sont de plus d’une sorte. Non seulement elle se trouve aux prises avec le climat, qui est déjà un ensemble très complexe d’influences, et avec la nature du terrain, qui varie presque à linfini; elle a encore contre elle la végétation indigène, déjà maîtresse du sol et qui le lui dispute presque toujours avec avantage. Même lorsqu'elle est appropriée au chmat du lieu où elle est transplantée, elle a toutes les chances de périr affamée et étouflée par la végétation environnante. C’est cette lutte sans merci, bien plus que le climat, qui arrête la propagation spontanée des espèces au-delà des limites entre lesquelles elles sont actuellement cantonnées. Il suffit, pour assurer la victoire d’une plante sur une autre, qu’elle soit, même dans la plus faible mesure, mieux adaptée au terrain, au site, au degré de chaleur, de lumière solaire, d'humidité, etc. Si la plante étrangère faiblit sur quelqu'un de ces points, elle dépérit et ne laisse pas de postérité. Autant donc l'intervention de l’homme est nécessaire pour modifier les influences climatériques dans un sens déterminé, autant elle l’est pour extirper du sol les plantes indigènes qui nuiraïent à celles qu’il veut leur substituer.
L’acclimatation n’est donc, ainsi que nous venons de l’expliquer, que la culture des plantes dans des pays nouveaux pour elles. Le nombre de celles qui sont déjà acclimatées dans ce sens est considérable; mais ce n’est encore qu’une faible partie de ce qui nous reste à utiliser, et on en sent le besoin à mesure que se multiplient les rapports entre les peuples de haute civilisation aussi bien qu'avec ceux qui sont moins avancés, à mesure, en un mot, que les peuples de race blanche étendent au loin leurs conquêtes et fondent de nouvelles colonies. Exploiter les multiples produits du globe et les faire servir à de nouveaux progrès semble être leur mission providentielle et le gage de leurs développements futurs.
Il ne faut pas croire cependant que l’acclimatation soit toujours chose facile. Ceux de nos ancêtres qui ont les premiers tenté la culture des céréales, de la vigne, des arbres fruitiers et des légumes de nos jardins ont eu à lutter contre des obstacles dont nous n’avons aujourd’hui aucune idée. Il est merveilleux qu'à une époque où la science n'existait pas, ils aient eu la main assez heureuse pour faire de telles découvertes, et non moins merveilleux qu’ils aient amélioré des espèces sauvages au point d’en faire les races perfectionnées que les siècles nous ont transmises. Guidés par une sorte d’instinct, mais peut-être après bien des tentatives infructueuses, ils ont reconnu le pouvoir modificateur de la sélection persévéramment appliquée. À chaque génération, ils ont éliminé ce qui s’éloignait de leur idéal, et concentré leurs efforts sur les races et variétés qui leur paraissaient y répondre le mieux. C’est effectivement la règle à suivre aujourd’hui comme aux anciens temps, et cette règle n’est
autre que le procédé de la nature elle-même, qui, partout et sans sans cesse, travaille à faire disparaître les faibles pour laisser le champ libre aux plus forts.
L'acclimatation est essentiellement une œuvre de patience autant que d'intelligence, et son point de départ est, avant lout, un choix
judicieux des espèces, races ou variétés les mieux appropriées au but qu’on veut atteindre. Ce choix fait, il y a à considérer les procédés à suivre, et qui peuvent se résumer dans les préceptes suivants :
1° Tenir compte des conditions climatériques du pays d’origine des plantes à introduire dans des pays nouveaux. Le succès sera d'autant plus assuré que ces conditions seront moins dissembables ; car, si flexible que soit le tempérament des plantes, cette flexibilité
a cependant des limites. Ainsi, par exemple, une plante de la région . équatoriale, où la température moyenne annuelle varie de 28 à 30.
degrés centigrades, aura encore chance de prospérer dans les lieux situés plus loin de l'équateur et où la température serait de 4 à 5 degrés plus basse, les autres conditions restant les mêmes; mais sa culture serait beaucoup plus incertaine à la hauteur des tropiques,
à moins qu'elle n’y donnât quelque race ou variété nouvelle moins
exigeante, ce qui est souvent arrivé. Il en est ainsi des plantes de tous les autres climats, car toutes peuvent, dans des mesures diverses, s’accommoder d’un peu plus ou d’un peu moins de chaleur, quelques-unes même endurer des variations très considérables de température. Il ne faut d’ailleurs pas oublier que les lignes iso-
thermes ne sont parallèles ni à l'équateur ni entre elles, qw’elles
subissent des écarts parfois énormes suivant les régions du globe
qu’elles traversent, et qu’elles ne correspondent pas davantage avec
les lignes isothères et les lignes isochimènes.
Quiconque s’est occupé de météorologie générale sait que le voi-. sinage des grandes mers atlénue également la chaleur de Pété et
les froids de l'hiver, ce qui a conduit à distinguer des climats ma-
rins, relativement doux et tempérés, et des climats continentauæ,
qui sont excessifs par la rigueur du froid et l’ardeur du soleil ; on sait de même que la partie orientale des continents est ordinairement plus froide que la partie opposée, que la température décroît
avec l'altitude, et que, même sous l’équateur, les très hautes mon-
tagnes se couvrent de neige. Outre ces causes générales, il en est d’autres, de diverses natures, qui agissent plus localement pour modifier les climats, indépendamment des latitudes ; ce sont tantôt les vents dominants dans le pays, tantôt le voisinage de montagnes,
qui, suivant leur hauteur et leur orientation, améliorent ou détériorent le climat des plaines avoisinantes. Toutes ces particularités météorologiques sont sans doute familières à la plupart des accli=
mateurs ; il est cependant un point que nous voulons leur rappeler,
parce qu’il a son importance : c’est que les accidents topographi= À ques, les reliefs du sol donnent souvent lieu à des climats locaux très circonserits et très différents du climat général du pays, auquel
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ils sont quelquefois très supérieurs. C’est, entre autres exemples à citer, le cas de la Provence maritime, qui, abritée contre les vents
du nord par de hautes chaînes de montagnes dirigées de l’est à l’ouest, jouit d’un climat presque comparable, pour la douceur, à celui de la côte africaine située de l’autre côté de la Méditerranée.
Le climat d’un pays n’est pas tout entier dans la température qui y règne ; il comprend en outre la quantité d’eau pluviale qui y tombe dans une année moyenne, ainsi que la réparüiion de la pluie suivant les saisons. Ce point est à considérer presque autant que la température et la lumière solaire, car si les plantes ont besoin de ces deux éléments, elles ne peuvent pas davantage se passer d’eau. Sous ce rapport aussi, elles présentent entre elles les plus grandes différences. Il en est qui ne peuvent vivre que submergées ou le pied dans l’eau, il en est d’autres qui ne prospèrent que dans les terres arides ; pour l'immense majorité, c’est l’état intermédiaire entre ces deux extrêmes; mais sur cette échelle il y a encore de nombreux degrés, dont le cultivateur doit tenir compte. Citons comme exemple le thé
et la vigne, deux plantes agricoles de première valeur et source de
richesse pour les peuples qui les cultivent; mais, tandis que le thé ne donne ses produits que là ou Pété est à la fois chaud et très pluvieux, la vigne ne donne les siens que dans les pays à la fois chauds et secs en été. Ces deux cultures sont en quelque sorte les antipodes l’une de l’autre. Sur tout le globe les différences pluviométriques influencent profondément le caractère de la végétation. Les pays pluvieux se couvrent d’une épaisse verdure et nourrissent de vastes forêts ; les pays arides n’ont qu'une végétation pauvre et clairsemée, ou même en sont totalement dépourvus, si cette aridité est poussée à l'extrême.
2° Il faut tenir compte de la nature minéralogique du sol. Beaucoup de plantes y sont Imdifférentes ou presque indifférentes, mais il en est aussi pour lesquelles elle est une question de vie ou de mort. Quelques-unes dépérissent invariablement dans les terrains où la matière calcaire domine, d’autres succombent si elle y est en trop faible proportion ; d’autres plantes encore ne vivent que dans les sols siliceux. Pour le plus grand nombre, la terre la plus convenable est celle qui résulte du mélange, en proportions à peu près égales, de chaux, de silice et d’ alumine comme éléments principaux, de phosphates et de potasse comme éléments accessoires. Ce qui ajoute considérablement à la puissance de la terre, et cela pour la presque universalité des plantes, c’est l’humus, ou terreau naturel, qui résulte de la décomposition de matières organiques, c’est-à- “dire de débris de plantes et d'animaux. Cet humus, riche en azote, fournit aux plantes un des éléments les plus essentiels à la formation de leurs organes, en même temps qu 1l rend le sol plus meuble et plus perméable à l’air et à l’eau des pluies. Nombre de plantes ne peuvent vivre que dans ce terreau, soit seul, soit mélangé à la terre ordinaire. Tout le monde sait l’ emploi que font les jardiniers de la terre de bruyère, qui est un humus mêlé à une plus ou moins forte proportion de sable silicieux. Ce compost si utile est souvent fabriqué arüficiellement à l’aide de feuilles d'arbres décomposées.
Outre les plantes qui croissent directement dans le sol, il en est qui vivent appliquées sur le tronc des arbres ou suspendues à leurs
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branches, sans communiquer avec la terre. Celles-là s’alimentent exclusivement des matériaux gazeux contenus dans l’air et des substances dissoutes dans l’eau des pluies et de la rosée. Ce sont les plantes dites épiphytes, presque toutes intratropicales, et aujourd’hui si largement représentées dans les serres des amateurs fleuristes par les Orchidées et les Broméliacées. D’autres plantes ne vivent que submergées ou flottantes à la surface de l’eau, tantôt libres, tantôt fixées au fond vaseux par leurs racines ; un nombre plus considérable encore habite les sols marécageux, les terres souvent inondées, les bords des lacs et des rivières; quelques-unes mêmes ne trouvent leurs conditions d'existence que dans l’eau de la mer, les lagunes, les terrains salés des rivages de l'Océan. Toutes ces particularités doivent être connues de l’acclimateur, puisqu'il n’a chance de réussir qu’en reproduisant, avec plus ou moins de bonheur, les conditions naturelles auxquelles chaque espèce de plante est assujettie.
3° Savoir choisir les climats, les sites convenables et les terrains n’est pas le tout de l’art de l’acclimateur. Il faut qu’il y ajoute une suffisante connaissance des procédés de la culture, qu’il sache semer, bouturer, marcotter et grefter, élever le jeune plant, le protéger contre les vicissitudes atmosphériques ou les attaques des insectes, le transplanter dans la saison convenable, l’arroser quand la nécessité s’en fait sentir, etc., toutes opérations qui demandent une certaine instruction théorique et tout autant d'expérience pratique.
Nous n'avons pas à entrer dans ces détails, qui sont exposés au long dans tous les traités d’agriculture et de jardinage, et dont les règles n’excluent pas l’initiative individuelle; mais nous croyons utile de rappeler au lecteur certaines particularités, souvent oubliées dans les livres dont nous parlons, et qui sont relatives à la production des graines et, par suite, à la propagation des plantes. Presque tous les végétaux connus sont sexués, c’est-à-dire pourvus d'organes mâles et d'organes femelles, dont le concours est nécessaire pour la production des graines. Tantôt les organes des deux sortes, les étamines et l'ovaire, sont réunis dans la même fleur, qui alors est hermaphrodite ; tantôt ils sont portés par des fleurs différentes, les unes mâles, les autres femelles, suivant qu’elles contiennent les étamines ou l’ovaire, et ces fleurs peuvent être situées soit sur le même individu, soit sur deux individus distincts et plus ou moins éloignés l’un de l’autre. Elles sont dites monoïques dans le premier cas ; dioiques, dans le second. On comprend sans peine que lorsque les fleurs sont hermaphrodites, ou bisexuées, la fécondation de l'ovaire par le pollen des élamines est beaucoup plus assurée que lorsque les sexes sont sur des plantes différentes, et par conséquent plus éloignés l’un de l’autre. Dans ce dernier cas, surtout si les fleurs sont dioïques, la fécondation ne peut s’opérer qu'avec le concours d'agents extérieurs : le vent, qui soulève le pollen et le dissémine au hasard, souvent sans résultat; les insectes, qui, attirés par les exsudations sucrées des fleurs, le transportent inconsciemment d'une fleur sur une autre; et enfin l’homme, qui, intentionnel-
AGCLIMATATION DES PLANTES 41
lement, le dépose sur les stigmates des fleurs femelles. C’est la fécondation arüficielle, à laquelle on est souvent obligé de recourir pour assurer la fructification et la production des graines. On sait que, de temps immémorial, les Arabes fécondent les dattiers femelles en répandant sur leurs fleurs le pollen des dattiers mâles, et que, sans cette précaution, leurs arbres resteraient stériles. Cet exemple suffit pour faire voir combien est importante l'intervention de l’homme dans cette phase de la vie des plantes, qui est le point de départ de générations nouvelles.
Il n’est pas toujours facile, ni même possible, d'opérer la fécondation arüficielle, surtout lorsqu'il s’agit de grands arbres à fleurs dioïques; mais alors, comme par une prévoyance toute providentielle, le pollen se produit sur les arbres mâles avec une telle abondance, et il est si fin, si pulvérulent et si léger, que le moindre souffle d'air en soulève des nuages et le transporte souvent à de grandes distances. Si, sur son parcours, il rencontre des arbres femelles de même espèce et en fleur à ce même moment, il y a de grandes chances pour que ces fleurs reçoivent quelques grains de pollen et soient fécondées. Néanmoins, la fécondation est ici livrée au hasard ; elle est beaucoup plus assurée si les arbres des deux sexes sont rapprochés l’un de l’autre, et davantage encore s'ils croissent en nombre sur le même coin de terrain. Peu d'amateurs d'arbres et autres plantes, en créant leurs collections, ont songé à la nécessité de posséder à la fois les deux sexes des espèces dioïques et à les tenir rapprochés l’un de l’autre. Il en résulte que beaucoup d'arbres exotiques introduits dans les jardins et dans les parcs, et qu'il y aurait grand intérêt à multiplier et à propager, restent stériles par défaut de fécondation.
On donne le nom de croisement à la fécondation artificielle, lorsqu'elle est appliquée à des plantes d'espèces différentes, mais appartenant au même genre naturel. Si ces espèces ont entre elles une certaine affinité, si, en d’autres termes, elles sont assez voisines par leurs caractères botaniques, la fécondation adultérine réussit assez souvent et donne naissance à ce qu’on appelle des Aybrides, sorte de mulets végétaux, qui sont souvent stériles, mais qui quelquefois produisent des graines et peuvent laisser une postérité dont la durée est plus ou moins longue. On a beaucoup exagéré, dans ces dernières années, l’utilité des croisements entre espèces distinctes ; mais les croisements entre races et variétés d’une même espèce ont donné des résultats importants en floriculture. Par eux, beaucoup de plantes d'ornement ont produit des variétés supérieures, et il est à noter que les formes métisses ainsi obtenues se conservent quelquefois identiques à elles-mêmes dans une longue suite de générations. Faisons toutefois observer que les croisements n’ont pas toujours de bons résultats ; nous en avons la preuve dans nos races de légumes, qui le plus souvent dégénèrent quand elles sont croisées les unes avec les autres. Le fait est surtout remarquable dans Pespèce du melon, dont les nombreuses et excellentes variétés s’abâtardissent presque invariablement par le mélange de leurs pollens.
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Une plante est dite rustique lorsqu'elle endure sans dommage toutes les vicissitudes climatériques du pays où elle se trouve ; on la dit tendre où frileuse lorsqu'elle n’y résiste pas ou n’y résiste qu'incomplètement. Toutes les plantes sont rustiques dans les lieux où elles croissent naturellement, et dans ceux où elles sont transportées quand elles y trouvent un climat analogue à celui qu’elles … ont quitté. Il arrive cependant que, dans des hivers exceptionnel- … lement rigoureux, les plantes indigènes elles-mêmes sont atteintes par le froid. Ce sont des cas rares sans doute, mais dont on peut citer des exemples dans bien des pays. Nous en avons été témoins en France dans l'hiver de 1879-1880, où la gelée a fait périrnon seulement une multitude d'arbres et d’arbrisseaux exotiques cultivés dans les parcs et les jardins, mais une grande quantité de chênes et de hêtres dans les forêts. Ces altérations momentanées du climat ne sont pas d’ailleurs exclusivement propres aux pays tempérés : elles se produisent de même dans ceux qu’on appelle communément | les pays chauds, par exemple en Egypte, où l’on a vu plus d’unefois le Nil pris de glace; au centre du Sahara, en Australie, au voisinage du tropique, en Floride, au Mexique, dans l'Amérique du Sud. Plusieurs météorologistes affirment même que la gelée et la neige ne sont pas tout à fait inconnues en Afrique, sous l'équateur. ‘4
Il est indispensable, pour quiconque se propose de cultiver des plantes étrangères au pays qu'il habite, d’avoir des notions générales de météorologie. C’est pour avoir méconnu celle nécessité, qu'on a eu à signaler tant de mécomptes et de découragements dans les tentatives d’acclimatation faites par les gouvernements et par les particuliers. FLN