‹ Manuel de l'amateur d'estampes (volume 2)Chapitre 13 sur 119 · DIT · texte numérisé non relu

DIT

LIVRES XYLOGRAPHIQUES

La xylographie est l'art de découper dans une planche de bois un dessin tracé a sa surface. Chaque trait que le couteau, le canif ou la pointe du graveur met en évidence, se reproduit sur lo papier lorsque la superficie du bois ainsi entaillée a été enduite d'encre d'imprimerie. Au commencement, l'empreinte était obtenue au moyen d'une pression que l'on exerçait à l'aide d'une brosse ou frotton. Ce procédé était naturellement long et imparfait.

On ne s'était pas seulement contenté de tirer des estampes de cette manière, mais, vers la fin du quatorzième siècle, on paraît avoir eu, en Hollande, la pensée de tracer ainsi des caractères d'écriture et d'imprimer les pages d'un livre. C'est ce mode d'impression qui caractérise le livre dit xylographique. Ce procédé a-t-il pris naissance le jour où l'on grava pour la première fois une légende sur une gravure en bois? De quelques mots arriva-t-on à quelques lignes, une page futelle ainsi composée pour parvenir enfin à former un volume? L'origine de l'impression tabellaire est encore enveloppée de la plus grande obscurité ; seulement on peut affirmer avec certitude qu'elle a précédé l'impression en caractères mobiles: elle s'est même continuée assez longtemps après.

Tout en faisant mention d'un assez grand nombre d'ouvrages qui appartiennent à cette classe, nous n'avons pas l'intention de les décrire tous avec de longs détails. Nous nous attacherons princi-

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paiement à quelques-uns qui soulèvent des questions non résolues, et donnent lieu à des controverses qui sont encore loin d'être éclaircies.

ARS MORIENDI

L'Art de mourir est un livre de piété qui a obtenu une grande vogue pendant les deux tiers du quatorzième et dans les premières années du quinzième siècle.

Une des estampes représente un mourant exposé à de certaines tentations que nous ferons connaître tout à l'heure. Le démon cherche à le faire tomber en faute. Dans l'estampe correspondante, tantôt Dieu, Jésus-Christ, la sainte Vierge, tantôt les saints du paradis, et toujours le bon ange, l'aident à triompher de la tentation. La dernière planche représente la défaite du démon et la victoire définitive du mourant.

Le livre commence par une préface et chaque estampe est accompagnée d'un texle, le tout imprimé au moyen de planches de bois. Nous allons donner une description générale qui pourra, nous l'espérons, s'appliquer à toutes les éditions ; bien qu'elles présentent entre elles de nombreuses différences, les sujets sont, on peut le dire, identiques.

Première figure.

Un mourant est dans son lit; près de lui, des diables tenant en main des écriteaux, sur l'un desquels on lit : Fac sicut pagani, et à l'extrémité du lit, un roi et une reine sont à genoux devant une colonne, au haut de laquelle est une idole. Sur la page en regard, se trouve l'explication, au-dessous du titre : Temptacio dyaboli de fide.

A l'occasion des textes, nous ferons remarquer que le nombre des lignes n'est pas le même dans les diverses éditions.

Deuxième figure.

Le mourant est couché. Un ange le console en lui adressant ces paroles gravées sur une banderole : Sis firm' in fide. Dieu, la Vierge et les saints viennent à son secours ; les démons s'enfuient.

En regard, est le texte: Bona inspirario angeli de fide.

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Troisième figure.

Le mourant est dans son lit. Les démons l'obsèdent en lui mettant ses péchés sous les yeux. On lit sur une banderole : Ecce peccata tua; sur une autre : Occldisti; sur une troisième : Periurus es.

En regard, le texte : Templaeio dyaboli de desperatione.

Quatrième figure.

Sainte Madeleine et saint Pierre sont près du mourant. Au pied du lit, le bon larron sur la croix, et dans le bas, saint Paul tombe de son cheval. Un ange tient un rouleau avec ces paroles : Nequaquam desperes.

En regard, le texte : Dona inspiracio angeli contra desperationem.

Cinquième figure.

Le mourant a un accès de désespoir et donne un coup de pied à sa servante. Une table est renversée, et dans un coin, près du lit, un démon a près de sa bouche une banderole avec ces mots : Quam bene decepi eum.

Au haut du texte placé en face : Templaeio dyaboli de impaciencia.

Sixième figure.

Ses patrons, saint Etienne, sainte Harbe, saint Sébastien, sainte Catherine, sont autour de son lit et viennent l'assister. Près d'un diable renversé, un écriteau avec ces mots : Labores amisi.

En regard, le texte : Bona inspiracio angeli de paciencia.

Septième figure.

Cinq diables sont autour du lit du mourant. Ils lui offrent des couronnes. Celui-ci en prend une. Au-dessus d'un diable, est un rouleau sur lequel on lit : Gloria re. Sur un autre rouleau : Coronatn meruhsti.

Le texte en regard porte : Temptacio dyaboli de vana gloria.

Huitième figure.

Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, ayant près d'eux la Vierge et saint Antoine ainsi que trois anges, assistent le mourant. Sur un rouleau, au-dessus de la tète du lit: Sis /tnmilis.Xcrs le bas, la bouche de l'enfer qui engloutit les pécheurs. Au-dessus, cotte légende: Superbos punio.

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Le titre du texte en regard est Bona inspiracio angcli contra vanam gloriam.

Neuvième figure.

Au bas du lit du mourant, on voit des maisons; dans le coin du bas à gauche, il a une cave où sont des tonneaux. A coté, vers le milieu, un hommo entre par une porte vers laquelle il conduit un cheval. Visà-vis du malade se trouvent des amis et des parents. Un diable les lui montre. Derrière lui, sur un rideau : Prouidcas amicis. Au-dessus du toit de la petite maison, un autre diable lui montre un rouleau ; on y lit : Intende thesauro.

Le texte, en regard, commence par : Temptacio dy aboli de acaritia.

Dixième figure.

Le mourant regarde le Christ sur la croix. Le bon pasteur, suivi de quelques moutons, et les trois Maries l'assistent. Près d'un ange qui le regarde, un rouleau avec ces mots : Non sis avants. Un diable, assis à terre, tient une banderole sur laquelle on lit : Quid faciam.

En tête du texte en regard : Bona inspiracio angeli contra avaritiam.

Onzième figure.

Un moine, revêtu de son froc, met le ciergo bénit entro les mains du malade qui expire. Les anges emportent son ame sous la forme d'un jeune enfant. Des diables hideux exhalent leur rage. Sur des rouleaux, près d'eux : Spes nobis nulla — heu insanio — furore consumor.

Le texte en regard commence ainsi : Si agonisans loqvi et usum vocis. . . .

Dans la plus grande partie des exemplaires xylographiques, les gravures et le texte ne sont imprimés que d'un seul côté du papier.

L'extrême importance de ce livre nous engage à donner la liste do toutes les éditions que nous avons pu connaître. C'est après y avoir sérieusement réfléchi, quo nous nous décidons à maintenir l'ordre adopté par Heinecken, sauf quelques améliorations de détail.

Nous croyons qu'on pourrait d'abord former trois groupes.

Le premier, composé des éditions A et B, auquel nous joindrons l'exemplaire de M. Didot, semble montrer l'enfantement et les progrès

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de l'idée primitive. On peut en attribuer l'exécution aux Pays-Bas. I» deuxième comprendrait l'édition dite princeps de M. Weigel, l'exemplaire pâté et incomplet qui se trouve à la bibliothèque de la nie de Richelieu et l'édition C décrite par Heinecken. On verrait là l'idée première ayant adopté son type le plus beau. On pourrait attribuer ce groupe à l'école de Cologne. Le troisième serait formé par les éditions D jusqu'à G. On y retrouve toujours le type définitif de Cologne avec quelques modifications, mais les gravures sont loin d'être aussi belles que celles du deuxième groupe. On y joindrait les trois éditions allemandes A, B, C l . Peut-être ce groupe pourrait-il être attribué à l'école d'Ulm. Nous mentionnerons ensuite l'exemplaire vendu par le libraire Tross, celui du prince Gahtzin et l'édition française Y Art au moricr, sans chercher, sauf cette dernière, à les rattacher à aucun des groupes cités plus haut.

On paraît généralement regarder YArs moriendi, du moins dans son idée primitive, comme un produit de l'art dans les Pays-Bas.

M. Weigcl déclare dans son catalogue que son exemplaire, dit pr inceps, est imprimé à Cologne. La deuxième édition, en allemand, porte à la fin : Linltcig zc l'Un. Cette édition a les plus grands rapports avec celle qui est inscrite sous la lettre G; cette dernière est également attribuée à Ludwig. La quatrième offre une particularité qui doit la faire rattacher à ce groupe : c'est que, dans la planche de V Avarice, s'il y a quatre tonneaux dans la cave, le valet qui tire du liquide de l'un d'eux ne s'y trouve plus. Ce valet se voit dans les planches que nous classons dans le groupe de Cologne. Toutefois, il est de notre impartialité de faire remarquer que cette quatrième édition a la même dimension que la troisième et qu'elle est entourée d'une triple bordure ombrée de la même manière. Il n'y a que deux traits do bordure sans aucune ombre dans la septième édition que nous décrivons plus bas. Nous ne jugeons cette quatrième que parle fac-similé d'Heinecken.

Avant d'entrer dans l'examen des différentes éditions, nous devons dire qu'au mois de mai 1872, un exemplaire d'une grande beauté appartenant à M. Weigel a été vendu 28,000 francs. W était annoncé comme étant le seul original que l'on connaissait. Cette opinion est confirmée par Passavant, tome I", page 1 16. Il résulterait de cette assertion, si elle est vraie, que les éditions A et B d'Heinecken doivent être reléguées au second ou au troisième ranpr. ou plutôt qu'on ne saurait

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quelle place leur assigner, à moins d'en faire résolument des copies de l'édition princeps de Weigel, comme n'hésitait pas à le dire le libraire Tross *.

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