‹ Manuel de l'amateur d'estampes (volume 2)Chapitre 79 sur 119 · HH · texte numérisé non relu

HH

LIVRES XYLOGRAPHIQUES

Y. Un homme assis sur un animal dont il perce la tête de son glaive; à gauche, un jeune homme portant un monstre ailé sur ses épaules; Z. Un enfant, un second enfant est étendu à ses pieds.

La paternité de cet alphabet a été diversement jugée. M. Douce, qui l'avait vu en 1819, le croyait gravé à Harlem, dans l'atelier de Coster Ottley, dans le catalogue manuscrit de la collection d'estampes du Musée britannique, lui assigna pour date le milieu du quinzième siècle et pour auteur un artiste hollandais ou flamand. Chatto, qui le premier l'a décrit avec soin, se range bien à l'opinion d'Ottley quant à la date, mais non en ce qui concerne l'opinion do l'œuvre. Le style du dessin et les mots français écrits sur la banderole de la lettre K le portent à croire que le dessinateur était Français. L. de Laborde 1 n'hésite pas à l'attribuer à l'auteur de la première édition de la Bible des pauvres. Passavant l'admet comme néerlandais, et Renouvier y reconnaît l'ouvrage le plus original du maître le plus avancé parmi les printers des Pays-Bas. La question peut encore être circonscrite davantage, attendu que le style du dessin, les costumes et surtout les mots français de la lettre K attestestent suffisamment l'origine bourguignonne. Quant à la date, depuis la découverte de l'exemplaire de Bâle, il n'y a plus matière à discussion.

C'est une œuvre d'art d'une grande originalité et d'une parfaite distinction de style. « Avec ses traits menés carrément, dit Renouvier, et quelques hachures courtes et parallèles, le dessinateur montre, dans les attitudes singulières auxquelles l'oblige la forme des lettres, une grande hardiesse de main, des extrémités correctes, des draperies bien jetées et des têtes spirituelles. Ses expressions, bien que comiques, ne dégénèrent point en charge ; la disproportion forcée de plusieurs figures est encore sauvée par l'adresse des agencements. Dans les données de la taille de bois rudimentaire et de l'impression en détrempe où se tiennent les graveurs de la Bible des pauvres, du Miroir {Spéculum) et du Cantique des cantiques, le graveur de VA Iphabet atteint leur plus grande force et appartient à leur meilleur temps ou à leur école la plus distinguée. »

i. IMbuti de r imprimerie à Mayence et à Bomber y, p. 19, note 9*.

NOTICE SOMMAIRE

Jackson a gravé, pour l'ouvrage de Chatlo', trois lettres de cet alphabet : K, L, Z, et l'ornement final. Ces planches ont été reproduites par L. de Laborde. Sotheby(t. P', p. 122-124) a donné en fac-similés les initiales K et L.

L'alphabet entier a été copié au burin par le graveur allemand qu'on désigne sous le nom de Maître de 1464ou aux banderoles, mais dans des dimensions un peu plus grandes. On ne connaît de cette copie qu'un seul exemplaire, imprimé sur trois feuilles, dont les deux premières sont au Cabinet de Dresde, et la troisième, incomplète, dans la Bibliothèque de Vienne. Les sept dernières lettres sont aussi à la Bibliothèque de Munich. Passavant, qui a décrit cette suite (t. II, p. 28-30), s'exprime ainsi : « Il serait très difficile de décider quel est l'original, c'est-à-dire la plus ancienne de ces deux séries, mais il serait naturel de croire , si l'on réfléchit au talent plein de fantaisie du Maître de 1464, qu'il ait été l'inventeur de ces compositions qui ont été ensuite reproduites par le graveur sur bois. » Renouvier, qui n'hésite à voir dans l'œuvre allemande qu'une copie, déclare que « le dessin en est tout grimaçant, l'exécution plus barbare ». Pour réfuter, d'ailleurs , l'opinion de Passavant, il suffit de réfléchir qu'un maître allemand n'aurait pas mis, sur une œuvre originale, une inscription en français, comme celle de la lettre A'.

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