DE BOLOGNE
Apres l'Ecole llorentinc relie (juin jeté le plus d'éclat sur l'art de nieller fut l'Kcole <le Bologne. Son chef et le plus illustre représentant est Franeesco Baibolini. dit Franeia (né en 1150, mort le 5 janvier 1517), génie presrpie universel, orfèvre d une grande réputation, ciseleur, medailleur. graveur en monnaies, peintre, enfin graveur en caractères, et même imprimeur (sous le nom de Francesco di Bologna) peu de temps avant sa mort. On affirme aussi qu'il fut architecte , et on l a présenté également comme graveur en taille-douce; mais les quelques estampes anonymes qu'on lui attrihue sont dues, avec plus de vraisemblance, à son illustre élevé, le célèbre Marc-Antoine; il est vrai qu'elles ont été exécutées d'après les compositions de Franeia.
Ce qui est indubitable, c'est qu'il était aussi nielleur. Tous ses contemporains qui vantent ses talents multiples l'attestent formellement. Giovanni-Philolheo Achillini, dans son poème // \ iridario, /tel qutile nomina i li Itéra ti bolognesi ... , rédigé en 150i et publié a Bologne en 1513, parle en ces termes de l'excellence de son burin (fol. 187 v°) :
Tante opre in U'slinioiuo ha fatto il. Francia Kt m seulptura (il ver segno *c accosta, Col bollit, suo aguagUa la bi/uncù.
Camilio Lconardi, dans son Spéculum l/ipidum (Venise, 151G), nous fournit sur ce sujet un renseignement plus précis (p. '»8) : « Je connais, dit-il, à cet égard, un homme très célèbre et d'une haute réputation, François de Bologne, autrement dit Franza, qui,
dans île 1res petits médaillons, c'est-à-dire sur des plaques d'argent, représente graves tant d'hommes, d'animaux, de montagnes, d'arbres, de châteaux, en tant d'attitudes et de positions différentes que cela est merveilleux à voir et à dire'.
Vasari, qui s'occupe surtout du peintre, n'oublie pas cependant de rappeler à l'admirai ion do ses concitoyens les « très excellents travau.r de nielle » de l'artiste bolonais. Il déclare aussi que, plus d'une fois, Francia a mis une vingtaine de ligures, très proportionnées et fort belles, dans une planche n'ayant que deux pouces de hauteur et presque autant de largeur, tant il était habile dans le dessin
Aucun de ces écrivains ne désigne les sujets de ses nielles. Ncgri, dans ses Armait' di liotogna, mentionne, à l'année 1491, une Paix niellée, de la valeur de 300 ducats, exécutée par Francia pour le compte de Giovanni II Bcntivoglio, seigneur de Bologne, et offerte à Giovanni Sforza, seigneur de Pesaro, à l'occasion de son mariage avec Lucrèce Borgia, en H93, Paix qui serait, sans doute, facilement reconnaissable aux armoiries des époux, si elle existait encore. Le marquis de Malvasia, antiquaire bolonais du dix-septième siècle {Felsirut piltrice) Bologne, 1811, t. Itr, p. 12, note) cite une plaque d'argent niellée, «le tonne circulaire, avec les armoiries de Bentivoglio, surmontées d'un heaume ayant pour cimier un phénix dans les flammes, et accompagnées d une banderole avec ces lettres : mo. k. fe. mk. fa. s\\, nielle possédé par Marcello Oretti qui, dans ses mémoires manuscrits, en attribue l'exécution à Francia.
1. Virum copitoaco in bac cck'birrimum, ar. summum, nomine Fraucucum Bonooieu«m, aliter Franxam, qui sdeo ili Um parvo orbfculo, ceu arg«nli lamina, tôt bomine», tôt animait», tôt montes, lot arbore», ca<lra ac tôt diveraa ratioue situqoe poaita (igurat, ceu iocidit, quod diclu te. visu mirabile apparet.
2. « Allendcndo duiique, menlre stava «il* orefice, al eliwgno, io qucllo tauto »i compiacque, cbesvegliando ''iogegno a maggiori cose, fece ia quello grandinsimo profitto, corne per moite cote lavorate d'argento io Bologna, sua patria, ai pu6 vedere e particolarmente in ateuni favori di nietlo eccr Icntissimi : tn-lla quai maniera di fare mise moite volte, nello -paiio di due dita d'alteua e poco pifc lungo, venti figurine proporiionati»ime e bdlc. » Vasari, le Opère; édil. Milanesi, t.UI, pp. 533 et «liv.
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H n'y a là rien que de très légitime, attendu que cet artiste était, comme orfèvre, peintre et médailleur, au service de Giovanni II Bentivoglio, grand protecteur des arts et des lettres, dépouillé de sa souveraineté en 1506 et mort en 1508. Nombre de travaux d'orfèvrerie émaillec de notre artiste furent dilapidés (amhtro/io mak) après la ruine de cette maison, comme le constate Vasari.
La tradition locale, d'accord avec la position de Francia à la cour de Bologne, lui attribue les deux superbes Paix niellées, conservées à l'Académie des beaux-arts de cette ville. L'une d'elles, Jésus en croix, porte les armoiries des Bentivoglio, ce qui en met l'attribution à l'abri du doute ; l'autre, la Résurrection de Jc'sus- Christ, aux armes des puissantes familles bolonaises Felicini et Ringhicri, révèle la main du même artiste dans le style de la composition et la beauté du travail.
Voilà donc deux nielles bien authentiques de Franccsco Francia. Les témoignages de ses contemporains attestent suffisamment qu'il en fit beaucoup d'autres, et ce que nous dit Leopardi prouve qu'il ne se borna pas à des sujets de sainteté, mais qu'il dut aussi traiter des sujets mythologiques et allégoriques, qui étaient si bien dans les goûts de cette époque. On ne saurait affirmer que, contrairement à l'usage, notre artiste n'ait point tiré d'épreuves de ses nombreux travaux de nielle, cl encore moins qu'il ne s'en soit conservé aucune. C'est pourquoi, comme il existe plusieurs nielles dont les compositions trahissent l'Ecole bolonaise et dont la supériorité d'exécution désigne un maître hors de pair, on est tout naturellement amené à les attribuer au plus illustre niellcur de cette Kcolc, à Franccsco Francia, bien qu'ils soient dépourvus de toute signature ou monogramme. Ottley, le premier, a porté quelques épreuves de nielles à l'avoir de cet artiste ; Duchesne n'en a accepté que deux, exclues ensuite par Passavant, qui en admet trois autres sans hésitation, et deux avec restriction, sans compter bien entendu les deux plaques d'argent, auxquelles il ajoute une
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troisième. M. le vicomte II. Delaborde ( La (irawire en Italie avant Marc-Antoine, p. 176, note) reconnaît aussi qu'il y a des nielles a qui peuvent avec une sérieuse vraisemblance être attribués à F. Francia », et il en cite trois : la plaque représentant Jésus en croix, et deux épreuves : Hercule tuant l'hydre et Orphée, déjà admis par Passavant comme indubitables. D'autres iconographes y ont ajouté quelques pièces de plus.
A défaut de preuves positives, nous avons cru devoir répartir tous ces nielles anonymes dans notre catalogue général, mais nous en donnons ici un relevé pour présenter l'ensemble de ces attributions et les soumettre a une enquête sérieuse, qui sera favorisée par la reproduction que nous donnons pour la première fois de plusieurs de ces pièces et des plus remarquables.