‹ Manuel de l'anatomiste, ou traité méthodique et raisonné sur la manière de préparer toutes les parties de l'anatomie, suivie d'une description complète de ces mêmes partiesChapitre 270 sur 281 · DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES

Ductus serosi, vasa lymphatica. — Vaisseaux absorbans. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

La partie de l'anatomie qui concerne les vaisseaux Iymphatiques, est sans contredit celle sur laquelle il reste encore le plus de doute et d'incertitude, sous le rapport de la préparation, comme sous celui de l'étude. On doiten attribuer la cause à la petitesse extrême d s vaisseaux qui charrient la lymphe, ainsi qu’à la forme petlucide de leurs parois, ce qui ne permet point d’y faire pénétrer, par Pinjection, des matières propres à en démontrer l’existence et de les poursuivre au loin”, comme on peut le faire pour les artères et les veines, et sur-tout pour les nerfs. L’évaporation facile da iluide que contiennent pendant la vie les vaisseaux lymphatiques ,

devient aussi un obstacle à leur dissection. Les moyens dont on se sert en général consistent, pour la préparation du système lymphatique, 1°. à suivre à l’œil nu , où armé de quelque instrument, les vaisseaux de ce système, sans autre guide que la marche incertaine de leurs divisions multipliées; 2°. à faire pénétrer, par les seules lois de la pesanteur , des liquides colorés , tels que de l’eau , du lait, du suif, de la graisse, une dissolution de gomme ou du mercure, dans un point quelconque de l’économie, d’où l’on suppose que ce métal s’introduit de proche en proche dans toutes les ramifications de la portion d’appareil lymphatique, dans le voisinage duquel on a fait couler le mercure ; #. à plonger un vis- cère, un membre isolé, ou toute autre partie distincte et séparée du reste du corps, dans un liquide coloré, dont la chaleur soit modérée. Le liquide pénètre lentement par cette espèce de macération à travers Le tissu de la pièce, filtre pour ainsi dire, s’insinue dans toutes les parties et remplit également les lymphatiques de la pièce sur laquelle on veut les étudier.

S'il était possible de reconnaître, par des caractères tirés de la forme et de la structure, les vaisseaux lymphatiques partout où ils se rencontrent, il n’y a pas de doute que le premier mode de préparation serait préférable. On aurait au moins, par ce procédé, la certitude de ne pas prendre pour des vaisseaux lymphatiques, des parties qui n’en sont pas, et de pouvoir les poursuivre dans des endroits où l’on croit qu’il n’en existe pas. Ce mode de préparation aurait de plus Pavantage, comme on le fait pour les nerfs, de pourvoir étudier le système lymphatique dans son ensemble , en partant d’un ou de plusieurs centres communs, pour se rendre de là dans leurs divisions respectives. Ce sont ces inconvéniens qui ont engagé à faire usage du mercure, que l’on introduit dans un point indéterminé de la surface extérieure du corps, dépouillée de ses tégumens, pour le faire pénétrer dans les vaisseaux lymphatiques qui se trouvent sur la marche du métal. On aide la marche progressive du mercure, et son passage dans le plus grand nombre .de rameaux, soit en le poussant à travers leur calibre parune puissance ‘mécanique quelconque, ou bien en suspendant la partie de minière que le mercure, ohéissant aux lois de la pesanteur ,

s’introduit par son seul poids, dans les vaisseaux où l’on veut qu'il pénètre. Ce dernier procédé est plus expéditif; et, en supposant la possibilite ou la certitude de son passage dans tous les lymphatiques voisins, on peut alors, par une dissection attentive, suivre ces vaisseaux remplis et gonflés par le métal. Ou voit qu'ils se dilatent beaucoup plus dans les intervalles des valvules ; de là résultent ces nodosités qui servent de caractère pour les distinguer d’avec quelques autres vaisseaux égalementtenus, Plusieurs inconvéniens Sont attachés à cette manière de préparerleslymphatiques. D'abord on ne peut injecter par ce procédé qu’une partie isolée du système lymphatique ; ensuite, outre que le mercure enfle considérablement les vaisseaux, il les rompt aussi très-souvent, se répand çà et là, et jette ainsi une confusion extrême dans le travail.

C’est pour éviter en partie les désordres produits par le mercure, qu'on se contente de plonger dans un liquide coloré les pièces sur lesquelles on veut étudier les lymphatiques.

Cependant on ne peut disconvenir que l'injection par le mercure ne présente de grands avantages: ainsi ce dernier mode convient mieux pour les membres, tandis que la dissection à nu est préférable pour les lymphatiques du trone et de la tête, ou lorsqu’on ne veut voir ces vaisseaux que sur une pièce isolée et de peu d’étendue, après les avoir plongé, comme nous l’avons dit plus haut, dans un liquide convenable.

L'appareil lymphatique présente dans toutes les parties du corps, et à des distances plus ou moins rapprochées, des espèces des pelotons ou plexus lÿmphatiques, auxquels on donne le nom de glandes , et qui sont comme le rendez-vous commun des vaisseaux lymphatiques des environs. Ces parties distinctes, et d’une certaine grosseur, peuvent être facilement apereues, soit par la dissection simple , soit à l’aide du mercure, qui, des vaisseaux, se rend au centre commun, soit par lPimmersion dans l’eau. Cepend nt, pour bien voir les glandes lymphatiques, il faut nécessairement choisir un sujet jeune. Il n’est en effet aucune espèce d’organe dont le volume et le développement varient autant selon l’âge. L'enfance est la seule époque à laquelle les glandes soient toutes

bien prononcées. Chez l’adulte , elles diminuent en nombre: chez le vieillard, on ne trouve plus guère que ps qui occupent les extrémités des membres.

C’est pour ces différentes raisons qu’il est indispensable de choisir le sujet sur lequel on se propose d'étudier la‘totalité des lymphatiques ou une partie de ce système. On peut même ajouter qu’il n'est point de branches de l’anatomie où cette précaution soit aussi nécessaire que pour le système lymphatique.

Les cadavres d’enfans , ceux de femmes , ceux encore des individus maigres, médiocrement injectés, sont en général les plus convenables. On peut encore se servir avantageusement des enfans morts du carreau , à la suite d’un scrophule bien prononcé, ou d’une maladie vénérienne , pour la guérison de laquelle le mercure aurait été prodigué. |

Il me reste à dire un mot sur la manière de mettre à découvert Pensemble du système lymphatique et de procéder à sa dissection. Le mode diffère selon les parties que l’on veut étudier , carilen est qui n’ont pas besoin de dissection proprement dit.

Les lymphatiques du ventre sont facilement mis à découvert et deviennent assez apparens , par les injections que l’on pousse dans le ventre d’un animal quelconque , soit vivant , soit mort récemment, pour qu'on n'ait pas besoin de les disséquer, On peut en dire autant des grands viscères , lorsqu'ils ont été plongés assez de tems dans de l’eau tiède colorée, pour que leurs lymphatiques en soient pénét rés. |

Il n’en est pas de mème des Re des membres , qu’on peut bien suivre en partie à l’œil nu, lorsqu'ils ont été injectés par le mercure, mais qu’il faut nécessairement disséquer pour en avoir une idée exacte.

On ne peut trop recommander ici l’extrème finesse des instrumens, dont il faut encore assurer la marche à l’aide de la loupe. |

Mais de toutes les parties du système lymphatique, il n’en est point de plus importante à connaître , que le gros tronc connu sous le nom de canil thorachique. \

On sait qw’il existe sur toute la surface du canal alimentaire, et

540 ‘MANUEL 2 de ses dépendances, un ordre de vaisseaux appelés lactés ou chilifères ; que ces vaisseaux se rendent , en dernier résultat , vers une espèce d’empoule , qu’on observe dans les environs des piliers du diaphragme, et qui est l’origine du canal ihorachique , situé à droite de l’aorte , etrderrière les vaisseaux rénaux. Les variétés du canal thorachique sont très. multipliées : quelquefois on en trouve deux et même trois qui communiquent ensemble par beaucoup de vaisseaux courts el disposés en travers , mais qui se réunissent à la fin en un tronc commun. És |

: Pour bien voir les routes que parcourent le chyle, et mettre à découvert les vaisseaux qui le charient, il faut ouvrir le ventre d'un animal vivant , que l’on ait fait manger deux ou trois heures auparavant. On peut encore, pour rendre la chose plus sensible, après avoir fait jeûner un chien , par exemple, lui donner à-la-fois une grande quantité de lait, et l’ouvrir immédiatement après. On pourrait également colorer les alimens, et même le lait que l’on donne à l’animal que l’on veut soumettre à ses expériences. Pour que les vaisseaux lactés et le canal thorachique ne se désemplissent pas , il faut y faire des ligatures ;le froid qui condense sur-le-champ les liqueurs est aussi fort utile pour ces sortes de recherches, et elles ne se réunissent jamais mieux que lorsqu'il est plus vif et plus intense.

On peut encore très-bien injecter le canal thorachique avec des matières colorées, telles que du suif, des gommes, etc. On le prend au-dessus de l’ouverture du diaphragmatique , au-devant des vertèbres lombaires. C’est là qu’il faut introduire le tube d’une petite seringue , remplie du liquide en question , que l’on porte facilement dans toute l'étendue du canal thorachique.

Il en est de même pour le tronc lymphatique du côté droit. On l’injecte par les branches assez grosses que l’on trouve dans le creux de l’aisselle , entre le grand et le petit pectoral et sur les côtés du col.

Je passe maintenant à l’exposition du système lymphatique ou absorbant de quelques-uns.

DE L’'ANATOMISTE. SEK.

EXPOSITION SOMMAIRE DES LYMPHATIQUES. (a).

Les lymphatiques ou absorbans sont des pelits vaisseaux mem. braneux, minces, pellucides, qui, prenant /a /ymphe à toutes les surfaces , dans toutes les cavités, la rapportent au centre général de la circulation , forment un système particulier, distinct des autres vaisseaux, par leur origine , leur cours , leur terminaison, leur action et leurs usages. Ils naissent par des radicules ou petits eanaux cylindriques, qui s'ouvrent à la surface des membranes, des organes creux, des cavités splanchniques , cellulaires , aréolaires, y forment des pores, des villosité qui , par leur action alternative de dilalation et de contraction, prennent, sucent Îles fluides qui touchent leurs orifices , et sont ainsi les organes de labsorption.

Ces radicules ou sucoirs absorbans , qui sont si rapprochés et d’une ténuité si grande , qu’ils échappent à l’œil nu , se rassemblent par faisceaux , se réunissent par ramuscules coll:téraux, s’enlacent par des replis multipliés , par des anastomoses fréquentes et réciproques , d’où résulte un réseau très-fin , qui forme en grande partie le tissu des surfaces et prineipalement des membranes de ce réseau radiculaire, d’où partent des rameaux qui, après avoir rampé sous les tégumens , sous les tuniques des viscères, dans les lames du tissu cellulaire qui sépare les différentes couches des muscles, qui enveloppe les nerfs, les vaisseaux sanguins , se prolongent , sc réunissent successivement et forment des branches qui grossissent dans leur cours, par nombre de petits rameaux qui viennent s’y rendre,

Les lymphatiques , ainsi formés par la réunion successive de divers rameaux , accompagnent presque toutes les veines, se dirigent comme elles vers le centre général de la circulation ; mais 1° ilssont peu nombreux : en effet, outre que chaque veine est ac-

compagnée de plusieurs lymphatiques, partout on en voit deux

(1) Une grande partie de ces considérations générales -estextraite des leçons et des ouvrages du professeur Chaussier,

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plans distincts par leur position ; les uns, superficiels, souscutanés , rampent sous Îles tégumens ; les autres , profonds , inter-musculaires, sont disséminés dans le tissu de l'organe , dans linterstice des muscles ; 2°. ils ont entre eux de fréquentes anastomoses : ainsi, dans une partie, les lymphatiques superfciels communiquent avec les profonds, les supérieurs avec les inférieurs, ceux du côté droit avec ceux dû côté gauche : disposition qui ouvre plusieurs voies différentes au trajet de la lymphe ; 3°, toujours dans leur trajet ils forment , d’espace en espace, ou des plexus, ou des agglomérations glandiformes, plus ou moins volumineuses , que l’on nomme glandes conglobées ou lymphatiques.

Ces glandes, qui font partie essentielle du système lymphatique, sont produites par l’assemblage de divers rameaux lÿmphatiques, qui, en s’approchant, se divisent, s’entre-croisent, s’enlacent, se contournent sur eux-mêmes, s'unissent, se confondent en différens poinis, forment dans leurs plicatures, leurs contours divers, des rétrécissemens, des dilatations alternatives qui ont l'apparence de cellules ou vésicules séparées, produisent ensuite de nouveaux rameaux moins nombreux, mais plus gros, qui s'élèvent et continuent à se diriger vers le centre général de la circulation, un tissu cellulaire, très-fin , lie, soutient ce peleton ou glanglion lymphatique; une membrane le revêt, en conserve la forme; enfin, des vaisseaux sanguins rampent à sa surface , en pénètrent l’intérieur, s’y distribuent par des ramuscules d’une extrême ténuité , qui paraissent é fournir une sécrétion. La forme ; le. volume, la consistance ; la couleur de ces glandes ou ganglions FRS See différent beaucoup selon l’âge , la situation, l’état des parties ; leur nombre est très considérable : il s’élève au moins à six ou sept cents; mais elles ne sont pas également distribuées dans toute l FR du corps; aux membres, elles sont peu nombreuses, et séparées par de grands intervalles; au col, dans le thorax, dans l'abdomen, elles sont multipliées, rapprochées , même entassées en quelques endroits ; enfin, toutes s’enchainent, se rallächent par des plexus où rameaux lymphatiques, qui s'élèvent des unes aux autres, et en forment une série continue.

DE L’ANATOMISTE. 543 On a désigné ces différentes glandes par des dénominations tirées de leur situation ; les principales sont aux membres abdontinaux, trois Ou quatre plandes poplitées, huit à douze inguinales, dont les unes sont superficielles, les autres profondes ; dans labdomen, une série nombreuse de glandes prélombaires, disposées au pourtour de l’aorte, de la veine cave abdominale; sur le corps des vertèbres des lombés, huit à dix illaques, qui, d’un côté, se rattachent aux itiguinalés, êt, de l’autre, aux prélombaires; plus de cent imésentériques, environ soixante mésocoliques , une série de petites sous-hépatiques, spléniques , pancréatiques , qui se liént aux mésentériques ; six à dix gastriques disposées aux courbures de l’estomac; enfin, dans la cavité du bassin , une vingtaine de glandes pélviénnes qui se rattachent aux iliaques , aux prélombaires , aux mésocoliques. Dans le thorax, une série de glandes prédorsales, qui, d’an côté, se lient aux prélombaires, et, de Pautre, à célle du col ; douze inter-costales de chaque côté ; quelques diaphragmatiques » médiastines , Sous ‘sternales , qui se lient lès unes aux autres; un grand nôémbre de glandes bronchiques, pulmonaîres, situées aux divisions des bronches, au pourtour, au sommet des poumons, quelques cardiaques situées sous la courbure de l’aorte, à la tête , au col, deux ou trois mastoïdiénnés, parotidiennes , sous<zygomatiques, maxillaires, sous= Bnguales ; une série nombreuse de glandes trachéliennes, quelques cervicalés; énfin, aux membres thorachiques, quatre ou cinq . huméro-cubitales, six où huit axillaires » quelques sus-sCapulaires et sous-clavièrés, qui, par leur plexus, se rattachent aux soussternales , aux prédorsales , et sur-tout aux trachéliennes. Cest après avoir passé par une ou plusieurs séries de ces glandes, c’est après avoir formé des plexus, des réunions successives, que les lympliatiques qui reviennent des différéntes parties, aboutissent tous, d’une manière plus ou moins directe, à deux vaisseaux prin- Cipaux, qui, par leur disposition , leur usage, correspondent en quelque sorte aux deux veines caves, sont les ironcs de tous les lymphatiques , et le confluent général de la lymphe. L'un de ces troncs, le plus long, le plus considérable, dé-

couvert par Pecquet, en 1649, est nommé canal thorachique ou

tronc gauche; il prend son origine sur le corps de la trosième vertèbre des lombes, par la réunion successive des Iymphatiques qui reviennent des membres abdominaux , des organes pelviens, et de presque tous ceux de la digestion; il passe dans le thorax, est apposé sur le corps des vertèbres, traverse toute la hauteur de cette cavité en s’inclinant à gauche , s’élève ensuite sur la face trachélienne du col, et se termine, en s’ouvrant dans la portion sous-clavière de la veine brachiale gauche; ce canal, si remarquable par son étendne, sa situation , sa direction, et qui présente beaucoup de variétes dans son origine , son trajet , sa terminaison, reçoit le plus grand nombre des lymphatiques du thorax, tous ceux du côté gauche de la tête, du col et du bras gauche.

L'autre tronc, indiqué par Stenon , est très-court et très-petit ; on le nomme tronc droit ou brachio-céphalique; il est situé obliquement à droite sur les apophyses trachéliennes de la sixième ou septième vertebre du col, et s’ouvre dans la portion sous-clavière de la veine brachiale droite; ce tronc, qui a plusieurs connexions anastomotiques avec l’extrémité trachélienne du canal thorahique, reçoit les lymphatiques du côté droit, de la tête, du col, ceux du bras droit, et quelques-uns qui proviennent du thorax et du foie.

Pour saisir la disposition particulière des divers lymphatiques , pouvoir en tirer des inductions applicables à la connaissance des phénomènes de la santé et des maladies, il faut considérer dans chaque partie leur nombre, leur trajet, leur direction , leur réunion successive aux différentes espèces de glandes; ainsi on divise l’étude de cet ordre de vaisseaux en plusieurs sections, savoir :

SECTION 1'*. LYMPHATIQUES DES MEMBRES ABDOMINAUX. 1°, Les Cruraux.

2°, Les Fémoro-sous-pubiens.

3°. Les Fémoro-popolités.

4°, Les F'essiers,

SECTION IV* — LYMPHATIQUES DES ORGANES DE L’ABDOMEN Qu?

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