‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 2 sur 90 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Dans cette deuxième partie du Manuel de F antiquité slave, j'ai voulu donner une esquisse de la civilisation slave à partir de la seconde moitié du Ier millénaire, c'est-à-dire à partir de l'époque ou les Slaves entrent pleinement dans l'histoire. L'antique civilisation « protoslave » n'appartient donc pas à mon sujet K

Quand on parle de la civilisation slave païenne, il faut certes envisager tous les éléments qui l'ont progressivement composée, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la conversion des Slaves au christianisme, au début de la période historique. Nous entrevoyons une évolution et des étapes diverses. Il serait certainement possible, à l'aide des données linguistiques, de rechercher et de déterminer, par exemple, le fonds hérité par les Slaves de la

1 Karl G. Anton est, à ma connaissance, le premier qui ait traité ce sujet dans le petit livre intitulé : Ersie Linien eines Versuches iiber der alten Slawen Ursprung, Sitien, Gebrâuche, Meinungen und Kenntnisse (Leipzig, 1783-1789). Depuis ce travail, rien de plus important n'a paru. Safarik n'est pas arrivé à publier la partie de ses « Antiquités Slaves » concernant la civilisation : il en a laissé seulement un plan détaillé que l'on trouvera dans l'édition des « Antiquités » faite par Jirecek en 1863 (IIe partie, pp. V-X de l'Introduction). Après lui les essais tentés dans cette direction se sont bornés soit à une étude plus approfondie de certaines parties (notamment la mythologie et le droit ancien), soit à de rapides vues d'ensemble servant habituellement d'introduction à d'autres domaines de la slavistique. Il faut mentionner ici le livre important de J. E. Vocel, Pravëk zemc ceské (Praha, 1868), l'étude de G. Krek, dans son Einleitung in die slav. Literaturgeschichtc (Graz, 1887, 2e éd.), le travail d'A. Archangelskij intitulé ILrb Jiei;uiîi no iirropiii pyccKOâ JurrepaTypu » (Varsovie, 1901), tiré à part d'un article du P. <t>. B. A signaler encore l'article sans grande valeur critique de W. Boguslawski dans le tome II de ses Dzieje slowianszczyzny pôlnocno' zachodniej (II, pp. 272-950, Poznan, 1889), etc. A. Kotljarevskij et J. L. Pic semblent avoir pensé, eux aussi, à donner une description d'ensemble de la civilisation slave, mais ont dû se borner à l'esquisse de certaines parties. Le travail d'A. S. Budilovic, sous le titre

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(KieB-b, I, 1878, 1879, et II, 1882), encore qu'assez détaillé, est insuffisamment critique. Iî en est de même, et à un plus haut degré, du livre de Vâcl. Kfizek : Z dëjin starych Slovanâ (Tâbor, 1883). Le seul ouvrage qui traite le même sujet scientifiquement, mais seulement du point de vue linguistique, est celui du professeur J. Janko : 0 pravëku Sloianû (v Praze, 1912).

communauté indo-européenne, ou encore l'état de leur civilisation à l'époque où ils formaient encore une unité. Il serait possible aussi, avec le secours de l'archéologie, d'évoquer cette civilisation, telle qu'elle apparaissait soit 500 ans avant l'ère chrétienne, soit au début de l'ère chrétienne, etc. Mais je ne me suis point donné pour tâche de décrire ces étapes anciennes : pareille tentative ne pourrait procéder que d'observations linguistiques, et, n'étant pas linguiste, je ne devais pas me risquer à reconstruire la vie et les mœurs des Slaves à la fin de la période de leur unité linguistique ; encore moins me serais-je hasardé à reconstituer les éléments fondamentaux qui apparaissent dans le patrimoine linguistique protoslave et indo-européen. Quant à en étudier l'état primitif et le développement d'après les matériaux archéologiques, je ne le pourrais qu'en m'appuyant sur des hypothèses, vraisemblables peut-être, mais cependant non démontrées 1, et il ne manquerait pas de gens pour me dire que la vie dont je retrace les grandes lignes n'est pas celle des Slaves, mais celle des Germains ou des Illyriens, car la preuve décisive reste à faire que les sépultures dont j'aurais à parler sont des sépultures slavej. Voilà pourquoi, au lieu de reconstituer une civilisation protoslave hypothétique et fictive, je préfère donner une image plus concrète de l'état matériel et moral dans lequel vivaient les Slaves au début de leur histoire, quand ils reçurent le christianisme et, avec lui, tant d'éléments étrangers. Je veux en un mot représenter la vie que menaient les païens slaves à la fin du Ier millénaire après J.-C. Si parfois il m'arrive de remonter jusqu'aux premiers siècles de l'ère chrétienne, ce ne sera que pour y rechercher les échos du vieux paganisme et pour comparer les mœurs anciennes avec le nouvel état de choses.

Il va sans dire, d ailleurs, que s'il nous arrive d'en avoir besoin, nous considérerons aussi des étapes plus anciennes, soucieux que nous sommes de rechercher l'origine des divers éléments de la civilisation slave, et de suivre le développement particulier de ces éléments jusqu'à l'état où nous les trouvons à la fin du Ier millénaire.

Mais nous ne nous en tiendrons pas là. Il nous faudra encore distinguer dans cet ensemble ce qu'il y a de véritablement propre aux Slaves et ce qui leur est étranger ; on se tromperait, en effet, si l'on considérait cette civilisation ancienne, que nous dépeindrons à son dernier stade, comme un tout entièrement et authentiquement slave. L'archéologie nous apprend que les Slaves se trouvaient dès ce moment soumis à de fortes influences étrangères : les unes romano-byzantines, d'autres nordiques, d'autres enfin

1 Voir Manuel de l'antiquité slave, I, p. 12.

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