‹ Manuel de l'apprenti compositeurChapitre 12 sur 57 · COMPOSITION DE LA PROSE · texte numérisé non relu

COMPOSITION DE LA PROSE

n’a pour effet que d'occasionner une fatigue inutile. Dès le début, il faut se créer de bonnes habitudes et surtout se garder de n’en pas contracter de mauvaises ; ces dernières sont toujours préjudiciables aux intérêts de celui qui n’a pas su s’en garantir.

Le travail du compositeur, lorsqu'il ne s’agit que de la composition proprement dite, peut être comparé, à celui du copiste des siècles passés : l’un reproduisait avec une plume, l’autre reproduit avec des caractères*. L’important est donc de ne pas commettre d’erreurs. Or, nous ne saurions trop le redire, c’est par l’attention et le silence qu’on les évite; un travail convenablement fait ne saurait s’obtenir sans ces deux conditions essentielles, qu’on oublie trop souvent.

La composition est d’autant mieux exécutée qu’elle reproduit avec plus d’exactitude le modèle ou manuscrit qu’on a sous les yeux. Il ne doit s’y rencontrer ni omission, ni addition, ni altération du texte; la langue française doit être respectée, et la ponctuation observée. De telles fautes sont d’autant plus graves de la part du compo-

1. Avant l’invention de l’imprimerie, les livres étaient écrits à la main et sur parchemin. Leur rareté et leur prix élevé étaient tels, que les rois et les nobles avaient seuls le privilège d’en posséder.

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siteur, qu’elles le signalent d'abord comme un jgnorant ou un mauvais ouvrier, et qu’ensuite il est tenu de les réparer; cette opération, rendue parfois difficile par sa propre incurie, constitue un temps perdu tout A fait pour le travail productif.

Disons, en passant, qu’on appelle bourdon l’omission d’un ou de plusieurs mots, et doublon la répétition soit d’une phrase, soit d'un seul mot.

Bien des soins sont indispensables pour obtenir une bonne composition. Le premier est de prendre lecture du manuscrit, ou autrement dit de la copie à composer*. Se familiariser d’avance avec le texte qu’on doit reproduire est d’un avantage inappréciable. Le temps consacré à cette lecture préalable est largement compensé par le bénéfice qu’en retire le compositeur, qui n’est plus arrêté dans son travail par des difficultés de lecture ou par un sens incompris. Le manuscrit est placé devant lui, et maintenu sur un petit instrument en bois nommé

I, Ldi manuscrits des auteurs «Haut la plupart du temps désordonnés, d’une mauvaise écriture, parfoi’s même indéchiffrables, on avait jadis l’excellente habitude de les faire copier avant de livrer l’ouvrage à l’impression. De lîi le nom de copie donné pai' la typogl'aphie à ce second manuscrit. Malheureusement cette habitude s’est perdue, au grand détriment du compositeur, et le nom seul de copie est resté ; aujourd’hui , on le donne improprement au manuscrit original, trop souvent défectueux, et môme aux feuillets d’un livre qu’on réimprime.

DE LA PHOSE.

visorium. On ne saurait trop respecter celte copie, (éviter de la salir ou de la chiffonner, et bien plus encore de la perdre, car souvent il n’en existe pas un double exemplaire; il importe donc de la ranger avec soin, surtout pendant les suspensions de travail. Le manque de précaution à cet égard peut avoir les conséquences les plus fAcheuses pour l’imprimerie et l’ouvrier lui -même.

Pour composer, on lit la première phrase ou le premier membre de phrase, puis on le reproduit dans le composteur, et l'on continue ainsi successivement.

C’est à ce moment qu’il est iilUe de contracter l’habitude de bien saisir ou de bien lever In lettre ; il faut, autant que possible, la prendre avec légèreté par l’extrémité supérieure, c'est-à-dire du côté de l’œil, de telle soi1e que le cran se trouve toujours en dessous. Ce cran, dont nous avons parlé plus haut, détermine, pour ainsi dire, l’endroit et l’envers du caractère; car, dans le bas de casse, il est certaines lettres qui en forment d’autres quand elles sont retournées; ainsi le b se transforme en q, le d en p, le n en u, le 6 en 9, et réciproquement.

Il faut donc que du premier coup la lettre soit levée dans le sens où le composteur doit la recevoir, c’est-à-dire l’œil apparent et le cran invisible. Si

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le contraire avait lieu, s'il se trouvait des lettres placées le cran en dessus, ou d’autres complètement renversées, l’œil ali fond du composteur, voici, dans le premier cas, le triste effet qui se produirait d l’impression :

Le leinps rospecie deu ce que fon jail sens lui,

et le plus déplorable encore qui résulterait du second :

H"lez-vous lentement, et sajjs perdre c"urago

L’application à bien lever la lettre est donc un point important. Mais, au début, loin de chercher la célérité d’exécution, il faut, au contraire, se défendre du penchant qui porte à vouloir l’acquérir prématurément. Le vrai piâncipe est de procéder avec lenteur et méthode; autrement on s'expose à une foule d'accidents regrettables : par exemple, à faire sauter les lettres d'un cassetin dans un autre, il briser des lignes faites qui, en retombant dans la casse, y produisent un mélange pernicieux, etc. L’unique préoccupation de celui qui commence doit (Mre de bien apprendre et de bien exécuter, sans nul souci du temps qu'il y apporte. L’babileté viendra à son heure, par la pratique continue du travail et des bonnes habitudes.

Lorsque le composteur est rempli et qu’il y a

DK LA PIIOSK.

lieu de le dégager, on le pose horizontalement sur le bord de la casse, on impiime un mouvenieni de bascule auv lignes à l’aide d’une pression exercée par les deux mains, chacune d’elles les maintenant à leur extrémité avec le médius, et on les dépose dans la galée placée sur la partie droite du haut de casse.

La galf'c est une petite plancbelle rectangulaire, bordée sur deux de ses côt(*s d'une équerre en fer; l’angle foi-mc par l’équerre sert à recevoir et à maintenir les lignes au fur et à mesure de leur sortie du composteur.

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