‹ Manuel de l'armurier, du fourbisseur et de l'arquebusier, ou Traité complet et simplifié de ces arts formant une encyclopedie des sciences et des artsChapitre 17 sur 87 · MAR 17 KL · texte numérisé non relu

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certainement celle qu’il faut préférer; elle a le grain lin et serré, est de couleur brune un peu rougeâtre : il est difficile d’en trouver de parfaitement bonnes, elles sont pour la plupart dures et siliceuses : elles polissent l’acier plutôt qu’elles ne le mangent. Cependant , quand on peut rencontrer une bonne pierre de Lorraine sans défaut et tendre, elle rend un bon service, surtout pour l'affûtage des outils plats.

95. La pierre d’ Amérique est un grès très-fin : elle est supérieure à la pierre de Lorraine et coûte davantage ; mais elle a cet avantage que l’on n’en trouve que peu ou point de défectueuses. Ces pierres , débitées dans de gros blocs, sont toutes régulières et bien taillées, et, comme on doit en tirer un grand nombre du même bloc , on a soin d’essayer les blocs avant de les faire refendre , d’où il suit qu’elles sbnt toutes de la même qualité. On les emploie indiféremment avec l’huile ou avec l’eau ; elles ont le défaut d’être un peu tendres, ce-qui les rend peu propres à l’afiutage des burins, ppinçons, crochets et autres outils pointus ou anguleux; mais elles sont excellentes pour les ciseaux, fermoirs, fers de rabot et autres outils plats. Cette pierre, couleur gris blanc, est pulvérulente au toucher; elle mord plus Apcement que toute pierre douce de France : nous ne parlerons pas des grès qui usent encore plus vite, mais dont le grain est si gros qu’il ne peut suffire seul à donner, un bon tranchant. La pierre d’Amérique est encore peu connue, cependant elle commence à se répandre dans le commerce;, quelques jours elle sera dans tous les ateliers.

96. La pierre du fcrntit ou grcs de Turquie est supérieure aux deux autres. L’analyse démontrera sans doute quelque jour que les parties constituantes de cette pierre sont les mêmes que celle de la pierre d’Amérique; mais le sable fin dont elles sont formées paraît être combiné dans cette dernière avec la chaux ou le carbonate de chaux, tandis que dans la pierre du levant il serait combiné avecèa silice. Nous n’avons pas fait, et nous n’avons pas connaissance qu’on ait fait, l’analyse de cc§ deux pierres, si intéressantes pour les ouvriers : ce que nous avançons n’est qu’une idée , qu’uoe supposition , que nous croyons cepen-

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dant fondée. Notre grande habitude de voir, de toucher, de couper toutes sortes de pierres de ces deux espèces nous a confirmé dans cette pensée. On distingue facilement la pierre du levant de la pierre d’Amérique, en ce que la première a presque toujours sur ses angles, lorsqu’elle est de bonne qualité, une semi-transparence qui ne se fait jamais remarquer dans la seconde. La pierre du levant est communément plus brune; cependant la couleur seule ne pourrait être un indice assuré ; car la bonne pierre du levant, celle tic première qualité,- est parfaitement semblable, pour la couleur, à la pierre d’Amérique, qui est d’ailleurs plus compacte, plus homogène, et n’a pas ces picotis ou trous capillaires qui se rencontrent communément dans les pierres du levant de première qualité. Toutes deux sont pulvérulentes au toucher; mais cette qualité qui ne se rencontre que dans les pierres du levant de première qualité et qui est presque insensible , domine bien davantage dans celles d’Amérique, dont elle forme un des caractères distinctifs. Les fissures, clous , et dragons, qu’il est si difficile de ne pas rencontrer dans une pierre du levant de quelque grandeur, n’existent jamais dans l’autre espèce de pierre, dont le grain est uniforme, et se rapproche pour la compacité de celui des pierres lithographiques. Nous conseillons aux armuriers d’avoir une pierre d’Amérique pour affûter les outils plats ; comme cette pierre est d’un prix moins élevé que celui de la pierre du levant, ils pourront se la procurer plus grande, et enfin d’avoir une petite pierre du levant puur les outils pointus et anguleux.

97. On appelle pierrier un appareil dont les menuisiers font usage pour affûter les outils canelés et ceux dont le biseau est profilé, tels que les gouges et les fers des rabots à moulures, c’est un morceau de bois , épais de six à huit centimètres , large de neuf à dix, d’une longueur déterminée par le nombre des pierres qu’on veut placer dessus dans lequel sont pratiquées des entailles angulaires dans lesquelles on ajuste des coins ou clefs en bôis ; on serre entre ces coins et le corps du pierrier une pierre plate posée sur champ , dépassant de quinze millimètres environ

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le dessus de l’appareil et de la clef. Cette partie de la pierre est arrondie ou forme un angle quelconque, et sert a affûter les outils dont rious venons de parler : les picrricrs montés en pierres du levant, moyenne qualité , la première serait trop tendre , sont trèsestimés.

Quant à la manière de se servir de ces pierres pour affûter, nous renvoyons aux Manuels du Tourneur et du Menuisier.

Cisailles.

98. On donne ce nom à des ciseaux forts et robustes qui servent à couper la tôle, le fer-blanc, le cuivre laminé et en général les métaux en planches ; il y en a de plusieurs sortes et la démonstration de ce seul outil, si nous la voulions faire complète, nous entraînerait très-loin ; car, les cisailles étant un instrument utile dans toutes les professions où l’on travaille les métaux, et les marchands quincaillers et autres étant eux-mêmes obligés d’en avoir pour débiter les tôles diverses , cet outil varie à l’inûni dans ses formes : les cisailles à couteaux circulaires ont été une des inventions remarquables des dernier® tems ; mais, nous étant, ainsi qu’ou l’a pu voir, considérablement restreint pour tout ce qui concerne l’outillage, nous ne pourrions, sans inconséquence , donner beaucoup d’extension à cet article, qui n’est pas spécialement intéressant pour l’armurier ; nous ne ferons donc que rappeler les deux cisailles les plus connues , celle à main , celle à demeure sur l’établi.

99. Les cisailles à main servent à couper les tôles de peu d’épaisseur, la fig. 5, planche 2, les fera reconnaître de suite ; leurs qualités essentielles sont la force des branches qui doivent résister à defortes pressions et la bonté de l’acier et de la trempe des couteaux. Dans les cisailles bien conditionnées, le bouton qui passe par l’œil du nœud est taraudé et garni d’un écrou qui donne la facilité de resserrer les couteaux lorsque l’usage les a fait se disjoindre, et aussi de séparer les couteaux pour les affûter plus commodément loi-squ’ils ne coupent plus.

ïoo. Les cisailles d’établi t fig. 4> planche 2, sont

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semblables aux précédentes, à cette différence près, qu’appelées à couper des tôles plus épaisses, elles sont'' plus robustes encore , et que l'effort des deux mains, joint à l’emploi de tout le poids du corps de l’ouvrier, peut être mis en jeu pour la production de tout leur effet. On les nomme cisailles d’etabti , parce qu’elles sont fixées sur l’établi au moyen du coude a qu’on fait entrer dans un trou pratiqué sur la table et proche d’un des bords, de’ manière que le corps de la cisaille sorte en dehors. Ainsi maintenue, les deux mains à la fois peuvent appuyer sur la branche supérieure b qui est mobile, et, pour qu’on ne soit point exposé à se pincer les doigts, on fait également un coude à cette branche supérieure, à moins qu’elle ne se prolonge, comme cela a lieu assez souvent au-delà de la branche fixe. Dans ce cas, on met une poignée en bois au bout de cette branche mobile. On conçoit que plus elle est longue, plus on a de force, le levier étant plus long;. Si un seul homme fait mouvoir cet outil il tient la planche à diviser dans l’une de ses mains et pèse sur la branche avec l’autre en jetant son corps de ce côté et ajoutant tout son poids à sa force.

Les rosetiers. . *

101. On nomme ainsi de petits outils à l’aide desquels on fait des rosettes ou yeux qui ne sont autres que ces petits disques de métal, percés d’un trou au centre qui servent à river les deux bouts; d’une goupille , d’où ils prennent quelquefois le nom de riv lires. 11 y a des rosetiers de formes diverses, selon que, les rosettes doivent être rondes, carrées, plates ou bombées. La figure ir<-, planche 2, représente le roselier le plus ordinaire : c’est un cylindre d’acier trempé coupé vif par sa partie inférieure. Si les rosettes doivent être bombées, l’intérieur de l’angle est creux, arrondi ; si elles doivent être plates, cet angle est plat. Au milieu de ce cylindre est réservé un autre petit cylindre a également coupé vif et droit par le bout : c’est ce petit cylindre qui fait le trou central par lequel passe la goupille.

Pour se servir de ce rosettier, on a une calotte de plomb de vingt ou trente livres, plus ou moins, selon

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la forcé du rosetier. On pose la feuille métallique sur cette calotte, le rosetier sur la feuille, et on donne sur cet outil , tenu dans une position verticale, un coup sec d’un marteau de moyenne force. La rosette s’enlève de la feuille de métal, et revient avec le rosetier, si le petit cylindre a est bien fait , sinon elle reste dans la masse de plomb et il est assez difficile de l’en retirer ; néanmoins, c’est une besogne qui va vite, et une feuille est promptement criblée; l’art consiste à placer les trous de manière à perdre le moins possible de métal.

102. C’est par un procédé analogue qu’on enlève les écussons, et autres ornemens dont on décore les manches des couteaux de chasse, l’outil prend alors le nom d ’emporte-p iècï. *' ou dêcoupoir.

103. Quand on veut incruster les rosettes on écussons de manière à ce qu’ils ne fassent point saillie sur les manches, on donne un coup du rosetier ou de l’emporte-pièce à l’endroit où l’on doit les placer, et 51 se forme alors une empreinte assez profonde pour les recevoir et d’autant plus exacte que c’est l’outil même qui a produit la pièce qui fait rencastrcmeut.

104. 11 y a encore d’autres rosetiers dont l’effet est peut-être encore plus prompt. C’est celui représenté iig. 2, pl. 2 ; on le met par sa partie carrée a dans le lourèt dont nous avons parlé ci-dessus (72)5 on fait mouvoir l’archet de la main gauche, de la droite on tient la feuille de métal appuyée sur une planche de hêtre : on la présente à la pointe b qui est au centre de rotation et qui fait de suite le trou central de la rosette. Le bédane c, qui peut être fait en fermoir, si l’on veut faire’ un chanfrein à la rosette, atteint sur-lechamp la feuille , cerne, coupe et détache le morceau qui reste après l’outil. Un coup d’archet suffit; il fait faire ordinairement six tours. Assez souvent la rosette reste entre les pointes, on la fait tomber avec le petit doigt , ou bien , lorsque les deux pointes sont longues , il s’amasse deux ou trois rosettes sur l’outil ; mais, d’ordinaire, lorsqu’il est bien fait, elles tombent d’ellesnif'mes. Le talent consisté également dans cette xnélliodeycomme dans l’autre, à disposer les trous de manière à tirer le plus possible d’yeux du même morceau

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de métal. Quand on al’habitude de faire manœuvrer ce rosettier, il va plus promptement que l’autre, et n’est

1)as d’une façon aussi difficile, se répare plus aisément orsque l’usage l’a détérioré ; le premier est cependant plus usuel et le plus communément employé.

io5. Indépendamment de ces outils dont nous pourrions encore étendre la nomenclature, il en est une infinité d’autres qui servent rarement ou qui servent à un armurier, sans qu’un autre les ait adoptés; nous ne pouvons les faire connaître tous. On conçoit qu’ils doivent être en grand nombre dans une profession où, le fer, l’acier, le cuivre, le plomb , le platine, le bois, l’ivoire, la corne, la baleine, etc. etc., sont mis en usage, dans une profession dont les produits sont tellement variés qv’il serait impossible de les comprendre tous. Si l’on s’arrête def ant l’étalage d’un armurier renommé , oq se persuadera facilement

3ue plusieurs professions ont concouru à la production e cette grande quantité d’objets précieux qui sont étalés aux regards de l’amateur. Nous avons donc dù nous tracer un cercle hors duquel il ne nous fut pas permis de nous étendre. En décrivant d’ailleurs chacun des procédés nouveaux et consignés dans nos recueils industriels, nous aurons encore à parler d’un grand nombre d’ustensiles et de machines-Outila. Quant aux tours et à la grande •série d’outils qui les accompagnent, nous renvoyons aux Manuels déjàcités, et nous nous contentons, pour le moment, de reproduire comme spécialités les figures ci-après de quelques moyens de faire, peu ■sites de nos jours; et cela par pure déférence pour l’Encyclopédie qui les a données.

106. Fig. 5, tenailles en bois, servant à plusieurs usages ; on peut les mettre dans l’étau à pied ou s’en servir à la main , elles servent aussi au travail des buffléteries.

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