HISTORIQUE DE L’ÉTABLISSEMENT THERMAL
jusqu’en i8i5.
L’établissement thermal d’Aix-en-Savoie ne consistait primitivement que dans la grotte existante encore aujourd’hui à la source de l’eau de Soufre ; cette grotte était partagée en deux par une muraille destinée à séparer les malades des deux sexes qui se rendaient à Aix annuellement en assez petit nombre.
En 1780, le roi Victor Amé III chargea le Cc Nicolis de Robilant, qui déjà avait visité, par son ordre , les bains les plus célèbres de France, d’Italie et d’Allemagne, de construire un établissement plus convenable , et ce fut d’après les dessins de cet habile ingénieur que s’éleva le grand édifice auquel on donne maintenant le nom de Batiment royal.
L’emplacement
L’emplacement sur lequel il fut construit était occupé par une maison , au centre de laquelle l'eau , sortant de la grotte , formait une petite piscine où se baignaient les pauvres. En creusant les fondations , on trouva des restes considérables de thermes romains, et au dessous de ceux-ci d’autres bains dont l’origine est incertaine. Les atterrissemens qui couvraient ces décombres ne permettent pas de douter que le sol n’ait été considérablement exhaussé , soit par le débordement d’un torrent qui passait autrefois dans la Ville, soit par les incendies et les catastrophes du moyen âge , qui transformèrent ces thermes en un amas de ruines.
Le bâtiment royal , tel qu’il fut achevé en contenait deux divisions , l’une pour les hommes , l'autre pour les femmes , composées chacune de deux cabinets de douche et d’une étuve appelée bouillon. Il renfermait en outre deux cabinets souterrains pour les pauvres, et une division spécialement réservée à nos Princes.
Quatre ans plus tard , le Gouvernement jugea nécessaire d’y établir un médecin directeur des Eaux; mon aïeul’1 eut l’honneur d’occuper le
* Joseph Despiixe , médecin honoraire du Roi et delà Famille Royale, membre des Académies de Turin, de Lyon , d’Edimbourg. Il fut chargé par le Gouvernement d’introduire dans les Etats l’inoculation qu'il avait étudiée en Angleterre et en France. Nommé Médecin Directeur des Eaux d'Aix, eu 1787 ,
premier cet emploi et d'y donner, en cette qualité , ses soins à plusieurs membres de la Fa-* mille Royale.
Jusqu’à la Révolution de France de 1789, le nombre des étrangers venant aux Bains ne dépassait pas cinq à six cents ; mais alors beaucoup de familles distinguées ayant émigré , Aix devint momentanément le rendez-vous d’une grande quantité de personnages marquans.
Les troubles qui accompagnèrent le commencement de l’occupation delà Savoie, en 1792, par l’armée française , amenèrent une diminution sensible dans le concours des baigneurs ; il reprit ensuite progressivement pendant le Directoire , le Consulat et l’Empire ; sous ce dernier Gouvernement, le nombre des malades s’éleva jusqu’à douze cents.
La famille Bonaparte montra une prédilection particulière pour ces Eaux , et successivement Joséphine, M,nC Mère , la princesse Borghèse, la reine Hortense et plus tard, S. A. I. Marie-Louise, vinrent, en éprouver les effets sa- 3 lutaires.
par S. M. Victor- A métlée lit, il n'a cessé pendant 45 ans d'y venir donner ses soins aux malades, et a terminé son honorable et longue carrière en 1800, à l'âge de g5 ans. 11 a été remplacé par mon père Ch. II. Ant. Despine , membre des Sociétés académiques de Tui in , de Montpellier, d'Amsterdam, de Louvain, de Savoie et d’Arras, qui remplissait déjà , depuis 1 8 1 5 , les fonctions de Médecin Directeur-adjoint.
Pendant qu’Aix trouvait dans son sein des moyens croissans de prospérité et de bonheur , d’autres circonstances contribuaient encore à en activer le développement. Ainsi les nouvelles routes du M. -Cents , du Simplon , des Echelles , établissaient des relations plus faciles entre les peuples de l’un et l’autre côté des Alpes. Le transport avantageux des marchandises par le lac du Bourget, le canal de Savière et le Rhône formait 1 objet d’entreprises commerciales florissantes et actives. Enfin la grande route militaire de Paris en Italie, dont le tracé était lait, devait , apres avoir longé la rive orientale du Lac , traverser cette Ville, ainsi que toute la vallée.
Ces différentes circonstances , et surtout la réputation croissante des Eaux d’Aix, déterminèrent le Gouvernement à adopter en 1812 un plan magnifique pour l’embellissement de la Ville et des Thermes. Plus d’un million de fr. était bilance a cet effet 5 mais les désastres de Moscou et l’invasion du territoire par les Alliés en empêchèrent l’exécution.
Par le traité de Paris , en 1814, la France conserva une portion du Duché , dans lequel la ville d’Aix se trouvait comprise : mais le traité de Vienne le remit tout entier sous l’autorité paternelle de la Maison de Savoie.
L’Administration française fesait gérer l’éta-
blissement par un Fermier auquel il était, en outre, alloué un droit de 20 centimes sur les bains pris à domicile. Ce fermier payait par contre une somme annuelle de 3ooo francs qui se versait dans la caisse des Hospices de Chambéri , après en avoir prélevé le traitement de, 1000 f. assigné au Médecin-inspecteur des Eaux. * Aussi , sauf les réparations indispensables à l’entretien des bàtimens , les seules améliorations faites pendant les 25 années de domination française , se bornèrent à l’érection d’une fontaine extérieure sur la façade principale , et à la construction de deux cabinets de douches, dans le Quartier des Princes. Un Hôpital militaire avait été créé dans la Ville pour le service de Farmée des Alpes ; la dislocation de ce corps le fit supprimer. 11 n'en fut pas de meme delà fondation faite en 18 13 par la lleine Hortense pour un Hospice des pauvres , fondation qui fut confiée aux Sœiirs de St. -Joseph et qui subsiste encore aujourd’hui .
M. le Dr DESMAisoîN’deChambéri, a occupé cet emploi pendant tout le temps qu’a duré l’administration française. Il est mort en 1802 , justement regretté de ses collègues et de tous ceux qui Tout connu.