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SYMPATHIE ET ANTIPATHIE

prodigaer ses soins et ses peines aussi longtemps que peut l’exiger la suite d’une pareille cure, aün de ne jamais abandonner son malade avant sa guérison J car, sans cette résolution, il vaudrait mieux ne pas commencer le traitement.

Snnpalble et antipathie.

La communication des malades entre eux, lorsque la magnétisation a lieu en commun, développe des attractions et des répulsions que vous devez connaître. J'en ai constaté un grand nombre d’exemples; souvent elles donnent lieu à des irrégularités dans le traitement , quelquefois même elles peuvent empêcher tout succès.

Dans l’état d’exaltation nerveuse qui résulte ordinairement du travail qui se fait dans les organes, les malades sont expansifs. Réunis, ils sont portés par une attraction puissante vers tels ou tels d’entre eux. Il est difficile d’empêcher alors un surcroît d’activité rendu fébrile. V'^otre volênté , partagée , affaiblie par une action sur plusieurs, vous sert peu; vous êtes dominé. Vous croyez agir, et l’exaltation continue pour ne plus s’arrêter qu’au bout d’un temps très long. Séparez, vous le devez, deux organisations trop im-

pressionnables. Que vos magnétisations aient lieu à des heures différentes, ou ne vous promettez plus la guérison, mais seulement une étude curieuse des sentiments et des penchants.

Dans d’autres cas , c’est une antipathie qui se développe. C’est surtout lorsqu’il y a somnambulisme sur plusieurs. Le plus fort en puissance magnétique ou en perceptions intuitives , s’il est mal intentionné, réveillera ou troublera le sommeil des autres dormeurs; il fera plus encore, il empêchera , par jalousie et pour vous accaparer tout entier, que vos soins deviennent profitables. J’ai vu en ce genre des choses incroyables , et qu’il n’est pas temps de révéler. Prenez l’espèce humaine pour ce qu’elle vaut, ne vous faites point d’illusion. Si quelques êtres se distinguent par des principes sévères et conformes à l’esprit de charité , ce sont les exceptions ; votre métier ici est de guérir les maux et les plaies physiques, ne sortez pas de là. Croyez-moi, ne laissez communiquer vos malades entre eux que lorsqu’ils ne sont point en état magnétique; il est bon qfl’ils puissent se voir et se communiquer leurs sensations, vous n’avez rien à craindre sous ce rapport, vos œuvres'pouvant être soumises à l’examen de tous. On puise même dans ces récits un

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encouragement que vos assertions ne pourraient pas seules produire; mais ceci fait, agissez isolément.

Je ne prétends pas pourtant que vous vous enfermiez seul avec votre malade. Laissez, au contraire, pénétrer près de vous les assistants, les curieux même , et surtout si vous avez à traiter une jeune personne ou une femme. Que toujours il y ait quelqu’un près de vous pour être témoin de vos procédés et de vos actes. Si vous agissez autrement, vous aurez à vous en repentir.

Une vérité morale ne triomphe que par la persuasion ou la force. Une vérité physique n’a besoin que du temps et de l’expérience.

Action magnétique par Irradiation-

Ayant pris* les précautions que je vous indique plus haut, vous avez à vous garantir d’accidents imprévus. Celui qui est venu comme témoin, ou comme accompagnateur, peut ressentir les effets d’un magnétisme direct , bien que vous ne le magnétisiez point et que sa sensibilité magnétique vous soit inconnue.

Voici un fait curieux; je l’ai publié en 1828 dans mon journal le Propagateur.

256 MANL’EL DEL’ÊTDDIANT MAGNÉTISEUR.

Je fus appelé chez madame Béranger, femme d’un conseiller d’Etat, affectée d’une maladie chronique ancienne et compliquée. Persuadé cependant que le magnétisme lui ferait du bien, j’essayai ce moyen , et en effet elle éprouva de suite un peu de mieux. Comme elle était sur le point de partir pour la campagne, je lui fis observer que, le traitement devant être long, elle serait obligée, pour ne pas perdre l’impulsion favorable que j’avais commencée, de continuer à se faire magnétiser par quelqu’un de sa maison. A cet effet , elle jeta les yeux sur une femme de chambre intelligente qui lui était attachée , et qu’elle aimait beaucoup. Cette personne vint assister au traitement de sa maîtresse. Elle ne savait nullement ce qu’était le magnétisme, et n’en avait jamais entendu parler. D’abord elle examina attentivement tes procédés que j’employais, afin de pouvoir les imiter pour me remplacer, et soulager ainsi sa maîtresse. Pendant qu’elle fixait son attention sur nous, elle éprouva elle-même les effets du magnétisme j je ne m’occupais pourtant que de la malade, et ne songeais point à diviser mon action magnétique. D’abord elle ne fit ^ point part des sensations qu’elle éprouvait, elle fit même des efforts pour s’y soustraire, et resta

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près de nous en luttant contre les atteintes du sommeil qui l’accablait. La séance terminée, les e(Tets s’évanouirent. Le lendemain elle vint comme de coutume se placer à quelques pas de la malade, et à peine avais-je commencé, que les phénomènes de la veille se développèrent avec plus d’intensité; cette fois, pour ne pas y succomber, elle s’enfuit avec précipitation dans une pièce voisine. Nous ne savions point alors ce que cela voulait dire, et je ne crus pas même devoir y donner mon attention. Au bout d’un quart d’heure environ, elle revint de nouveau s’asseoir à sa place accoutumée , et lui voyant les traits altérés, je crus devoir m’occuper un peu d’elle. Je la vis chanceler, éviter mon regard , se lever de nouveau et s’enfuir en criant. Je la suivis et lui demandai ce qu’elle avait. « Je ne sais , me » répondit-elle, mais ce que je viens d’éprouver, »je ne l’avais jamais senti. » Je voulus la calmer, car elle tremblait de tous ses membres ; mais quoique ses yeux fussent fermés , elle sentait mon action et me répétait : « Ne me touchez » pas, je vous en prie ! Je vois vos mains; vous » me faites du mal ! » Je dus céder à son désir fortement exprimé, quoiqu’à regret pourtant, car j’étais persuadé que le magnétisme la cal-

merait bientôt. Ayant achevé de magnétiser sa maîtresse, je sortis. La première chose que je 6s en arrivant le lendemain , fut de m’informer de la santé de cette femme; on me l’a dit être fortement dérangée. Je demandai à lavoir; elle y consentit, et après quelques questions sur ce qu’elle éprouvait, je lui proposai de la magnétiser. Cette offre parut lui faire beaucoup de peine, elle refusa; mais, pressée par toutes nos sollicitations, elle 6nit par y consentir. En un instant elle fut plongée dans un profond sommeil. Je l’interrogeai sur la cause des désordres qui s’étaient manifestés chez elle la veille , elle ne put me répondre de suite, « J’ai, dit-elle, beaucoup de difQculté à parler t» pour le moment; je me trouve bien; je n’ai plus » peur de vous, votre action me soulage beau- » coup. J’ai de la bile dans l’estomac; il faut » me donner quelque chose pour la faire évacuer.» Elle s’indiqua de la tisane de chicorée très amère^ très amère. Elle insista fortement, disant que cela lui ferait du bien , ensuite elle demanda de l’eau des Carmes avec un morceau de sucre.

Comme tous les somnambules , sortie de cet état, elle ne se souvint pas d’avoir parlé; mais, sur l’étonnement des assistants , elle sembla en douter, car elle les pria avec instance de lui répéter

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ce qu’elle avait dit; mais il avait été convenu qu’on lui laisserait ignorer ce fait.

Elle passa la journée assez bien, mai> la nuit fut mauvaise ; des spasmes se manifestèrent, elle eut constamment froid aux pieds. Bien persuadé que le magnétisme, cause malgré nous de tous ces accidents , avait la puissance de les détruire , je le proposai; mais je ne fus écoulé ni de la malade ni de^personnes qui l’entouraient. Forcé de renoncer à ce moyen , je l’engageai à prendre quelques bains de pieds et entiers, à user d’une boisson rafraîchissante. J’ignore si elle suivit la prescription, mais le malaise augmenta. On appela un médecin, qui, reconnaissant que .son état était entièrement nerveux, ne voulut point accéder au désir de la malade , qui voulait absolument être saignée. Il la tranquillisa , lui fit prendre une potion calmante , composée d’eau de laitue, de sirop de nymphæa et diacode. Cette potion ne lui procura qu’un mieux momentané et sa maladie parut inquiétante. Le médecin crut reconnaître l’existence d’un anévrisme au cœur. Il se trompait sans doute, car au bout de quinze jours tout avait disparu.

Quelques heures de magnétisation auraient suffi pour détruire tout symptôme et replacer

260 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, celle personne dans son état habituel ; on ne le voulut pas, et je perdis l’occasion qui m’était offerte de produite des accès de somnambulisme lucide , et le moyen de justifier l’action curative du magnétisme sur madame Béranger; car elle ne voulut plus, quoique se trouvant mieux, continuer l’emploi d’un moyen capable de produire de tels désordres.

Ainsi fait la raison humaine : elle demande de la force; la force se montre, elle la rejette' au loin. Et le médecin dira que le magnétisme agite les nerfs. Sans doute il les agite, mais il les maîtrise aussi. Laissez donc agir l’instrument, et attendez le dernier résultat, car il sera la santé et la vie.

Il faut que vous soyez toujours sur vos gardes. C’est une chose sérieuse que le magnétisme'; ne jouez point avec cet agent ; laissez rire les sots , qui, ne voyant rien sortir de vos mains , s’imaginent que toute force est visible. Ils sont dignes de pitié. Celui qui croit que sa vue est faite pour voir tous les objets de la création est un niais. Vous pouvez le détromper en mettant sous ses yeux un instrument d’optique. Pourquoi faut-il qu’il y ait des savants qui pensent qu’il n’y a plus d’agent invisible, qu’ils les ont tous saisis? Le

MAGNÉTISATION A DISTANCE. 261

magnétisme en est un nouveau, et mille peut-être restent à connaître encore. Plus je vis, plus je m’aperçois de l’ignorance des hommes en général, et des préjugés encroûtés des savants en particulier.

AcUon magnétique A distance.

Lorsque vous n’avez point de sommeil magnétique à craindre , vous pouvez user de ce moyen. Ce n’est pas ici le lieu d’expliquer par quel mystère l’agent magnétique peut se transporter, envoyé et soutenu par la pensée, à une grande distance; c’est un fait reconnu. Bien que par ce développement les phénomènes magnétiques perdent un peu de leur efBcacité , ils suffisent cependant pour entretenir une action commencée et faire du bien. J’ai moi-même plusieurs fois usé de ce moyen , et les malades (bien que souvent ils ne fussent pas prévenus) sentaient en eux-mêmes naître les symptômes qu’une magnétisation directe et approchée leur avait appris à reconnaître. Mais lorsqu’il y a sommeil magnétique, vous devez craindre sa reproduction , et , comme vous n’êtes plus là pour diriger et maintenir cette crise dans certaines limites , vous devez éviter de l’abandonner au

262 MANUEL DE L’ÉTUOIANT MAGNÉTISEUR, hasard. — Le dormeur magnétique tombe quelquefois, n’étant point maintenu, dans une espèce de somnambulisme naturel ; il en commet les actes, et la durée de son sommeil ne peut vous être connue. Il y a là plus de motifs qu’il n’eo faut pour que vous soyez réservé dans de semblables expériences, ou plutôt pour que vous n’en risquiez jamais une. Je conçois que le désir de convaincre des incrédules et de montrer un grand pouvoir ait fait hasarder cette expérience. Beaucoup de magnétiseurs peuvent être cités, qui ont réussi pleinement, mais tous ont eu des craintes fondées sur les suites, quelques uns même s’en sont cruellement repentis. Un tel pouvoir demande de la sagesse et de la prudence, et le désir de faire du bien ne suffit pas toujours.

Objets nusnétlses. — Magnétisation Intennédialre.

Dans certains cas, on peut tirer un grand parti d’objets que l’on a magnétisés : du coton , des mouchoirs, des vêtements même, peuvent ainsi être utiles. Déposés sur une partie malade, ils entretiennent un mouvement tonique fort sensible, et l’on peut obtenir la résolution d’engorgements qui résisteraient aux cataplasmes, aux emplâtres, quelque bien combinés qu’ils fussent.

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