MAGNÉTISEURS SUPPLÉANTS
attendent votre arrivée, et si vous ne venez, ils s’irritent, s’impatientent, etc. Or, comme ce trouble est nuisible, vous devez l’empècher de naître par le procédé que je vous indique ici.
Parmi les objets magnétisés, l’eau est des plus utiles; vous pouvez en laisser à votre malade; mais vous seul êtes absolument nécessaire : vous êtes son pain quotidien. Il puise dans votre organisation les forces qui lui manquent, et, lorsque le rapport entre vos systèmes nerveux est bien établi , votre approche est sentie. Que vous ayez ou non alors la volonté, le désir d’agir, le fait d’action a lieu par une attraction secrète qui existe entre lui et vous. Il vous t'oIe sans le savoir; et il m’est souvent arrivé de sortir aussi épuisé que si j’eusse fait des efforts de volonté d’auprès des malades que je n’avais eu aucune intention de magnétiser.
Que de médecins magnétisent ainsi leurs malades sans s’en douter ! et, dans la société, combien d’actions magnétiques ont lieu , sans que ceux qui les exercent s’en aperçoivent ! Que Dieu garde encore longtemps un semblable mystère ! Nous , qui cherchons la science par amour pour elle , nous avons quelquefois la crainte de trop découvrir et de trop dire.
Peut on se magrnetUer et se cnerlr sol-meme ?
Sans nul doute. Ouvrez \esJnnaîes du magnétisme, page 255, tome II, M. Birot y dit:
«J’éprouvais depuis un an, dans le genou droit, » une douleur assez vive dont la constance me » causait quelque inquiétude j je me suis magné- » tisé pendant quelques jours, et la douleur a » disparu. »
J’aurais pu, à la rigueur, vous taire cette citation, que j’ai prise entre raille j car il n’est pas un magnétiseur quelque peu instruit qui n’ait, dans un but de recherches , essayé sur lui-méme les procédés magnétiques , et ne vous dise qu’il s’est vu modifié par l’agent qu’il avait lui-même émis. Cela parait singulier, inexplicable, mais cela est; etsans vous citer les extatiques de l’Inde, qui savent parfaitement se mettre en crise magnétique sans le secours d’aucun magnétiseur, j’ai vu deux exemples de cette aulomagnétisation, sur les résultats de laquelle jusqu’alors j’avais gardé des doutes.
Voici un de ces exemples ;
Un jeune étudiant en droit, témoin des soins que je prodiguais à sa mère paralysée , se mit à répéter seul dans sa chambre , et sans en faire la
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confidence à personne, les gestes qu’il m’avait vu faire. Il s’exerça ainsi plusieurs jours à se tourner les mains sur lui-môme avant de se coucher. Il survint bientôt une exaltation morale que l’on ne savait à quoi attribuer, et , à la suite , un délire furieux, qui nécessita l’appel d’un médecin et l’emploi d’une camisole. Ses forces étaient surhumaines, et son langage avait suivi la même progression ; il étonnait, confondait la raison par des improvisations sur des sujets que l’on ne pensait pas qu’il eût jamais approfondis. Il se moquait de la médecine, disait qu’il était moins fou qu’elle, qu’il se guérirait bien quand il le voudrait, et que personne, non plus qu’aucun remède, ne pouvait agir sur lui. On le saigna , on le baigna sans succès; son état paraissait alarmant; le délire n’avait pas diminué. Je fus appelé pour l’examiner, et le magnétisai.
Pendant que j’agissais sur lui, il se mit à retourner ses mains sur lui-même, quoiqu’elles fussent enveloppées, et il portait sa propre action magnétique sur les plexus du creux de l’estomac. Il V avait un fait bien curieux à examiner : la lutte évidente de deux volontés, de deux actions. Je le calmais par moments; mais il détruisait lui-même ce calme, ce demi-sommeil , et, sûr de
328 MANCEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, sa puissance, il riait de mes efforts. Il nous avoua alors la cause de ce dérangement, et nous dit comment il l’avait produit; mais nous ne pûmes obtenir la promesse qu’il ne se livrerait plus à ce dangereux exercice.
Il avait, dans cet état de fièvre nerveuse, des facultés surprenantes dont il appréciait la valeur. Aucun raisonnement ne restait sans réfutation, rien ne lui paraissait inconnu; il se réjouissait de l’étonnement qu’il causait par une supériorité intellectuelle qu’on ne lui connaissait point.
Il passa ainsi trois ou quatre jours, la langue sèche, les yeux enflammés , et sans rien manger. Il fut, dans cet état, transporté dans une maison de santé. Là on lui donna des douches, et la contrariété qu’il en éprouva le fit cesser. Il redevint calme , tranquille, et finalement fut guéri; non parles douches, sachez-le bien, mais parce que le système nerveux , ne recevant plus l’excitation qu’il avait su lui donner, se calma, et cette excitation elle-même cessa faute de cause prolongatrice. Alors ce pauvre jeune homme s’éveilla, j’emploie ce mot à dessein, ignorant où il était, ce qu’il avait fait, ce qui s’était passé, etc.; il n’avait plus que les facultés intellectuelles assez bornées qu’on lui connaissait, et les forces