‹ Manuel de l'étudiant magnétiseurChapitre 76 sur 84 · TRAITEMENT DE MADEMOISELLE L. LAHATE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE MADEMOISELLE L. LAHATE

Secourir un mortel, c’ett pour un mortel uuc action toute divine, PUSE.

Ils l’ont dit : Pour toi plus d’espoir! ton mal est incurable !

En effet, les années ont passé sur ta maladie sans en affaiblir la rigueur; chaque médecin a essayé en vain les propriétés de ses spécifiques et de ses poisons. Toute une pharmacie a été lentement introduite dans tes organes; cependant tu survis aux remèdes et à la fureur de la maladie. La nature est plus forte chez toi que chez les autres créatures humaines. Mais toute lutte a un terme, et celle que tu soutenais avec tant de courage depuis plus de cinq ans n’était plus que celle du désespoir. Courbée sous le poids do mai, tu fléchissais chaque jour davantage; tes membres amaigris

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avaient la froideur de la mort. Ta face décolorée semblait annoncer par sa pâleur que la vie fuyait aussi celte partie de ton corps. Ta voix faiblissait par degrés comme les ressorts de tout ton être, et celle altération lente et graduée était parvenue à son terme ; la mort , cette fois, était prochaine et inévitable, et, comme tous ceux qui t’entouraient de leurs soins et de leur amour, tu n’ignorais pas ton cruel destin !

Qu’est-ce donc qui a fait mentir tant d’oracles? Est-ce une puissance surnaturelle descendue enfin des deux , et que tu avais tant de fuis invoquée et appelée par les prières? Est-ce elle qui est venue réchaufTcr de nouveau ton argile et l’animer de son souille? Hélas! non; c’est par des moyens humains que le miracle s’est opéré. Ne nions point la bonté de Dieu ; peut-être ne suis-je que l'instrument de sa providence. 11 a voulu qu’une science méprisée des savants fût invoquée à son tour, et que celui qui se dit son apôtre intervint pour en montrer la grandeur et les bienfaits.

Relève ton courage abattu, faible créature de Dieu ; ne crains rien de mou art; je n’augmenterai point l’ardeur brûlante de tes entrailles par de nouveaux poisons ; l’opium , dont lu t’es nourrie depuis tant de temps pour le procurer un soulagement éphémère, ne sera plus employé , et cependant tu dormiras. Tu ne verras plus sous tes yeux le feu du moxa brûlant profondément tes chairs ; car il a été et serait encore un tourment inutile. Ton sang ne coulera plus ; tes souffrances vont avoir un terme , et c’est toi qui , supérieure en lumières aux savants qui t’ont traitée , vas en annoncer la fin. Vois rinconséquencc de tes doc-

APPENDICK.

leurs. Pour diminuer et éteindre le feu qui te consume, ils introduisent dans ton corps le jus de citron pur ; pour empêcher tes vomissements incessants , ils ont recours à des remèdes qui crispent et contractent tes organes. Ils ont mis en usage tout ce que peut fournir la science humaine ; lu as vécu dans l’eau pendant des années; des tonnes de boissons mucilagineuses n’ont point éteint ta soif, et ces milliers de cataplasmes, qui couvriraient un arpent de terre, ont laissé te douleurs se perpétuer. Quelle était donc ta maladie ? Les médecins , sans doute , la connaissaient ; car les symptômes ne pouvaient la rendre douteuse. Ils viendront te visiter et s’assurer d’un fait qui les étonnera, qui les confondra ; car la vie , ils savent combien elle est fragile. Ils ont vu tes intestins se dédoubler, et ces selles de sang corrompu qui te laissaient si faible ; ils ont constaté celte prostration extrême , suite inévitable de ces accidents que rien ne pouvait empêcher. Et toi-même alors , combien de fois n’as-tu pas dit : «Je vais mourir!...» Mais bientôt le délire venait mettre un voile devant tes yeux , et présenter à ton imagination un tableau moins lugubre. Hélas! des vomissements opiniâtres , incessants, faisaient, par malheur, cesser le trouble de ta raison !

Terminons ici un pareil tableau; un volume , d’ailleurs, ne serait pas suflisant pour contenir l’histoire de cette maladie, et c’est seulement de sa guérison, par un nouveau traitement, que nous voulons parler.

Rappelons d’abord le souvenir des morts , puisqu’il doit augmenter le regret de leur perte et servir à honorer leur mémoire. Broussais, la lumière de l’école , le seul des médecins qui, de notre temps , ait fait épo-

que , a voulu voir la malade dout nous esquissons l'histoire. Fléchissant lui-méme alors, il devait être bientôt rayé de la liste des vivants. Il vint , malgré ses souffrances, apporter le tribut de ses hautes lumières; mais que |)Ouvait-il î Une lampe était prête de s’éteindre faille d’huile. Il sentit que la médecine, dans ce cas, ne pouvait prolonger la vie : il indiqua le magnétisme. Vous l’entendez, vous, médecins, qui ne pouvez surmonter vos préjugés : celui qui allait partir de ce monde, Broussais , le plus éclairé d’entre vous, ordonna le magnétisme comme dernière ressource , et le jugement éclairé de cet homme célèbre doit recevoir aujourd’hui le plus éclatant hommage (1).

(1) Je regrette beaucoup de n’avoir pas trouvé mon confrère, M. Alibert auprès de la malade; je vais donc lui en dire quelque chose. Il me semble qu'il y a chez elle une irritation inllammatoire chronique et très nerveuse de l’estomac et des intestins grêles (duodénum surtout), avec une complication d'accès extatiques et scmi-somnambuliques , dont j’ai été témoin par hasard. Je pense que les aliments solides, doux, qu’on lui accorde, sont fort indiqués, mais qu’il faut essayer les narcotiques h dose très minime (un 30' ou 40' de grain par dose dans de l'eau panée ), et n'en donner qu’un seul à la fois en finissant par la digitale ; qu’on pourra ensuite essayer la strychnine à un 100' de grain par dose, et qu’on fera bien de tenter l’intluence du magnétisme. Car le fonds de cette maladie est un état d'irritation opiniâtre , fixé dans la substance nervoso-sanguine des viscères de la région sous-diaphragmatique (estomac et duodénum ) et qui se répète dans le cœur et dans la pulpe cérébrale. Les sangsues et les exutoires ne sont plus de mise. Il faut recourir aux antispasmodiques et en atténuer les doses au point qu'ils ne fali-. guent pas les organes. Le magnétisme est un moyen einpiriipio <1 tenter. Si j'avais rencontré mon confrère, nous en aurions dit plus long. Brouss.MS.

Plus de trois ans s’écoulèrent cependant avant qu’on exécutât sa dernière ordonnance: les médecins qui suivirent la malade ne partagèrent pas les idées de Broussais, et c’est en déclinant chaque jour, sans cesser d’user de nouveaux remèdes et de nouveaux régimes, qu’elle était arrivée au dernier degré de marasme et de faiblesse.

Lorsque je la vis pour la première fuis , ce fut le U décembre 18^1. Elle avait alors de nombreuses syncopes; la chute du corps le plus léger sur le carreau suffisait pour produire cette crise ; le bruit de la fermeture d’une fenêtre dans un des appartements voisins la déterminait également. Elle ne jouissait que par instants de son état normal , et , de temps â autre , il survenait des mouvements convulsifs. La langue était rouge, ulcérée sur les bords, et d’un brun foncé vers son milieu. L’baleine était aigre et fiévreuse; des douleurs vives, entretenues par d’anciens ulcères, se faisaient ressentir dans les intestins. La région moyenne de la colonne vertébrale était également douloureuse; la malade y éprouvait des picotements insupportables; elle ne pouvait plus même se dresser et se mettre sur son séant. Sa position était demi-fléchie; des étouffements fréquents, des palpitations augmentaient son état d’angoisses ; elle avait en outre de violentes douleurs de mâchoires ; car toutes les dents avaient été altérées ju.sque dans leurs racines par les acides qu’on lui avait fait prendre. Les mains étaient si glacées que, lorsqu’il m’arrivait de les tenir dans les miennes , cette sensation d'un froid de cadavre me glaçait moi-même pendant plusieurs minutes. La mort, certainement, n’eût pas al téré davantage la face et tout le corps de

ccttc malade. Je n’hésitai pas cependant à commencer mon traitement. Je voulais essayer si, dans un cas extrême, je pourrais communiquer une assez grande quantité de principe vital pour venir oQicacement au secours de la nature. Je n’ignorais point qu’il me faudrait un temps très long et supporter beaucoup de fatigues ; je n’ignorais point que ma santé même aurait à souffrir de ce traitement. Mais où donc est le dévouement , si ce n’est dans des actes semblables ? Triste charité, que celle qui se borne à donner quelque peu du superflu !

J’avais encore à vaincre les répugnances de la malade ; elle ne' voulait pas être magnétisée , et ce fut dans un état de délire presque continuel qu’elle en subit, sans le savoir, les premières applications. Â peine endormie du sommeil magnétique, elle en reconnut les ressources et les bienfaits; elle m’annonça que je pourrais la guérir, mais que j’allais entreprendre une grande tâche. Sa lucidité se développant un peu , elle prescrivit son régime et cessa dès lors de prendre aucune drogue. L’eau de son, seule et en grande quantité, fut sa buisson habituelle ; elle s’ordonna ensuite des huîtres ; elle put en manger d'abord trois, divisées en plusieurs parties ; puis quatre, six, dix, et jusqu’à vingt par jour. Ses intestins ainsi rafraîchis, elle put prendre quelque peu de blanc de poulet, des œufs crus, des échaudés trempés dans du lait. Elle eut encore quatre selles de sang qui diminuèrent les forces déjà venues ; mais les douleurs de jambes avaient cessé. La partie delà colonne vertébrale, où l’on supposait une altération grave, avait également cessé de lui faire éprouver des douleurs. La face se colora un peu, ainsi que les

APPlîNDlCIi. 393

inaius; elle put se uietlre sur soiî séant. Ce fut dans un de scs premiers sommeils qu’elle annonça qu’en lui continuant mes soins, clic marcherait le 3 mars suivant sans béquilles et sans soutien. Entendue par un grand nombre de personnes, celte prédiction fut recueillie et transmise partout. On la regardait comme née d’un désir de la malade ou le fruit de sou imagination ; car, pour marcher, ce n’est pas assez d’avoir des jambes, il faut des muscles pour les mouvoir, et il n’y eu avait point encore ; des os , présentant leurs aspérités et leurs saillies, étaient tout ce qu’on pouvait apercevoir. Mais une douce chaleur vint bientôt aux extrémités inférieures ; le sang y amena des matériaux de nutrition et de réparation ; elle n’eut plus autant besoin d’une chaleur factice ; le mouvement môme revint, et la malade put se retourner dans son lit. Chaque jour enfin, malgré des inappétences, elle prenait quelque nourriture, et ma main, placée sur l’estomac, en procurait la digestion. Elle ne jouissait alors que du sommeil que j’avais su lui procurer ; le sommeil naturel n’avait pas encore reparu, et depuis plus de cinq ans elle en était privée. Elle s’ordonna quelques bains qui lui firent du bien , et ne cessa de répéter qu’elle commencerait à marcher le 3 mars. Comme nous arrivions vers cette époque, j’annonçai moi-même ce fait extraordinaire, et j’engageai beaucoup de personnes à venir le vérifier.

Mais les plus incrédules étaient celles qui vivaient auprès de la malade, celles qui lui avaient donné des soins si assidus pendant tant d’années; elles ne pouvaient croire, encore bien moins espérer un dénoûmcut semblable, et ce n’est qu’avec inquiétude qu’elles m’en-

APPl-iNDlCE.

tciulaieut assurer cct immense résultat. Le prêtre qui lui avait donne des soins spirituels, et qui avait assisté à sa longue agonie , était lui-même comme saint Thomas, et le malin du 3 mars il répétait encore : « Elle ne marchera pas. » Malgré ses doutes, il voulut assister h celte curieuse épreuve , et il fut le premier au rendez-vous.

3 mars 1842.

tent personnes sont réunies chez moi; elles attendent avec anxiété l’heure fixée par la malade. À. trois heures, la malade éveillée est dans une grande crainte ; elle doute de ses forces et me demande, à moi, s’il est bien vrai qu’elle pourra marcher ; je la rassure à ce sujet et ne montre auprès d’elle aucune incertitude. Lorsqu’elle est endormie , elle aperçoit ma crainte et me rassure <i son tour. « Vous éprouverez une grande joie , me dit-elle, je marcherai comme je l'ai annoncé; mais il faut vous conduire ainsi : vous me descendrez, endormie, à quatre heures et me réveillerez sans me toucher la tête, et seulement en magnétisant la région du cœur ; sans cela vous appelleriez au cerveau des forces qui ne doivent pas y venir aujourd’hui ; sans cette précaution encore, je me trouverais mal en voyant une foule de personnes ainsi rassemblées. Ce trouble m’empêcherait à coup sûr de pouvoir faire usage de mes jambes. Il faut que mon estomac et mes intestins soient fortement soutenus par une ceinture; car, ajouta-t-elle, la position horizontale que j’ai conservée depuis cinq ans ne sera plus tout à l’heure la même, et mes intestins, qui ont été si malades et qui le sont encore, faisant un mouvement brusque et nouveau, rappelleraient les syncopes. Il faut encore mettre

APPENDlCÉ. 39f»

l)eaucoup de coton dans mes bas, de manière que mes brodequins puissent me serrer le bas de la jambe ( il faut que l’on sache que depuis longtemps les deux pieds avaient perdu leur position naturelle; ils étaient dtijetés et recouverts seulement par la peau). Ceci exécuté, je marcherai de huit à dix minutes, h deux reprises , et vous devrez mo soutenir seulement le premier pas. »

Pourquoi suis-je ému? Pourquoi ces mouvements de mon cœur? Ah! c’est que, dans un instant, si la malade s’est trompée , la responsabilité de son erreur va tomber sur moi. Je serai un sot, un fou, un enthousiaste, et partout on répandra la nouvelle de ma déconvenue. Pourquoi aus.si laissai-je venir cette foule? La malade et moi, en avions-nous besoin pour que l’œuvre de .sa guérison s’accomplît? Non, sans doute; mais une science semblable à celle du magnétisme ne s’établit que par des guérisonsautkentiques, irrécusables. Ce n’est pas assez de dire : « J’ai produit ce fait merveilleux; » il faut qu’il soit constaté par plusieurs; il ne faut pas enfin qu’il reste un seul doute, et les incrédules surtout doivent avoir toute latitude pour l’examen. Au.ssi, m’adressant à eux , je leur disais : « Assurez-vous, messieurs, de l’exactitude de mes récits; vérifiez avec soin s’ils ont été sincères, et .si vous découvrez que j’ai cherché à abuser vos esprits en altérant la vérité , démasquez sans pitié l’homme qui a voulu tromper votre bonne foi. »

L’heure venue, j’allai chercher la malade, que j’avais laissée endormie; elle était habillée suivant ses prescriptions; toute sa famille était réunie autour de .son lit et attendait dons un morne silence le moment .so-

Icnnel. J’avoue qu’alors la crainte me prit un instant; mais la malade s’en aperçut aussitôt et me rassura en (lisant : « !<j’aic aucune crainte ; je marcherai comme je l’ai annonce, et tu auras une grande joie. »

Je la descendis moi-meme car elle avait bien recommandé de ne la laisser toucher par personne. Elle fut mise ainsi , toujours en sommeil , sur un divan. Je commençai immédiatement l’opération du réveil sans agir sur le cerveau; les yeux s’ouvrirent, et sans attendre qu’elle eût regardé attentivement les personnes qui l’entouraient, et dont les rangs étaient pressés, je lui dis de se lever et de marcher; et, l’aidant légèrement à se mettre debout, elle ût quelques pas dans l’espace réservé , d’abord en tremblant , avec une crainte marquée ; mais bientôt , prenant plus d’assurance, on la vit marcher sans hésiter. Je l’arrêtai ; il était temps, elle commençait à fléchir ; reposée six minutes, elle marcha de nouveau devant toute l’assemblée.

Quelque chose d’électrique parcourait tout mon corps; l’émotion dont j’étais pénétré était partagée par tout le monde, et la joie des parents , du frère surtout, s’exprimait par des convulsions et des pleurs.

Four la malade , il lui sembla que c’était un éclair qui lui frappait Tàme de secousses et qu’elle revenait de l’autre monde.

2« forces HÂGRÉTiaüES AnRACTIYES.

C’est celte force employée pour chasser les diables en possession des corps humains , c’est elle dont se servit saint Paul contre Ananias , d’une manière si terrible; c’est celle puissance connue des Gymnosophistes, d’Apollonius de Tbyane et de tous les faiseurs de miracles; c’est euQn ce magnéiisme humain lancé par la volonté , qui anéantit la résistance qu’on lui oppose. Car le corps vivant obéit , ici , comme le ferait une paillette de fer à l’aimant qui l’attire.

Quel grand mystère est ici près de se dévoiler ! I

Mais quel est celui qui osera le révéler au monde? Il est une limite où l’homme doit s’arrêter un instant dans la recherche de la vérité. En abordant un pays nouveau , il faut a])prendre à distinguer les productions du sol ; il faut rechercher avec soin celles qui peuvent servir de pâture et celles qui peuvent donner la mort. Le temps est nécessaire pour que les hommes soient préparés â jouir de nouvelles lumières.

Prenez garde, novateurs ! les sages du XIX* siècle vont vous traiter de fous, et leur haute raison saura bien trouver des arguments pour contredire vos assertions. Heureusement les tem|)s sont changés ; si la persécution vous atteint comme Galilée , comme lui vous ne serez pas contraints de vous mettre à genoux ; ainsi que Socrate , vous ne mourrez point par la ciguë ; plus heureux que Jésus , vous ne serez point mis en croix par nos modernes yui/s. Qu’importe, après tout, la nature des chagrins qui vous sont réservés? Cette vie est si rapide, les ennuis qui l’accompagnent si nom-

breux , que peu d’entre vous, sans doute, désirent rester sur la scène du monde. Courage donc, attaquez, dévoilez , et , si la mort vous surprend , qu’elie soit naturelle ou forcée , elle sera toujours glorieuse. Songez qu’il n’existe pas au monde une vérité plus importante, plus merveilleuse que la vôtre ; elle ne me laisse, à moi , ni trêve ni repos. J’essuie , en ce moment, la boue qu’un académicien vient de me jeter à la face, et je suis moins touché de cet outrage que de riudifféreuce de ses tristes collègues.

Nous ne mentionnerons pas tous les phénomènes qui naissent, et dont la plupart sont décrits ailleurs, mais seulement ceux qui nous oui , à nous , paru nouveaux, et qui semblent n’avoir pas été observes par d’autres , excepté depuis que nous les avons produits en public.

Ne perdez pas de vue ce que j’ai dit ailleurs , que cette vapeur infuse avait, outre ses propriétés phy^ siques,des propriétés plus merveilleuses encore : celles de transmettre daus un autre corps , comme dans le vôtre propre les déterminations de votre volonté , vos désirs et vos exigences.

Vous qui avez été témoins, dans vingt lieux différents, des effets surprenants d'attraction , n’apercevezvous pas celle tension des muscles , tiraillés dans un sens opposé ù leur fonction normale, cet œil fixe dirigé sur moi, et celle figure où se peint une sorte d’angoisse , impossible à rendre dans un écrit? Je ii’exéculc pas un mouvement qu’il ne soit senti par un autre moi-même; en vain ou voudrait nous séparer : les liens invisibles qui nous attachent l’un à l’autre ne conuaisseut point de force contraire. Et si vous, étrangers à l’émoi ion que j’éprouve et que je commu-

nique, vous approchez et pénétrez dans ce cercle magique , entraîné bientôt , vous viendrez dans ma direction, vous sentirez vos membres s’envabir, et les courants du fluide magnétique, en monlaut à votre cerveau , vont y détruire ou y changer vos déterminations premières sans que vous soyez maître de lutter contre cette invasion. Ce n’est que la faiblesse ou l’épuisement de mon être qui fait cesser ces terribles phénomènes et vous rend votre liberté; ce n’est dans d’autres cas que mon consentement qui peut vous laisser retrouver votre état primitif.

- Ne faites plus parade de vos forces, hommes vains et orgueilleux, car c’est une vanité de croire qu’elles peuvent toujours être à votre disposition. Ici, ce n’est pas l’adresse ou la ruse qui peut les annihiler , mais l’emploi d’une puissance supérieure à la vôtre, quoi-’ qu’elle parte d’un être physiquement faible et que vous pourriez briser dans une autre circonstance.

Dès l’instant que l’action magnétique a dominé en quoique ce soit le magnétisé, le magnétiseur peut, en s’éloignant lentement et par degrés, le faire venirdanssa direction, le faire incliner à droite, à gauche, en arrière, en avant , et enfin le faire tomber comme une masse inerte. Ce n’est pas tout. Cette puissance peut être graduée de telle sorte que ce mouvement d’attraction s’opère lentement ou par une impulsion dont la rapidité dépassera les prévisions de celui qui opère; si celui-ci se met h courir , il sera suivi avec la même vitesse par le magnétisé. Mais la diflérence est très grande entre les deux êtres; l’attiré présente beaucoup de roideur des membres ; cependant il marche : ses yeux

ÛOü APPENDICE.

sont hagards , et ses traits immobiles donnent à la face

la plus singulière expression.

Interrogé, il vous dira qu’il lui était impossible de résister plus d’un instant , qu’il sentait en lui quelque chose qui le remuait et le poussait à obéir. Il ne voyait rien , si ce n’est la personne qui l’attirait ; il eût passé sur le corps de ceux qui lui auraient barré le passage ; et nous avons vu , dans nos expériences de l’Athénée de Paris , de Besançon , de Nancy et de Metz , de Londres et de Saint-Petersbourg , un groupe de huit ou dix personnes serré dans un espace étroit, et opposant la plus grande résistance , être impuissant pour empêcher le magnétisé d’avancer.

Il n’est pas nécessaire , pour obtenir un semblable phénomène, d’ètre vu par celui qui est attiré : on obtient de même ce résultat en lui faisant tourner le dos, et en le tournant soi-même. Chose singulière dans ce cas, il avance à reculons et son dos vient toucher le vôtre , h tel point que , si vous vous inclinez , il s’inclinera avec vous. Une muraille ne diminuera en rien la possibilité de cette attraction ; le magnétisé viendra dans la direction où vous êtes ; il se heurtera contre l’obstacle qui vous sépare et oscillera comme une aiguille qui sent le fer aimanté et cherche à s’en approcher.

Si vous exercez cette attraction sur plusieurs personnes ensemble, l’elTctest aussi prompt; seulement il varie dans scs résultats. Placés sur une ligne droite , ceux que vous attirerez ne la quitteront pas , mais les plus sensibles marchent plus vite au but et renversent les autres.

Si vous les placez tous en nn cercle dont vous occu-

pez le centre, ils gravitenl vers tous avec plus ou moins de promptitude, et parvenus près de tous, il cherchent encore à s’en rapprocher, comme s’ils devalent être soudés à votre chair.

Dirigeant votre force vers une seule partie , elle acquiert parfois une dureté et une insensibilité sans égales ; les doigts, par exemple, si vous avez agi sur un seul membre, se courbent, se plient, et les ongles entrent dans la chair ; si dans cette main vous mettez une autre main ou un corps étranger , il est serré comme dans un étau , et cette pression , qui dure autant que vous le voulez , est toujours au même degré. Semblable à celle que produirait un pas de vis , on la sent augmenter au fur et à mesure que la saturation du membre a lieu. C’est dans cet état , appelé catalepsie magnétique, qu’on a pu couper un membre et faire d’autres opérations chirurgicales sans occasionner la moindre douleur.

On peut aussi roidir tout le corps, et ceux qui sont ainsi magnétisés ressemblent à des êtres privés de la vie. Couchés , on peut les lever par une extrémité sans que le corps fléchisse en rien ; mis sur les pieds , ils tomberont tout d’une pièce , sans pouvoir se servir de leurs mains pour diminuer les accidents de leur chute. Cependant ils sont parfaitement éveillés, la plupart conservent leur jugement ; ils ont la faculté d’analyse et n’éprouvent qu’une gêne légère; revenus à l'état habituel , ils ne s’opposent presque jamais à une seconde , à une troisième épreuve.

Ces expériences ont été faites par moi un grand nombre de fois ; j’étais forcé , malgré ma répugnance , de les répéter souvent ; car ceux qui ne les avaient

/i02 APPENDICE,

point Tl! faire sur leurs amis ou sur eux-mêmes me proposaient des défis, que , dans l’intérêt de la propagation du magnétisme , j’étais forcé d’accepter. j Que les hommes sont vains et sots ! N’ai-je pas vu des gens qui , après ces récits , rejetaient tout ce que des hommes sincères leur racontaient de ces prodiges produits sur eux-mêmes? N’ai-jcpas été défié avec des termes insolents et provocateurs? Et lorsque , résistant à ces propos insensés , je voyais attribuer à d’autres causes qu’à ma modération mon refus d’agir, j’étais enfin forcé de défendre la vérité avec les armes que Dieu m’a données.

^ Sans doute alors je n’étais plus pacifique ; c’était un duel véritable, car celte lutte offrait pour les deux champions des dangers trop réels. Prenant mon parti d’une chose aussi grave , ma résolution était terrible , car je me disais : « Tout à l’heure j’aurai cessé de vivre ou cet homme obéira. » Il ne se doutait pas de la situation de mon esprit ; il ne savait pas quelle violence je me faisais et à quelle torture je mettais mon âme. Enfin , je voyais mon fanfaron inquiet , je le voyais s’avancer pâle et tremblant; mes yeux fixés sur les siens l’avertissaient de l’état de mon esprit ; il sentait que son premier pas serait suivi d’un second, et que dans un Instant j’allais être maître de sa vie. Lorsque mon triomphe étaitdevenu certain, la pitié méprenait; je ne voyais plus devant moi un homme , mais un enfant ; ma colère se changeait en gaieté, et, après avoir fait incliner jusqu’à terre mon antagoniste, je lui rendais la liberté. Ce jeu cruel ne le devenait que pour moi, puisque je pardonnais et qu’il me restait une fatigue extrême ; je faisais, il est vrai, des défenseurs dé-

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voués, niais j’enseignais une fatale route; ceux qui vont la suivre n’auront pas le uièrae caractère de modération et les insensés ne manqueront pas.

Un autre ordre de ftils non moins curieux se produit lorsque l’esprit du magnéiiscnr est exalté par des discussions qui développent en lui une surexcitation nerveuse; al état devient contagieux ; il veut convaincre , il le peut ; sa croyance se communique alors comme sa colère, il lui est facile d’agir .sur le corps et sur l’âme , et tout obéit aux impulsions rapides de sa volonté.

■ Jamais le magnétiseur froid ne produira des phénomènes de cette nature ; jamais , non plus, l’artiste ne sera inspiré s’il n’a senti cette fièvre, et les spectateurs resteront glacés devant l’acteur qui ne sait pas inoculer les passions dont on a doué sou héros ; mais aus.si l’erreur, dans ce premier cas, exerce autant d’empire que la vérité (I); le trouble de la raison pénètre dans le cerveau d’autrui comme les émissions d’idées les plus sublimes.

Vous vous êtes donc trompés, discijiles de Fouricr et de Saint-Simon , en voulant satisfaire tous les appétits de l’homme. Croyez-moi , vous en feriez une brute semblable aux plus vils des animaux; car, pour que l’homme soit supérieur à lui-même, il lui faut la lutte, les combats, la douleur, les chagrins et les privations ; car c’est au prix de la souffrance qu’il sait et cannait , c’est en torturant son âme qu’il en fait jaillir les |>ensées créatrices de ses chefs-d’œuvre.

Le vulgaire ne comprend (las d’abord les hommes

(i) C'est Mahomet et son ignorance qui èlablin ni la sede la plus nombreuse qu’il y ait sur la terie.

supérieurs. Le peuple poursuivait le Dante dans les rues de Florence en criant : C'est le diable, c'est le fou. Fuis , lorsque ce fou sublime fut éteint , on lui rendit justice et on voulut bien le réhabiliter.

Les hommes , en général , ne demandent pas qu’on les instruise ; ce qu’ils veulent avant tout, ce sont des choses qui les divertissent. Aussi ai-je été obligé, pour répandre la découverte de Mesmer, de faire quelquefois des espèces de tours de force ; en forçant la nature, en la violentant, j'obtenais des résultats qui auraient dû repousser : ils attiraient ; et, loin qu’on me criât d’arrêter , on me disait de poursuivre , et lorsque des convulsions étaient la suite de mes expériences forcées, mes auditeurs étaient extrêmement satisfaits.

Quelquefois cependant je les ai remplis d’effroi ; mais c’est dans quelques circonstances où toutes les faiblesses de quelques uns étaient divulguées par le somnambule, ou bien lorsque, saisissant l’à-propos, je faisais, par une espece d’évocation , apparaître au dormeur les événements malheureux qui l’attendaient dans le cours de sa vie. Il me souvient qu’un jour, entouré de beaucoup d’élèves, l’un d’entre eux s’étant endormi près d’un magnétisé , je m’avançai près de lui , et lui demandai s’il était malade ; il se recueillit un instant et répondit qu’il l’était. « Guérirez-vous? » lui dis-je. Sa réponse fut instantanée : « Non. — ^ Quand mourrezvous? — Dans trois ans. » Le désespoir s’était emparé de lui ; sa figure était décomposée , et l’accentuation de sa parole, sombre et caverneuse, avait glacé tout le monde. Éveillé aussitôt, la surprise de tous fut extrême, car il ne se rappelait aucun de scs aveux ; il ne savait même pas qu’il eût dormi. Qui le croirait ? A peine

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sorti du lieu de nos séances, la discrétion que j’avais recommandée ne fut point observée , et on lui répéta mot pour mot ses terribles aveux. Heureusement il nia qu’il eût dormi et crut qu’on lui faisait un conte. Déjà deux ans se sont écoulés, et jesuis certain qu’il approche de sa fin.

Oui , il existe une force merveilleuse , rayon de la puissance et de la lumière divines ; cette force versée en nous avec une libéralité que nous avons méconnue , nous agite et nous maîtrise à chaque instant, sans que jamais la science actuelle daigne la reconnaître et en faire usage. Elle s’échappe de nos yeux par torrents , elle enveloppe la surface de notre corps , et chaque mouvement que nous exécutons en lance au loin des flots précipités. Notre pensée la porte dans autrui , et deux corps organisés ne se sont jamais approchés sans s’en pénétrer mutuellement.

De là les attractions et les répulsions, les sympathies et les antipathies ; de là enfin ces passions subites qu’un regard a fait naître et qui survivent quelquefois jusqu’au delà du trépas.

La découverte du magnétisme devrait être le sujet d’un enseignement public où seraient exposés ses avantages et ses inconvénients. Il devrait sortir de cette chaire des principes de morale et de conservation. L’amour du biempublic, qui devient plus rare aujourd’hui, pourrait être réédifié. Les hommes seraient de cette manière rappelés aux vrais préceptes de l’Évangile, car le sens caché des Écritures pourrait maintenant être dévoilé. On purifierait la médecine et on assurerait sa marche si vacillante et si incertaine. On prouverait enfin l’existence eu nous d’une force qui ne

peut périr avec le corps, cl bientôt la crainte d’un châtiment éternel et terrible, suite des mauvaises actions , empêcherait ce débordement de crimes et d’assassinats.

Mais rien ne sera fait, car ce n’est pas le gouvernement qui dirige ; il est traîné à la remorque des mauvaises passions. II a bien à songer à la conservation des hommes et des doctrines qui doivent contribuer à leur bonheur ! Il faut d’abord qu’il s’occupe de sa propre conservation, et, on doit l’avouer, il a beaucoup^ faire. Que lui importent les principes moraux ? En voyant ce qui l’entoure, il doute de leur existence. Il n’a pas le loisir de s’enquérir d’ailleurs d’une vérité ; il partage l’erreur des hommes et laisse à d’autres temps le soin de les moraliser, de les guérir et de les éclairer.

Je vous le dis, à vous tous qui lirez cet écrit : n’écoulez pas vos savants, vos médecins, qui vous diront, avec le sourire de la moquerie : Le magnétisme n’existe pas ; il ne peut , par conséquent, ni faire le bien ni faire le mal. C’est un jugement venant de gens peu éclairés, car le magnétisme est la force la plus réelle qu’il y ait au monde ; on peut produire par sou.emploi le bien ou le mal ; il n’est néceaaipje d’aucun instrument pour agir; la pensée même peut suffire, et par|^ois des résultats prodigieux sont pbteajQS en quelques secondes.

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