‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 42 sur 74 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La littérature o'est pas toujours n l'expression de la société », quoi qu'on en ait pu dire, mais quand une fois elle l'est devenue, il est sans doute assez naturel que ses destins suivent la fortune de la société dont elle est

LES AUTEURS ET LES ŒUVRES

Septième Epoque

Pea n Lettres persanes » à la poblioation de 1' a Encyclopédie •>.

I. — Charles de Secondât, baron de la Bride et delfonteBqnien [chateaa de La Brède, près Bordeaux, 16S9; ■}■ 1755, ParU] .

1° Leb Soubgbs. — Maupertuis, Éloge de Montesquieu, 1755; — d'Alembert, Éloge du Préaidenl de Monlesquieu, 1755. au t. V de Y Encyclopédie ; — Voltaire, Siècle de Louis XIV, au Catalogue Jet Écrivains, 1756; son article Esprit des Lais dans sop Dictionnaire philosophique, 1771; et Commentaire sur l'Esprit des Lois, 1777; — Villemaia, Éloge de Montesquieu, 1816; — Garât, Mémoires historiques sur la vie de M. Suard, 1820; — Saiote-BeuTe, Cau~ teries du lundi, t. VU, 1852; — I.ouiK Vian, Histoire de la vie et

LA dbfounation DB l'idéal classique tJ9

l'expression. C'est ce que l'on vient de voir commeDcer, et c'est ce qui achève de se produire dans les premières années du règne de Louis XV.

Délivrés ou débarrassés des protestants, du jansénisme, et de Louis XIV, les n Libertins » ne cessent de gagner du terrain et deviennent les guides et les maîtres de l'opinion. « S'il a paru autrefois des impies, — s'écrie Massillon dans son Petit Carême, — le monde lui-même les a regardés avec horreur... Mais aujourd'hui fimpiété est presque devenue un air de distinction et de gloire i c'est un mérite qui donne accès auprès des grands, qui relève, pour ainsi dire, la bassesse du nom et de ta naissance, qui donne à des hommes obscurs, auprès des princes du peuple, un privilège de familiarité, a [Cf. Petit Carême, 3* sermon, sur le Respect dû à ta religion.] Les princes du

des ouvrages de Montesquieu, Paris, 1879; — Albert Sorel, Montesquieu, àao» la collection de» Grands Écrivains français, Parîi,

Berlolint, Analyse raiaonnée de l'Esprit des Lois, 1755, et au tome m de l'édition Labonlaye ; — d'Alembert, Analyse de l'Esprit des Lois, 1755, et en iMe de l'édition Parrelle; — Crévier, Observations sur te livre de l'Esprit des Lois, 1764 ; — Deslutt de Tracy, Commentaire sur l'Esprit des Lois, Philadelphie, 1811; et 1819, Paria; — Sclopis, Recherches historiques et critiques sur l'Esprit des Lois, Turin, 1857; — Labonlaye, Introduction à l'Esprit des Lois, Paria, 1876.

Voyez encore Auguste Comte, Cours de philosophie positive, t. V et VI, Paria, 1842; — Ernest Bersot, ^/ui/es sur le xvni^ siècle, Paris, 1855; — J. Barni, Histoire des idées morales et poliliques en France au itiii* siècle, Paris, 1865 ; — P. Janet, Histoire de la science politique, Paris, 1858; et 2« édit., 1872; — Robert Fllnt, la Philosophie de l'histoire en France, trad. française, Paris, 1878; — H. Taine, l'Ancien régime. Paria, 1875; — Emile Fagnet, Dix-huitième siècle, Paris, 1890.

2* L'HouHE ET l'Ecrivaih. — Les origines de Montesquieu; — Gascon, gentilhomme et magistrat. — Il entre au Parlement de Bordeaux, 1714; — et it y succède à un de ses oncles dans la

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180 HANCBL DB 1,'HISTOinB DB LA LITTIÏBJLTURB FBANÇAISB

peuple, ce soiil les Vendôme, à moins que ce ne soit Philippe d'Orléans lui-même, puisque nous sommes en 1718; et ces hommes obscurs, dont la profession d'athéisme ou de libertinage u ennoblit la roture », nous les connaissons également : ce sont les beaux esprits qui se réunissent au caTé Procope ou au café Gradot; c'est ce a petit Arouet », comme on l'appelle, et qu'on vient d'embastiller, l'an dernier. S'ils ne sont pas encore du monde, ils en seront bientôt, et pour s'en rendre dignes, ils en prennent, ou plutôt ils en ont déjà les manières. On les rencontre dans les salons, chez M*"* de Lambert, ou la liberté de leurs propos amuse l'oisiveté des femmes et rinsouciance des hommes. Ils s'insinuent jusque dans les boudoirs, où l'esprit triomphe avec eux de l'inégalité des conditions. Et, en attendant qu'ils forment une espèce

charge de Préaident à mortier, 1716. — lotéreasaote analogie de ce commeocemeiit de carrière giec lea débuts de celle de Moataigne.

— Premiera traTaoi de Montesquieu; — lear caractère acieatifique; — aea Discours sur la Came do l'écho. 1718; sur l'Usage des glandes rénales, 1718; — et qu'on retrouvera dana l'Esprit des Lois )a trace de cette culture acientifîque. — Bizarrerie de ses goûta littérairea ; — aoa admiration pour les tragédies de Crébillon, « qui le font entrer, dit-il, dans les transports des bacchantea ». — Il publie aes Lettres persanes, 1721-1722.

A, Lea Lettre» persanes; — et d'abord la question bibliographique; — Pierre Marteau de Cologne et aea fausae* éditions. Les Bourcea des Lettres persanes; — et qu'on fait à Dufreany trop d'honneur en les voyant uniquement dans ses Amusements sérieux et comiques. — Maia, autant que de Dufresny, Montesquieu a'eat inspiré des Caractères de La Bruyère et du Diable boiteux de Le Sage; — dn Télimaque de Fénelon [Cf. l'épisode des Troglodytes]; — dea récita de voyages de Tavernier et de Chardin;

— et même dea Mille et une Nuits. — Fâcheux développemeut de l'intrigue de harem dans les Lettres persanes; — et qne Montesquieu ne renoncera jamais A ce genre de tableaux [Cf. son Temple de Gnidt; Arsace et Isméaie, etc.]. — La satire des mœurs contemporaine* dans les Lettres persanes [Cf. notamment Lettres 48,

LA DEFORMATION DB l'ID^AL CLABBIQDB 3«

de « corps », ou presque d'État dans l'État, la fortune et la naissance s'étonnent un peu d'abord, font mine de s'irriter, mais au fond ne s'effarouchent pas, et finalement s'arrangent d'être traitées par eux avec autant de désinvolture et d'agréable impertinence qu'elles se pei^ mettaient de les traiter autrefois.

C'est qu'aussi bien, depuis quelques années, il s'est fait de singuliers mélanges de la naissance et de la fortune elles-mêmes : « Le corps des laquais — > écrit Montesquieu dans ses Lettres persanes, en 1721 ■ — est plus respectable en France qu'ailleurs; il remplit le vide des antres états. Ceux qui le composent prennent la place des grauds malheureux, et quand ils ne peuvent suppléer par eux-mêmes, ils relèvent toutes les grandes maisons par le moyen de leurs filles, qui sont comme une espèce de

57, 72, 143, etc.]; — et qu'elle va bien plue profoudémeat qae la satire de Le Sage ou de La Bruyère [Cf. 24, 29, 44, 68, etc.]. — La dernière partie du livre. — De la singulière importance que Vantenr y donne, long;tempB avant Malthug, à la question de la population [Cf. 113 à 123]. — Ses perpétuelles comparaison» de l'Europe i l'ABÎe. — Grand succès des Lettres persanes; — Montesquieu se démet de sa charge de président, 1726; — il entre i l'Académie française, 1728; — et entreprend une série de voyages, — qui lui font connaître i peu près toute l'Europe civilisée, 1728-1731 [Cf. Voyages de Montesquieu. Paris et Bordeaui, 1892. 1894, 1896]. — Il se fiie dans son domaine de la Brède; — et fait paraître ses Considérations en 1734.

B. Les Considérations sur les Causes de la grandeur et dt la décadence det Romains. — A quelle intention Montesquieu a écrit cet ouvrage; — et si peut-être il n'y faut voir qu'un s fragment a de l'Esprit des Lois; ~ ou si l'auteur s'est vraiment proposé d'y rivaliser « avec Tacite et avec Florus n? — De la prédileclion de Montesquieu pour Florus [Cf. son Essai sur le goût] ; — et généralement pour les Latins delà décadence; — eequinerempêche pas de reprocher i Tite Live a d'avoir jeté des fleurs sur les colosses de l'antiqnité >. — Comparaison du livre de Montesquieu avec la troisième partie du Discours sur l'histoire universelle; —

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ISS MANDEL DB l'hISTOIBB D8 LA LITTÉItATCItE FRAN^AIBB

fumier qui engraisse les terres moDtagneuses et arides u [Cf. Lettres persane», n* 99]. La Bruyère, dans ses Caractères, avait dit quelque chose de cela. Relisons là-dessus U deuxième partie de Gil Bios; elle est datée de 1725; ou y voit un laquais devenir» par de sales emplois» l'arbitre de la monarchie espagnole; et si nous étions tentés de méconnaître la valeur « documentaire.», la signification politique, la portée sociale du roman, songeons quels étaient hier encore les maîtres e£Fectifs de l'Europe : un Dubois, le fils de l'apothicaire de Brive-la-Ga illarde, ou un Aiberoni, le fils du jardinier de Parme I Rouvrons aussi les Lettres historiques et galantes de M"" Dunoyer, ou les Mémoires de Saint-Simou. Mais songeons surtout au renversement opéré dans les conditions par le système de Law, 1716-1721, et que rien de pareil

el dans quelle mesure Montesquieu a en t'intention de comballre Bosauel. — Sa théorie des eauseï; — et sa philosophie de l'hia-

C L'Esprit des Lois. — Du lien qui ratlache les Lettres persanes k VEsprif des Lois; — et dios quel sens on peut dire que Montesquieu n'a vraîmeat écrit qu'un seul ouvrage. — Du dessein du livre ;

— el qu'il faut bien qu'il ne soit pas clair; — puisqu'il n'est le nfme pour aucnu des commentateurs de Montesquieu. — Qu'à vrai dire l'ambition de Montesquieu a ilé de faire un grand livre;

— mais qu'il n'y a qu'i moitié réussi. — Indétermination de son plan; — tour fâcheux de sa plaisanterie; — insuffisance ou légè' reté de sa critique [Cf. Voltaire dans son Commentaire]. — De quelques erreurs qu'il s'est plu ji laisser subsister dans son livre [Cf. livre VII. ch. 16; livre XV, ch. 4; livre XXI, cb. 22]; — et quelles raisons il peut bien avoir eues de ne pas les réparer? — Ce que Sainte-Beuve a voulu dire, en disant c que les ouvrages de Montesquieu n'étaient guère qu'une reprise idéale de ses lectures • ; — et que cela équivaut 4 dire qu'ils m.nnquent d'ordre el de logique. — Du mot de M"' du Deffand sur l'Esprit des Lois;

— et qu'il caractérise bien les défauts de la manière de Montesquieu. — Mais, que toutes ces observations n'empêchent pas Montesquieu d'avoir fait entrer dans le domaine de U littérature tout

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Lt DÉFOHVATION t>B l'idéal CLASSigtlB S83

ne s'était vu jusque-là. « Tous ceux qui étaient rinbes il y a six mois sont à présent dans la pauvreté, et ceux qui n'avaient pas de pain regorgent de richesses... L'étranger a tourné l'état comme un fripier tourne un habit... Quelles fortunes inespérées, incroyables même à ceux qui les ont faites! Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du néant. Que de valets servis par leurs camarades, et peut-être demain par leurs maîtres! n [Cf. Lettres persanes, n° 138]. C'est encore Montesquieu qui parle, un satirique, assurément, mais un homme grave, un magistrat. Et c'est ainsi que, du fond de la société, tonte une lie, comme une écume, en bouillonnant, monte a la surface, et s'y étale, et y demeure. Une nouvelle aristocratie se forme, douteuse ou impure en sa source, ignorante k plaisir, cynique et débraillée dans ses mœurs, rafBnée

un ordre d'idées qui D'en faisait point partie; -- d'avoir esquissé le premier une philosopUe de l'histoire parement laïque ; — d'avoir entrevu les analogies de l'histoire avec l'histoire oaturelle ; — et, à UD point de Tne plus général, d'avoir éloquemment exprimé, — sur la liberté; — sur la tolérance; — et sur l'humanité; — des idées qui ne sont point, même de nos jours, aussi banales et aussi répandues qu'on le dit. — Succès de l'Esprit des Lois, tant à l'étranger qu'en France; — et si les défauts du livre n'y ont pas contribué autant que ses qualités?

Des moiadres écrits de Montesquieu : le Temple de Gnide, 1725; —le Voyage à Paphos. 1727;— le dialogue de Sylla eïà'Eucraie. 1745; — ijjiiiiojue, 1751-1754; — Araace et Isminie, 1754; et X'Essai ittr le goût, 1757. — Des qualités du style de Montesquieu; — et qu'il est bien de la famille du style de Pontenelle; — quoique d'ailleora pins grave, plus plein, et plus dense; — et, i cette occasion, de la préciosité de Montesquieu. — De l'art et de la capacité de former des idées générales; — et qu'ils font encore un caractère émineni du style de Montesquieu ; ~ ainsi qu° le pouvoir d'exprimer en peu de mots non seulement beaucoup de choses, — mais beaucoup de choses différentes et conaëquoniment beaucoup de rapports. — Les dernières années de Montesquieu, — JI fréquente che« M"» de Tencin et chei M"» GeolTrin

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toutefois dans ses goûts, et (jui sans doute ce saurait désormais reprocher aux gens de lettres l'humilité de leur extraction, puisqu'enfin, des frères Paris ou du petit Arouet, c'est encore celui-ci a le mieux né u.

Au milieu de ce déclassement universel, ou plutôt à la fftveur de ce déclassement même, l'influence des femmes continue de grandir, et avec la marquise de Prie, sous le ministère du duc de Bourbon — 1723-1726 — leur pouvoir, après bien des années écoulées, s'exerce de nouveau jusque dnns l'État. M"* de Lambert ne faisait que des académiciens; la marquise de Prie fait une reine de France; M*" de Tencin fera des cardinaux et des ambassadeurs. « Il n'y a personne — écrit Montesquieu — qui ait quelque emploi à la cour dans Paris ou dans les provinces, qui n'ait une femme par les mains de qui passent

[Cf. Marmoalel daas ses Mémoires, et P. de Sdgur, le Royaume de la rue Saini-Honori, Paris, 1697]. ~ Sa siluatioa unique dans le monde littéraire; — et dans l'opinion européenne de son temps.

3" Les Œutbeb. — Noua Tenons d'indiquer les principales oeuires de Moulesqatea. Il y faut ajouter cent cinquante ou soixante Lettres familières (eiactemcnt 152 dans l'édition Laboulaye}; — et trois volumes à'OEuvres inédites, publiés par le baron de Montesquieu [Paris et Bordcaui. 1892, 1894, 1896].

Les principales éditions de Montesquieu, indépeDdatnmeut des édilioDS originales qu'il faut toujours consulter, au moins pour les Lettres persanes et pour l'Esprit des Lois, sont : — l'édition Parrelle, dans la Collection des Classiques français, Paris, 1826, Lefèvre; — et l'édilion Laboulaye, Paris, 1S75-1S79, Garnier.

IL — Pierre Carlet de Chamblain d« HaiivRox [Paris, 1688; tl763, Paris].

1° Les Sourcbs. — D'Alembert, Éloge de Marivaux, 1785; — MarmODtel, dans ses Mémoires; — Geoffroy, Cours de Littérature dramatique, 1825, t. III; — Sainte-Beuve, Marivaux, dans ses Causeries du lundi, t. IX, 1854 ; — Edouard Fournier, Étude sur Marivaux, en tite de son édition du Théâtre complet, Paris, 1S78; ~ Leacure, Éloge de Marivaux, Paris, ISSOj — Jean Pleury,

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I^ DÉFORMATION DE l'iDBAL CLA9SIQDB 98&

toutes les grâces et quelquefois les injustices qu'il peut faire » ; et, naturellement, cette « femme n n'est pas la sienne. Aussi, qui voudra faire désormais son chemia dans le monde, faudra-t-il qu'avant tout il ait poiirluiles femmes, le talent de leur plaire, de les intéresser à sa fortune ou à sa réputation. C'est ce que les écrivains comprennent; et, il faut bien l'avouer, si leur complaisance ne laisse pas d'avoir des dangers, dont le moindre est de les ramener, comme autrefois les précieux, au rôle de serviteurs ou de courtisans de la mode, il en résulte pourtant d'abord un avantage. « L'âme française, un peu légère, mobile et refroidie par le convenu, l'artiliciel, semble gagner un degré de chaleur » [Cf. Michelet, Histoire de France ; Louis XV\ ; et grâce aux femmes, et pour s'emparer d'elles, la sensibilité s'émancipe de la tutelle

Marivaux et le marivaudage. Parie, 1881; — G. Larronmel, Marivaux, sa vie et aea CBuvre», Parie. 1882; — F. Bruoetière, Étudea critiques, t. II et t. III, 1881 et 1683; et les Époque» du théâtre français, 1892; — G. Deschamps, Marivaux, d«n« U collection des Grands Écrivains français, Paris, 1897.

2° L'ÉcBiïiiN. — La famille de Marivauï. — Sa première éducation; — ses premières frèquentatioas à Parte; — eea première protecteurs ou patrons HltéraireB ; Pontenelle et La Motte. — Sa tragédie A' Anniial. — Son premier roman ; Pkarsamon ou le» folies romanesques, 1712; — et comment, dans la veine du précieux, Marivauï remonte jusqu'au Grand Cyrus eljasqu'^tt Polexandre. — Son mépris de l'antiquité : l'Iliade travestie, 1716; — et à ce propos, du caractère paiticulièrement haineux des traveslUsementa de Marivaux.

A. Le Romancier. — Les Effets surprenants de la sympathie, 1713-1714; — la Voiture embourbée. 171i ; — et, à cette occasion, de la pauvreté d'imagination de Marivaux ; — la Vie de Marianne, 1731-1741; — et le Paysan parvenu, 1735-1736. — Caraclèree espentiele des romaue de Marivaux. — Ce sont dee romans réalistes; — par la condition des perfionnages. — ordinairement bnirgeois ou même au-dessous du bourgeois; — par la simplicité de l'intrigue; — par la fidélité de la peinture de la vie commune.

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iSe MANUBL OB l'histoire DB la LITTÉnATURB FRANÇAISE

éti'oite et soupçonneuse oii l'avaient retenue les maîtres de l'âge précédent.

Timidement, pour commencer, mais bientôt avec plus d'audace, on la voit poindre et s'essayer dans la comédie de Marivaux : — le Jeu de l'amour et du hasard, 1730 ; les Serments indiscrets, 1732; la Mère confidente, 1735; les Fausses confidences, 1737; dix autres pièces, qui non seulement vengent les femmes du rude dédain de Molière, mais encore font passer la comédie sous l'empire de leur sexe, l'y rangent, et l'y maiutiendront à l'avenir. Non qu'il n'y ait de l'esprit, trop d'esprit, de la recherche et de la subtilité, dans les chefs-d'œuvre de Marivaux, et du a marivaudage », car où voudrait-on qu'il y en eût? II y a aussi de la sécheresse, et, souvent, une ironie qu'il semble avoir héritée de son maître et ami Fonte-

— Ce sont en second lieu des romans psychologiques; — dont le

principal intérêt ne consiste que dans l'analyse des sentiments; — et où les aventures tienoent si peu de place ; — ont si pea d'importance pour l'auteur lui-même, que Marianne et le Paysan onl pu demeurer inachevés. ^ Et ce sont enfin des romans sinon d'amour, au moins de galanterie; — ce qui lea distingue des romans de Le Sage. — S'ils sont d'ailleurs aussi a décente a et su^ei ■ moraux ■ qu'on l'a prétendu? — Comparaison à cet égard de GU Blas et du Paysan parvenu, — Du godt bizarre de Marivaui pour n lea gens de maison >.

B. L'Auieur dramatique; — et que son originalité consiste en trois points, qui sont ; — d'avoir abandonné les traces de Molière;

— d'avoir transposé la tragédie de Racine dans la vie commune;

— et d'avoir mis le principal de l'intrigue dans la transformation des sentiments: la Double inconstance, 1723; — la Seconde surprise de CAmour, 1728; — te Jeu de l'amour et du hasard, 1730;

— les Fausses confidences, 1737; — l'Épreuve, 1740. — Critiques des contemporains, et réponse de Marivaux. — « Il s'agit dans toutes ses pièces de faire sortir l'amour d'une des uicbes où le retiennent l'amour-propre, la timidité, l'embarras de s'expliquer ou l'inégalité des conditions. > — Importance des rAIes de femmes dans le théâtre de Marivaux. — Caractère orignal qui résulte de

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nelle. Mais si la sensibilité n'y occupe pas toute la place, elle en fait l'âme ; et s'il est une qualité que l'on ne puisse disputer aux Araminte et aux Silvia de ce galaot homme, c'est d'être en vérité ce qu'on appelle « touchantes ». La Zaïre de Voltaire, 1732, son « Américaine » Alzife, 1736, sont plus que touchantes; elles sont pathétiques; et, ainsi que l'a fait observer un bon juge [Cf. A. Vinet, Littérature française au xTiii" siècle, II, 24, 37], il ne suFRrait pas de dire que leurs aventures nous émeuvent : elles nous désolent. A cet égard, ~ comme à plusieurs autres, — les tragédies de Voltaire sont autant au-dessus de celles de Crébillon ou de La Motte que les comédies de Marivaux sont au-dessus de celles de Destouches, de Regnard même. Et quand on a fait la part de ce que ses inventions contiennent de « romanesque » et de « mélodramatique »

nette importaoce des rAles de femmeit : — dimioutioD de la part de la satire; — accroissement de la partie Eealimeatale dans lu Dotion même de la comédie ; — et révolution qui s'en suit nëcessairement au théâtre. — La comédie de Marivaux et la peinture de Watteau. — Marivaux et Shakespeare; — et, qu'avec le décor vaguement poétique, et les noms ilalieus, — ce qu'il y a de plus shakespearieD dans Marivaux, — c'est peut-être le o marivau' dage ». — ■ Marivaudage > et ■ Euphuisme d. — Que d'ailïenrs la préciosité n'empêche pas Marivaui d'être souvent assez sec; — et même quelquefois groseier. — Le Jeu de l'amour et du hasard, et le Ray Bios de Victor Hugo.

C. Le Publiciste. — D'un mot de Sainte-Beuve sur a certains cAtés séricui de l'esprit de Marivaux >; — et qu'il faut les chercher dans ses n feuilles u. — Le Spectateur français, 1722-1723;

— et que l'idée en est visiblement prise du Spectateur d'Âddisou.

— V Indigent philosophe, 1 728, et le Cabinet du philosophe, 1 734. — Emprunts qu'y ont faits l'auteur du Neveu de Rameau et celui du Mariage de Figaro [Cf. Bruiietière, Études critiques, t. III]. — De quelques idées de Marivaux; — sur la critique; et sur l'orguaisaliou duo marcchalat n littéraire; — sur la condition des femmes: et sur l'éducation de» enfanta; — sur l'inégalité des conditions humaines.

— Dans quelle mesure Marivaux lui-même a pris %«% idées au

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3BB HIKU&L DE l'hISTOIRB DR LÀ LITTÉnATUHE FRANÇAISE

oserons-nous dire qu'après cent cinquante ans écoulés, son Alzire, et surtout sa Zaïre, nous arrachent encore de vraies larmes? Mais un autre poète en fait couler de plus abondantes : c'est l'auteur de Manon Lescaut, 1731; de Cieve!and, 1733; du Doyen de KiUerine, 1735, le bon, le faible, le sensible abbé Prévost. Tempérée chez Marivaux, ou contenue par quelque crainte du ridicule, et mêlée dans la tragédie de Voltaire à d'autres nouveautés, et d'un autre ordre, c'est ici, dans les romans de Prévost, que la sensibilité se déborde. Comme elle en est l'unique inspiratrice, elle en fait aussi l'unique attrait. Observateur superficiel des mœurs de son temps, écrivain abondant, facile, harmonieux, mais inégal et négligé, ce que Prévost a de plus original et de plus communicatif, c'est sa promptitude k s'émouvoir de ses propres imaginations.

sérieux? — et commeat son ceuvre prépare 1* géaéralioo de Vauven argues et de Rousseau.

3° Les Œutmb. — Les Œuvres de Marivaux compreDoent : 1° Ses opuBculea, dont nous Tenons d'indiquer les principaux et auxquels, pour en avoir l'éDumération eu FQ s a m oient complète, il suffit d'ajouter quelques articles du Mercure,

2" Son théâtre, composé de 3i pièces eu tout, dont les principales sont : Arlequin poli par l'amour, 1720; — la Surprise de l'amour. 1722; — la Double inconstance, 1723; — le Prince travesti, 1724; — la Seconde surprise de l'amour, 172S: — le Jeu de l'amour et du hasard, 1730; — les Serments indiscrets, 1732;

— l'Heureux stratagème, 1733; — le Mère confidente, 1735; — le Legs, 1736; — les Fausses confidences, 1737; — l'Épreuve, 1740; — et le Préjugé vaincu, 1746.

3° Ses romans : Pkarsamon. 1712, mais publié seulement en 1737;

— les Effets surprenants de la sympathie, 1713-1714; ^- la Voilure embourbée, 1714 ; — la Vie de Marianne, en ooie parties, 1731-1741 [La douzième partie, qui ne figure pas dans toutes les éditions, est de M"" Riccoboni]; — et le Paysan parvenu, en cinq parties, 1735- 1736. Il faut ajouter l'Iliade travestie, 1716; et le Télémaque tra^ vesli, 1736.

La meilleure édition de Marivaux, ou pour le montent la plus

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LK OÈTORSlXIlbU DE L IDEAL CLASSIQUE JSt>

Elles l'intéressent, elles le bouleversent. 11 pleure, il snit pleurer! si l'on peut ainsi dire; et tout son siècle avec lui se met à pleurer.

C'est une seconde, et grave, et profonde atteinte à l'idéal classique, la première étant, nous l'avons vu, l'abandon de la tradition. Si, comme on l'a dit en effet, nous ne saurions « rîen confier d'éternel à des langues toujours changeantes » [Cf. Bossuet, Discours de rêcepUon], il est également vrai qu'on ne donne àrien de « changeant » ce caractère d'éternité qui est la condition même ou In définition de l'œuvre d'art; et, d'an homme à un autre homme, ou, dans le même homme, d'un moment k un autre, qu'y a-t-il de plus changeant que la sensibilité? Qui donc a dit à ce propos, qu'étant « une disposition compagne de la faiblesse des organes, suite de la mobi-

complète, car elle n

m. — Antoine -François Prévost d'Exilés [Hesdin, 1697;

f 1763, St-FirroiD, près Chanlillï).

!• Les Soubces, — Les romans de Prévost luî-iu£iue, et en particulier : les Mémoires d'un homme de qualité ; Cléveland; et Ï'HÎS' toire de M. de Montent [Cf. aussi son journal ; le Pour et Contre].

— Bernard d'Héry, sa Notice en lète des éditions de 17S3 et de 1810;

— Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. 1 et III; et Causeries du lundi, t. IX, 1853 ; — Ambroise-Firmln Didot, article Prévost, dans la Biographie universelle; — A. de Montaiglon, Notice bibliographique, à la un de l'éditioD de Manon Lescaut, Glad; frères, 1875, Paris; — F. Brunetière, Études critiques, t. III; — Henry Harrisse, l'Abhé Prévost, 1896, Paris; -~ et diverses Notices, eu tête des éditions de Manon Lescaut, notamment celles d'Alexandre Dumas Gis, et de Guy de Maupass.int.

2° L'HoHUE ET LE RoHAHCTEB. — Sa jeunessc aventureuse. — Jésuite, militaire, et bénédictin, 1721. — 11 collabore à la Gaîlia ckriitiana. — Il abandonne les bénédictins, 1728 ; — publie la première partie des Mémoires d'un homme de qualité, 1738; — et pusse en Auglelerre; — el de là en Hollande [Cf. Uémoires du chevalier

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S90 UANUBL DE l'histoire DB la

lité du diaphragme, de la vivacité de l'imaginatioii, de la délicatesse des nerfs, qui incline à compatir, à frisaf à craindre, à admirer, k pleurer, à s'évanouir, a s a crier, à fuir, à perdre la raison, à n'avoir aucune idée précise du vrai, du bon, du beau, à être injuste, à être fou », la sensibilité, pour toutes ces raisons, n'était que la n caractéristique de la bonté de l'âme et de la médiocrité du génie »? 11 se pourrait que ce fût Diderot, en un jour de franchise [Cf. son Paradoxe sur le comédien]; et de fait, en tout temps, comme en tout genre, il semble bien que la sensibilité, livrée à l'impétueuse irrégularité de son cours, n'ait rien produit que d'inférieur ou secondaire. Les romans de Prévost lui-même ou les comédies de la Chaussée : la Fausse antipathie, 1733, le Préjugé à la mode, 1735, Mélanide, la Gouvernante, en peuvent

de Bavaants, et Hilangea de Sois-Jourdain], — La première éditioD de Manon Lescaut. 1731 ou 1733? — Retour en Fraoce. — Publication de Cleveland, 1731 ; — le Pour et Contre, 1733. — Pré- TOst tvx gages des Ubrairee'; — le Doyen de KiUerine, 1735. — PréTOSt devient n «umônier du prince de Conti ».

De l'utilité de ces détails pour l'inteUigence dei romaug de Prévost : — il a vraîmeot vécu son œuvre ; — les hasarda de aa vie en expliquent le décousu; — et ce qu'il n'eu a pas vécu, il l'a moins a imaginé ■ que <i senti i>. — Du caractère sombre et mélodramalique des romans de Prévost; ^ et combieu ils dilTérent des romans de Le Sage et de Marivaux. — La passion de l'amour dans les romans de Prévost ; — comment elle les remplil à peu près uniquement; — et qu'elle y afTecte les mêmes caractères de soudaineté;

— de violence ; — et de fatalité que dans les tragédies de Racine. — Que là même, et non pas du tout dans la « psychologie ■ de la lille ou de la courtisane, est le mérite éminent de Manon Lescaut. — La peinture des mceurs dans les romans de Prévost; — et combien elle y est insigniSante ou superGcielle. — Les romans de Prévost ■ont des romans idéalistes; — nullement psychologiques d'ailleurs;

— et le styie en est celui de U passion ; — c'est-i-dire, tautât capable de la plus haute éloquence; — el taiitdt de la pire banal.lé; — toujours l'acilc d'uilleurs, harmonieux, abondant et prolixe.

LA DÉFOnMATlOK DG l'iDBAL CLAâSKJtB S9l

ici servir d'assez bons exemples! Et si l'oa en demande la raison, c'est encore Diderot qui nous la donne, en remarquant que « l'homme sensible est trop abandonné à la merci de son diaphragme... pour être un profond observateur et conséquemment un sublime imitateur de la nature ». Voilà soi-même se connaitrel A travers un nuage de larmes, — il a raison I — nous ne voyons rien que de brouillé, de confus, de llottant; et l'un des premiers effets de ce débordement de la sensibilité est de modifier profondément l'observation de la nature et la nature de l'observation.

Les grands écrivains de la précédente génération ne l'avaient pas prévu, qu'en rendant une certaine tendance sociale comme adéquate à l'idéal classique, la conséquence en serait un jour de faire prédominer le point de

Les dernières années de Prévost; — et son rôle d'iuterinétliiiirc CDire les liuératures française et anglaise : — ses traductions de RichardsOQ : Paméla, Clarisse, Grandisson; — de Hume : Histoire d'Angleterre ; — et de Middletoo : Vie de Cicéron. — II collabore au Journal étranger ; — et à l'Histoire générale des voyages. — Ses relatious avec Rousseau; — et qu'il est avec Marivaux le seul homme de lettres dont il soit parlé avec sympathie dans les Confessions. — Raisons naturelles de cette sympathie ; — et intérêt de cette observation. — De quelques téinoiguagdB sur les romans de Prévost; — et notamment de ceui de M"" Aissé ; — et de M"" de Lespioasse. — La légende de la mort de Prévost [Cf. Henry Harrisse, fAbbê Prévost].

3° Lbs Œuvres. — Les Œuvres de Prévost se composent de ses romans, parmi lesquels nous citerons : les Mémoires d'un homme de qualité, dont Manon Lescaut forme la septième partie, 1728, 1731 ; — l'Histoire de M. Cléveland. 173t ; — le Doyen de Killeriae. 1735-1740; — l'Histoire d'une Grecque moderne, 1740; — les Campagnes philosophiques ou les Mémoires de M. de Monteal, 1741; — et les Mémoires d'un honnête homme, 1745.

11 a de plus rédigé, lui tout seul ou presque seul, les 20 volumes du Pour et Contre, 1733-1740; ~ traduit ou n adapté e Tteuvre entière de Richardson, plusieurs volumes de Hume, etc. ; — et enfin

M UAKbËL b& L HlBtOlilE t>E La LlTtBRAtbllË FhAKÇAlSE vue de l'agrément mondain ou de l'utilité sociale sur la réalisation de la beauté et sur l'imitation de la nature! C'est cependant ce qui arrive, et c'est comme si l'on disait que l'observation psychologique et morale, qui depuis cent cinquante ans avait servi de base ou de support h l'idéal classique, se change en observation sociale. « L'homme n'est point une énigme, comme vous vous le figurez pour avoir le plaisir de la deviner Il n'y a pas plus de contradiction apparente dans l'homme que dans le reste de la nature... Quel est l'homme sage qui sera plein de désespoir parce qu'i) ne connaît que quelques attributs de la matière? » [Cf. Voltaire, édition Bcuchot, t. 37, p. 41, 46]. C'est en ces termes que Voltaire argumente contre Pascal; et en effet tontes ces questions ne l'intéressent plus, lui. Voltaire, ni aea contemporains. 11 croit

rédigé, dit-OD, les 17 premiers volumes de l'Histoire générale des voyages, 1745-1761.

II existe deux éditiouB des Œuvres de PrëTOst, jointes i celles de Le Sage, formaiit ensemble 54 volâmes, dont 39 pour Prévost, et publiées à Paris, l'une en 1783, et l'autre de 1810 k 1816.

Les éditious de Manon Lescaut sont innombr.-iblcs.

IV. — Pierre Claude Nivelle ds U Chaussée [Paris, 1691 ou 1692; -{-1754, Paris].

i» Lia SouBCBs. — D'Alembert, Éloge de La Chaussée ; — Geoffroy, Cours de littérature dramatiqae. t. III ; — Lausou, Nivelle de La Chaussée et la comédie larmoyante, Paris, 1887.

3" Ls8 OmomEa du druib bourgeoib. — Le premier succès de La Chaussée : la Fausse antipathie, 1733; — et que son idée D'à pas tant consisté à u mélanger > lea genres, — qui l'étaient déji dans la comédie de Marivaux; — qu'à prendre au sérieux, — et i tourner au tragique bourgeois, — les mêmes événements de la vie commune dout Dancourt, Destouches et Marivaux avaient déjà fait la matière de leur théâtre. — Comment cette idée se précise dauB le Préjugé à ta mode, 1735; — dans l'École des amis, 1737; — et dans Mélanide, 1741. II s'agit de procurer le mém* genre d'émotion que U tragudie: — sans décor historique; —

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LA DÉFORMATION DB l'iDÉAL CLASSrQUE 19S

aavoir de riiomme tout ce qu'on en peut connaître; il estime que le temps est passé de descendre en aoi-méme : in sese lieaeendere, comme disait Montaigne; et qu'au coutraire le moment est venu d'en sortir. Là est l'explication de cette universelle curiosité dont son Charles XII, 1732, sa Zatre, 1732, ses Lettrée anglaises, 1734, son Attire, 1736, et bientôt son Essai sur les mœurs sont autant d'assurés témoiguages. Ses contemporains, à l'exception du seul Vauvenargues, ne sont pas d'un autre avis. Eux aussi croient connaître assez l'homme, ses mobiles intérieurs, ses motifs secrets d'action, ses passions, ses instincts; et ils ne s'attachent en tout, comme Voltaire, qu'à la peinture des mœurs. Qu'ils écrivent pour le théâtre, comme Gresset, dont le Méchant est daté de 1747, ou qu'ils se piquent d'être philosophes, comme

sans perBoonei princières; — et sana paasious trop violentes. — Que cette coaccptioD ramène la comédie >u romaii; — et qu'en effet les comédies de La Chaussée ue sont que des romans; — en alleudant le drame de Diderot et celui de Betumarchais. — De l'idée singulière que La Chaussée a eue de tenter en Ters ce genre de drame ; " et quand on coaaidère les sujets qu'il a traités [Cf. LansoD, loe. cit., p. 170, 175], — ainsi que la fortune qui leur était promise on jour, — que U peut-être est l'explication de l'oubli dans lequel U est tombé. — La eomédie est déji dilUcile à tniiter en ters; — et le drame bourgeois impossible.

3° Lb« ŒuTttEs. — La Fausse antipathie, 1733; — le Préjugé à ta mode, 1735; — l'École des amis, 1737; — Mélanide, 1741;

— Amour pour amour, 1742; — Paméla, 1743; — l'École des mères, 1744; — U Binai de lui-même, 1746; — la Gouvernante, 1747; — l'École de la jeunesse, 1749; — l'Homme de fortune, 1751; — U Retour imprévu, 1756.

On s encore de La Chaussée des Contes en vers, assez grossiers; — une Épitre en faveur des aneieni, qui, sous le titre à'Épître de CUo, commença, en 1731, la réputation de sou auteur;

— et une détestable tragédie, du nom de Maximien, 1738.

La seule édition qu'il y ait de ses Œuvres complètes est celle de Paria, chez Prault, 1761-1762.

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IM MANUEL DE L'iiISTOIRE DE LA LITTERATURE FRANÇAISE

Duclos, dont les Considérations sur les mœurs vont paraître en 1750, leur observation n'atteint que l'homme social, et de cet homme-là même n'essaie point d'atteindre le fond, qu'elle suppose en tout et partout identique. Voltaire le dit en propres termes : « La nature est partout la même ». Il ne se lasse pas de répéter le mot d'Arlequin : « TuUo il mondo é fatto corne la nostra famiglia » . S'il étudie l'histoire, c'est pour y trouver des preuves de la vérité du dictoo; et c'est même ce qu'il appelle a la lire en philosophe », D'une époque à une autre, s'il aperçoit bien quelques di^'érences, il ne les impute qu'à la lenteur du « progrès des lumières ». S'il n'y prend pas une très haute idée de la nature humaine, il ne continue pas moins d'estimer que « nous sommes des espèces de singes, que l'on peut dresser à la raison comme b la

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