‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 66 sur 74 · III. — Emile Aogier [Valence. 1820;t 1889, Paris · texte numérisé non relu

III. — Emile Aogier [Valence. 1820;t 1889, Paris

1" Les Sources. — Emile Montégut, Dromalurges et romanciers, 1878; — Emile Zola, Nos auteurs diamaliques. 1881; - René Doumic, Portraits d'écrivains, Paris, 1892; — Hipp. Parigol, Le théâtre d'hier. Paris, 1893 ; — Maurice Spronck, Emile Augier, dans la Revue des Deux Mondes. 15 novembre 1895.

On consultera de plus, pour Augier, comme pour les nuleura dramatiques de cette période, en général, les Teuilletons de Théophile Gautier dans la collection du Moniteur; — Jules Janin dans le Journal des Débats; — et Francisque Sarcey dans le Temps.

Ceux de M. Jules Lemuitre ont été réunis en volume sous le titre d'Impressions de théâtre.

2» L'AuTEUB DBAMATIQUE. — Ses déhuts. — Le 0 lieutenant s de François Ponsard et i l'École du Bon sens a. — Que s'il a plu a l'auteur de /a Ciguë, 1844, de l'Aventurière, 1848, et de Gabrietle. 1849, de se réconcilier sur ses vieux jours avec le romantisme, — toutes ces premières pièces n'en ont pas moins été dirigées contre les romantiques; — cl Diane en particulier n'est que Marioit Delorme refaite par un « homme de bon sens ■ ; — de même que

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ce qu'il y a de poésie dans la science ? Aussi l'a-t-il hardiment déclaré : « Pour atteindre à la connaissaDce des causes permanentes et génératrices, l'homme a deux voies : la première, qui est la acience, par laquelle dégageant ces causes et ces lois fondamentales il les exprime en formules exactes et en termes abstraits; la seconde, qui est Vart, par laquelle il manifeste ces causes d'une façon sensible, en s'adressant non seulement ii la raison, mais au cœur et aux sens de l'homme le plus ordinaire a [Cf. Philosophie de CArt, t. I, 53]. Il se pourrait, après cela, que ces rapprochements fussent plus spécieux que solides, et n'y en eAt-îl qu'un à produire, on voudrait un exemple au moins de ces w anticipations » de l'art sur la science.

Gabrielle n'eat qu'une dériBÎoii bourgeoise des héroïnes de George Saod. — C'est comme adversaire du romaotisme que les admirateurs d'Augier l'ont accueilli d'abord ; — et s'il a d'ailleurs paru un momeat se réconcilier avec les romantiques, — en collaborant avec Jules Sandeau, — dans la Chasse au Boman, 1851, la Pierre de louche, 185i, et le Gendre de M. Poirier. 1854, — il n'a pas tardé a se trouver dépaysé dans ce genre de la comédie sentimentale et moyenne. — Et c'est finalement, en prenant position et parti contre le romantisme, — dans le Mariage d'Olympe, 1855, les Lionnes pauvres, 1858, et la Jeunesse, 1858; — qu'il a conquis son originalité.

Elle consiste essentiellement dans la Terve un peu brutale qu'il a mise au service de certaines idées; — qu'on ne défend d'ordinaire qu'avec un peu d'hésitstioa ou de timidité; — parce qu'elles sont effectivement aussi banales que justea. — Il a par exemple Botidement établi que o bonne renommée Taut mieui que ceinture dorée s, — et que l'amour ne refait point la virginité des courtisanes. — 11 a également démontré que les gens dits d'aiTaîres manquaient assez souvent de scrupules [Cf. les Effrontés] ; — et que les intrigants finissent quelquefois mal [Cf. la Coiitagion\\ — et tout cela, si ce n'élait pas du contre-romantisme, — c'était cependant autre chose qne le romantisme. — En second lieu, pour en faire du réalisme, — Il a imaginé des intrigues g actuelles • ou contemporaines; — dont les personnages étaient imités de ceux de Balzac [Cf. Us Effrontés, le Fils de Gihojer, Maître Guirin\, — oa

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Mais il faut avouer que nos classiques ne s'étaient pas avisés d'unir, de solidariser, ou de confondre ainsi la science et l'art, si même on ne doit dire qu'il les avait constamment opposés l'un à l'autre; et la remarque a son intérêt, en soi, et puis comme nous mettant sur la voie d'une autre différence, plus profonde, — et non moins caractéristique du « naturalisme ».

C'est en effet un troisième caractère du naturalisme contemporain que celui qu'il a lui-même nommé du nom d' II impassibilité n, et qu'il faut définir, non pas du tout par le manque de sensibilité, mais par le désintéressement le plus complet de tout ce qui n'est pas l'art ou la science. Le savant, dans son laboratoire, s'indigne-t-il

de cenx d'Eugène Sue [Cf. Liona et Renards\; — et parmi lesquels U y en a deux ou trois d'assez énergique ment caractérisés. — Il a donné, comme Balzac encore et snr ses traces, — nne importance nouielle à la question d'argent, — en en faisant le fond de la pièce, — au lieu d'ua simple moyen de théâtre, qu'elle était dans le théâtre de Scribe. — Pour achever la ressemblance, il a généralement emprunté son décor à la vie ambiante; — affaire! industrielles [Cf. les Effrontés], découvertes ou inventions scienli- Gques [Cf. Un beau mariage. Maître GuéFin\, événements politiques [Cl. le Fils de Giboyer], — Enfin, et en troisième lieu, ce qui n'est plus du Balzac, — mais ce qui n'a pas été le moindre élément de son soccèa, — il s'est posé en « bourgeois de 1789 s; — ennemi des vaines distinctions; — ne respectant en tout que ï le mérite personnel n ; — et anticlérical à la manière de Béranger [Cf. le Fils de Giboyer, Lions et Jtenards]. — Et, sans doute, c'est ce que l'on prétend louer en lui quand on le met a de la famille de Molière o.

Mais son mérite proprement dramatique n'est pas beaucoup audessus de celui d'Eugène Scribe; — et on a trop vanté son mérite d'écrivain; — sa a robuste franchise i et sa • m&le correction u. — Sou vers est étrangement prosaïque, excepté peut-être en quelques endroits de Philiberte ou de l'Aventurière ; — et sa prose manque en général d'accent ; — si d'ailleurs elle est assez naturelle. — Ses moyens sont souvent très artificiels; — et ses intrigues bien romanesques [Cf. le Gendre de M. Poirier, le Mariage d'Olympe,

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contre les poisons qu'il manipule; et que lui importe ta valeur économique ou morale des animaux qu'il dissèque? Uo fait n'est à ses yeux qu'un fait : il le constate et n'en juge point. Pareillement l'artiste. C'est pourquoi, si Dumas fils, en qui revit et se continue quelque chose de son romantique de père, a une opinion sur Suzanne d'Ange [Cf. le Demi-Monde], Flaubert n'en a pas sur son Emma Bovary, ni sur Salammbô, ni sur son Frédéric Moreau [Cf. FÉducation sentimentale], n'en veut pas avoir, et se iache quand on lui en demande une. a Quant à laisser voir mon opinion sur les gens que je mets en scène, écrivait-il à George Sand, non, non, mille fois non! Je ne m'en reconnais pas le droit. Si le lecteur ne

Un beau mariage. Maître Guirin, les Fourekambault]. — On ne voit pas nOD plus qu'il ait soupçonna l'eiistcuce des grandes questions ; — et la pensée fuit défaut dans son œuvre. — Elle c'en demeure pas moins celle d'un fort honnête homme ; — qui a bien aimé son métier d'auteur dramatique; — dont les ambitions littéraires n'ont pas dépassé la capacité; — et qu'on ne saurait enfin mieux caractériser qu'en le comparant, — pour ses défauts comme pour ses qualités, — à l'auteur de Turcaret et de Gil Blas.

3° Les Œuvres. — En dehors de son Théâtre, les (Buvrea d'Emile Augier se réduisent à deux recueils de Poésies -. Poésies complètes d'Emile Âugier, Paria, 1852, Lévy; — et les Pariétaires, Paris, 1855, Lévy; — et a quelques brochures de peu d'intérêt.

Son Théâtre se compose en tout de 29 pièces, dont, on ne sait pourquoi, il en a éliminé deux de l'édition de son Théâtre complet : la Chasse au roman, 1851 ; — et les Méprises de l'amour, 1852. Pour plusieurs autres de ses pièces il a eu des collaborateurs : Musset pour l'Habit vert, 1849; — Jules Sandeau pour la Pierre de touche, 1853, et pour le Gendre de M. Poirier, 1854; — Edouard Poussier pour Ceinture dorée, 1855, et pour les Lionnes pauvres, 1858; — enfin Eugène Labiche pour le Prix Martin, 1876.

Celles qui lui upparlicnnenl en propre sont donc : en vers, la Ciguë, 1844; Un homme de bien, 1845; V Aventurière, 1848; Gahrielle, 1849; le Joueur de flûte, 1850; Sapho [opéra, musique de Gounod, 1851J; Diane, 1852, Philiberte, 1853; la Jeunesse,

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tire pas d'un livre la moralité qui doit s'y trouver, c'est que le lecteur est un imbécile, ou que le livre est faux au poÏDt de vue de l'exactitude jj [Cf. Correspondance, t. III]. C'est ce que pensait aussi l'auteur des Poèmes Antiques. « Le poète, à son avis, devait voir les choses humaines comme on verrait uo Dieu du haut de son Olympe, les réfléchir sans intérêt dans ses vagues prunelles, et leur donner, avec un délachemenl parfait, la vie supérieure de la forme » [Cf. Th. Gautier, Rapport, etc.]. Et, de savoir si Leconte de Lisle y a toujours pleinement réussi, ce serait une autre question; mais il y a tendu; et le développement de cette tendance n'est autre chose que la doctrine de « l'art pour l'art ».

1858; et Paul Forestier, 1868;et eu prose : le Mariage d'Olympe, 1855; Un beau, mariage, 1859; les Effrontés, 1861; le Fils de Giboyer, 1862; Maître Guérin, 186'i; la Contagion, 1866; le Post- Scriptum, 1869; Lions et Renards, 1869; Jean de Thommeray [d'après uoe nouvelle de Jules Sandeau], 1873; Madame Caverlet, 1876; et les Fourchambauli. 1878.

La dernière édition de son Théâtre complet [revue et corrigée, selon l'antique usage] est celle de 1889, eu sept volumes, Paris, Calmaun Lévy.

IV. — Octave FooiUet [Saint-L6, 1821 ; + 1890, P^ri»]. 1" Les Sources. — M"* Octave Feuillel, Quelques année* de ma vie, 1874. Paris, et Souvenirs et Correspondances, 1896, Paris ;

— Ém. Montégut, Revue des Deux Mondes, décembre 1858, novembre 1862. janvier 1868; — Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, t. V, 1863; — Jules Lemaltre, les Contemporains, Z' série, 1887, Paria; — Ch. Le Goriic, les Romanciers d' aujourd'hui, V iris. 1890;

— F. Brunetière, Essais sur la littérature contemporaine, Paris, 1891; — René Doumic, Portraits d'écrivains. Paris, 1892.

2o Lb RoMisciEB. — Ses débuis romantiques; — au théâtre;

— et sa collaboration avec Bocage. — Un bourgeois de Rome. 1845, et la Vieillesse de Richelieu, 1848. — Son premier roman. Bellah, 1850 ; — et sa ressemblance avec les Chouans de Balzac d'une part; — et, d'autre part, avec les romans de Jules Sandeau. — Les Scènes et Proverbes, 1851 ; — Scènes et Comédies, 1855; — et

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ÏOS MANUEL DE L HISTOIRE DE LA LITTBnATUnB FRANÇAISE

L'honneur de l'artiste est de se rendre supérieur, comme artiste, aux agitations ou aux occupations des autres hommes. Et s'il faut bien qu'il vive, en tant qu'homme, de la vie des autres hommes, il n'est artiste et naturaliste que dans la mesure oii il s'en excepte.

Ce qui D*a pas contribué médiocrement au succès et à la fortune de ces idées, c'est que, par une conséquence dont on voit sans doute l'étroit rapport avec elles, elles ont ramené l'écrivain au sentiment des difficultés de l'art d'écrire; au respect de la langue; et à cette religion de la forme sans lesquels personne en français n'a rien laissé de durable. «L'esprit français, écrivait un bon juge, recouvre avec les écrivains actuels, 1858, des qualités

qn'on n'eu a pas mal caractérisé l'auteur en l'appelant « le Musset des familles u. — Ses hésitations entre le naturalisme naissant [Cr. le Village, 1852], — et le romantisme expiraut [C(. Rédemption, 1849, et Dalila, 1853]; — et comment il essaie de les concilier tous les deux parle moyen du romanesque [Cf. la Petite Comtesse, 1856, Gt le Roman d'un jeune homme pauvre, 1358].

Les grands romans. — Histoire de Sibylle, 1862, — et réponse de George Sand dans Mademoiselle de la Quintinie ; — M. de Camors, 1867; —Julia de Trécocur, 1S72 ; ~ le Journal d'une femme, iSyS;

— la Morte. 1886; — Honneur d'artiste, 1890.— Si les romans de Feuillet sont des romans a romanesques a F — et que, si ce nom de romanesque est synonyme de singularité des éïénemcuts ; — d'arbi' traire des combinaisons;— d'idéalis.iliOD systématique des caractères ; — et d'excès de sentimentailsme ; — les romans de Feuillet ne le méritent point. — Mais ce sont des romans < arislocrnliques u ou i mondains s ; — parce que l'auteur était « du monde p ;

— et que, dans les milieux mondains, les réalités mesquines de la vie ne contrarient pas le développement de la passion. — Oo n'y est point empêché d'aller à un rendez-vous par U nécessité du travail quotidien; — ni soumis aux exigences de la vie matérielle [Cr, a cet égard les princes et princesses de la tragédie classique].

— Ce aont en second lieu des romans idéalistes; — par la suppression des détails de la vie commune; — par ce fait que le dramatique y procède généralement du conflit de la ■ passion t et de * l'honneur » [Cf. Alfred de Vigny, Grandeur et Servitude mili-

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qu'il semblait avoir perdues. La simplicité se substitue à un jargon confus et prétentieux, la netteté a l'empbase. Chacun sait maintenant ce qu'il veut dire, on ne se paye plus de tirades; on ne déclame plus; on n'ouvre plus la bouche comme si chaque parole qu'on prononce allait ébranler le ciel et la terre » [Cf. J.-J. Weiss, le Tkédlre et les mœurs : M. Alexandre Dumas fila].

Nous pouvons préciser encore davantage, et même il le faut aujourd'hui. C'est donc ainsi qu'une platitude héritée des idéologues ou des encyclopédistes, et qui s'étale ingénument, sans horreur ni conscience d'ellemême, dans la prose d'un Yillemain, par exemple, et souvent même d'un Guizot; une liberté qu'un Musset, un

laines t; — et que l'honiieur ou la passion vaincus n'y trouvent d'aBtle que dans la mort [Cf. les dénouements habituels de la tragédie classique]. — Et ce sont eofin des romans à Ihèse, — où l'nutcur a montré uae constante préoccupation des s droits » ou de la condition de la femme; — de la dignité de l'amour et du mariage; — et du principe de la morale sociale. — Comparaison i cet égard des romans de Feuillet avec ceux de George Sand; — et qu'à vrai dire, sous les apparences d'une certaine analogie, — ils s'opposent plus qu'ils ne se ressemblent,

3° Les Œuvres. — Elles se composent de son Théâtre complet, dans les cinq volumes duquel, publiés chez Calmann Lévy, 1892, 1893, on a fait entrer toutes celles de ses pièces qui ont été jouées, y compris quelques-unes de celles qui faisaient partie des deui volumes : Scènes et Proverbes, et Scènes et Comédies ;

Et 2° ses romans, qui sont ; Betlah, 1850; — /.a Pelile Comtesse, 1856; — le Bornait d'an Jeune homme pauvre, 1858; — Histoire de Sihylle.iBS'l-. — M.de Camors, 1867; — 7uiia de Z>ecœur.l872; — Un Mariage dans le monde, 1875; — les Amours de Philippe, 1877; — le Journal d'une femme, 1878; — VHistoire d'une Parisienne. 1881; — la Veuve. 1883;— /o Jlforfe, 188$; — et Honneur d'artiste, 1890.

V. — Charles- Uarie- René Leoonte de Llsle [Saint-Paul, Ile de la Réuniou, 1818; f 1894, Paris].

1» Les Soubces. — Charles Baudelaire, Notice, dans le Seeueil

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Lamartine, et en s'en vantant, ont poussée plus d'une fois jusqu'à l'incorrection; une incohérence de métaphores, qui nous gène presque dans quelques-uns des chefsd'œuvre d'Hugo :

Quand notre âme eu rêvant descend dans no$ entrailles, Comptant dans notre cœur qu'enCo la glace atteint; Comme on compte les morts sur un champ de batailles. Chaque douleur tombée et chaque songe éteint;

des enchevêtrements de tours et de phrases qui font souvent de la prose de Sainte-Beuve, et notamment dans son Port-Royal, un modèle de préciosité; une lourdeur puissante, mais aussi une vulgarité de manières, si l'on peut ainsi dire, une familiarité de mauvais ton qui ren-

des Poète) français de Crépet, t. IV, Paris, 1865; — Th. Gautier, Rapport sur les progrès de la poésie, 1867; — Paul Bourget, Essais de psychologie contemporaine, Paris, 1886; — Maurice SprODck. les Artistes littéraires, Paris, 1889 ; — Jules Lemaitrc, les Contemporains, t. Il, 1893; — F. Bruoettère, l'Évolution de la Poésie lyrique, t. II, 1893, et Nouveaux Essais de littérature contemporaine, 1895; — Jean Dorois, Leconte de Liste, Paris, 1895; — Henry Houssayc, Discours de réception, 1895.

2° Le PoàTE. — Ses débuis romati tiques. — Le séjour de Rennes, et la Variété, Revue littéraire, 1340-1341. — L'arrivée à Paris et la coUaboratiouaui journaux phalaustériens, 1845-1849; — ses premiers poèmes ; Bylas, Niobé, Sypalie; — et bod intervention daos la cause de l'abolilion de l'esclavage — Il traduit Vlliade. — Publication des Poèmes Antiques, 1852; — des Poèmes et Poésies, 1853; — et des Poèmes Barbares, 1862. — ESH que ces poèmes produisent sur G. Flaubert [CF. sa Correspondance, notamment sous la date de 1852-1853]. — La Préface des Poèmes Antiques [supprimée dans les éditions ultérieures]; — et ses déclarations franchement anti-romantiques.

L'inspiration antique dans la poésie de Leconte de Lisle ; — et comment elle s'y combine avec l'inspiration anti-religieuse [Cf. Hypatié]; — et l'amcur païen delà beanté pure [Cf. la Vénus de Milo']. — Couséquences qui en résultent: lathéorie de l'impcraonnalité du poète; — la religion de la forme; — et la doctrine de l'art pour l'art. — L'antiquité indoue dans les poèmes de Leconte

dent pour quelques délicats, la Cousine Bette ou le Lys dans la Vallée, si diHiciles à lire, — rieu de tout cela ne se retrouve ni dans les Poèmes barbares, ni dans VHistoire de la Littérature anglaise, nï dans Madame Bovary, nï dans la Vie de Jésus. Augier seul et Dunnas dans leurs drames en ont gardé la tradition.

Faisons un pas de plus, et ne laissons pas croire que les naturalistes, dans leurs écrits, se soient bornés à éviter les défauts des romantiques. Ed rapprochant l'art de l'imitation de la nature, les Flaubert et les Taiae, les Lcconte de Lisle et les Renan ont donc donné au style un degré de précision, de plénitude et de solidité, de « densité », disait Flaubert, dont on s'était depuis long-

de Lisle [Cf. Surja, Bhagavaf]; — et qu'il y Taut rapparier les origiues do pessimiame du poète; — son goût pour l'ciolisme, — et sa cODCfption d'une poésie a naturaliste et scientiflquc s.

L'inspiration exotique dans la poésie de Lecontc de Lisle ; — et à ce propos de l'influence de l'auteur à' Émaux et Camées; — el de celui des Orientales; — sur l'auteur des Poèmes Barbares. — Mais l'influence des indianistes semble avoir été plus grande encore. — notamment celle d'Eugène Burnouf [Cf. égalemeut dans la Notice de Baudelaire, citée plus haut, une très heureuse comparaison de Le conte de Lisle arec Ernest Renan], — Largeur et beauté de la description dans les vers de Leconle de Lisle ; — ecs animaux [Cf. le Sommeil du condor, le Béve du jaguar, les Éléphants]; — ses paysages [Cf. le Sernica, la Fontaine aux lianes]; — son sens de la diversité des races [Cf. le Coeur d'IIialmar, la Vérandah, la Tête du comte]. — En quoi ces descriptions diffèrent profondément de celles du romantisme; — par le souci de l'exactitude;

— par l'attention qu'y met le poète i ne rien mSler de luj-mfme;

— par rinlensité du courant de vie profonde qu'il y fait circuler (Cf. la Panthère noire, les Hurleurs]. — S'il est vrai cependant que, par l'intermédiaire de ces caractères, cette poésie rejoigne la science ; — et dans quelle mesure il est permis de l'appeler ■EtenliGque ?

L'inspiration pessimiste dans la poésie de Leconte de Lisle, — et qu'elle en fait encore l'originalité. — Si Vigny a exercé quelque influence sur Leconte de Lisle?— ou s'ils ont tous deux puisé leur

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temps désaccoutumé. Quelques grands vers de Leconte de Lisle :

Le Teot respectueux, parmi learB tresses sombres. Sur leur uuque de marbre errail eo frémissant, Tandis que le a paroia des rocs couleur de sang, Comme de grands miroirs suspendus dans les ombres, De la pourpre du soir baignaient leur dos puissant,....

quelques pages de Flaubert, — le Comice agricole d'Yonvi lie -l'Abbaye, dans Madame Bovary, la description de la forêt de Fontainebleau dans V Éducation sentimentale \ — > quelques pages de Taine ou de Renan, entre lesquelles on n'aurait que l'embarras du choix, nous ont rendu la sensation du « définitif» et de 1' h acbevé ». Même n'ont-

pessimisme à la même source? — Qu'il y a plus de Doblesse dans le pessimisme d'Alfred de Vigny; — et non pas plus de sincérité,

— mais une convictioa plus cominunicative dans celui de Leconte de Liale. — Il lui manque aussi de s'être dégagé plus librement de l'auti-christianiBme; — et de s'être changé plus souvent en pitié des 0 souITrnnces humaines i, — Qu'il faut d'ailleurs imputer cetle dureté de Leconle de Lisle, — non point du tout à son insensibilité personnelle [Cf. le Manehy, Qaïn, l'Iilusion suprême]; — mais à son parti pris de ne pràter son vers qu'à l'expression des misères de l'humanité; -^ non des misères de rindiridu; — et aussi peut-être à sa conception du style.

Des qualités de style de Leconte de Lisle, — et (ju'il n'y a pas de plus 0 grands vers o que les siens, — ni de plus plastiques, — ni de plus harmonieuT. — Il y manque seulement un peu d'aisance, ou d'air, pour ainsi parler; — et un peu de variété. — De quelques affectations de couleur locale dont il aurait aussi pu se mieux défendre ; — comme n'ajoutant rien i la vérité de ses descriptions ;

— et comme tendant à donner dn vrai ■ naturalisme s une idée quelque peu pédantesque. — Il n'y a rien de plus a naturel * en français à dire Pkoibos que Phabua ; — et ni le sentiment de l'antiquité; — ni la justesse de la représentation; — ni la durée de l'œuvre d'art ne dépendent de ces minuties.

3° Les Œuvres. — Les oeuvres de Leconte de Lisle comprennent ; 1' ses Poésies, ainsi réparties dans l'édilioii définitive qu'il en a donnée lui-même : Poèmes Antique»; Poème* Barbares; Poèmea

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ils pas exagéré dans ce sens? et, quand ils en sont arrivés à penser, et très sérieusement, comme Flaubert, qu'un « assembliige de mots, indépendamment de ce qu'il exprime », avait en soi sa beauté, n'ont-ils pas été dupes d'une véritable hallucination d'art? J'inclinerais, pour ma part, k le croire. Mais, en attendant, c'est de quoi les contemporains leur ont d'abord été reconnaissants ; et le talent d'écrire qu'on admirait en eux a fait la fortune de leurs doctrines esthétiques.

Car la critique, une certaine critique, académique et universittiire, — Sainte-Beuve en tête, et derrière lui J.-J. Weiss, Cuvillier-Fleury, Prévost-Paradol, — a bien fait mine de résister, mais on ne l'a point écoutée et

Tragiques. — Il y faut ajouter un volume d'œuTres posthumes, Derniers Poème», publié en 1895;

2' Ses traductions de Vltiade. de I0dx*sée, d'ffésîode, d'Eschyle. d'Horace, qui semblent avoir été o faites pour le libraire u, et que gâte d'ailleurs un excès de n litli^ralité i.

3" Ses Erinnyes, qui ae sont qu'uue adaptation d'Eschyle, plus eschyliennes que l'original, et qui font d'ailleurs partie du recueil de ses Poèmes Tragiques, mais qu'il faut pourtant classer à part, comme ayant subi l'épreuve de la scène.

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