‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 69 sur 74 · IX. — Ernest Renan [Tréguier. 1823; f 1892, ParisJ · texte numérisé non relu

IX. — Ernest Renan [Tréguier. 1823; f 1892, ParisJ

i' Les Sources. — Sa Correspondance , dont il n'a paru eocore r Henriette, 1896, Paris; et — Ernest Renan, Souvenirs

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personne de vivant. Il n'y a pas d'histoire des choses contemporaines; les mots eux-mêmes sont contradictoires ; et pour juger les Hommes ou les œuvres de notre temps, nous manquons à la fois de la liberté, du recul, et des documens nécessaires. Mais ce que je puis faire observer, en termes généraux, c'est combien l'influence des idées de Dumas a été considérable ; et qui voudra s'en rendre compte n'a qu'à se rappeler de combien d'autres influences, au moment où j'écris, il semble qu'elle ait triomphé.

Elle a triomphé de ce dilettantisme qu'au lendemain des événements de 1870-1871, — et comme si ces évé-

d'enfance et de jeunesse, Paris, 1876-1882; — ahbé Cognât, M. Renan hier et aujourd'hui, 1883, Paris.

Sainle-Benve, Nouveaux tandis, t. II, 1862, et t. IV, 1863. — EdmoDd Schcrcr, abbi: Guthlio, Caro, Janel. Ravaisson, ouvrages cilcs dans J' article Taibe [Cf. ci-dessus]; — Paul Bourget, Essais de psychologie contemporaine, Paria, 1883; — Jules Lemallre, les Contemporains, t. I, 1884.

A. Ledrain, Renan, sa vie etses teuvres, Paris, 1892; — James Darmesteter, Notice sur la vie et l'œuvre de M. Renan, Paria, 1893; — G. Séailles, Renan, Paris, 1895; — R. Allier, la Philosophie d'Ernest Renan, Paris, 1895; — Ch. 'Reaouvier, Philosophie analytique de l'histoire, t. II, 1896, et t. IV, 1897.

2" L'HoHHE ET l'Écriïaih. — Ses origines; — son enfance; — et que, s'il y aïail peul-êlre en lui du « Gascon »et du n Breton a. — cependant son caractère, sa nature d'esprit, et même son talent ont surtont été l'œuvre de sa sœur Henriette. — Ses premières études; — le grand séminaire; — et si ce sont des raisons a philologiques s qui ont écarté Renan de l'autel? — Mais qu'il semble bien plut&l que ce soient des raisons de l'ordre t philosophique » ;

— dont il n'a cherché que plus tard la justification dans l'exégèse;

— et bien plus tard encore dans l'histoire naturelle. — h'Âvenir de la science, lSi9; — et que Renan serait tout entier dans ce livre, — si la popularité n'avait plus tard dégagé de lui, — le dilettante et le a baladin u, — que personne pendant lon^emps n'y a pu soupçonner.

Les premiers travaux de Renan ; — Averroè» et l'Averroïsme,

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nemeots n'eussent eu d'autre effet en littérature que de rendre la séparation de l'art et de la vie plus profonde, — quelques disciples attardés de Stendhal et de Baudelaire, adoratenra impénitents d'eux-mêmes, et romantiques sans le savoir, ont essayé de remettre en honneur.

HoDte à qui peut chanter pendant que Rome brûle, S'il n'a l'âme, et le cœur, et la voix de Néron.

Je ne parle pas ici des imitateurs maladroits de Renan, le Renan de l'Antéchrist, 1874, ou de tAbbesae de Jouarre, 1886 : ceux-ci n'ont pas compris ce qu'il y avait de dogma-

1852;— Histoire ginéraU des langues sémitiques, i857 ; — Éludes d'histoire religieuse, 1848-1857; — Essai sur l'origine du langage, 1858 ; — et que ces travaux ne iont pas les moins remarquables qui nous restent de lui. — Le caractère commun en est d'avoir voulu sauver de la v religion n toal ce qn'on en peut sauver sans croire à cette religion même; — ce qui serait tout simpliMiient du Voltaire; — si ce n'était plutôt encore du Chateaubriand; — à cause de la sinci^rittï sentimentale dont Renan a fait preuve dans cette partie de son œuvre; — et du charme ioflni de style dont il a enveloppé ce que son entreprise avait de contradictoire. — Un autre caractère de ces premiers travani en est la solidité Bcientirique [Cf. le Livre de Job, 1858; le Cantique des cantiques, 1860; et surtout le Discours sur l'état des heaux-arts au XIV* siècle], — Collaboration de Renan à \' Histoire littéraire de la France. — Comment tous ces travaux ont contribué k étendre sensiblement le domaine de la littérature, — en y faisant entrer, par l'intermédiaire du style, — les résultats de l'érudition, de la philosophie, et de l'exégèse.

Publication de la Vie de Jésus ; — émotion soulevée par ce livre ; — et raisons de celte émotion, 1863. — Les résultats de la critique biblique y apparaissaient pour In première fois dégagés de tout le pédontisme dont on les enveloppait en Allemagne; — l'histoire n sainte u s'y trouvait ramonée an caractère purement humain de toutes les histoires; ^ et à la personne du Dieu des évangiles une nuire personne était substituée; — rdelle, et non plus symbolique, ou « mythique » comme le Jésus de Strauss et des théologiens

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lisme irréductible et intransigeant sous le baladinage du maitre. Sallavil et plaçait : il a dansé, et il a fait rire! mais il y a deux ou trois points qu'il n'a jamais abandonnés, et ces deux ou trois points sont tout le positivisme. Je ne parle que de ceux qui, nourris dans la lecture des Fleurs du mal, et dans l'admiration du portrait que Stendhal u tracé de lui-même sous le nom de Julien Sorel, n'ont demandé h l'art que de leur être un instrumentde volupté solitaire, et l'ont ainsi confondu, non seulement avec sa perversion — optinti corruptio peaaima, — mais avec le dévergondage ou de la débauche de l'esprit. Nul n'a protesté plus éncrgiquement que Dumas contre

uUeiniiiids. — Que ces c a raclure s se reirouïent dans la suite entière des Origines du christianisme, 1863-1881; — mnis qu'à mesure que l'ouvrage avance vers son terme, — la critique de Itenan y ressemble davantage à celle de Voltaire ; — par une certaine dcloyaulé qui s'y mêle à l'interprétation des faits; — un réel mépris d'une humanité qu'on ne conduirait même à son bien qu'en la trompant ; — et une affectation de légèreté tout à fait discordande à la gravité du sujet. — Quelques-unes des qualités de l'auteur des Études d'histoire religieuse y persistent; — son art d'éveiller d'un mot tout ua monde d'idées ; — la clarté de son style; — et une aisance qu'il ne faut pour en sentir tout le prix, que comparer au dur éclat de la prose de Taine. — Mais déjà, dans les derniers volumes, le dilettantisme commeace d'apparaitre; — c'est-à-dire la disposition d'esprit la plus ficheuse qui soit pour un historien; — en tant qu'elle consiste à ne voir dans son sujet qu'une occasion d'en jouir soi-même; — et d'y faire briller les grâces de son esprit.

Les dernières œuvres : Caliban. 1878; — l'Eau de Jouvence, 1880; — la Préface pour la traduction de VEcctésiasle, 1881 ; — le Prêtre de Némi,\i%h;— l'Ahbesse de Jouarre, ÎS86; — lIJisloire d'Israël. 18S;-1893. — Exagération des défauts de Itenan dans ces derniers écrits; — et s'ils ne proviennent p^is surtout du désir de se montrer digne d'une popularité; — qu'au temps de sa laborieuse jeunesse il avait profondément méprisée? — On y retrouve du moins celte curiosité d'esprit qu'il a gardée jusqu'à son dernier jour; — cette préoccupation de comprendre son temps; — et cette « religion de la science, a qui est la seule qui lui soit demeuré».

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It4 MANUEL DE L HISTOIRb DE LA LIHéRATOUB FRANÇAISE

cette confusion, l'une des plus fâcheuses qu'il y ait au monde, puisqu'elle fnit servir te nom de l'art ii couvrir, de tous les commerces, le plus égoïste; et nul, plus éloquemmeot que lui, n'a dénoncé ce qu'il y avait dans le dilettantisme de dangereux et d'anti-social.

Il n'a pas moins énergtquement protesté contre le naturalisme, et surtout quand ce naturalisme, étrangement dégénéré de l'idée que s'en étaient formée les Taine uu les Flaubert, est devenu tout le contraire de ce qu'il avait promis d'être (Cf. F, Brunetière, te Roman naturaliste). Et il est vrai qu'ici d'autres influences, dont l'action dure encore, ont singulièrement aidé ou ampliBé celle de

— C'a été aussi celle de Taine; — mais par noe contradiction qui achève de les caractériser tous les deux, — taDdis que Taine, après être parti du pur < naturalisme i, a presque cODslammcnt tendu à la reconstitution des principes de la vie morale; — Renan, qui était parti d'une morale très haute, et très étroite, — a fini, Ji force de vouloir l'élargir, — par n'en plus tenir aucun compte, — et à faire du dilettantisme sa règle de vie.

Son influence a été considérable ; — aussi considérahle que celle de personne en son temps ; — et surtout dans ses dernières années, — comme étant d'no caractère plus général, — et touchant à des questions plus universelles; — ou dont l'intérêt est plus universellemenl senti, — que celui des problèmes d'esthétique ou d'art purs.

— Il a aussi davaDlage amusé ses contemporains. — EnGa il a été prodigue de <t confessiona d ; — dans le temps même qu'autour de lui personne ne faisait plus de o littérature personnelle ■ ; — et il a persuadé, selon, sa propre expression [Cf. l' Ecclisiaste]. toute une jeunesse, . — que l'effort de quarante ans de laheur et de méditation

— n'aboutissait qu'aui conclusions où a Gavroche arrive du pre-

3* Lfs Œuvres. — On peut diviser les Œuvres de Renan en trois principaux groupes, selon qu'elles se rapportent k l'érudition pure, jk l'histoire générale des religions ou du christianisme en particulier, on à ce qu'où appellerait la philosophie, s'il neconvenait, dans ce dernier groupe, de distinguer les Œuvre» vraiment sérieases, et celles qui ne relèvent que delà fantaisie.

1° OBavre» d'érudition pure; ce sont ; Averroèa et l'A-errcUme

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Dumas. Telle est en premier lieu l'influence de ce Schopcnhauer, dont le pessimisme idéaliste a différé si profondément,— et si heureusement, — de ce pessimisme vulgaire qui n'est que le déguisement de l'orgueil de vivre et de l'avidité de jouir insatisfaits. Telle est l'influence de l'auteur A'Adam Bede et de Silas Marner, George Eliot, dont on pourrait dire que le naturalisme a été une « morale », ou si l'on veut, une « sociologie », bien plus encore qu'une « esthétique » ; et c'est ce qui le distingue du naturalisme uniquement a artiste » et « impassible » de l'auteur de CÉducation sentimentale et de Madame Bovary. Telle est encore l'influence de Tolstoï ou

[Thèse de doctoral], 1S52 ; — Histoire générale et comparée des langues sémiliquet.M^l ; — Essai sur l'origine du langage, \^5fi; — ses Mémoirex daoti le Journal asiatique ou dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions [sur Sanchonialhon, sur l'Agriculture nabaiienne, sur les Lysanias d'AbyUne, etc.]; — et ses articles dans l'Histoire littéraire de la France, t. XXIV k XXX.

II y Taut ajouter le grand ouvrage intitulé Mission de Phémcie, 1865 ; — et sa part de collaboration au Corpus inseriptionun semi-

2° Histoire religieuse. — Études d'histoire religieuse, 1857 ; — et Nouvelles éludes d'histoire religieuse. 1884; deui volumes, dont le Bt'cond contient quelques-uns des premiers traraui de Renan, sur le Bouddhisme et sur Saint ^ançois d'Assise. — De la part de* peuples sémitiques dans l'histoire de la civilisation, brochure, 1861 ; — Vie de Jésus, 1863; les Apôtres, 1866 ; Saint Paul, 1869; l'Anteehrist, 1873; les Évangiles. 1877; l'Église ehétienne, 1879; MarC'Aurèle, 1881, sept volume», que complète un indei; — Histoire du peuple d'Israël, 1887-1893.

Il y faut ajouter Ie« traductions suivantes : le Livre de Job, 1858; le Cantique des Cantiques, 1860; l'Eceléaiaste, 1881; et le volume intitulé Conférences d'Angleterre. 1881.

3° (Euvres philosophiques. — Essais de morale et de critique. 1860; — Questions contemporaines, 18G8; — la Réforme intellectuelle et morale, 1871; — Dialogues et fragments philosophiques, 1876; —Mélanges d'histoire et de voyages, 1878; — Discours et conférences, 1887; — l'Avenir de la scie->re. 1890 [écrit en 1818].

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d'Ibseo, du romnn russe et du drame uorvégien, dont on ne saurait exactement démêler l:i nature, parce qu'Us sont trop voisins de nous, mais dont on voit assez clairement que la grande inspiratrice est la « pitié sociale ». Mais, sous l'action et dans le conflit apparent de tant d'influences du dehors, ceux qui ont craint que le génie français n'y perdît quelques-unes de ses qualités et la conscience même de son pouvoir, comment les ont-ils combattues? Tout simplement en faisant observer que ce que l'on croyait voir de plus russe dans Tolstoï, ou dans George Eliot de plus « anglo-saxon », des Français l'avaient dit

Mettons enùa à pari: Caliban, 1878; —l'Eau de Joiirence. 1880;

— le Prêtre de Némi, 1885; — J802, dialogue des morts, 1886; — et l'Abbesse de Jouarre. 1886.

Les Souvenirs d'enfance et de jeunesse. 1876.188-2, avec les pnrlies parues de la Correspondance, forment une dernière catégorie.

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