VII. — François ViUon {Paris
io Lis Sources. — Théophile Gautier, Les Grotetques, Paris, 1844; — A. Campaux, François Villon, m vie et ses auvres, Paris, 1859; -^ A. Loognoo, Étude biographique sur François Villon. Paris, 1877; — A. Bijvanck, Essai critique sur tes ceuvrea de François Villon, première partie. Le Petit Testament, Leyde, 1863; — Œuvres complètes de François Villon, publiées par M. Aug. Lougnon, Paris, 1892.
2" Le Poète ; — et qu'en saluant en lui le seul ou le n premier » de 30B « Tienz romanciers a, Boileau ne s'est pas Irompé. —
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de la France, et on n'a pas le cœur à « gaber » parmi le tumulte des armes. Ajoutez la «peste noire », la « jacquerie », la folie du roi Charles VI, les sanglantes querelles des Armagnacs et des Bourguignons. Parmi toutes ces horreurs et dans l'universelle détresse, pour chanter « les dames » ou le retour du printemps :
L'année a quitté s
De Tent, de froidure et de pluie,
il y feut toute l'insouciance ou toute la légèreté de Charles d'Orléans. Et quand enfin, dans les dernières années du règne de Charles YII, ou sousLonisXI, la paix et la tranquillité renaissent, une on deux exceptions n'empêchent pas je ne sais quelle lourdeur flamande ou bourguignonne de tout envahir, dans la littérature comme dans l'art, — voyez plutôt à Dijon le tombeau des ducs de Bourgogne,
L'écolier parisien du iv* siècle; — ses aTentures; — et comment elles ont failli le conduire au gibet; — il était peut-être  la Teille d'être pendu quand il a composé sa Ballade des Pendus et ses deux Testaments; — quoique d'ailleurs dans la littérature de son temps le Testament soit une forme consacrée. — S'il a fait partie d'une bande de voleurs, — et qu'en tout cas il était « es prisons » de la Charité -sur- Loire lors de l'aTèuemeut de Louis XI. — Il en
Mais OD en sait assez pour affirmer que la grande supériorité de son œuvre tient à ce qu'il a « vécn a sa poésie.
Qu'il a en effet toutes les qualités d'nn grand poète et d'un poète lyrique; — et même celles d'un homme d'esprit; — quoique son esprit soit généralement de bien roanvats ton ; — et qu'on plaisante comme lui dans les bouges [Cf. la ballade de la Belle ffeaumière et celle de la Grosse Margot]. ~ Mais il est touchant dans l'eipression de son repentir [Cf. le Grand Testament, 169-22^], -^ dont la sincérité nous eat prouvée par la Ballade que Villon fit à la requête de sa mère. — Il a eu d'autre part le don de voir el de susciter aux yeux l'image des a choses vues o [Cf. la Ballade des Contredits de ^^ae Confier] ; — un vif sentiment du a macabre » [Cf. Grand
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— et de tout écraser de son poids, que n*al!ège pas, qu'alourdirait plutôt l'étalage de la richesse. [Cf. Ernest Renan, Histoire littéraire de la France, t. XXIV].
Sans doute, il y a Villon, François Viltou, « né de Paris emprès Pontoise », vrai gibier de potence, mais vrai poète aussi, grand poète même, oserait-on dire ; et quelques-unes de ses Ballades ne sont assurément pas pour démentir ce que ce nom de poète, quand il est mérité, signifie de grâce et de force de style, de sincérité d'émotion, d'originalité de sentiment et d'idées. Qu'y a-t-il de plus « macabre u que la Ballade des pendus? de plus haut en couleur que la Ballade de la grosse Margot?d'aae « enluminure » plus naïve que la Ballade que fit Villon à la requête de sa mère? et, — puisqu'on ne peut eofin le nommer sans la rappeler, — qu'y a-t-il de plus bumuin dans sa mélancolie que la Ballade des Dames du temps
Testament, 305-329 et 1728-1778]; — iafinimeut de grâce et de délicateeee, quand il l'a touIq [Cf. la Ballade des dames du temps jadis]; — une âpre éloquence de Batiriqae ; — telle même que chet aucuD de dob poètes on ne saisît mieui la parenté du lyrisme et de la satire; — assez de virtuosité pour que persODoe en son temps dI depuis ne l'ait surpassé ou égalé dans la ballade; — et puis, et enfin, de son œuvre entière sort un accent de détresse profonde qui nous remue nous-mêmes jusqu'aui entrailles.
Ajoutez que ce que Boileau croyait qu'il eût t débrouillé » le mérite appartient au moins i Villon de l'avoir < résumé ». — L'idéal de Villon eat assurément très éloigné de celui de la < poésie courtoise j ; — mais, s'il existe une poésie de l'aventure et de la vie de bohème, c'est la sienne; — et il ne l'a pas inventée.
— La forme sous laquelle l'idée de la mort a hanté les. imaginations du Moyen-Age n'a pas eu non plus de plus éloquent interprète [Cf. les Vers de la Mort du moine Hélinand, dans l'Histoire littéraire de la France, t. XIII]; — et si la poésie courtoise ellemême, tout en se trompant de route; — n'avait pas moins tenduà libérer de toute contrainte l'e^ipression de la personnalité du poète;
— c'est encore ce qu'a réalisé Villon.
33 MANUEL DE l'histoirb DB LA LITTÉRATUIIE FRANÇÀISB
/adis? Mais ce n'est pas Villon qu'on a suivi. Ceux qui ont fait école, ce sont les « grands rhétoricqueurs » : Jean Meschinot, Jean Molinet, Guillaume Crétin, — le Raminagrobis de Rabelais, — Jean Marot, Lemaire de Belges. Déjà prosaïque aux mains d'Alain Chartier, la poésie, entre les leurs, est devenue prétentieusement didactique. L' ont-ils eux-mêmes senti ; et « ne pouvant la faire belle n, est-ce pour cela qu'ils l'ont faite « artificieuse » en la surchargeant de complications infinies et de déplorables ornements? C'est vraiment la reine de village dont Pascal parlera quelque part, la n jolie demoiselle toute pleine de miroirs et de chaînes, qui s'admire, mais qui fait rire ». Aussi n'est-il rien demeuré de leur œuvre, et on ne peut seulement pas dire que l'âge postérieur en ait utilisé les restes. Mais ils n'en ont pas moins en leur temps comme étouffé la réputation de
3" L'ŒuTRB. — Les œuvres authentiques de Villon se rëduisent A ses deux Testaments et k cinq Ballades, dont la meilleure édition, citée plus haut, est celle de M. Longaon.
11 n'est l'auteur ni des Repues franches, ni du Franc archer de Bagnolet qu'on s'obstine à reproduire dans presque toutes les éditions de son ceuvre; — et des Onze Ballades en jobelin ou en argot qn'on lui attribne, il y en a quatre au moins qui ne sont certainement pas de loi; — mais toutes ces pièces ont le grand intérËt, puisqu'on les lui « attribuées, de prouver par là même le caractère représentatif de sou œuvre; — et que les contemporains l'ont aussitôt r