IV. — Jean-Antoine de Baïf [Venise, 1532; f 1589, Paris
1° Les Sources. — Cf. les trois articles précédents, et ajoutez la Notice de Marty-Laveaux; — et Ed. Fremy, l'Académie des derniers Valois, Paris, s. d.
2° L'Homme et le Poète. — Pour quelles raisons, étant inutile d'étudier l'un après l'autre les poètes de la Pléiade, on préfère Baïf à Jodelle ou a Remy Belleau. — La caricature de Ronsard. — Un enfant de l'amour; — sa jeunesse et son éducation; — médiocrité de son œuvre. — Que là où il est le mieux inspiré, dans son Ravissement d'Europe ou dans son Hymne à Vénus, Baïf est à Ronsard ce que Primatice ou le Rosso sont à leurs maîtres. — Etendue de
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et, comme on pourrait le montrer, ce n'est pas seulement la conception de l'art ou de la littérature, c'est la conception elle-même de la vie qui en a été modifiée. « Le langage des Italiens de la Renaissance, — a-t-on pu dire avec vérité, — leur idéal mondain, leur idéal moral, la conception qu'ils se forment de l'homme, tout est chez eux conditionné et déterminé par l'idéal qu'ils se sont formé de l'art. » [John Addington Symonds, Renaissance in Itahj; the Fine Arts, ch. i.] Ou, en d'autres termes encore, ayant retrouvé la nature et libéré l'individu, la Renaissance a compris que l'on ne pouvait remettre absolument au hasard, ou au caprice, le développement ni de l'un ni de l'autre, et elle a subordonné l'imitation de la nature, puis le développement de l'individu, à la réalisation de la beauté.
son œuvre; — et qu'elle représente éminemment ce qu'il y avait d'artificiel dans le mouvement de la Pléiade. — Sa réforme de l'orthographe; — ses innovations métriques; — ses tentatives de lier ensemble la musique et la poésie; — son Académie.
3° Les Œuvres. — Les OEuvres de Baïf se composent : — 1° de neuf livres d'Amours, comprenant les Amours de Francine, en quatre livres; les Amours de Méline, en deux livres; les Amours diverses, en trois livres ; — 2° de ses Météores ; — 3° de neuf livres de Poèmes sur toutes sortes de sujets; — 4° de dix-neuf Eglogues, plus ou moins traduites ou imitées de celles de Théocrite et de Virgile; — 5° de cinq livres de Passe-temps; — 6° et de quatre livres de Mimes, qui sont bien le plus fastidieux recueil de toutes sortes de trivialités et de moralités.
La meilleure édiLion, qui est aussi la seule moderne, est celle de Marty-Laveaux.
2° Erudits et Traducteurs V. — Henri Estienne [Paris, 1528; f 1598, Lyon].
1°Les Sources. — Niceron, dans ses Hommes illustres, t. XXXVI ; — A. Renouard, Annales de l'Imprimerie des Estienne, Paris, 1843 — Léon Feugère, Caractères et portraits du XVIe siècle,
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Le premier de nos Français qui ait, un peu confusément, mais profondément, éprouvé ce sentiment nouveau, c'est un poète lyonnais, Maurice Scève, dans sa Délie, objet de plus liante vertu, poème symbolique, imité de Pétrarque, et dont la nuit obscure, si l'on ose ainsi parler, étincelle de beautés singulières. Mais ce sont les poètes de la Pléiade qui en ont vraiment connu le pouvoir, qui nous l'ont révélé, Pontus de Tyard, — Joachim du Bellay, Ronsard, Belleau, Jodelle, Baïf; — et là même est le principe de la révolution qu'ils ont opérée dans la langue, dans la littérature, et dans la poésie. Ils ont voulu a faire de l'art », et cette ambition, qui a cbez eux dominé toutes les autres, en rend compte et les explique.
S'ils ont en effet essayé de réformer ou de transformer la langue, ce n'est pas en grammairiens ou, comme noi.s
1859; et nouvelle édition, Paris, 1875. — Sayous, Les Ecrivains français de la Réformation, 2e éd., Paris, 1881.
2° L'Editeur, le Philologue et l'Ecrivain. — - La famille des Estienne [Cf. Prosper Marchand, Dictionnaire historique], — Une éducation d'érudit. — ■ La première publication d'Henri : Anacreontis Teij odse, grœce et latine, 1554. — La traduction est-elle d'Henri Estienne ou de Dorât? — Ce qu'il y a de certain, c'est l'influence que ce mince volume a exercée sur la Pléiade. — Témoignages tirés des OEuvres de Ronsard et de Remy Belleau. — De quelques autres écrivains grecs édités pour la première fois par Henri Estienne; — à noter qu'ils sont tous du second ou du troisième ordre; — et qu'il les traduit tous en latin. — Du goût d'Estienne pour les Analecta [Cf. les Adages d'Erasme] ; — la première traduction de Y Anthologie grecque en latin, et le premier Conciones, 1570; — le Thésaurus Grsecas Lingum, 1572-1573.
Les trois grands traités d'Estienne : — La Conformité du Langage français avec le grec, 1565; Deux dialogues du Langage français italianisé, 1578; La Précellence du Langage français, 1579; — et leurs rapports entre eux. — La résistance à l'italianisme. — De l'opinion d'Henri Estienne sur les rapports du grec et du français [Cf. J. de Maistre, Soirées de Saint-Pétersbourg, 23 Entretien; et Egger, L'hellénisme en France, leçons 10 et 11]. — Les étymologies
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dirions de nos jours, en philologues, mais en artistes, pour la rendre capable de traduire leurs a sublimes et passionnées conceptions, » selon l'expression de l'un d'eux, et surtout pour en dégager ce qu'elle contenait de beautés plus intérieures et jusqu'alors inaperçues. Car les mots sont quelque chose de plus que les signes des idées, et une langue n'est pas seulement une algèbre, ou un organisme : elle est aussi une œuvre d'art. Il y a des langues pauvres, et il y en a de riches; il y en a de rudes, et il y en a d'harmonieuses; il y en a d'obscures, et il y en a de claires. Pareillement, s'ils ont condamné les anciens genres — la ballade, le rondeau, le virelai, le chant royal et « autres telles épisseries », — c'est qu'il leur a paru que la forme en avait quelque chose de contraint, d'étriqué, de « gothique; » et c'est alors que, guidé dans sa ten-
d'Henri Estienne. — Abondance de ses digressions et comment elles reviennent presque toutes à sa haine de l'italianisme; — à son protestantisme; — et à sa haine des Valois. — Il n'en aime que plus passionnément sa langue nationale. — Pour quelle raison, si l'importance de la Précellence ne consistait que dans son litre, elle serait encore considérable.
Henri Estienne est-il un « écrivain »? — et qu'en réalité on ne retrouve dans ses œuvres ni la verve de Rabelais ni le souci d'art de Ronsard. — Est-il l'auteur du Quart livre de Pantagruel, 1564 ? — Son Apologie pour Hérodote, 1566. — En quoi le livre ment à son titre, et n'est au fond qu'un pamphlet protestant; — Henri Estienne et Rabelais sur « les Gens d'Eglise » ; — comparaison de Y Apologie pour Hérodote et du Quatrième livre de Pantagruel. — Si quelques oc nouvelles » agréablement contées nous permettent, comme on l'a fait, de placer Henri Estienne bien au-dessus de Bandello. — Qu'on a peine également à trouver dans Y Apologie un avant-goût des Provinciales [Cf. Sacy, Variétés littéraires]. — Le Discours merveilleux des déportements de Catherine de Médicis, 1575, est-il d'Henri Estienne? — Ses dernières années et sa mort à l'hôpital de Lyon.
3° Les Œuvres. — On trouvera dans les Annales de V Imprimerie des Estienne, de Renouard, le catalogue, tant des « éditions » que
tative par le génie même du rythme, Ronsard, sur le modèle des combinaisons des anciens, en a tant inventé lui-même qu'on en trouve encore aujourd'hui d'inutilisées dans son œuvre. Et ce qu'ils ont enfin essayé de ravir à l'antiquité, ce n'est pas sa « science » ou sa « philosophie », c'est son « art » : entendez ici le secret d'éveiller en nous l'impression de volupté presque sensuelle que leur procurait à eux-mêmes la lecture de Y Enéide ou de Ylliade, celle de Pindare ou celle d'Horace. Dans quelle mesure y ont-ils réussi? C'est une autre question, que nous trancherons d'un mot en disant qu'ils ont pu se tromper sur le choix des modèles, ce qui est assurément fâcheux et grave quand on imite, et ils portent la peine de n'avoir pas toujours senti la différence qui sépare Homère de Quintus de Smyrne ou Virgile de Claudien.
des « œuvres » proprement dites d'Henri Estienne. Nous avons cité les plus importants de ces livres; nous nous bornerons donc à en mentionner ici les principales rééditions, qui sont :
Celle du Discours merveilleux, dans les Archives curieuses de l'histoire de France, de Cimber et Danjou ; — de la Précellence, par L. Feugère, Paris, 1850 ;— de la Conformité, par le même, Paris, 1853; — de Y Apologie pour Hérodote, par P. Ristelhuber, Paris, 1879; — et des Deux Dialogues du Langage français italianisé, Paris, 1883.