‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 2 sur 94 · AVERTISSEMENT III · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT III

En second lieu, — et afin de mieux faire sentir cette continuité, — je n'ai pas négligé de noter les autres influences, celles que l'on se plaît d'ordinaire à mettre en lumière, influence de race, ou influence de milieu; mais, considérant que de toutes les influences qui s'exercent dans l'histoire d'une littérature, la principale est celle des œuvres sur les œuvres, c'est elle que je me suis surtout attaché à suivre, et à ressaisir dans le temps. Nous voulons faire autrement que ceux qui nous ont précédés dans l'histoire : voilà l'origine et le principe agissant des changements du goût comme des révolutions littéraires; il n'a rien de métaphysique. La Pléiade du seizième siècle a voulu faire « autre chose » que l'école de Clément M a rot. Racine dans son Andromaque, a voulu faire « autre chose » que Corneille dans son Pertharite ; et Diderot, dans son Père de Famille, a voulu faire « autre chose » que Molière dans son Tartuffe. Les romantiques en notre temps ont voulu faire « autre chose » que les classiques *. C'est pourquoi je ne me suis occupé des autres influences qu'autant que la diversité des époques ne s'expliquait pas assez clairement par cette influence des œuvres sur les œuvres. Il ne faut pas multiplier inutilement les causes, ni, sous prétexte que la litté-

1. Il y en a aussi qui ont voulu faire « la même chose » que leurs prédécesseurs ; et je le sais bien ! Mais justement, dans l'histoire de la littérature et de l'art, ce sont ceux qui ne comptent pas.

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