II. — Irréguliers et Libertins
1° Les Sources. — Leonardi Lessii, De providentiel numinis et animi Immortalitate libri duo adversus atheos et politicos, Anvers, 1613; — Garasse, La doctrine curieuse des Beaux Esprits de ce temps, Paris, 1623; — Tallemant des Réaux, Historiettes, articles des Barreaux, Luillier, pesse Palatine, etc. ; — Bossuet, Oraison funèbre d'Anne de Gonzague; — Bayle, dans son Dictionnaire, articles Des Barreaux, Hesnault; et passim; — Œuvres complètes de Théophile de Viau, de Saint-Evremond, de La Motte le Vayer; — La Bruyère, dans ses Caractères.
Sainte-Beuve, dans son Port-Royal; — Victor Cousin, Vanini, ses écrits, sa vie et sa mort, dans la Bévue des deux Mondes du 1er décembre 1843; — Ch. Bartholmess, Giordano Bruno, Paris, 1847; — F. Fiorentino, Bernardino Telesio, ossia studi storici sull' Idea délia natura nel risorgimento, Florence, 1874; — Alleaume, sa Notice en tête des OEuvres de Théophile, Paris, 1856; — T. Perrens, Les Libertins au xvne siècle, Paris, 1896; — Kàthe Schirmacher, Théophile de Viau, sein Leben und seine Werke, Paris, 1897.
2° Des Libertins en général. — Signification de ce nom au xvne siècle; — et qu'il s'applique autant à « la liberté de penser » qu'à la « licence des mœurs ». — Qu'au point de vue philosophique comme au point de vue littéraire, les libertins sont les « attardés » du siècle de Montaigne; — et les « bohèmes » de leur temps; — mais que cela ne les empêche point d? professer des principes très
pour aller jusqu'au Cid, - a été l'œuvre des Précieuses. On n'a généralement retenu d'elles que le souvenir de leurs ridicules, et il faut avouer qu'elles en ont eu beaucoup, dont la comédie de Molière et la satire de Boileau nous'dispensent de parler ici plus longuement. Ce qu'on pourrait surtout leur reprocher, ce serait d'avoir remis la littérature française à l'école de l'Espagne et de l'Italie, — d'Antonio Perez et du cavalier Marin, de Guarini et'de Gongora, — supposé du moins qu'elles eussent pu l'éviter, dans une cour tout italienne, et dans un temps où l'influence espagnole rentrait chez nous par toutes nos frontières. Mais elles nous ont, après cela, rendu de grands
prêtés- et que, s'ils n'en avaient pas eu la formule Lessius, dans sou de Pro.idenlia; - et Garasse, dans sou livre de ^Doctrine curieuse des Beaux Esprits, la leur auraient fournie - Ou'en leur qualité des disciples de Montaigne et même de Rabehis ils étaient naturellement hostiles à presque tout ce que tentaient les Précieuses;- puisque aussi bien elles le tentaient contre
""S Théophile de Viau [Clairac, 1591 ; i 1626, Paris.] - Sa première éducation; - ses relations avec des Barreaux et avec Balzac; - sa tragédie de Pyrame et Tisbé, 1617; - et qu elle vaut mieux que les deux vers qui l'ont immortalisée :
Ah ! voici le poignard qui du sang de son maître Fut souillé lâchement; il en rougit, le traître!
H v a dans cette tragédie des parties de lyrisme d'une verve sinenïièpe • et des parties de dialogue déjà presque cornéliennes. - D'autres œuvres de lui valent la peine d'être Retenues ; - pour la chaleur du mouvement qui les anime [L'Ode du Rot, Ed. Al eaume T 1351. nour le seutiment très vif qu'elles respirent de la nature [La Lettre à son frère (en vers) II, 178] ; - pour une certaine grâce sensuelle ou épicurienne [La Solitude, t. L 1/6] - C'est dommage qu'elles soient déparées par des traits de fa j plus choquante vulgarité. - Voyez encore ses Satires t. II, p. 238 et p 2411 - Si ce sont ses Satires, ou son Traité de l Immortalité de l'âme ou son Parnasse, qui lui ont valu son premier exil, en 1619?
services, et des services qu'on ne saurait oublier, méconnaître ou négliger, sans fausser vingt ou trente ans de l'histoire des mœurs et de la littérature. C'est ainsi qu'étant femmes, et du monde, elles ont affranchi la littérature de ce pédantisme dont elle est encore tout embarbouillée dans Ronsard ou dans Montaigne même. On dirait parfois que Ronsard et Montaigne n'ont écrit que pour les gens de collège. L'étalage indiscret, ou plutôt complaisant, de leur érudition ; leurs allusions perpétuelles à une antiquité dont nous n'avons pas comme eux fréquenté les scoliastes et les grammairiens ; l'admiration naïve, parfois même un peu suspecte, qu'ils témoignent
— A partir de ce moment la vie du poète est, comme désemparée ;
— la publication du livre du père Garasse, dirigée contre lui, lui porte le dernier coup; — on instruit son procès; — il est condamné par arrêt du 1er septembre 1625 au bannissement à perpétuité.
4° Tactique nouvelle des Libertins. — C'est à dater de ce moment que les libertins changent de tactique. — Ils gardent leurs idées; — mais ils vont s'abstenir de les exprimer publiquement; — ou du moins, comme Saint-Evremond et comme La Motbe le Vayer, ils vont y mettre une sourdine; — ou un masque. — Leurs convictions ne sont pas assez profondes pour qu'ils essaient de les faire prévaloir contre l'opinion commune; — et pourvu qu'on les laisse vivre à leur gré, c'est tout ce qu'ils demanderont. — De là, par contre-coup, le discrédit qui les atteint; — et dont ils ne se relèveront guère qu'après un demi-siècle avec Bayle.
5° Les Œuvres. — Nous avons de Théophile : des Poésies [Odes, Stances, Elégies, Sonnets, Satires] ; — une tragédie : Pyrame et Tisbé; — des Lettres; — et un Traité de V Immortalité de l'âme, paraphrase du Phédon,en prose mêlée de vers. Ajoutez quelques pièces relatives à son procès. La meilleure édition et la plus complète est celle que nous avons signalée, de M. Alleaume, dans la Bibliothèque Elzévirienne, Paris, 1896.
Les meilleures éditions de Saint-Evremond et de La Mothe le Vayer sont, pour le premier : l'édition d'Amsterdam, 1739, Côvens et Mortier, 7 vol. in-18; — et pour le second, l'édition de Dresde, 1749, chez Michel Groell, 7 vol. in-8°, divisés en 14 tomes.
pour les « fausses beautés » de Cicéron ou de Sénèque; leur manie de ne rien avancer qu'ils n'appuient de l'autorité d'un ancien; tout cela, qui peut bien éblouir d'abord notre ignorance, ne tarde pas longtemps à nous fatiguer, à nous impatienter, et, tranchons le mot, à nous ennuyer. Il nous déplaît qu'un poète traîne à son pied, comme un boulet, le commentaire perpétuel de Marc- Antoine Muret ou de Pierre Marcassus; et, pour entendre un livre français, nous ne voulons pas commencer par apprendre le latin. Tel était du moins le sentiment des précieuses; et c'est pourquoi, rien qu'en se mêlant de littérature, et à la littérature, elles ont donc d'abord