‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 31 sur 94 · V. — Jean-Louis Guez de Balzac [Angoulême, 1597; f · texte numérisé non relu

V. — Jean-Louis Guez de Balzac [Angoulême, 1597; f

Angoulème].

1° Les Sources. — Ogier, Apologie pour M. de Balzac, 1627; — Goulu, Lettres de Phyllarque à Ariste, 1628; — Balzac lui-même « pro domo suà » dans ses Entretiens : Relation à Ménandre (Maynard) et les Passages défendus; — Cassagne, Préface sur les œuvres de M. de Balzac, en tête de la grande édition de 1665; — Niceron, dans ses Hommes illustres, t. XXIII ; — Bayle, dans son Dictionnaire ; — d'Olivet, dans son Histoire de l'Académie.

Rœderer, Mémoire pour servir à l'histoire de la Société polie ;

— Sainte-Beuve, dans son Port-Royal, appendice au tome II, sur Balzac le Grand Épistolier; — F. Lotheisen, Geschichte des franzosischen Literatur, t. I, p. 165-201, Wien, 1877.

2° L'Influence de Balzac. — Du privilège de poésie, et qu'il explique seul que la réputation de Malherbe ait survécu à celle de Balzac. — Admiration des contemporains : témoignages de Descartes [édition V. Cousin, t. YI, p. 189]; — de Bossuet [Sur le style et la lecture des écrivains pour former un orateur, dans Floquet, Etudes, t. II]; —de Boileau [Réflexions sur Longin, VIIJ. — L'influence de Balzac, presque contemporaine de celle de Malherbe, a été bien plus considérable; — et en un certain sens plus heu-

elles ont été les introductrices, c'est de bien voir les raisons qui ont inspiré le choix de ces locutions et de ces mots eux-mêmes. Nous venons de l'indiquer. Il y a des actes qui sont ignobles, comme d'aller à la garde-robe, et généralement tous les actes qui sont la trace en nous de notre origine animale : les mots qui servent à les nommer participent de leur ignominie ou de leur bassesse, si l'on ne doit dire qu'ils l'exagèrent, du fait de l'intention dégradante qu'on y joint quand on les emploie. D'autres actes sont indifférents, comme de marcher, par exemple, ou de s'asseoir, et les termes qui les traduisent n'ont donc aussi rien que d'indifférent. Mais il y a des

reuse, comme n'ayant rien dû détruire pour trouver à s'exercer.

— Qu'elle a d'ailleurs agi dans le même sens; — et qu'ils ont bien pu médire l'un de l'autre; — mais ils ont eu mêmes disciples et même admirateurs.

Des principales qualités que les contemporains ont admirées dans Balzac. — 1° La pureté de l'élocution; — définition de ce mot et qu'il implique le choix, la propriété et l'agrément des termes. — 2° L'harmonie de la phrase et de la période [Cf. la Préface de Cassagne et le Discours de Godeau sur Malherbe]. — 3° La hardiesse, la justesse et l'abondance des figures. — Si Balzac à cet égard imite les Espagnols; — et, à ce propos, de l'influence d'Antonio Perez [Cf. Philarète Chasles, Etudes sur le xvie siècle, et de Puibusque, Histoire comparée des Litt. française et espagnole]. — Une observation de Cassagne : « M. de Balzac, dit-il, choisit toujours bien ses métaphores, et il ne manque pas de les suivre après les avoir choisies. » — Qu'il faut ajouter à ces qualités, naturelles ou acquises, un perpétuel souci d'en faire montre [Cf. la lettre à Costar sur la grande éloquence].

Que toutefois le grand défaut qui gâte ses qualités ne procède pas tant chez Balzac de leur exagération que du manque d'idées. — Juste remarque de Boilcau, — qu'en composant surtout des Lettres, Balzac s'est mépris sur la convenance du genre épistolaire et de la nature de son talent. — C'est ce qu'on voit bien quand on compare ses Traités ou ses Dissertations avec ses Lettres proprement dites.

— Qu'il manque d'ailleurs dans ces Traités eux-mêmes d'une certaine expérience des choses dont il parle; — sa politique est encore

actes nobles, comme de se dévouer, ou, sans aller jusquelà, comme tous les actes qui sont une victoire de l'esprit sur la chair, de la volonté sur l'instinct, de la civilisation sur la nature; et de ces actes la noblesse s'en communique non seulement aux mots, mais jusqu'aux syllabes qui les expriment. Il y a donc un juge même de l'usage, quoi qu'on ait pu en dire. Nous nous déclarons dans nos manières, que l'on connaît à nos paroles encore bien plus qu'à nos gestes; une race ou un peuple se révèlent dans le caractère de la langue qu'ils parlent; et une époque, enfin, se peint dans le choix de ses mots et dans le tour de ses phrases.

toute « livresque » ; — et sa philosophie s'est formée tout entière dans le cabinet. — Que d'ailleurs ni Pascal [Cf. le Prince, p. 27 de l'édition de 1665]; — ni Bossuct [Cf. Socrate chrétien, p. 239, 240] ne semblent l'avoir lu sans profit. — Mais Corneille surtout l'a médité [Cf. les quatre Dissertations politiques, à Mmc de Rambouillet, sur les Romains et sur la gloire].

On peut donc dire qu'avec tous ses défauts c'est un peu plus que sa « rhétorique », selon l'expression de Sainte-Beuve, qu'il a ait faire à l'esprit français. — Balzac a su où étaient les sourc es, et, comme disaient les anciens, les « lieux » de la grande éloquence; — il a fait preuve en plus d'une occasion d'un sens critique assez juste et assez exercé [Cf. ses jugements sur Ronsard et sur Montaigne]; — et il a enfin tendu constamment à l'élévation. — Que toutes ces raisons font de son personnage un personnage considérable de notre histoire littéraire. — On l'a beaucoup suivi, beaucoup imité; — c'est eu lui que s'est achevée la transformation du lyrisme en éloquence; — et sa plus grande erreur, qui est celle de toute son époque, n'a été que de croire que l'objet de l'art était d'orner la nature, pour la faire plus belle. — Il faut connaître les moyens qu'il y en a, pour en user le moins possible; — et les proportionner aux sujets et aux conjonctures.

3° Les Œuvres. — Les OEuvres de Balzac se composent : 1° de 27 livres de Lettres dont les premières ont paru en 1624 et les dernières après sa mort. Six livres de ces Lettres sont adressés à Chapelain, et quatre à Conrart. Elles offrent toutes ou presque toutes le plus grand intérêt pour l'histoire littéraire du temps. —

C'est ce que les précieuses ont admirablement senti. Leurs façons de dire n'ont été que l'expression de leur manière de penser; et le jugement qu'il convient d'en porter ne relève pas tant de la linguistique ou de la philologie que delà psychologie. Ce n'est pas principalement, comme les poètes de la Pléiade, qu'elles ont essayé d'épurer ou de réformer la langue, mais secondairement, et pour avoir entrevu que la réforme de la langue pouvait seule assurer la réforme des habitudes littéraires. Et sans aucun doute, en y travaillant par tous les moyens qui étaient en leur pouvoir, elles n'ont pas résisté au désir ou à la tentation de se singulariser, de former des

2° de ses Entretiens ou Dissertations, au nombre de 67, ainsi divisés : Dissertations chrétiennes et morales, 25 ; — Dissertations politiques, 14; — Dissertations critiques, 28. [La Relation à Ménandre et les Passages défendus, qui sont sa propre défense contre les attaques du père Goulu, l'auteur des Lettres de Phyllarque à Ariste, font partie des Dissertations chrétiennes. Les trois dissertations sur les Romains sont les trois premières des Dissertations politiques.] — Enfin viennent : 3° les Traités, c'est-àdire : le Prince, 1631 ; — le Barbon, 1648; — Socrate Crestien, 1652;

— et Aristippe, 1658. Ajoutons, pour terminer, — 4° un Recueil de lettres latines.

Les meilleures éditions des OEuvres de Balzac sont : — celle que l'on forme en réunissant les six volumes imprimés par les Elzevier, soit à Leyde, soit à Amsterdam, auxquels on ajoute le Socrate chrétien; — et la grande édition de 1665, en 2 vol. in-f°, Paris, chez Louis Billaine.

Il n'y en a pas d'éditions modernes, à moins que l'on ne compte comme telle un « choix » en deux volumes, donné par M. Moreau, Paris, 1854, Lecoffre.

VI. — Claude Favre de Vaug-elas [Meximieux (Ain), 1585; f 1650, Paris].

1° Les Sources. — Niceron, dans ses Hommes illustres, t. XIX;

— Pellisson et d'Olivet, Histoire de l'Académie française; — Goujet, Bibliothèque française, t. I; — Abbé Lambert, Histoire littéraire du siècle de Louis XIV, t. III.

coteries entre elles, et comme l'on dit, de se « distinguer ». Mais, de tous les moyens qu'il y ait de se distinguer, si l'on en connaît un qui soit assurément excusable, ou plutôt légitime à de certains égards, n'est-ce pas celui qui consiste à vouloir sentir, penser, et agir plus noblement, plus délicatement, plus finement? De là la vogue, en des genres bien différents, des petits vers de Voiture, au nombre desquels il y en a de charmants; des Lettres de Balzac; et des romans de Gomberville ou de Gombaud, de VEndymion et du Polexandre. La raison en est aussi que tandis que le grand épistolier s'efforce à trouver des expressions et des tours dont l'emphase

Moncourt, De la méthode grammaticale de Vaugelas, Paris, 1851, — Sayous, Littérature française à l'étranger, Paris et Genève, 1853, t. I, ch. t. 3 et 4. — Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. VI. — ■ Chassang, Notice, en tête de son édition des Remarques sur la langue française, Paris et Versailles, 1880.

2° Le rôle de Vaugelas. — Origine de Vaugelas; — et, à cette occasion quelques mots de l'Académie florimontane. — Le père de Vaugelas : Antoine Favre; — ses relations avec François de Sales et Honoré d'Urfé. — Vaugelas précepteur dans la maison de Carignan.

Importance des Remarques sur la langue française. — En proclamant que l'usage est le maître des langues, Vaugelas a soustrait l'évolution de la langue aux caprices du goût individuel; — en distinguant uu bon et un mauvais usage, il a séparé le langage de la « cour » de celui des « crocheteurs du Port au foin » ; — et en faisant de l'usage « parlé » le modèle et le juge de l'usage « écrit », il a imprimé son caractère essentiel à la langue classique, qui est d'être une langue parlée. — Digression à ce sujet; — et que Bossuet, Molière, Saint-Simon, et tant d'autres écriront comme « ils parleront ». — Par là s'évanouissent la plupart des incorrections ou des licences que quelques grammairiens leur reprochent ; — et par là s'expliquent les qualités d'ordre intérieur; — de clarté vivante; — de mouvement et de naturel qui sont celles de la langue classique. — Les scrupules de Vaugelas; — et de leur concordance tant avec ceux de Balzac — qu'avec ceux de Malherbe. — Le mot de Bossuet sur « ce qu'on ne confie rien d'éternel à des lan-

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réponde à ce que l'on appelle autour de lui le « grand goût », les autres, les romanciers, dans leurs interminables récits s'essaient aux subtilités de l'observation et de l'analyse psychologique.

Autre service encore dont nous sommes redevables aux précieuses : dans la conversation des ruelles, ce n'est pas la langue seulement qui s'est dénouée ou déliée, c'est l'esprit aussi qui s'est affiné. On étudie de plus près le développement des sentiments ou des passions, et voici que l'on commence à discerner une foule de nuances dont il semble bien que les « anciens » n'eussent pas eu l'idée, ni même les écrivains de la génération précédente.

gués toujours changeantes; » — et, à ce propos, de la comparaison d'une langue avec un organisme. — Qu'il y a de la différence entre « immobiliser » uue langue et la « fixer » : — Yaugelas a voulu « fixer » l'usage ; — et dans quelle mesure il y a réussi [Cf. Haase, Syntaxe du XVIIe siècle, trad. Obert, Paris, 1898].

Vaugelas à l'hôtel de Rambouillet, — et à l'Académie Française. — Contradictions que ses Remarques soulèvent. — L'opuscule de La Mothe le Vayer touchant les Remarques de la Langue française. — Jugement du P. Bouhours sur Vaugelas [Cf. Entretiens d'Ariste et d'Eugène.}

3° Les Œuvres. — Remarques sur la langue française, Paris, 1647, in-4° ; — et Quinte Curce : de la vie et des actions d'Alexandre le Grand, traduit par le sieur Cl. Favre de Vaugelas, Paris, 1653, in 4°.

Nous avons signalé plus haut l'excellente édition des Remarques donnée de nos jours, 1880, par M. A. Chassang.

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