‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 8 sur 94 · I. — La formation de la langue française · texte numérisé non relu

I. — La formation de la langue française

1° Les Sources. — Amédée Thierry, Histoire des Gaulois, et Histoire de la Gaule sous la domination romaine; — Roger de Belloguet, Ethnogénie gauloise, Paris, 1861-18G8; — Fustel de Coulauges, Histoire des Institutions politiques de l'ancienne France, t. I, 2e édition, Paris, 1887.

G. Korting, Encyklopsedie und Méthodologie der romanischen Philologie, Heilbronn, 1884-1886; — G. Grober, Grundriss der romanischen Philologie, Strasbourg, 1888-1896.

Raynouard, Lexique roman, Paris, 1838-1844; — Edelestand du Méril : Essai philosophique sur la formation de la langue fran-

et, à mesure que j'avançais dans ce travail, fêtais rempli d'étonnement en voyant la prodigieuse similitude qui se rencontre en toutes ces /ois; et j'admirais comment des peuples si différents et si peu mêlés entre eux avaient pu s'en donner de si semblables. » [ïocqueville, L'Ancien régime et la Révolution, livre I, chap. iv.] C'est la même admiration ou le même étonnement qu'inspire une étude attentive de la littérature européenne du Moyen-âge. Rien ne ressemble à une Chanson de geste comme une autre Chanson de geste, si ce n'est un Roman de la Table-Ronde à un autre Roman de la Table-Ronde, un Conte a un autre Conte, ou enfin un Mystère l\ un autre Mystère ; et deux gouttes d'eau ne sont pas plus semblables, ou, pour mieux dire, deux tragédies classiques, ni deux romans naturalistes. On y croirait d'abord apercevoir des différences, mais pour peu qu'on essaie de les

çaise, Paris, 1852; — F. Diez : Grammaire des langues romanes, traduction française de Gaston Paris et Morel-Fatio, 3e édition, Paris, 1874-1876; — W. Meyer-Lûbke, Grammaire des Langues romanes, traduction Rabiet et Doutrepont, Paris, 1890-1895; — les Grammaires historiques de Darmesteter, Brunot, Etienne, Schwan et Behrens ; — les Dictionnaires étymologiques de Diez, Scheler, Kôrting; — et les Dictionnaires historiques de Forcellini pour le latin classique; du Gange pour le bas-latin; la Gurne Sainte-Palaye et F. Godefroy pour l'ancien français.

2° Les Éléments successifs du français.

A. L'élément celtique; — et de la difficulté d'en déterminer aujourd'hui la nature; — si surtout les langues celtiques et la langue latine sont elles-mêmes des langues sœurs [Cf. Thurneysen, Kelto-Romanisches ; et Zeuss, Grammatica celtica]. — Que, si l'influence de l'élément celtique se retrouve dans le français, il semble que ce soit moins dans le vocabulaire que dans la syntaxe; — et moins peut-être encore dans la syntaxe que daus la prononciation. — Considérations à ce sujet; et de l'influence de la conformation des organes, et de la nature des eaux, des airs et des lieux sur la prononciation. — Que, pour mal définie que soit l'in-

préciser, elles s'évanouissent, et tout se confond. Il semble ainsi qu'au Moyen-âge une façon de penser et de sentir commune, imposée a l'Europe entière par la triple autorité de la religion, du système féodal, et de la scolastique, ait opprimé en littérature, pendant plus de quatre ou cinq cents ans, et comme anéanti toutes les distinctions d'origine, de race et de personne.

Quis primusP... D'où viennent les Chansons de gesia; et d'où nos Romans de la Tab/e-Ronde? La source première en est-elle romane? ou germanique? ou celtique peut-être?

Le fait est que nous n'en savons rien. Cette littérature n'a pas d'état civil. [Cf. Pio Rajna, Le Origini delV Epopeafrancese, Florence, 1SS4-] Encore n'est-ce pas assez dire, et, sachant par ailleurs que tel Conte ou tel Mystère a vu le jour pour la première fois en France, ou en Italie,

fluence celtique, on ne saurait pourtant la révoquer en doute; -— et qu'on ne saurait s'expliquer sans elle la dilFérenciation du français, et de l'italien ou de l'espagnol.

B. L'élément latin. — Latin littéraire et latin vulgaire; — conquête et « ronianisation » de la Gaule; — vanité des arguments « patriotiques » en pareille matière. [Cf. Granier de Cassagnac, Les origines de la langue française.] — Hypothèse de Raynouard sur la formation d'une « langue romane » intermédiaire entre le baslatin ou latin vulgaire et les langues novo-latines; — dans quelle mesure on peut la soutenir; — et, en tout cas, de la commodité qu'elle offre. — Déformation ou translormation du latin vulgaire par les accents locaux; — et par le seul effet du temps. — Parlers provinciaux : dialectes et patois.

C. L'élément germanique; — et d'abord, dans quelles conditions se sont faites les « invasions barbares ». [Cf. Fustel de Coulanges, Histoire des Institutions, etc.] — Comment et pourquoi la « germanisation » de la Gaule ne pouvait succéder à sa « romanisation »,

Gallia capta ferum victorem cepit...

De quelques catégories d'idées et de mots qui semblent avoir passé

c'est en vain que nous nous efforçons de reconnaître en lui des traces de son origine, une empreinte locale, quelqu'un enfin de ces traits de « race », à la détermination psychologique ou esthétique desquels on a trop souvent, en notre temps, essayé de réduire toute l'histoire delà littérature. Une cathédrale gothique — opus francigenum, — n'a rien aussi de plus français à Paris qu'à Cologne, ou de plus allemand à Cologne qu'à Cantorbéry. Et en effet, les a races » de l'Europe moderne ne représentent que des formations historiques, dont les littératures ne sont pas tant l'expression que l'un des multiples « facteurs ». Allemands ou Français, Italiens, Espagnols, Anglais, nous avons tous été, dans la littérature et dans l'art, comme dans l'histoire et dans la politique, des nations, des groupements politiques, des expressions géographiques, avant de devenir des « races » Mais avant d'être des nations

du germanique dans le français [Cf. Gaston Paris, Littérature française au moyen âge] ; — termes de guerre, — termes d'architecture, — termes de marine, etc. — Si l'on en peut conclure à une pénétration bien profonde du français par le germanique?

3° Les premiers Monuments de la Langue. — Les Gloses de Reichenau, viie-vm0 siècle; — les Serments de Strasbourg, 842; — la Prose de sainte Eulalie, vers l'an 880; — Y Homélie sur Jonas, première moitié du xe siècle; — la Passion et la Vie de saint Léger, seconde moitié du xc siècle; — la Vie de saint Alexis, vers 1040.

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