III. — Emile Augier [Valence, 1820; f 1889, Paris
1° Les Sources. — Emile Montégut, Dramaturges et romanciers, 1878; — Emile Zola, Nos auteurs dramatiques, 1881; — René Doumic, Portraits d'écrivains, Paris, 1892; — Hipp. Parigot, Le théâtre d'hier, Paris, 1893; — Maurice Spronck, Emile Augier, dans la Revue des Deux Mondes, 15 novembre 1895.
On consultera de plus, pour Augier, comme pour les auteurs dramatiques de cette période, en général, les feuilletons de Théophile Gautier dans la collection du Moniteur; — Jules Janin dans le Journal des Débats; — et Francisque Sarcey dans le Temps.
Ceux de M. Jules Lemaître ont été réunis en volume sous le titre d'Impressions de théâtre.
2° L'Auteur dramatique. — Ses débuts. — Le « lieutenant » de François Ponsard et « l'École du Bon sens ». — Que s'il a plu à l'auteur de la Ciguë, 1844, de l'Aventurière, 1848, cl de Gabrielle, 1849, de se réconcilier sur ses vieux jours avec le romantisme, — toutes ces premières pièces n'en ont pas moins été dirigées contre les romantiques; — et Diane en particulier n'est que Marion Delorme refaite par un « homme de bon sens » ; — de même que
ce qu'il y a de poésie dans la science ? Aussi l'a-t-il hardiment déclaré : « Pour atteindre à la connaissance des causes permanentes et génératrices, l'homme a deux voies : la première, qui est la science, par laquelle dégageant ces causes et ces lois fondamentales il les exprime en formules exactes et en termes abstraits; la seconde, qui est l'art, par laquelle il manifeste ces causes d'une façon sensible, en s'adressant non seulement à la raison, mais au cœur et aux sens de l'homme le plus ordinaire » [Cf. Philosophie de l'Art, t. I, 53]. Il se pourrait, après cela, que ces rapprochements fussent plus spécieux que solides, et n'y en eût-il qu'un à produire, ou voudrait un exemple au moins de ces « anticipations » de l'art sur la science.
Gabrielle n'est qu'une dérision bourgeoise des héroïnes de George Sand. — C'est comme adversaire du romantisme que les admirateurs d'Augier l'ont accueilli d'abord; — et s'il a d'ailleurs paru un moment se réconcilier avec les romantiques, — en collaborant avec Jules Sandeau, — dans la Chasse au Roman, 1851, la Pierre de touche, 1854, et le Gendre de M. Poirier, 1854, — il n'a pas tardé à se trouver dépaysé dans ce genre de la comédie sentimentale et moyenne. — Et c'est finalement, en prenant position et parti contre le romantisme, — dans le Mariage d'Olympe, 1855, les Lionnes pauvres, 1858, et la Jeunesse, 1858; — qu'il a conquis son originalité.
Elle consiste essentiellement dans la verve un peu brutale qu'il a mise au service de certaines idées; — qu'on ne défend d'ordinaire qu'avec un peu d'hésitation ou de timidité; — parce qu'elles sont effectivement aussi banales que justes. — Il a par exemple solidement établi que « bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée », — et que l'amour ne refait point la virginité des courtisanes. — Il a également démontré que les gens dits d'affaires manquaient assez souvent de scrupules [Cf. les Effrontés]; — et que les intrigants finissent quelquefois mal [Cf. la Contagion]; — et tout cela, si ce n'était pas du contre-romantisme, — c'était cependant autre chose qne le romantisme. — En second lieu, pour en faire du réalisme, — il a imaginé des intrigues « actuelles » ou contemporaines; — dont les personnages étaient imités de ceux de Balzac [Cf. les Effrontés, le Fils de Giboyer, Maître Guérin], — ou
Mais il faut avouer que nos classiques ne s'étaient pas avisés d'unir, de solidariser, ou de confondre ainsi la science et l'art, si même on ne doit dire qu'il les avait constamment opposés l'un à l'autre; et la remarque a son intérêt, en soi, et puis comme nous mettant sur la voie d'une autre différence, plus profonde, — et non moins caractéristique du « naturalisme ».
C'est en effet un troisième caractère du naturalisme contemporain que celui qu'il a lui-même nommé du nom d' « impassibilité », et qu'il faut définir, non pas du tout par le manque de sensibilité, mais par le désintéressement le plus complet de tout ce qui n'est pas l'art ou la science. Le savant, dans son laboratoire, s'indigne-t-il
de ceux d'Eugène Sue [Cf. Lions et Renards] ; — et parmi lesquels il y en a deux ou trois d'assez énergiquement caractérisés. — Il a donné, comme Balzac encore et sur ses traces, — une importance nouvelle à la question d'argent, — en en faisant le fond de la pièce, — au lieu d'un simple moyen de théâtre, qu'elle était dans le théâtre de Scribe. — Pour achever la ressemblance, il a généralement emprunté s">n décor à la vie ambiante; — affaires industrielles [Cf. les Effrontés], découvertes ou inventions scientifiques [Cf. Un beau mariage, Maître Guérin], événements politiques [Cf. le Fils de Giboyer]. — Enfin, et en troisième lieu, ce qui n'est plus du Balzac, — mais ce qui n'a pas été le moindre élément de son succès, — il s'est posé en « bourgeois de 1789 » ; — ennemi des vaines distinctions; — ne respectant en tout que « le mérite personnel » ; — et anticlérical à la manière de Béranger [Cf. le Fils de Giboyer, Lions et Renards\. — Et, sans doute, c'est ce que l'on prétend louer en lui quand ou le met « de la famille de Molière ».
Mais son mérite proprement dramatique n'est pas beaucoup audessus de celui d'Eugène Scribe; — et on a trop vanté son mérite d'écrivain; — sa « robuste franchise » et sa « mâle correction ». — Son vers est étrangement prosaïque, excepté peut-être en quelques endroits de Philiberte ou de V Aventurière; — et sa prose manque en général d'accent ; — si d'ailleurs elle est assez naturelle. — Ses moyens sont souvent très artificiels ; — et ses intrigues bien romanesques [Cf. le Gendre de M. Poirier, le Mariage d'Olympe,
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contre les poisons qu'il manipule; et que lui importe la valeur économique ou morale des animaux qu'il dissèque? Un fait n'est à ses yeux qu'un fait : il le constate et n'en juge point. Pareillement l'artiste. C'est pourquoi, si Dumas fds, en qui revit et se continue quelque chose de son romantique de père, a une opinion sur Suzanne d'Ange [Cf. le Demi-Monde], Flaubert n'en a pas sur son Emma Bovary, ni sur Salammbô, ni sur son Frédéric Moreau [Cf. F Education sentimentale], n'en veut pas avoir, et se fâche quand on lui en demande une. « Quant à laisser voir mon opinion sur les gens que je mets en scène, écrivait-il à George Sand, non, non, mille fois non! Je ne m'en reconnais pas le droit. Si le lecteur ne
Un beau mariage. Maître Guérin, les Fourchambault]. — On ue voit pas non plus qu'il ait soupçonné l'existence des graudes questions; — et la pensée fait défaut dans son œuvre. — Elle n'en demeure pas moins celle d'un fort honnête homme ; — qui a bien aimé son métier d'auteur dramatique ; — dont les ambitions littéraires n'ont pas dépassé la capacité; — et qu'on ne saurait enfin mieux caractériser qu'en le comparant, — pour ses défauts comme pour ses qualités, — à l'auteur de Turcaret et de Gil Blas.
3° Les Œuvres. — En dehors de son Théâtre, les OEuvres d'Emile Augier se réduisent à deux recueils de Poésies : Poésies complètes d'Emile Augier, Paris, 1852, Lévy; — et les Pariétaires, Paris, 1855, Lévy; — et à quelques brochures de peu d'intérêt.
Son Théâtre se compose en tout de 29 pièces, dont, on ne sait pourquoi, il en a éliminé deux de l'édition de son Théâtre complet : la Chasse au roman, 1851; — et les Méprises de l'amour, 1852. Pour plusieurs autres de ses pièces il a eu des collaborateurs : Musset pour l'Habit vert, 1849; — Jules Sandeau pour la Pierre de touche, 1853, et pour le Gendre de M. Poirier, 1854; — Edouard Foussier pour Ceinture dorée, 1855, et pour les Lionnes pauvres, 1858; — enfin Eugène Labiche pour le Prix Martin, 1876.
Celles qui lui appartiennent en propre sont donc : en vers, la Ciguë, 1844; Un homme de bien, 1845; l'Aventurière, 1848; Gabrielle, 1849; le Joueur de flûte, 1850; Sapho [opéra, musique de Gounod, 1851]; Diane, 1852, Philiberle, 1853; la Jeunesse,
tire pas d'un livre la moralité qui doit s'y trouver, c'est que le lecteur est un imbécile, ou que le livre est faux au point de vue de l'exactitude » [Cf. Correspondance, t. III]. C'est ce que pensait aussi l'auteur des Poèmes Antiques. « Le poète, à son avis, devait voir les choses humaines comme on verrait un Dieu du haut de son Olympe, les réfléchir sans intérêt dans ses vagues prunelles, et leur donner, avec un détachement parfait, la vie supérieure de la forme » [Cf. Th. Gautier, Rapport, etc.]. Et, de savoir si Leconte de Lisle y a toujours pleinement réussi, ce serait une autre question; mais il y a tendu; et le développement de cette tendance n'est autre chose que la doctrine de « l'art pour l'art ».
1858; et Paul Forestier, 1868; et eu prose : le Mariage d'Olympe, 1855; Un beau mariage, 1859; les Effrontés, 1861; le Fils de Giboyer, 186:?; Maître Guérin, 1864; la Contagion, 1866; le Post- Scriptum, 1869; Lions et Renards, 1869; Jean de Thoinmeray [d'après une nouvelle de Jules Sandeau], 1873; Madame Caverlet, 1876; et les Fourchambault, 1878.
La dernière édition de son Théâtre complet [revue et corrigée, selon l'antique usage] est celle de 1889, en sept volumes, Paris, Calmann Lévy.