VIII. — Hippolyte-Adolpbe Taine [Vouziers, 1828; f
Taris].
1° Les Sources. — Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XIII, 1857, et Nouveaux lundis, t. VIII, 1864; — G. Planche, dans la
de l'art est d'élever jusqu'à sa hauteur? Aussi, après un peu de surprise que leur a causé la doctrine de l'art pour l'art, les Feuillet, les Augier, les Dumas s'en émancipent-ils, écrivent-ils des « pièces à thèse », et moralisent-ils tous les trois à l'envi. Feuillet d'ailleurs est moins heureux au théâtre que dans le roman, et je ne le nomme ici que « pour mémoire ». Mais certes ce n'est ni d' « impassibilité » ni même d' « impartialité » qu'Emile Augier se pique dans les Effrontés, 1861, dans le Fils de Giboyer, 1862, bien moins encore dans Maître Guèrin, 186±,ou dans Lions et Renards, 1869; — etDumas, plus hardi, va plus loin.
«Nous sommes perdus, s'écrie-t-il dans la Préface qu'il
Revue des Deux Mondes, avril 1857; — Edmond Scherer, Mélanges de critique religieuse, 1858; — Emile Montégut, Essais sur la littérature anglaise, 1863; — Caro, Vidée de Dieu et ses nouveaux critiques, Paris, 1864; — abbé Guthlin, les Doctrines positivistes en France, Paris, 1865; — P. Janet, la Crise philosophique, Paris, 1865; — F. Ravaisson, Rapport sur les progrès de la philosophie, Paris, 1868.
Paul Bourget, Essais de psychologie contemporaine, 1883; — Emile Henncquin, la Critique scientifique, Paris, 1888; — F. Brunelière, l'Evolution, des genres, t. I, 1889; — E.-M. de Vogue, le Dernier livre de Taine, 1894; — G. Monod, Renan, Taine et Michelet, Paris, 1894; —A. de Margcrie, //. Taine, Paris, 1894; — E. Dowden, Lilerary crilicism in France, Boston. 1895; — G. Barzellotti, Ippolilo Taine, Rome, 1895; — E. Boutmy, H. Taine [Annales de l'Ecole des sciences politiques), Paris, 1897.
2° L'Evolution de la pensée de Taiise. — Les origines de Taine ;
— ses années d'Ecole normale [Cf. quelques lettres à ce sujet dans Gréard, Prévost-Paradol, Paris, 1895]; — et ses débuts de professeur. — L'Essai sur La Fontaine, 1853; — l'Essai sur Tite-Live, 1856; — les Philosophes français au xixe siècle, 1857;
— et les Essais de critique cl d'histoire, 1858.
Que, sous l'influence de la philosophie de Spinosa, d'Hegel, d'Auguste Comte, — et de l'histoire conçue à la façon de Michelet,
— la première démarche de Taine a été pour « purger » la critique de toute intention morale, — comme de toute prétention esthé-
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met en 1868 à son Fils naturel, et ce grand art de la scène va s'effilocher en oripeaux, paillettes et fanfreluches; il va devenir la propriété des saltimbanques et le plaisir grossier de la populace, si nous ne nous hâtons de le mettre au service des grandes réformes sociales et des grandes espérances de l'âme. » Et, lui-même, prêchant d'exemple, il n'aura pas en effet de plus constante préoccupation désormais que de travailler à ce qu'il appelle, d'un nom d'ailleurs assez bizarre, « la plus-value de l'humanité ». N'est-ce pas dommage, après cela, que le naturaliste qu'il avait été dans sa jeunesse ait trop souvent contrarié le moraliste ou le moralisateur qu'il a fait vœu d'être; que
tique; — et de la ramener à 1 histoire naturelle. — La théorie de la race, du milieu et du moment; — et s'il est vrai qu'elle n'eût de neuf sous la plume de Taine que son exagération? — C'est Gustave Planche, — non Sainte-Beuve, — qui a le mieux compris où était l'entière nouveauté de la méthode; — si les éléments en étaient effectivement partout; — mais la « synthèse » nulle part;
— et que personne surtout n'en eût aperçu les conséquences. — L'application de la doctrine ; — et Y Histoire de la littérature anglaise, 1863. — La critique aux yeux de Taine est « l'histoire naturelle des esprits » ; — l'artiste ou le poète n'étant qu'à peine représentatifs d'eux-mêmes ; — et témoignant en tout temps pour toute une espèce d'hommes, de sentiments, ou d'idées, — dont ils ne sont que les interprètes.
Cette théorie est demeurée la sienne jusqu'en 1865. — Mais alors, ayant été nommé « professeur d'esthétique et d'histoire de l'art » ; — et se trouvant être le plus consciencieux des hommes ;
— il s'est rendu compte que l'on ne pouvait parler des œuvres d'art sans les « juger » ; — ni en faire seulement l'histoire sans les « classer ». — C'est ce que l'on voit déjà paraître dans sa Philosophie de fart en Italie, 1865; — plus clairement encore dans son Voyage en Italie, 1866; — et tout à fait ouvertement dans ses leçons sur l'Idéal dans l'art, 1869. — C'est en effet là qu'après avoir épuisé tous les moyens « naturels » de déterminer le rang des œuvres d'art; — possession des ressources du métier; — permanence et profondeur du caractère exprimé par les œuvres;
— « convergence des effets » ; — il pose comme critérium décisif,
son style, toujours vivant, mais brutal et banal à la fois, se sente jusqu'à son dernier jour des lieux ou des milieux qu'il avait autrefois fréquentés ; et que ses honnêtes femmes, et surtout ses raisonneurs, — qui les uns et les autres concluent mieux qu'ils ne raisonnent, — semblent prendre un plaisir inconscient et paradoxal à célébrer les « espérances de l'âme » dans le langage assez cru de sa Suzanne d'Ange ou de son Albertine de la Borde? « On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bètes », écrivait jadis Voltaire à l'auteur du Discours sur V inégalité : l'avenir dira pareillement qu'on n'a jamais défendu la cause de l'idéalisme par
— « le degré de bienfaisance du caractère ». — Et ce critérium est discutable; — mais c'en est un et tel qu'aucun Geoffroy Saint- Hilaire n'en a jamais invoqué de semblable; — puisqu'enfin il tend à mettre le renard ou l'hyène fort « au-dessous » du chien ; — et la considération « esthétique » s'en trouve réintégrée dans la critique.
Cependant les événements de 1870-71 éclatent; — et ils sont pour Taine un trait de lumière. — Il publie ses Notes sur l'Angleterre, 1872; — et il conçoit le plan du grand ouvrage — ■ dont le premier volume : l'Ancien régime, 1875, — est peut-être son chefd'œuvre. — Les études qu'il entreprend sur la Révolution — lui font connaître alors une espèce d'hommes qu'il avait peu pratiquée jusqu'alors. — Il se demande, avec une angoisse qui l'honore, — s'il est bien vrai « qu'un palais soit beau même quand il brûle, ou surtout quand il brûle » ; — et quand nous rencontrons un « crocodile » parmi nous, — si nous n'avons qu'à le décrire et qu'à l'admirer? — Sa loyauté lui répond que non; — et à son insu voilà la considération « morale » qui rentre dans la critique ; — pour y devenir tout à fait prépondérante, dans les derniers volumes de ses Origines, 1890-1892. — Il se retrouve ainsi au même endroit du cercle; — et il a employé quarante ans d'un labeur ininterrompu, — à ramener ce qu'il avait le plus cruellement raillé dans l'éclectisme; — c'est-à-dire la subordination de la critique et de l'histoire à la morale.
Il a d'ailleurs, dans l'intervalle, déployé des qualités d'admirable écrivain; — ou de poète même; — gâtées seulement par un peu d'artifice. — On sent trop « comment » ses plus belles pages sont
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des moyens plus naturalistes que ceux de l'auteur de VEtrangère ou de la Princesse de Bagdad. La critique impartiale ajoutera seulement que ces moyens étaient en leur temps les meilleurs, ou les plus efficaces dont pût user Dumas ; et en lui reprochant ce qu'ils ont de vulgaire, elle se souviendra qu'ils ont tourné finalement au profit de l'art même.
C'est ce que j'essaierais de montrer, si je le pouvais; je veux dire si, dans ce Manuel de V histoire de la littérature française, je n'avais dû m'imposer la loi de n'apprécier
faites. — On y trouve trop de rhétorique; — des procédés trop apparents; — surtout dans ses derniers écrits; — et une dureté ou une violence d'effets, — qui n'est pas uniquement imputable à la nature du sujet.
3° Les Œuvres. — - Il est assez difficile de classer les OEuvres de Taine par catégories déterminées, et à l'exception du Voyage aux Pyrénées, 1855; de la Vie et Opinions de Thomas Graindorge, 1868; et de ses Notes sur l'Angleterre, 1872, tous ses ouvrages peuvent être dits « de critique et d'histoire ».
Essai sur les fables de La Fontaine [thèse pour le doctorat, 1853], remaniée sous le litre de La Fontaine et ses fables, 1860; — Essai sur Lite Live, 1855; — L.es Philosophes français, 1856; — Essais de critique et d'histoire, 1858; — Histoire de la littérature anglaise, 1863; — Nouveaux Essais de critique et d'histoire, 1865; — Philosophie de l'art en Italie, 1865; — De l'Idéal dans l'art, 1867; — Philosophie de l'art en Grèce, 1869; — Philosophie de l'art dans les Pays-Bas [quatre volumes réunis eu deux, depuis 1881, sous le titre général de Philosophie de l'art]; — Voyage en Italie, 1866; — De l'Lntelligence, 1870; — les Origines de la France contemporaine, 1876-1890; — Derniers essais de critique et d'histoire, 1894; — Carnets de voyage, 1896.