Manuel de l'histoire de la littérature française
En écrivant ce Manuel de l'Histoire de la Littérature française^ qui est en même temps, je a'ose dire la promesse, mais du moins le « programme », d'une Histoire plus ample et plus détaillée, je me suis appliqué particulièrement à quelques points, que l'on verra bien, je l'espère, mais que Ton pourrait aussi ne pas voir, — si je n'avais pas su les mettre en évidence, — et que, pour ce motif, le lecteur m'excusera de lui signaler dans ce court Avertissement.
A la division habituelle par Siècles et, dans chaque siècle, par G^/ire^, — d'un côté la poésie et la prose de l'autre; la comédie dans un compartiment, le roman dans un second, V « éloquence » dans un troisième; — j'ai donc, j)remièrement, substitué la division par Epoques littéraires. Et en effet, puisque l'on ne date point les époques de la physique ou celles de la chimie du passage d'un
Il AVERTISSEMENT
siècle à un autre, ni même de l'avènement d'un prince, quelles raisons y a- t-il d'en dater celles de l'histoire d'une littérature? Dans le courant de l'année 1800 les écrivains ont-ils songé qu'ils allaient être du dix-neuvième siècle ; et croironsnous qu'ils se soient évertués à différer d'euxmêmes pour le 1" janvier 1801? Mais la division par genres n'a rien de moins artificiel ou de moins arbitraire, si les genres ne se définissent, comme les espèces dans la nature, que par la lutte qu'ils soutiennent en tout temps les uns contre les autres. Qu'est-ce que la tragi-comédie, par exemple, sinon l'hésitation du drame entre le roman et la tragédie ? et comment le verrons-nous, si nous séparons l'étude du roman de celle de la tragédie? A vrai dire, les Epoques littéraires ne doivent être datées de ce que l'on appelle des événements littéraires* : — l'apparition des Lettres provinciales^ ou la publication du Génie du Christianisme; — et non seulement cela est conforme à la réalité, mais c'est encore le seul moyen qu'il y ait d'imprimer à l'histoire d'une littérature cette continuité de mouvement et de vie, sans laquelle, à mon sens, il n'y a pas d'histoire.
1. Je ferai toutefois observer que, des autres divisions en usage, la plus naturelle serait encore la division par règnes ou époques politiques; et, par exemple, j'ai noté dans ce livre même, très rapidement, quelques uns des caractères littéraires communs à toutes les régences de notre histoire.