II. — Irréguliers et Libertins
10 Les Sources. — Leonardi Lessii, De pvovidentia numinis et animi Immortalitate lihri duo advevsus atheos et politicos, Anvers, 1613; — Garasse, La doctrine curieuse des Beaux Esprits de ce temps, Paris, 1623; — Tallemant des Réaux, Historiettes, articles DKs Barreaux, Luillikr, pt^^se Palatine, etc.; — Bossuct, Oraison funèhre d'Anne de Gonzague; — Bayle, dans sou Dictionnaire, articles Des Barreaux, Uesnault; cl passini ; — OKuvres complètes de Théophile de Vian, de Saint-Evreniond, de La Moite le Vayer; — La Bruyère, dans ses Caractères.
Sainte-Beuve, dans son Port-Hoyal; — Victor Cousin, Vanini, ses écrits, sa vie et sa mort, dans la Itevue des deux Mondes du l«î' aécembre I8'i3; — (^h, Bartholmess, fîiordano Bruno, Paris, 18'»7; — F. Fiorenlino, Jiernardino Telesio, ossia studi storici suir Idca detla natura nel risorgimento, Florence, 187'i ; Alleaunie, sa Notice an tèiedes ()Eu\res de 'J/irop/iilc, Paris, 1856; — T. Perrons, Les Libertins au xvir" siècle, Paris, 181)6.
Voyez encore, sur Théophile en particulier : — (iaiiti<M', dans ses Grotesques; — et Ph. Chasles : Les victimes de Jioileau.
2° Des Liberti.ns en générai,. — Signification de ce nom au XVII*' siècle; — et qu il s appli<|ne autant à « la lihert*' de penser » qu'à la « licence des mœurs ». — (^)u au point de vue j)hilosoj)hique comme au point de vue littéraire, les libertins sont les « attardés « du siècle de Montaigne; — et les « bohèmes » de leur temps; — mais que cela ne les empèclic point «le j)roresser des principes très
d'un seul trait jusqu'au Cid, — est l'œuvre des Précieuses. On n'a généralement retenu d'elles que le souvenir de leurs ridicules, et il faut avouer qu'elles en ont eu beaucoup, dont la comédie de Molière et la satire de Boileau nous dispensent de parler ici plus longuement. Ce qu'on pourrait surtout leur reprocher, ce serait d'avoir remis la littérature française à l'école de l'Espagne et de l'Italie, — d'Antonio Perez et du cavalier Marin, de Guarini et de Gongora, — supposé du moins qu'elles eussent pu l'éviter, dans une cour tout italienne, et dans un temps où l'influence espagnole rentrait chez nous par toutes nos frontières. Mais elles nous ont, après cela, rendu de grands
arrêtés; — et que, s'ils non avaient pas eu la formule, Lcssius, dans son de Providentia ; — et Garasse, dans son livre de la Doc-' trinc curieuse des Beaux Esprits, la leur auraient fournie. — Qu'en leur qualité des disciples de Montaigne et même de Rabelais, ils étaient naturellement hostiles à presque tout jcc que tentaient les Précieuses ; — puisque aussi bien elles le tentaient contre eux.
3» Théophile de Viau [Ciairac, 1590; f 1626, Paris.] — Sa première éducation ; — ses relations avec des Barreaux et avec Balzac ; — sa tragédie de Pyrame et Tishé, 1617; — et qu'elle vaut mieux que les deux vers qui l'ont immortalisée :
Ah! voici le poignard qui du sang de son maître Fut souillé lâchement; il en rougit, le traître!
Il y a dans cette tragédie des parties de lyrisme dune verve singulière; — et des parties de dialogue déjà presque cornéliennes. — D'autres œuvres de lui valent la peine d'être retenues; — pour la chaleur du mouvement qui les anime [L'Ode du Roi, Ed. Alleaumc, I, 135]; — pour le sentiment très vif quelles respirent de la nature [La Lettre à son frère (en vers) II, 178]; — pour une certaine grâce sensuelle ou épicurienne [La Solitude, t. I, 176]. — C'est dommage qu'elles soient déparées par des traits de la plus choquante vulgarité. — Voyez encore ses Satires [t. II, p. 238 et p. 241]. — Si ce sont ses Satires, ou son Traité de l'Immortalité de l'âme, ou son Parnasse, qui lui ont valu son premier exil, en 1619?
LA NATIONALISATION DE LA LiTTEnATURIÎ ll5
services, et des services qu'on ne saurait oublier, méconnaître ou négliger, sans fausser vingt ou trente ans de l'histoire des mœurs et de la littérature. C'est ainsi qu'étant femmes, et du monde, elles ont affranchi la littérature de ce pédantisme dont elle est encore tout embarbouillée dans Ronsard ou dans Montaigne même. On dirait parfois que Ronsard et Montaigne n'ont écrit que pour les gens de collège. L'étalage indiscret, ou plutôt complaisant, de leur érudition ; leurs allusions perpétuelles à une antiquité dont nous n'avons pas comme eux fréquenté les scoliastes et les grammairiens; l'admiration naïve, parfois même un peu suspecte, qu'ils témoignent
— A partir de ce moment l;i vie du poète est comme désemparée ;
— la publication du livre du père Garasse, dirigée contre lui, lui porte le dernier coup; — on instruit son procès; — il est condamné par arrêt du l'-'" septem])re 1625 au bannissement à perpétuité.
4° Tactiqlk nolvelli: di:s Liukrtias. — C est à dater de ce moment que les libertins changent de tactique. — Ils gardent leurs idées; — mais ils vont s'abstenir de les exprimer publiquement; — ou du moins, comme Saint-Evrcmond et comme La Mothe le Vaycr, ils vont y mettre une sourdine; — ou un masque. — Leurs convictions ne sont pas assez profondes pour qu'ils essaient de les l'aire prévaloir contre lopinion commune; — et })Ourvu qu'on les laisse vivre à leur gré, c est tout ce (ju'ils tlenianderont. — Do là, par contre-coup, le discrc-dit qui les atteint; — et dont ils ne se relèveront guère (|u après un demi-siècle avec lîayle.
5" Les (Klvhks. — Nous avons de Tliéophile : des Poésies [Odes, Stances, Elégies, Sonnets, Satires] ; — une tragédie : Pyranie et Tishé; — des Lettres; — et un Traité de rinnnortalifé de l'âme, paraphrase du P/iédon, vu prose mèii-e de \rrs. Ajoulez (pielques pièces relatives à son procès. La meilleure édition et la j)lus complète est celle que nous avons signab-e, <!(? M. Aile; umr, dans la Bibliothèque l'^Izévirienne, Paris, I8*>6.
Les meilleures éditions de Saint-Lvreujond el de La .Mothe le Vayer sont, pour le f)remier : 1 édition d .\mslerdam, 17l{9, Covens et Mortier, 7 vol. in- 18; — et pour le second, 1 «Wlition de Dresde, 17'i9, chez Michel (iroell, 7 vol. in-8". divisés en Ti tomes.
pour les « fausses beautés » de Cicéron ou de Sénèque; leur manie de ne rien avancer qu'ils n'appuient de l'autorité d'un ancien; tout cela, qui peut bien éblouir d'abord notre ignorance, ne tarde pas longtemps à nous fatiguer, à nous impatienter, et, tranchons le mot, à nous ennuyer. Il nous déplaît qu'un poète traîne à son pied, comme un boulet, le commentaire perpétuel de Marc- Antoine Muret ou de Pierre Marcassus; et, pour entendre un livre français, nous ne voulons pas commencer par apprendre le latin. Tel était du moins le sentiment des précieuses; et c'est pourquoi, rien qu'en se mêlant de littérature, et à la littérature, elles ont donc d'abord