XIII. — Le théâtre romantique
1° Les sources. — G. Schlegel, Cours de littérature dramatique, traduction française, Paris et Genève, 1814; — F. Guizot, sa Préface pour la réédition du Shakespeare de Letourneur, Paris, 1821; — Stendhal, liacine et Shakespeare, Paris, 1823-1825; — Ch. Magnin, /e Théâtre anglais à Paris, 1827-1828 [Dans ses Causeries et Méditations, t. II, Paii3,1843]; — Benjamin Constant, Z)c Wallenstein et du théâtre allemand, dans ses Mélanges, Paris, 1829; — Fauriel, Carmagnola et Adelghis, tragédies de Manzoni, suivies d'une Lettre de Manzoni à M. C. sur V Unité de temps et de lieu, Paris, 1834 [Cf. Waille, le Romantisme de Manzoni, Alger, 1890].
Les Préfaces de N. Lemercier; Alexandre Dumas; Alfred de Vigny; Vicior Hugo, etc.
Jules Janin, Histoire de la littérature dramatique, Paris, 1853, 1858; — Gustave Planche, ses Revues dramatiques dans la Revue
traits littéraires ou clans ses Portraits contemporains, — et quand il y met du moins quelque sincérité, — n'être plus que le journal, elle aussi, des impressions littéraires de Joseph Delorme. Que dirons-nous encore que soient les Histoires de Michelet, sinon la notation lyrique des émotions qu'il éprouve à revivre, dans le silence apaisé des archives, les hontes ou les gloires du passé? Je joindrais à ces noms ceux de Lacordaire et de Berryer, si depuis trente ou quarante ans à peine qu'ils sont morts, le virtuose de la tribune et celui de la chaire n'étaient devenus l'un et l'autre à peu près illisibles.
Une réaction était inévitable. « Les hommes sont faits pour vivre ensemble et pour former des corps et des sociétés
des Deux Mondes, 1832-1857; — Théophilo Gautier, Histoire de l'art dramatique, Paris, 1859; — Saint-Marc Girardin, Cours de littérature dramatique, Paris, 1853.
2° L'kvolution du romantismi: au TiirATiir:; — et que, si 1 ou eu cherche le priucipe dans l'appropriation du théâtre anglais ou allemand ; — dans l'introducliou sur la scène française des sujets nationaux; — ou dans 1 imitation du décor exotique; — on le cherchera longtemps sans le trouver. — Le romantisme au tiiéàtrc n a consiste qu'a prendre en tout le contre-pied du classicisme; — à nierlexislence des règles ; — et à proclam(>r une liberté dont le premier eiFet a été d'abaisser la tragédie au niveau du mélodrame. — C'est ce que l'on peut constater en relevant le chemin — que Vigny a fourni d'Olhvllo, 1829, à Chatterton, 1835; — Hugo, de Crom^vcll, 1827, aux liurgraves, 18'i3; — cl Dumas, d Henri III à sa cour, 1829, à Mademoiselle de Itelle-Isle, 1839. — In second trait qui caractérise le <lrame romantique est resj)ii( de ri'volle dont il est inspiré; — et que. sans avoir besoin <h> (h-scendre jusqu'aux élucui)rations de Félix Pval, — on reconnaît ass»/ aisc'iucnt dans V.intony <lc Dumas, 1831 ; — dans le Iloi s'anuisr «le Victor Hugo, 1832; — et dans le (chatterton lui-même de Vigny, 1835. — VA, comme il faut enfin (pie la libcrt»'- la plus dérégh-r aboutisse à une règle, — un dernier caractère du drame romanlitpu; est l'anîmiation de la souveraineté de la passion; — et sous le nom d'c-nergie, la gloriiicalion <lu crinie.
Heureusement que, tandis que leurs imitateurs, comme un Fré-
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civiles. Mais il faut remarquer que tous les particuliers qui composent les sociétés ne veulent pas qu'on les regarde comme la dernière partie du corps duquel ils sont. Ainsi, ceux qui se louent se mettant au-dessus des autres, les regardant comme les dernières parties de la société, et se considérant eux-mêmes comme les plus honorables, ils se rendent nécessairement odieux à tout le monde. » Les romantiques ne connaissaient assurément pas ces paroles du modeste et timide Malebranche ; et, les eussent-ils connues, qu'ils n'en eussent tenu compte. Mais ils auraient eu tort! Ce que nous supportons en effet de l'auteur des Méditations ou de celui des Nuits, nous ne saurions le supporter longtemps même d'un Sainte-Beuve, — c'est
déric Soulié, par exemple, — vont jusqu'au bout de la doctrine, — Vigny en est préservé par sa noblesse naturelle; — Hugo, par son lyrisme, qui dans son Ilernani, ou dans son Ruy Blas, Télève audessus de son sujet; — et Dumas, par la fécondité de son invention dramatique. — De telle sorte que le théâtre romantique, après avoir fait plus de bruit que de besogne, — retourne à l'épopée par les Burgraves; — et au drame de Scribe par Mademoiselle de Belle-Isle, ou les Demoiselles de Saint-Cyr; — sans avoir conquis autre chose à lauteur dramatique qu'une liberté générale très vague ; — dont les applications ne se précisent qu'en s'opposant aux contraintes classiques. — Le drame romantique est une tragédie classique; — où l'on a le droit de violer les trois unités; — dont les personnages peuvent n'être que de simples particuliers ; — et où le « grotesque » se mêle constamment au « sublime ».
3" Les Œuvrks. — 1<* D'Alfred de A'igny : le More de Venise, 1829; — la Maréchale d'Ancre, 1831 ; — Chatterton, 1835.
2" De Victor Hugo : Cronuvell, 1827; — Ilernani, 1829; — Marion Delorme, 1830; — le Roi s'amuse, 1832; — Lucrèce Borgia, 1833; — Marie Tudor, 1833; — Angelo, 1835; — Ruy Blas, 1838; — les Burgraves, 1843.
3° D'Alexandre Dumas : Henri III et sa cour, 1829; — Christine à Fontainebleau, 1830; — Napoléon Bonaparte, 1831; — Antony, 1831; — Charles VII chez ses grands vassaux, 1831; — Richard Darlington, 1831 ; — Teresa, 1832; — la Tour de Nesle, 1832; — Angèle, 1833; — Catherine Howard, 1834; — Don Juan de Marana,
du poète que je parle, — ou d'une Desbordes-Valmore. Nous les trouvons trop impertinents de nous entretenir ainsi de leurs affaires, comme si nous n'avions pas les nôtres! et le don de l'expression leur faisant ordinairement défaut, leurs airs de supériorité nous irritent. Ils le sentent bien ; et, pour tirer de leur originalité le droit de nous ennuyer d'eux, ils s'en composent, ils essaient péniblement de s'en composer une, ce qui ne tarde pas à les jeter dans la bizarrerie ou dans la monstruosité. Ils nous demandent alors pour les maladies qu'ils se sont données l'indulgence et l'attention qu'ils désespéraient autrement d'ojjtenir, et, par une conséquence de l'étalage de soi-même, la littérature devient pathologique. ]Mais ici le bon sens se
1836; — Kean, 1836; — Caligula, 1837; — Paul Joncs, 1838; — Mademoiselle de Belle-Isle, 1839; — V Alchimiste, 1839; — Un mariage sous Louis XV, 18V1 ; — Lorenzino, 1842.