V. — Charles- Marie- René Leconte de Lisle Saint-Paul
Ile de la Iléunion. I8I8; -•- IH[)\, Paris].
lo Les Sources. — Charles Baudelaire, .Xotice, dans le Ilecueil
Lamartine, et en s'en vantant, ont poussée plus d'une fois jusqu'à rincorrection; une incohérence de métaphores, qui nous gêne presque dans quelques-uns des chefsd'œuvre d'Hugo :
Quand notre âme en rêvant descend dans nos entrailles , Comptant dans notre cœur qu'enfin la glace atteint; Comme on compte les morts sur un champ de bataille, Chaque douleur tombée et chaque songe éteint;
des enchevêtrements de tours et de phrases qui font souvent de la prose de Sainte-Beuve, et notamment dans son Port-Roijaly un modèle de préciosité; une lourdeur puissante, mais aussi une vulgarité de manières, si l'on peut ainsi dire, une familiarité de mauvais ton qui ren-
des Poètes français de Crcpet, t. IV, Paris, 1865; — Th. Gautier, Rapport sur les progrès de la poésie, 1867; — Paul Bourget, Essais de psychologie contemporaine, Paris, 1886; — Maurice Spronck, les Artistes littéraires, Paris, 1889; — Jules Lemaître, les Contemporains, t. II, 1893; — F. Brunetière, l'Évolution de la Poésie lyrique, t. II, 1893, et Nouveaux Essais de littérature contemporaine, 1895; — Jean Dornis, Leconte de Liste, Paris, 1895; — Henry Houssaye, Discours de réception, 1895.
2° Le Poktk. — Ses débuts romantiques. — Le séjour de Rennes, et la Variété, Revue littéraire, 18'i0-1841. — L'arrivée à Paris et la collaboration aux journaux phalanstériens, 1845-1849; — ses premiers poèmes : Ilylas, Niohé, Ilypatie; — et son intervention dans la cause de l'abolition de l'esclavage — Il traduit l'Iliade. — Publication des Poèmes Antiques, 1852; — des Poèmes et Poésies, 1853; — et des Poèmes Barbares, 1862. — Effet que ces poèmes produisent sur G. Flaubert [Cf. sa Correspondance, notamment sous la date de 1852-1853]. — La Préface des Poèmes Antiques [supprimée dans les éditions ultérieures]; — et ses déclarations franchement anti-romantiques.
L'inspiration antique dans la poésie de Leconte de Lisle ; — et comment elle s'y combine avec l'inspiration anti-religieuse [Cf. Hypatie] ; — et l'amour païen de la beauté pure [Cf. la Vénus de Milo]. — Conséquences qui en résultent : la théorie de l'impersonnalitc du poète; — la religion de la forme; — et la doctrine de l'art pour l'art. — L'antiquité indoue dans les poèmes de Leconte
dent pour quelques délicats, la Cousine Bette ou le Lys dans la Vallée, si difficiles à lire, — rien de tout cela ne se retrouve ni dans les Poèmes barbares^ ni dans VHistoire de la Littérature anglaise^ ni dans Madame Bovary, ni dans la Vie de Jésus. Augier seul et Dumas dans leurs drames en ont gardé la tradition.
Faisons un pas de plus, et ne laissons pas croire que les naturalistes, dans leurs écrits, se soient bornés à éviter les défauts des romantiques. En rapprochant l'art de l'imitation de la nature, les Flaubert et les Taine, les Leconte de Lisle et les Renan ont donc donné au style un degré de précision, de plénitude et de solidité, de « densité », disait Flaubert, dont on s'était depuis long-
de Lisle [Cf. Sujya, Bhagavat] ; — et qu'il y faut rapporter les origines du pessimisme du poète; — son goût pour l'exotisme, — et sa conception d'une poésie « naturaliste et scientifique ».
L'inspiration exotique dans la poésie de Leconte de Lisle; — et à ce propos de l'influence de l'auteur A' Emaux et Camées; — et de celui des Orientâtes; — sur l'auteur des Poèmes Barbares. — Mais l'influence des indianistes semble avoir été plus grande encore, — notamment celle d'Eugène Burnouf [Cf. également dans la Notice de Baudelaire, citée plus haut, une très heureuse comparaison do Leconte de Lisle avec Ernest Renan]. — Largeur et beauté de la description dans les vers de Leconte de Lisle : — ses animaux [Cf. le Sommeil du condor, le Rêve du jaguar, les Éléphants] ; — ses paysages [Cf. le Rernica, la Fontaine aux lianes]; — son sens <Ie la diversité des races [Cf. le Cœur d'Hialmar, la Vérandah, la Tête du comte]. — En quoi ces descriptions diffèrent profondément de celles du romantisme; — j)ar le souci de l'exactitude;
— par l'attention qu'y met le poète à ne rien mêler de lui-même;
— par l'intensité du courant de vie profonde (ju'il y fait circuler [Cf. la Panthère noire, les Hurleurs]. — Sil est vrai cependant que, par l'intermédiaire de ces caractères, celle poésie rejoigne la science; — et dans {juellc mesure il est permis de l'appeler scientifique ?
L'inspiration pessimiste dans la poésie d<' Leconte de Lisle, — et qu'elle en fait encore l'originalité. — Si Vigny a exercé quelque influence sur î.,econle de Lisle ' — ou s'ils ont tous deux puisé leur
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temps désaccoutumé. Quelques grands vers de Leconte de Lisle ;
Le vent respectueux, parmi leurs tresses sombres, Sur leur nuque de marbre errait en frémissant, Tandis que les parois des rocs couleur de sang, Comme de grands miroirs suspendus dans les ombres, De la pourpre du soir baignaient leur dos puissant,
quelques pages de Flaubert, — le Comice agricole d'Yonville-l' Abbaye, dans Madame Boçary, la description de la forêt de Fontainebleau dans V Education sentimentale-, — quelques pages de Taine ou de Renan, entre lesquelles on n'aurait que l'embarras du choix, nous ont rendu la sensation du « définitif» et de 1' « achevé ». Même n'ont-
pessîmisme à la même source? — Qu'il y a plus de noblesse dans le pessimisme d'Alfred de Vigny; — et non pas plus de sincérité,
— mais une conviction plus communicative dans celui de Leconte de Lisle. — Il lui manque aussi de s'être dégagé plus librement de l'anti-christianisme ; — et de s'être changé plus souvent en pitié des o souffrances humaines ». — Qu'il faut d'ailleurs imputer cette dureté de Leconte de Lisle, — non point du tout à son insensibilité personnelle [Cf. le Manchy^ Qaïn, l'Illusion suprême] ; — mais à son parti pris de ne prêter son vers qu'à l'expression des misères de l'humanité; — non des misères de l'individu; — et aussi peut-être à sa conceptioft du style.
Des qualités de style de Leconte de Lisle, — et qu'il n'y a pas de plus « grands vers » que les siens, — ni de plus plastiques, — ni de plus harmonieux. — Il y manque seulement un peu d'aisam ( . ou d'air, pour ainsi parler; — et un peu de variété. — De quelques affectations de couleur locale dont il aurait aussi pu se mieux défendre ; — comme n'ajoutant rien à la vérité de ses descriptions ;
— et comme tendant à donner du vrai a naturalisme » une idée quelque peu pédantesque. — Il n'y a rien de plus « naturel » en français à dire Phoihos que Phoehus; — et ni le sentiment de l'antiquité; — ni la justesse de la représentation; — ni la durée de l'œuvre d'art ne dépendent de ces minuties.
3° Les Œuvres. — Les œuvres de Leconte de Lisle compiniiK nt : 10 ses Poésies, ainsi réparties dans l'édition délinitive qu'il eu a donnée lui-même : Poèmes Antiques; Poèmes Barbares; Poèmes
ils pas exagéré dans ce sens? et, quand ils en sont arrivés à penser, et très sérieusement, comme Flaubert, qu'un « assemblage de mots, indépendamment de ce qu'il exprime », avait en soi sa beauté, n'ont-ils pas été dupes d'une véritable hallucination d'art? J'inclinerais, pour ma part, à le croire. Mais, en attendant, c'est de quoi les contemporains leur ont d'abord été reconnaissants; et le talent d'écrire qu'on admirait en eux a fait la fortune de leurs doctrines esthétiques.
Car la critique, une certaine critique, académique et universitaire, — Sainte-Beuve en tête, et derrière lui J.-J. Weiss, Cuvillier-Fleury, Prévost-Paradol, — a bien fait mine de résister, mais on ne l'a point écoutée et
Tragiques. — Il y faut ajouter un volume d'œuvres posthumes, Derniers Poèmes, publié en 1895;
2° Ses traductions de Vlliade, de l'Odyssée, d'Hésiode, d'Eschyle, d'Horace, qui semblent avoir été « faites pour le libraire », et que gâte d'ailleurs un excès de « littéralité ».
3° Ses Erinnyes, qui ne sont qu'une adaptation d'Eschyle, plus eschyliennes que l'original, et (jui font d ailleurs partie du recueil de ses Poèmes Tragiques, mais qu'il faut pourtant classer à part, comme ayant subi l'épreuve de la scène.