‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 82 sur 85 · XII. — Alexandre Dumas fils [Paris, 1821; f 1895, Paris · texte numérisé non relu

XII. — Alexandre Dumas fils [Paris, 1821; f 1895, Paris

1" Les Sources. — Les « feuilletons dramatiques » de Jules Janin dans le Journal des Déhais; — Théophile Gautier, dans la Presse et dans le Moniteur; — F. Sarcey, dans l'Opinion nationale et dans le Temps; — Jules Lemaîtro, dans le Journal des Dchats; — Weiss, Essais sur l'histoire de la littérature française, 1857-1858 ;

— Léopold Lacour, Trois théâtres, Paris, 1880; — I'2mile Zola, Nos auteurs dramatir/ues; et Documents littéraires, Paris, 1881; — Paul Bourgel, Essais de psychologie contemporaine, 1880; — Paul de Saint-Victor, le Théâtre contemporain, Paris, 1889; — René Doumic, Portraits d'écrivains, 1892, et Essais sur le théâtre contemporain, 1895-1897; —II. Parigot, le Théâtre d'hier, Paris, 1893, et dénie et Métier, Paris, 189'i.

2® L'Homme et l'Kckivain; — el (juc pour les comprendre, — mais surtout pour les juger, — il faut se représ<'nter Alexandre Dumas (ils — comme ayant alfeclé lout<' sa vie l'allure d'un révolté;

— dont l'indépendance aurait d'ailleurs été limitée — par ce besoin de plaire; — et, pour plaire, de romplaire à lopinion — qui est toujours l'écueil de l'anljur dramatique.

tout que nous prêtions à ce mot on ne sait quelle signification secrète ou quelle valeur mystique! Ce n'est pas davantage que nous prenions notre opinion particulière et personnelle pour la règle arbitraire des autres. Mais nous en avons de solides raisons, qui sont justement celles que, dans ce résumé de l'histoire de la littérature française, nous avons essayé de mettre en évidence. — Si le dilettantisme a certainement eu cette conséquence heureuse, en développant ou en excitant la curiosité de l'esprit, d'en aiguiser la pénétration ou d'en étendre la portée; et si d'autre part on ne saurait nier, — comme

A. Le Réaliste; — et d'abord qu'on ne trouve qu'un a épigone du romantisme », — et un faible imitateur de son père, — dans les Aventures de quatre femmes et d'un perroquet, 1846-1847; — dans le Docteur Seryand, 1849; — et dans le Régent Mustel, 1852 [Cf. J,-J. Weiss, loc. cit., les Romans de M. Dumas fils]. — L'imagination, le style, et toute intention d'art y font également défaut; — et on n'y est frappé de rien tant que de l'ignorance prodigieuse de l'auteur; — si ce n'est de sa sufiîsance; — qui sont deux legs de son « grand enfant » et de son « bon garçon de père » [Cf. Un père prodigue]. — Mais le succès de la Dame aux camélias, 1848 (roman), et 1852 (drame), — lui indique sa véritable voie ; — qui est l'imitation de ce qu'il a vu lui-même; — et sans doute c'est une forme inférieure du réalisme ; — comme le réalisme des Champfleury, par exemple, et des Courbet; — qui ne sont réalistes que de la stérilité de leur invention ; — mais pourtant c'en est une. — Différence à cet égard du réalisme de Dumas et de celui de Flaubert, ou de Taine. — Diane de Lys est toutefois une espèce de retour au romantisme. — Mais à dater du Demi-Monde, 1855, — Dumas se jette tout entier dans le réalisme par imitation des mœurs contemporaines ; — et la Question d'argent, 1857; — le Fils naturel, 1858, qui est lui-même, Dumas; — un Père prodigue, 1859, qui est son propre père; — l'Ami des femmes, 1864; — et l'Affaire Clemenceau, 'iS66, — sont autant d'œuvrcs où dominent les caractères du réalisme; — dans la nature des intrigues; — dans le choix des personnages; — dans la familiarité du style. — C'est une autre différence encore du « réalisme » de Dumas, et de celui de Flaubert ou de Leconte de Lisle ; — l'indifférence presque entière

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aussi bien nous n'en avons eu garde, — que le nataralisme nous ait rendu, deux ou trois fois au moins dans le cours de notre histoire, d'utiles et même de précieux services ; rien n'empêche une littérature « sociale » de s'approprier les conquêtes du naturalisme et du dilet^ ianiisme. Mais au contraire ils ne sauraient, eux, s'approprier les siennes, puisque le dilellantisme, c'est l'individualisme; et le naturalisme^ c'est la soumission absolue de l'écrivain à son objet ou pour mieux dire encore, c'en est l'acceptation. Les choses ne sont pour lui que ce qu'elles doivent être, et dès qu'il les a comprises, il ne

à la forme; — et la conviction qu'on écrit toujours assez bien dès qu'on réussit à se faire entendre. — Une autre différence est la tendance à discuter des « questions » et à moraliser.

B. L'Auteur dramatique. — C'est sous l'influence do cette tendance; — encouragée par l'influence directe et personnelle de George Sand ; — par l'influence moins directe, mais non moins certaine de Michelet; — et par l'émulation des succès quasi politiques d'Augier [Cf. les Effrontés et le Fils de dhoyer], — que Dumas invente un nouveau théâtre, — dont les Idées de madame Auhray, 1867, — sont le premier modèle. — Tandis qu'eu cfTet Augier continue de subir 1 influence de Scribe; — et serait d'ailleurs embarrassé de la secouer; — Dumas s'en émancipe ; — et ses pièces deviennent des « llièses », — dont les personnages ne sont que les porte-paroles appropriés ; — et l'intrigue une démonstration. — Ces thèses ont pour objet en général de montrer l'iniquité du Code [Cf. F. Moreau, le Code cis'il et le Théâtre contemporain]; — et de plaider notamment la cause de la recherche de la paternité, celle du divorce, et légalité romantique de Ihomme et do la femme dans la faute ou dans l'adultère. — Les Préfaces du Théâtre complet [édition do ISrirj-lHJOJ ; — et qu'il faut faire attention qu'étant postérieures de dix ans aux pièces (ju'olh's précèdent, — elles répondent à l'idée nouvelle que l'autvMir des Idées de madame Auhray se fait de son art.

C'est conformément à ces principes nouveaux, — fortifiés chez lui par les spectacles des événenionls de 1870-1871 [Cf. Lettres de Junius, 1870-1871], — qu'Alexandre Dumas a écrit la Visite de noces, 1871; — la Princesse (ieorges. 1871; — la Femme de

les trouve pas légitimes seulement, mais « naturelles » et par conséquent nécessaires. En second lieu, ce qu'une littérature « sociale » a pour elle — dans le pays de George Sand et de Lamennais, de Voltaire et de Montesquieu, de Bossuet et de Racine, de Montaigne même et de Rabelais, — c'est d'être conforme à la tradition quatre ou cinq fois séculaire du génie français. Omnia quse Joquitur popidus iste conjuratio est! Ce n'est pas seulement ce qui n'est pas clair qui n'est pas français, mais c'est tout ce qui n'exprime pas dans la langue de tout le monde des vérités qui intéressent ou qui touchent tout

Claude, 1873; — trois pièces dont il y en a au moins deux où l'on ne voit pas que la « thèse » nuise à la valeur dramatique de l'œuvre; — et au contraire où lobligalion de « prouver » a débarrassé le théâtre de plusieurs conventions gênantes. — Elles l'ont ramené à une simplicité d'action que Scribe lui avait rendue tout à fait étrangère; — puisqu'il ne fondait son espoir de succès que sur l'imprévu de ses combinaisons. — Elles y ont introduit un élément de passion, — que l'on chercherait en vain dans les comédies ou les drames d'Augier, — dont on ne sait jamais pourquoi les personnages agissent de telle ou telle manière plutôt que d une autre. — Et elles ont enfin rendu au théâtre — une valeur littéraire, psychologique et morale, — qu'il avait à peu près perdue depuis une centaine d'années. — Car, quelle est la signification de l'Aventurière, ou du Verre d'eau, ou de la Tour de Nesle, ou même de Marion Delorme?

C. Le Moraliste. — De là la transformation du « réaliste » en « moraliste », — et du Dumas de Diane de Lys ou de la Dame aux camélias, — en celui de l'Étrangère, 1876; — de la Princesse de Bagdad, 1882; — de Denise, 1885; — et de Francillon, 1887. — Et qu'il est dommage, en vérité, que ce moraliste ait quelquefois manqué de bon sens ; — plus souvent encore d'une suffisante connaissance des questions qu'il traitait ; — et toujours de mesure. — Les lacunes de l'éducation première de Dumas ne s'aperçoivent que trop ; — même dans sa manière de poser les problèmes [Cf. les Femmes qui tuent et les Femmes qui votent], 1880, — ou encore la Question du divorce, 1881. — Ramenées ou réduites à l'optique du théâtre, il tranche trop aisément des difficultés ; — dont il n'a pas

le monde ; et c'est pourquoi l'on remarquera que ni la plupart de nos « romantiques », ni surtout nos « dilettantes )) n'existent au regard de retrancher. On a mieux qu'eux en leur genre en Angleterre ou en Allemagne! Nous, au contraire, la socialisation de la littérature, si j'ose hasarder ce barbarisme expressif, c'est ce qui nous a permis dans le passé, non seulement, comme on l'a vu, de résister à l'influence étrangère, et de n'en retenir que ce que nous pouvions approprier aux fins de notre génie, mais encore d'exercer dans le monde la domination intellectuelle que nous y avons exercée plus souvent

vu la complexité. — Mais il n'en a pas moins rendu un service considérable, — rien qu'en passant lui-même, franchement et résolument du « naturalisme » à F « idéalisme » ; — sans eHort, et par le seul mouvement du progrès de ses réflexions. — L'un des premiers en son temps, — et depuis les Idées de madame Aiihray jusqu'à Francillon, — il a rattaché l'un à l'autre l'art et la vie, — qu'on voulait séparer. — Et sans doute, on doit regretter que de tout son théâtre, — ce qui durera sans doute le plus longtemps ce soient ses drames « réalistes », — mais l'accident ne prouve rien ni contre son talent d'auteur dramatique, — ni contre les pièces à thèse, — ni contre la gt'nérosité de son elForl, — et encore bien moins contre celte idée — plus (pie jamais aujourd'hui répandue, — que l'art a « une fonction sociale ».

3° Les Œuvrks. — Si nous laissons de côlé ses romans de jeunesse, (|ui sont devenus à peu près illisibles, les OEusres d Alexandre Dumas comprennent :

1° La Damr aux camélias (roman), 18'«S; — et l'Affaire Clemenceau, 1806;

2o Son Tliéiitvo, dont la dernière ('-dition, en 7 volumes in-I'i, Paris. 18yO-18'.K{, Calmann Lévy, se compose de : la Dame aux camélias. 1852; Diane de l.ys. 1853; le liijou de la reine. 1855 (en vers); — le Demi-Monde, 1855; la Question d'ar^^ent, 1857; le Fils naturel. 1858; Un Père prodif^'ue, 1859; — l'Ami des femmes, ISf)'!; 1rs Idées de madame Auhray. 1867; — Une visite de noces, 1871; la Princesse (îrorf^es, 1871 ; la Femme de Claude, 1873; — Monsieur Alphonse, I87'i: l Étrangère. 1876; — la Princesse de Bagdad, 1882; Denise, 1885; Francillon. 1887.

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(ju'aucuii peuple. Et enfin, si le propre d'une littérature « sociale » est de tendre, comme on Ta dit, au « perfectionnement de la vie civile » ou, comme nous dirions de nos jours, au progrès de la civilisation, que pourrions-nous ajouter de plus? Nous avons depuis quatre cents ans, dans notre littérature et dans notre langue même, les moyens de travailler ensemble à la grandeur du nom français et au bien commun de l'humanité. Qui ne sacrifierait à ce généreux idéal un peu de son a individualisme », et l'étrange vanité d'être seul h s'admirer ou à se comprendre lui-même?

Il y faut ajouter les deux volumes intitulés : le Théâtre des autres, dans lesquels il a au moins autant de part qu'Augier dans les Lionnes pauvres ou Barrière dans les Faux bonshommes, et qui comprennent : le Supplice d'une femme [en collaboration avec Emile de GirardinJ, 1865; Iléloïse Paranquet [en collaboration avec Armand Durantin], 1866; — le Filleul de Pompignac, 1869 ; — la Comtesse Romani [en collaboration avec M. Fould], 1877; — et les Danicheff \cn collaboration avec M. Pierre Corvin], 1879.

Il a de plus « remis sur pied » quelques-unes des pièces de George Sand, dont la plus célèbre est le Marquis de Villemer. 1864.

3° En dehors de ses romans et de son Théâtre, on a enfin de Dumas : — trois volumes àEntr'actes, 1878-1879, plus un volume àe Nouveaux Entr'actes, 1890, où il a lui-même réuni la plupart de ses brochures et feuilles volantes ; — la Question du divorce, 1880 ; — et une Lettre à M. Rivet, député, sur la recherche de la paternité, 1883.

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