‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 5)Chapitre 26 sur 89 · IX. — Mathurin Régnier [Chartres, 1573; f 1613, Rouen · texte numérisé non relu

IX. — Mathurin Régnier [Chartres, 1573; f 1613, Rouen

1° Les Sources. — Goujet, dans sa Bibliothèque française, t. XIV ;

— Sainte-Beuve, Tableau de la Poésie française au xvi® siècle : Mathurin Régnier et André Ckénier, 1829 ; — Viollet-le-Duc, Notice, en tête de son édition des Satires, 1853; — Robiou, Essai sur l'histoire de la littérature et des mœurs, etc., Paris, 1858; — Garsonnet. Étude sur Mathurin Régnier, Paris, 1859 et 1877; — Courbet, Notice, en tête de son édition des Satires, Paris, 1875.

— J. Vianey, Mathurin Régnier, Paris, 1896.

2° L'Homme et le Poète. — Que Régnier, quand il commence d'écrire, n'est déjà qu'un « attardé; » — comme libertin, qui s'efforce de retenir la licence des mœurs d'un autre âge; — et comme disciple de Ronsard, qu'il copie outrageusement. — Ses

de la Sagesse; Honoré d'Urfé, le gentilhomme forézien, le mari malheureux de la belle Diane de Chateaumorand, dans cette Astrée qui va devenir le code de la société polie; François de Sales encore dans son Introduction à la sfie dévote. Nous ne sommes pas faits pour nous, mais pour les autres hommes, et même, ce que nous pouvons être, nous ne le devenons que par l'usage dés autres hommes. Dans l'intérêt de la société des hommes,^ et par conséquent, dans son intérêt même, personnel et particulier, que chacun de nous abdique donc un peu de cet égoïsme qui lui est d'ailleurs si naturel ! Pour quelques sacrifices qu'il nous en coûtera, nous en serons plus que payés par les plaisirs d'une douceur toute nouvelle de vivre. Puisque nous avons tous un continuel besoin les

qualités : — franchise de l'expression et verdeur de la langue, poussée souvent jusqu'à la grossièreté [Cf. Satire xiii] ; — le don de voir, de peindre et de satiriser [Cf. Satire viii] ; — l'apparence au moins, sinon toujours la réalité de l'aisance et du naturel [Cf. Satires m et vu]. — Ses défauts : — l'incorrection et la prolixité [Cf. Satire i] ; — le manque de goût et l'absence d'art [Cf. Satire x] :

Ses nonchalances sont ses plus grands artifices ;

— le manque d'invention et d'idées. — D'où vient sa réputation?

— De ce qu'il a plu à Boileau de le tirer de l'ombre ; — de ce qu'il est Gaulois; — et de ce qu'en un certain sens, par la force de quelques-uns de ses vers, il fait un des anneaux entre Rabelais, par exemple, et Molière.

3° Les Œuvres. — Si l'on met à part quelques épigrammes, — deux Elégies ; — et quelques pièces obscènes égarées dans la collection du Cabinet satyrique; — les œuvres de Régnier se réduisent à ses Satires, qui sont en tout au nombre de dix-neuf.

La meilleure édition qu'on en ait est celle de Courbet, Paris, 1875, Lemerro ; — à laquelle deux opuscules de M. Dezeimeris. Bordeaux, 1876 et 1880; — et les recherches de M. Vianey [1896] permettraient d'apporter encore de nombreuses améliorations.

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uns des autres, établissons entre nous les bases d'une « honnête amitié » qui, d'un secours ou d'une aide, nous deviendra tôt ou tard une jouissance. Organisons la vie sociale. Faisons qu'elle consiste non seulement dans un échange habituel de services, mais aussi de sentiments ou d'idées. Multiplions les occasions de nous réunir, ce sera multiplier les moyens de nous entendre; et de chacun de nous se dégagera, pour ainsi dire, un modèle d'honnête homme, qui n'aura pas « d'enseigne » ou de (( spécialité », comme nous dirions de nos jours. Nous tenons là l'idée dernière du classicisme, et l'histoire de la littérature française pendant cent cinquante ou deux cents ans ne va plus être que l'histoire des transformations ou des progrès de cette idée maîtresse.

X. — Honoré d'Urfé [Marseille, 1568; + 1625, Villefranche, Alpes-Maritimes].

1** Les Sources. — D'Urfé lui-même, en plusieurs épisodes de son AstréCj qui ne sont que son histoire personnelle « romancée » ;

— Patru : Eclaircissements sur l'histoire de VAstrée, dans la collection des Plaidoyers et œuvres diverses de M. Patru, Paris, 1681, Mabre-Cramoisy ; — Auguste Bernard, Les d*Urfé, Paris, 1839;

— Robert Bonafous, Études sur VAstrée et Honoré d'Urfé, Paris, 1846; — Louis de Lomcnie, LAstrée et le roman pastoral, dans la Revue des Deux Mondes du 15 juillet 1858; — Emile Moutégut, En Bourbonnais et en Forez, Paris, 1880 ; — Kôrting, Geschichte des franzôsischen Romans im xvii Jahrhundert, Leipsig et Oppeln, 1885-1887.

2° Les Origines de l'Astrée. — Biographie d'Honoré d'Urfé : — Son premier écrit : Les Epistres morales, 1598; — son mariage avec Diane de Châteaumorand; — ses malheurs conjugaux; — son poème du Sireine, 1606. — La composition de VAstrée. — Le mélange de la fiction et de la réalité [Cf. Patru, Éclaircissements, etc.]. — Le cadre du récit et la Diana enamorada de Georges de Montemayor. — La couleur du récit et le roman pastoral ; — la vogue européenne du roman pastoral ; — les Arcadia de Sannazar et de Sydney; — Les descriptions du Forez dans le roman de

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Ainsi, dans les dernières années du règne d'Henri IV, si nous voulons mesurer, en quelques mots, le chemin accompli, nous voyons une littérature originale et nationale tendre à se dégager de l'imitation des littératures étrangères. A en juger par les plus caractéristiques des symptômes que nous avons signalés, cette littérature sera surtout « sociale )> ; et on veut dire par là qu'elle se proposera d'entretenir, de développer, de perfectionner l'institution sociale. Etant sociale, elle sera générale, ce qui signifie qu'elle ne sera pas, ou rarement, l'expression de la personnalité de l'écrivain, mais plutôt celle des rapports de l'individu avec les exigences d'une humanité idéale, analogue ou identique h elle-même en tout temps, en tous lieux, éternellement subsistante, pour ainsi parler,

d'Urfé [Cf. Montégut, jF/i Bourbonnais^ etc.]; — les anecdotes de cour; — l'intention symbolique [Cf. la dédicace de VAstrée]. — Des rapports de V Introduction à la vie dévote et du roman de VAstrée,

3° Le caractère de l'Astrée. — Aspect général de l'œuvre ; — et que, bien loin que les épisodes y soient, comme dans d'autres romans de la même forme, des hors-d'œuvre par rapport au récit principal, c'est le récit principal qui n'est que le prétexte ou l'occasion des épisodes. — Diversité d'intérêt qui en résulte : — 1^ Épisodes historiques [Eudoxe et Valentinian, II® partie, livre 12] ; — 2^ Allusions contemporaines [EuriCy Daphnide et Alcidon, III® partie, livre 3]; — 3° Inventions personnelles [Damon et Madonthe, II® partie, livre 6]. — La forme des récits n'est pas moins variée : — descriptions [II® partie, livre 5] ; — conversations [II® partie, livre 12] ; — narrations [III® partie, livre 7], on y trouve des modèles de tout, de lettres encore et de sonnets d'amour; — sans compter quelques pages d'une touche plus réaliste ou plus brutale. — Du style de VAstrée : — son élégance et sa clarté; — sa douceur et sa fluidité; — sa justesse dans l'abondance, — sa valeur psychologique; — et, comme conséquence, de la peinture des variétés de l'amour dans VAstrée. — L'amour sensuel et brutal [Eudoxe et Valentinian, II® partie, livre 12] ; — l'amour volage et capricieux [Hylas, I"*® partie, passim] ; — l'amour jeune et passionné

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et à ce titre, définie par des caractères immuables. Sociale dans son objet, générale dans ses moyens d'expression, cette littérature sera encore morale, dans la mesure précise où il ne saurait exister de société sans morale. Entendez par cette restriction qu'elle s'attachera moins à traduire dans ses œuvres ce que toute morale a d'absolu dans son principe que ce qu'elle a toujours de relatif dans ses applications. Cette morale ne sera donc ni la morale chrétienne du détachement et du sacrifice, ni même la morale stoïcienne de l'efiort : ce sera une morale €€ mondaine ». Et enfin cette littérature ne pourra manquer d'attacher une grande importance aux agréments de la forme, en premier lieu parce qu'il faudra qu'elle plaise pour persuader; en second lieu, parce que la forme

[Chryséide et Arimant, III® partie, livres 7 et 8]; — l'amour chevaleresque [Rosanire, Céléodante et Rosiléon, IV® partie, livre 10];

— l'amour mystique [C'e'/a^o/i et Astrée]. — Variété des caractères.

— Qu'il ressort enfin de l'ensemble du livre une impression de charme et d'apaisement sans analogue jusqu'alors dans la littérature; — qui explique sa fortune, l'une des plus prodigieuses qu'il y ait dans l'histoire littéraire: — et sa longue influence.

4<> De l'influence de l'Astrée. — S'il faut lui faire une part dans la formation de la société précieuse? — Qu'en tout cas, c'est d'elle que vont procéder, pendant plus de vingt ans le théâtre; — et pendant plus de cinquante ans le roman; — si Im Princesse de Clèves n'est à vrai dire qu'un épisode de V Astrée. — On peut aller plus loin encore [Cf. Montégut, En Bourbonnais j etc.] et retrouver quelque chose de l'inspiration de V Astrée : — dans les tragédies de Racine; — dans les comédies de Marivaux; — dans les romans de Prévost; — dans J.-J. Rousseau; — et peut-être de nos jours même jusque dans certains romans de Georges Sand. — C'est comme si l'on disait que le succès de V Astrée a donné son orientation à tout un grand courant de notre littérature.

50 Les Œuvres. — Nous avons déjà cité les Epistres morales, 1598; — et le Sireine, 1606; — Il y faut joindre la Sylvanire, fable bocagère, 1627, et les Amours de Floridon.

Quant à r^5^rée, les deux premiers volumes en parurent en 1610

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seule est capable de sauver les généralités du « lieu commun », qui en est l'écucil; et en troisième lieu, parce qu^elle a déjà refait sa a Poétique » et sa « Rhétorique » sur le modèle du latin. Yoyons-la maintenant à l'œuvre et suivons-en le développement.

ou peut-être en 1608; les deux seconds en 1616; le cinquième et le sixième en 1619. Les quatre autres sont posthumes; et on n'y peut guère distinguer la part qui en revient à d'Urfé de celle qui appartient à Baro, son continuateur. C'est pour cela que nous n'en avons pas tenu compte dans l'analyse du roman.

La meilleure édition de VAstrée est celle de 1647, chez Toussaint Quinet et Antoine de Sommaville.

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