IV. — François de Malherbe [Caen, 1555; f 1628, Paris
1^ Les Sources. — Racan, Vie de Malherbe, entête ou à la fin de la plupart des éditions de Malherbe ; — Godeau, Discours sur les œuvres de M. de Malherbe, en tête de l'édition de 1666. — Lettres de Malherbe', — Bayle, dans son Dictionnaire, article Malherbe; — Sainte-Beuve, Tableau de la Poésie française^ Causeries du Lundi, t. VIII; et Nouveaux Lundis , t. XIII; — G. Allais, Malherbe et la Poésie française a la fin du xvi© siècle, Paris, 1891 ; — F. Brunot, La doctrine de Malherbe, Paris, 1891 ; — V. Bourienne, Points obscurs et nouveaux de la vie de Malherbe, Paris, 1895; — duc de Broglie, Malherbe, Paris, 1897.
2° L'Homme, le Poète et le Réformateur.
A. — Que Malherbe, en dépit de ses allures dédaigneuses, n'a pas autant qu'on le dit rompu avec le passé. — Sa conception générale de la poésie est celle de Ronsard; — et la ressemblance s'étend au détail : — il fait des « pointes » comme Ronsard ; — il use et il abuse, comme Ronsard, de la mythologie [Cf. Stances à M. du Perier; — Ode à Marie de Médicis; — Stances sur le départ de Louis XIir\ ; — et ses sentiments enAn, comme ceux de Ronsard, sont purement païens [Cf. Consolation à Caritée]. — De quelques anec-
LA NATIONALISATION DE LA LITTERATUnK 110
dite naïve, le mauvais goût étonnent. Mais, d'une manière générale, sous l'influence des précieuses, la littérature, les mœurs même s'épurent, ou si Ton veut, se polissent. Ni M™" de Rambouillet, « l'incomparable Arthénice », ni sa fille, Julie d'Ângennes, pour qui soupira si longtemps Montausier, ni tant d'aimables femmes, formées aux conversations de la célèbre « chambre bleue », ne supportent qu'on leur offre à l'esprit, dans la causerie ou dans les livres, l'image toute nue de ce que, dans la réalité de la vie quotidienne, chacun de nous s'efforce à cacher. Ni tout ce qui se fait ne peut se dire, ni tout ce qui se dit ne peut s'écrire. Il faut avoir désormais égard
dotes que l'en conte de lui, et qui viennent à l'appui de cette der« nière indication [Cf. Tallemant des Réaux, I, 287, 290, 284].
B. — Que les qualités qui font le poète sont en lui médiocres ou nulles, mais qu'il a possédé celles d'un excellent versificateur. — On ne manque pas plus que lui d'enthousiasme; — le mot du cavalier Marin. — Absence en lui d'imagination. — La mythologie, vivante encore chez Ronsard, n'est plus qu'une « machine » chez Malherbe ; — et les « figures » n'y sont plus des peintures de son émotion, mais de simples <c ornements » du discours. — Son manque de sensibilité. — C'est de sensibilité, si c'est de chaleur, que le mouvement manque dans ses Odes, et encore plus de variété. — Son manque enfin de naturel. ^- Mais il a en revanche le sens du développement logique; — celui de l'harmonie oratoire; — le goût de la chose bien faite. — Ses théories sur l'importance et sur la richesse de la rime; — sa sévérité de grammairien [Cf. Racan, dans sa Vie de Malherbe] ; — et qu'il est étrange à cet égard que les Banville et les Gautier de nos jours n'aient pas reconnu en lui leur véritable ancêtre.
C. — Que le caractère même des leçons de Malherbe en explique la portée, sans qu'il en soit pour cela plus grand. — Son idéal, comme celui de Ronsard vieillissant, a tendu à « épurer » le lyrisme de tout ce qu'il contenait de personnel ; — et conséquemment à le transformer en éloquence. [Cf. Les Stances au roi Henri le Grand partant pour le Limousin.] — C'était justement alors ce que l'on demandait; — et aussi bien ce qu'avait fait Bertaut dans quelques-unes de ses pièces, ou le cardinal du Perron [Cf. le Recueil
à la condition, au temps ou à la circonstance, à Tâge, au sexe. La situation des femmes en est aussitôt et singulièrement relevée. On comptera désormais avec elles, on ménagera leurs pudeurs, on les traitera d'égales. Et si quelque survivant attardé de l'autre siècle est incapable de cette contrainte, les cabarets lui sont ouverts, la jPo/wtt?^ de Pin^ le Mouton blanc ^ où il ira rimer, entre hommes, ses couplets bachiques et ses chansons ordurières.
Quand les mœurs se polissent, le langage aussi s'épure, et, n'était la crainte de paraître jouer sur les mots, je dirais volontiers que « politesse » et « polissure » sont choses qui vont naturellement ensemble. La distinction
des plus beaux vers de ce temps, 1606] ; — Malherbe n'a rien fait de plus, mais il a mieux fait. [Cf. le sonnet sur la Mort de son fils; — VOde sur V attentat de 1605 \ — VOde à M. de Bellegarde.] — Qu'il est donc ainsi le témoin, plutôt que l'ouvrier, de la réforme à laquelle on attache son nom; — qu'au surplus le premier recueil de ses Poésies, jusqu'alors éparses un peu partout, n'a paru qu'en 1630; — qu'on ne voit point qu'il ait laissé devrais disciples, si les deux seuls qu'on nomme sont Maynard et Racan; — et que l'Académie naissante n'a pas critiqué moins vivement les Stances de 1605 , son chef-d'œuvre, que le Cid lui-même.
3<> Les Œuvres. — Les œuvres de Malherbe se composent : 1° de ses Poésies, soit en tout 125 pièces, dont la première : les Larmes de saint Pierre, a paru en 1587 ; et les dernières, qui sont, les Vers funèbres sur la mort d* Henri le Grand, et V Invective contre le maréchal d* Ancre :
Ya-t'en à la malheure, excrément de la terre,
dans l'édition de 1630 seulement; — 2^* de son Commentaire sur Desportes, qui n'a paru qu'en 1825; — 3* de ses traductions du xxiii* Livre de Tite-Live, 1621; du Traité des Bienfaits ; et des Lettres de Sénèque à Lucilius, 1637, 1638, 1639 ; — 4* de sa Correspondance, très intéressante pour l'histoire du temps de la régence de Marie de Médicis.
Parmi les éditions de Malherbe, et après la première, donnée en 1630 chez Charles Chappelain, il convient de signaler : —
des mots suit celle des habitudes, et le choix des idées entraine celui des ternies. La victoire de la préciosité a donc été Torigine d'une révolution de la langue, et même c'est il cela que Ton a ramené trop souvent et, à tort, toute la préciosité. Pour beaucoup d'historiens de la littérature, le rôle des précieuses n'aurait consisté qu'à rayer quelques mots du vocabulaire, à y en introduire quelques autres, et surtout à remplacer l'usage habituel du terme propre, direct et précis, par l'emploi de la métaphore. Et je conviens qu'elles l'ont fait! Mais ce qui est peut-être plus intéressant, et en tout cas plus important, que d'énumérer ici quelques mots ou quelques locutions dont
— rédition de 1666, chez Thomas Joli, avec les observations de Ménage; — l'édition de 1757, Paris, chez Barbou; — l'édition Charpentier, 1842, à laquelle on a joint les commentaires d'André Chénier; — et l'édition Liilanne, Paris, 1862, Hachette.