IX. — Les Origines du jansénisme
1** Les Sources. — Ranke, Histoire de la Papauté aux xvi^ et XVII® siècles; — M. Philippson, La Contre- Révolution religieuse au
accepter la discipline que le monde leur imposait, Richelieu conçut la pensée de faire servir cette docilité nouvelle aux desseins de sa politique. Utiliser le pouvoir de Tesprit et s'en faire un instrument de règne, ou, si l'on veut, intéresser les gens de lettres h la réalisation de ses plans ambitieux, sans leur en livrer le secret, il lui sembla que ce serait sans doute une grande chose, et que ce qu'il voyait autour de lui lui en oifrait les moyens. Toutes ces petites coteries littéraires qui s'étaient formées h l'imitation de l'hôtel de Rambouillet, et qui n'en étaient, à vrai dire, que la caricature, témoignaient d'un besoin de voir régner, jusque dans les choses de l'esprit, quelque
xvi» sièclef Paris et Bruxelles, 1884; — Dejob, de V Influence du concile de Trente sur la littérature, Paris, 1884.
Molina, Concordia liherii arhitrii cum gratia donis, 1595 ; — Jansenius, Augustinus, seu sancti Augustini doctrina de naturœ humanœ sanitate, segritudine, et medicinay 1640; — C. Mazzella, De Gratia Christi, Woodstock Marylandiae, 1878.
Dom Clémencet, Histoire générale de Port-Royal, 10 vol. in-12. Amsterdam, 1756; — N. Rapin, Histoire du Jansénisme depuis son origine jusqu'en lôH, publiée (et arbitrairement mutilée] par l'abbé Domenech, Paris, 1861 ; — Sainte-Beuve, Port-Royal, 1. 1 et II ; — l'abbé Fuzet [évêque actuel de Beauvais], Les Jansénistes et leur dernier historien. Paris, 1876.
2* La Formation de la doctrine. — De l'importance du jansénisme dans l'histoire des idées religieuses; — de la littérature française; — et de la politique. — Acharnement encore actuel de tout un parti contre lui.
Le mouvement de la contre-réforme [Cf. Ranke, Histoire de la Papauté^ ; — la concentration du catholicisme sur lui-même ; — et la renaissance de la ferveur religieuse dans les dernières années du XVI® siècle. — Du molinisme [qu'il ne faut pas confondre avec le molinosisme] ; — et comment il semble avoir accrédité l'idée que nous serions les maîtres de nos destinées. — C'est en travers de cette « corruption » du christianisme que se mettent Du Vergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran [1581 ; f 1643], et Jansenius ou Janssen [1585; f 1638]. — Premiers écrits de Saint-Cyran. — La Question royale, 1609; — V Apologie pour Henri... de la Roche-
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ordre et quelque discipline. Par d'autres chemins que les siens on semblait tendre à cette unité, ou, pour dire quelque chose de plus, h cette homogénéité qui était le principal ou Tunique objet de sa politique intérieure. Comme il voulait faire de la monarchie française le type en quelque manière de l'Etat moderne, vraiment un, vraiment vivant, vraiment organisé, la littérature, elle aussi, semblait tendre vers le même idéal d'organisation et de vie commune. Et, de même enfin qu'au dehors il voulait faire de l'Etat français le régulateur de la politique européenne, ainsi l'ambition qui couvait jusque dans le cœur des grammairiens et des critiques, — de Vaugelas,
posay, évêqiie de Poitiers, 1615. — Rencontre de Saint-Cyran et d'Arnauld d'Andilly, 1620; — leurs relations avec les Pères de l'Oratoire ; — la Réfutation de la Somme du Père Garasse, 1626 ; — la publication du Petrus Aurelius, 1631 ; — translation à Paris du Port-Royal des Champs, 1626. — Saint-Cyran, directeur de Port-Royal; — son embastillemcnt en 1638; — Jansénius fait paraître son Augustinus en 1641.
Analyse de V Augustinus. — Les cinq propositions [Cf. l'abbé Fuzet, Les Jansénistes et leur dernier historien) et sur le fond de la question de la grâce, G. Mazzella,Z>e Gratia Christi prxlectiones scholastico-dogtiiaticse]. — Qu'il y va dans cette controverse : — du libre arbitre ; — de la définition de la nature humaine ; — et finalement de toute la conduite. — Qu'il y va d'autre part, au point de vue de l'histoire littéraire, de l'intelligence des Provinciales et des Pensées,
X. — René Descartes [la Haye (en Touraine), 1596; f 1650, Stockholm].
1° Les Sources. — F. Cournot, Considérations sur la marche des idées dans les temps modernes, t. I, liv. III, ch. 1, 2, 3, 4; Paris, 1872; — Fioreniino , Bernardino Telesio, Florence, 1874; — Maximilien Marie, Histoire des sciences mathématiques et physiques, t. IV, Paris, 1883-1885.
A. Baillet, La vie de Monsieur Descartes, Paris, 1691.
J. Millet, Histoire de Descartes avant 1631, Paris, 1867 ; — Louis
par exemple, ou de Chapelain, — c'était de faire succéder la langue française à la dignité de la latine ou de la grecque. Il devait être facile de s'entendre; et, après quelques tâtonnements, c'est de cette entente qu'est sortie la pensée de l'Académie française. L'Académie française n'a pas été créée pour autre chose que pour inféoder les destinées de la littérature à celles de la France même ; et pour qu'il ne fût pas dit qu'une force sociale aussi considérable qu'était déjà celle de l'esprit pût échapper entièrement à l'action du pouvoir central.
Mais sur quel terrain s'achèverait l'entente? Car, en plusieurs occasions, et au lendemain même de la fonda-
Liard, Descartes, Paris, 1882; — A. Fouillée, Descartes, dans la collection des Grands Ecrivains français, Paris, 1893.
Bordas-Demoulin, le Cartésianisme, Paris, 1843; — V. Cousin, Fragments philosophiques, t. IV et V : Philosophie moderne, Paris, 1845 ; — Francisque Bouillier, Histoire de la philosophie cartésienne , Paris, 1854 ; — Ravaisson, Rapport sur le prix Victor Cousin, 1884 ; — G. Monchamp, Histoire du cartésianisme en Belgique, Bruxelles, 1886; — F. Brunetière, Études critiques, IV® série.
2» L'Homme, le Philosophe et l'Écrivain. — Où en était avant Descaries la conception de la science et de la philosophie? — et qu'en lui faisant honneur d'avoir renversé la philosophie d'Aristote on ne se trompe que de quelque cent ans. — Le rôle de l'Italie dans la constitution de l'idée de science. — Galilée [Cf. Fiorentino, op. cit., et J. Bertrand, Les Fondateurs de V astronomie moderne, Paris, 1865]. — Quelques mots de Bacon, et de son peu d'influence [Cf. Liebig, Bacon, Paris, 1866; et Claude Bernard, Introd. à la médecine expérimentale, Paris, 1865]. — De la savante ignorance de Descartes; — et combien il a profité de ses prédécesseurs. — Qu'il avait certainement lu le Traité de la sagesse de Charron ; — la Doctrine curieuse du Père Garasse; — et, de son propre aveu, les Lettres de Balzac. — S'il a été, comme le croyait Huyghens, « fort jaloux de la renommée de Galilée ».
Education de Descaries; — ses premières études au collège de la Flèche, 1604-1612 ; — ses débuts à Paris, et sa passion du jeu [Cf. Baillet, ch. 8] ; — sa carrière militaire, 1617-1621;— il assiste à la bataille de Prague, 1620. — Son voyage d'Italie et son pèle-
tion de son Académie, Richelieu s'était bien aperçu, — par l'affaire de Corneille et de la critique du Cid^ — qu'il ne gouvernerait pas les gens de lettres comme il faisait ses « intendants ». Les gens de lettres n'ont pas toujours cet « esprit de suite » que le cardinal exigeait de ses protégés; et leur obéissance, qui peut d'ailleurs très bien aller jusqu'à la bassesse, n'en a pas moins toujours quelque chose de capricieux et d'intermittent.
C'est ici que les historiens de la littérature française placent l'action de Descartes et de son Discours de la méthode, lequel est en effet de 1637. « L'influence de Descartes, a écrit Désiré Nisard, fut celle d'un homme
rinage à Notre-Dame de Lorette, 1624-1625; — il séjourne à Paris, 1625-1629 ; — et il y compose probablement ses ReguUe ad directionem ingenii. — Les allusions mythologiques et la préciosité de l'expression dans les Regulse : — on dirait, du latin de Bacon. — Que ces détails nous font voir dans Descartes un tout autre homme que le spéculatif de la légende. — Nul philosophe plus mêlé au monde ; — qui ait traversé plus de « milieux » ; — et avec l'intention d'y apprendre « à connaître le genre humain ». — Il a tiré de la vie et de l'observation des hommes ce que l'auteur des Essais demandait à l'observation de lui-même et aux livres. — 11 prend la résolution de se fixer en Hollande, et s'établit à Amsterdam, mars 1629. — Son roman : Hélène et Francine.
De quelques particularités du caractère de Descartes, — et comment ses historiens n'en ont-ils pas tenu plus de compte? — Etendue de sa curiosité. — Que sont devenus ses vers sur la Paix de Munster ? — et la comédie « en prose mêlée de vers » dont il est fait mention dans l'inventaire de ses papiers? — Son inquiétude habituelle; — ses distractions; — ses changements de lieux; — sa vie cachée; — ses manies. — Curieux fragments de son Journal; — ses illuminations et ses songes; — la mémorable nujt du 10 novembre 1619, où « il lui sembla que du haut du ciel l'esprit de vérité descendit sur lui pour le posséder ». — On ne trouve point de semblables traits dans la vie de Corneille; — et encore moins dans celle de Malherbe. — Qu'il serait temps de les faire entrer dans la composition du caractère historique de Descartes, — et dans les considérants du jugement à porter sur sa philosophie.
de génie qui avait appris à chacun sa véritable nature, et, avec Fart de reconnaître et de posséder son esprit, Fart d'en faire le meilleur emploi. » Et dans un autre endroit : « Voilà pourquoi les écrivains qui vinrent immédiatement après lui,,, sont presque tous cartésiens. Ils le sont par les doctrines qu'ils adoptent entièrement ou en partie ; ils le sont par la méthode qu'ils appliquent à tous les ordres d'idées comme à tous les genres. » Nisard donne encore à Descartes cet éloge d'avoir « atteint en français la perfection de l'art d'écrire »; et il ajoute que cette perfection consisterait « dans la parfaite conformité de la langue de Descartes avec le génie français ». Mais
La publication des Essais de philosophie [in-4o, Leyde, 1637] comprenant : le Discours sur la méthode^ la Dioptrique^ le Traité des météores, et la Géométrie. — Sa polémique avec Voet [Cf. J. Bertrand, dans la Revue des Deux Mondes, 1891]. — Il fait paraître ses Méditations métaphysiques, 1641 ; — ses Principes de philosophie, 1644. — « 11 tombe dans des dégoûts pour la qualité d'auteur qui lui font perdre toute envie de rien imprimer » [Cf. Baillet, Vie de Descartes]. « Mais les compliments et les honnêtetés que lui font les jésuites approbateurs de sa philosophie lui relèvent un peu le courage ». — Son goût pour les études d'histoire naturelle et de physiologie. — Son dernier voyage en France, 1648.
— Désappointement qu'il y éprouve [Cf. ses Lettres sous cette date]. — Que les troubles de la Fronde auraient d'ailleurs suffi pour le chasser de sa patrie. — Ses relations avec la reine Christine de Suède. — Il se fixe à Stockholm, octobre 1649;
— et il y meurt [11 février 1650].
Si le style de Descartes mérite les éloges qu'on en fait quelquefois ? — Qu'à le considérer sans parti pris il semble écrire clairement; — et qu'il dit assez bien ce qu'il veut dire; — mais son style n'a rien de très supérieur à celui d'Arnauld dans sa Fréquente communion. — Le principal mérite en est de manquer des d ornements » ou des « agréments » dont Voiture et Balzac « enrichissaient » volontiers le leur. — En revanche, et pour être parfaitement « naturel », il lui manque d'être une peinture de son vrai caractère; — la raison seule parle dans sa prose; — et cependant nul philosophe n'a mis plus d'imagination dans sa vie.
je ne crois pas que Ton puisse se tromper davantage; et sans parler de la « perfection du style de Descartes », dont je dirais volontiers, selon le mot célèbre, qu'elle ressemble « à l'eau pure, qui n'a point de saveur particulière », l'influence de Descartes, on le verra plus loin, ne s'est exercée ni dans le sens que l'on dit, ni surtout dans le temps précis où on la place. En fait, bien loin d'être suivie d'aucun progrès de la raison ou du bon sens, la publication du Discours de la méthode n'est suivie chronologiquement que d'un retour offensif des influences étrangères ; l'espagnole d'abord ; l'italienne ensuite ; et toutes les deux bientôt mêlées ensemble. L'explication
3° Les Œuvres. — Elles se composent des Essais de philosophie, publiés en 1637; — des Méditations métaphysiques, 1641 ; — des Réponses aux objections, 1641-42; — de la Lettre à Gishert Voet, 1643; — des Principes de philosophie, 1644; — et, en œuvres posthumes : — du Traité des passions, 1650; — du Traité de l'homme, 1662; — du Traité du fœtus, 1662; — et du Traité du monde, 1664. — Il y faut joindre une volumineuse Correspondance, publiée pour la première fois en 1657, par Clerselier.
Ajoutez, sous la date de 1701, les Régulas ad directionem ingenii, et VInquisitio veritatis per lumen naturœ.
Il existe plusieurs éditions des Œuvres de Descartes qui sont : — 1° l'édition d'Amsterdam, 8 vol. in-4°, 1670-1683, et 9 vol. in-18, 1692-1713; — 2° l'édition de Paris, 1724-1729, 13 vol. in-12; — et 3" l'édition de Victor Cousin, 11 vol. in-8°, Paris, 1824-1826, Levrault.
M. Foucher de Careil a publié deux volumes de Supplément aux œuvres de Descartes, Paris, 1859-1860, Durand.