VI. — L'Influence anglaise
L'influence anglaise; — que tout le monde avait un peu subie depuis le commencement du siècle ; — et Chateaubriand tout le premier ; — mais qui s'était plutôt exercée jusqu'alors dans la politique et dans l'histoire ; — et d'une manière assez vague ; — se « canalise » en quelque sorte vers 1855; — et par l'intermédiaire de quelques hommes, — Philarète Chasles, Emile Montégut, Taine, — agit surtout dans trois principales directions.
10 Par l'intermédiaire d'Emile Montégut; — qui fait du roman anglais et du roman américain, dans la Revue des Deux Mondes, 1851-1858, — une étude plus approfondie qu'aucun auteur étranger ne l'a faite, en aucun temps, d'une littérature étrangère; — une sorte de « réalisme » à la fois sentimental et caricatural; — se révèle aux lecteurs français. — Dickens et Thackeray en sont les principaux représentants; — et David Copperfield, ou la Foire
surtout on ne Ta pas suivie. Au contraire, c'est du côté du naturalisme qu'on a vu pencher les derniers romantiques eux-mêmes, Victor Hugo, George Sand, Michelet. Nous ne saurions en effet nous le dissimuler, ce sont bien les Poèmes Antiques et les Poèmes Barbares que Victor Hugo a imités, comme il pouvait et comme il savait imiter, mais enfin qu'il a imités dans sa Légende des siècles. Et il n'a pas cessé pour cela d'être .romantique! La Rose de V Infante ou les Raisons du Momotombo sont toujours et avant tout les impressions, les opinions d'Hugo sur son sujet. Mais il n'en a pas moins fait tout ce que lui permettait son génie essentiellement lyrique pour devenir épique, impersonnel et objectif; et il y a
aux vanités deviennent presque aussi populaires en France qu'en Angleterre, — lorsque Taine a eu tracé de Thackeray et de Dickens, — les très beaux portraits que l'on sait
2® A la même époque, paraît en Angleterre le livre célèbre de Ch. Darwin, — V Origine des espèces, 1858, dont le retentissement est considérable dans le monde entier. — On le traduit aussitôt [M"6 Clémence Royer] en français ; — et Flourens le réfute pitoyablement. — Mais les études d'histoire naturelle en reçoivent une extraordinaire impulsion ; — et par elles les idées « naturalistes » en critique et en art, — semblent avoir reçu un accroissement d'autorité. — En France comme en Angleterre, et comme en Allemagne,
— le livre de Darwin substitue « la science biologique » à « la science mathématique » comme type de la science.
3° Enfin, et sans parler de la traduction des Représentative Men d'Emerson par Emile Montégut, — et de l'étude de Taine sur VIdéalisme anglais, — on traduit, et on commence à signaler à l'attention du public français les romans de George Eliot, Adam Bede, Silas Marner, etc. — Ces romans ont pour caractère : — d'être résolument « naturalistes », — de parti pris et de propos délibéré,
— l'auteur ayant sur tous ses contemporains ou émules dans le roman, — y compris Flaubert, — une supériorité considérable d'éducation philosophique. — Et ainsi, avec son naturalisme, — qui va bien au delà de la surface des choses, — s'introduit en même temps, pour un avenir prochain, — le moyen de le corriger et de « l'idéaliser ».
xjuelquefois réussi. Pareillement un Michelet. Celui-ci non plus n'a pas abjuré sa méthode, ni refait son « tempérament ». II a continué dans les derniers volumes de son Histoire de France, a ne retenir et à ne traduire dans sa prose que le frisson lyrique, si Ton peut ainsi dire, dont les faits l'avaient remué. Mais, dans ces derniers volumes eux-mêmes, et surtout dans son Insecte, son Oiseau, dans la Femme, dans V Amour, il a fait au « naturalisme » cette concession de tout réduire à ce que l'on pourrait appeler le mysticisme physiologique. Il ne s'y soucie plus que d'histoire naturelle; et la dernière explication des choses gît désormais pour lui dans un mystère d'alcôve. Parlerai-je de George Sand? et dirai-je qu'à