‹ Manuel de l'histoire de la littérature françaiseChapitre 12 sur 90 · VI. — La Farce de Pathelin · texte numérisé non relu

VI. — La Farce de Pathelin

1<> Les Sources. — Petit de Julie ville, La Comédie et les Mœurs au moyen âge, Paris, 1887; — Littré, Histoire de la langue française, Paris; — Lenient, La Satire en France au moyen âge; — Krnest Renan, la Farce de Pathelin, dans ses Essais de critique et de morale.

2° Moralités, Farc es et Soties , -r Que l'examen des Moralités confirme les observations précédentes sur la « littérature allégorique », directement et indirectement : — directement, sF Tës~ moralités rie sont "qu'une forme de cette littérature : — par la

Comment donc se fait-il que ce mouvement se soit brusquement interrompu? et même, s'est-il interrompu? Car nous connaissons assez mal cette longue période qui s'est étendue de l'avènement des premiers Valois jusqu'à l'époque de la pleine Renaissance.

La langue se trouble, s'épaissit, s'alourdit, se complique sans se raffiner, devient h la fois plus obscure, plus pédantesque et plus plate. « Une ordonnance de saint Louis, a-t-on dit, et une ordonnance de Louis XIV sont toutes deux du français, » ce qui revient sans doute à dire qu'une ordonnance de Jean le Bon ou une ordonnance de Charles VII n'en sont qu'à peine ou n'en sont point. [A. de Montaiglon, dans le Recueil des Poètes fran^

nature des personnages qui en sont les héros : Mal-Avisé, Bien- Aviséf lîébellion, Malefin, etc. ; — par l'intention de « moraliser » dont leur seul nom témoigne; — et par ce qu'elles contiennent de satire enveloppée. — Les mêmes observations sont indirectement confirmées : — par la supériorité des Farces sur les Moralités ; — et par la nature de cette supériorité, — qui consiste essentiellement en ce que les personnages n'y sont point des allégories, — mais des personnages réels.

De la Farce de Maître Pathelin; — et s'il y faut voir les « origines » de^la comé di e classicyue.. — et dans son auteur un € précurseur de Molière ». — De l'abus qu'il y a dans cette perpétuelle' recherche des « origines » ; — et qu'il ne suffit pas de quelques scènes d'un bon comique pour qu'on prononce le nom de Molière, La Farce de Pathelin n'est après tout qu'un fabliau dialogué; — ^ dont la donnée n'a rien de très spirituel, ni de très profond ; — quoique d'ailleurs la farce soit très bonne. — Qu'il faut maintenir la distinction des genres; — et, à ce propos, d'une excellente page de Renan sur la bassesse de sentiments dont témoigne la Farce de Maître Pathelin.

Quelques mots sur les Soties; — qui appartiennent à la période

çais, de Crépet.] Les anciens genres sont épuisés et, de leurs débris, les nouveaux ne se dégagent point encore. La veine épique est désormais tarie : plus de Chansons de geste ni de Romans, On ne compose plus de Fabliaux, et même les grands Mystères n'apparaissent que tout à fait h la fin de la période. [Cf. V. Le Clerc, Histoire littéraire de la France, t. XXIV.] La chronique, en revanche, a tout envahi. On chronique en vers, et on chronique en prose. Chroniqueur Eustache Deschamps, et chroniqueur Georges Chastelain. La très sage Christine de Pisan, et Froissart lui-même , ne sont encore que des chroniqueurs. La préoccupation du présent les absorbe tous tout entiers ; et aussi bien le conçoit-on si Ton songe en quel temps ils vivent.

En effet, ce n'est pas l'heure de rêver la conquête mystique du Graal, lorsque l'Anglais est maître des trois quarts

encore presque inexplorée de la littérature du moyen âge. — Qu'il semble cependant qu'elles soient, à une Farce comme Pathelin, ce que les dernières branches du Renard sont aux premières ;

— ou l'inspiration de Jean de Meung à celle de G. de Lorris :

— c'est encore l'allégorie qui réagit elle-même contre ellemême, — en essayant de le sauver de la froideur par la grossièreté.

3° L'Œuvre. — La principale édition de la Farce de Maître Pathelin est celle de F, Génin, Paris, 185^.

VIL — François Villon [Paris, 1431....].

1® Les Sources. — A. Campaux, François Villon, sa vie et ses œuvres, Paris, 1859 ; — A. Longnon, Etude biographique sur François Villon, Paris, 1877; — Aug. Vitu, Le Jargon du xv® siècle, Paris, 1884; — Lucien Schone, Le Jargon et Jobelin de François Villon, Paris, 1888; — A. Bijvanck, Essai critique sur les œuvres de François Villon, Leyde, 1883; — Œuvres de François Villon, publiées par M. Aug. Longnon, Paris, 1892.

2^ Le Poète; — et qu'en saluant en lui le seul ou le « premier» de nos « vieux romanciers ». Boileau ne s'est pas trompé. —

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de la France, et on n'a pas le cœur à « gaber » parmi le tumulte des armes. Ajoutez la «peste noire », la « jacquerie », la folie du roi Charles VI, les sanglantes querelles des Armagnacs et des Bourguignons. Parmi toutes ces horreurs et dans l'universelle détresse, pour chanter « les dames » ou le retour du printemps :

L'année a quitté son manteau De vent, de froidure et de pluie,

il y faut toute l'insouciance ou toute la légèreté de Charles d'Orléans. Et quand enfin, dans les dernières années du règne de Charles VII, ou sous Louis XI, la paix et la tranquillité renaissent, une ou deux exceptions n'empêchent pas je ne sais quelle lourdeur flamande ou bourguignonne de tout envahir, dans la littérature comme dans l'art, — voyez plutôt à Dijon le tombeau des ducs de Bourgogne,

L'écolier parisien du xv® siècle; — ses aventures; — et comment elles ont failli le conduire au gibet; — il était peut-être à la veille d'être pendu quand il a composé sa Ballade des Pendus et ses deux Testaments; — quoique d'ailleurs dans la littérature de son temps le Testament soit une forme consacrée. — S'il a fait partie d'une bande de voleurs, — et qu'en tout cas il était « es prisons » de la Charité-sur-Loire lors de l'avènement de Louis XL — Il en sortit à cette occasion, et, de ce moment, on perd sa trace. — Mais on en sait assez pour affirmer que la grande supériorité de son œuvre tient à ce qu'il a « vécu » sa poésie.3

Qu'il a en effet toutes lés^qûâllléS d'un grand pïrète et d'un poète lyrique; — et même celles d'un homme d'esprit; — quoique son esprit soit généralement de bien mauvais ton; — et qu'on plaisante comme lui dans les bouges [Cf. la ballade de la Belle Heaumière et celle de la Grosse Margot\ — Mais il est touchant dans l'expression de son repentir [Cf. le Grand Testament, 169-224], — dont la sincérité nous est prouvée par la Ballade qu'il fit à la requête de sa mère. — Il a eu d'autre part le don de voir et de susciter aux yeux l'image des « choses vues » [Cf. la Ballade des Contredits de Franc Gontier]; — un vif sentiment du t macabre » [Cf. Grand

— et de tout écraser de son poids, que n^allège pas, qu'alourdirait plutôt l'étalage de la richesse. [Cf. Ernest Renan, Histoire littéraire de la France, t. XXIV].

Sans doute, il y a Villon, François Villon, <( né de Paris emprès Pontoise », vrai gibier de potence, mais vrai poète aussi, grand poète même, oserait-on dire ; et quelques-unes de ses Ballades ne sont assurément pas pour démentir ce que ce nom de poète, quand il est mérité, signifie de grâce et de force de style, de sincérité d'émotion, d'originalité de sentiment et d'idées. Qu'y a-t-il de plus <( macabre » que la Ballade des pendus? de plus haut en couleur que la Ballade de la grosse Maigot? d'une « enluminure » plus naïve que la Ballade que fit Villon à la requête de sa mère? et — puisqu'on ne peut enfin le nommer sans la rappeler — qu'y a-t-il de plus humain dans sa mélancolie que la Ballade des Dames du temps

Testament, 305-329 et 1728-1778]; — inflnimeut de grâce et de délicatesse, quand il l'a voulu [Cf. la Ballade des dames du temps jadis] ; — un e âpre éloquence de satirique; — telle même que N chez aucun de nos poètes on ne saisit mieux la parenté du lyrisme y et delà satire; — assez de virtuosité pour que personne en soni^^ temps ni aepuis ne l'ait surpassé ou égalé dans la ballade; — et ^^*^ puis, et enfin, de son œuvre entière^sôrt un "accent de détresse ^j profonde qui nous remue nous-mêmes jusqu'aux entrailles. ç ~

Ajoutez que ce que Boileau croyait qu'il eût t débrouillé » le mérite appartient au moins à Villon de l'avoir t résumé ». — L'idéal de Villon est assurément très éloigné de celui de la € poésie courtoise » ; — mais, s'il existe une poésie de l'aventure et de la vie de bohème, c'est la sienne; — et il ne l'a pas invculce.

— La forme sous laquelle l'idée de la mort a hanté les imaginations du Moyen-âge n'a pas eu non plus de plus éloquent interprète [Cf. les Vers de la Mort du moine Hélinaud, dans l'Histoire littéraire de la France, t. XIII]; — et si la poésie courtoise ellemême, tout en se trompant de route; — n'avait pas moins tendu à libérer de toute contrainte l'expression de la personnalité du poète;

— c'est encore ce qu'a réalisé Villon.

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/adis? Mais ce n'est pas Villon qu'on a suivi. Ceux qui ont fait école, ce sont les « grands rhétoricqueurs » : Jean Meschinot, Jean Molinet, Guillaume Crétin, — le Raminagrobis de Rabelais, — Jean Marot, Lemaire de Belges. Déjà prosaïque aux mains d'Alain Chartier, la poésie, entre les leurs, est devenue prétentieusement di,dactique. L'ont-ils eux-mêmes senti; et « ne pouvant la faire belle », est-ce pour cela qu'ils l'ont faite « artificieuse » en la surchargeant de complications infinies et de déplorables ornements? C'est vraiment la reine de village dont Pascal parlera quelque part, la a jolie demoiselle toute pleine de miroirs et de chaînes, qui s'admire, mais qui fait rire ». Aussi n'est-il rien demeuré de leur œuvre, et on ne peut seulement pas dire que l'âge postérieur en ait utilisé les restes. Mais ils n'en ont pas moins en leur temps comme étoufl'é la réputation de

3° L'Œuvre. — Les œuvres authentiques de Yillon se réduisent à ses deux Testaments et à cinq Ballades^ dont la meilleure édition, citée plus haut, est celle de M. Longnon.

Il n'est l'auteur ni des Repues franches, ni du Franc archer de Bagnolet qu'on s'obstine à reproduire dans presque toutes les éditions de son œuvre; — et des Onze Ballades en jobelin ou en argot qu'on lui attribue, il y en a quatre au moins qui ne sont certainement pas de lui; — mais toutes ces pièces ont le grand intérêt, puisqu'on les lui a attribuées, de prouver par là môme le caractère représentatif de son œuvre; — et que les contemporains l'ont aussitôt reconnu.

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