‹ Manuel de l'histoire de la littérature françaiseChapitre 14 sur 90 · I. - Clément Marot [Cahors, 1495; + 1544, Turin · texte numérisé non relu

I. - Clément Marot [Cahors, 1495; + 1544, Turin

1® Les Sources. — L* Adolescence, et la suite de VAdolescence Clémentine *; — Bayle : Dictionnaire historique et critique, art. Marot. — Lenglet du Fresnoy, dans son édition des Œuvres de Marot, 1. 1 et VI; — Goujet : Bibliothèque française , t. XI; — Ch. d'Héricault : Œuvres choisies de Marot, introduction, Paris, 1867 ;

1. Nous ne mettons expressément les Œuvres d'un écrivain au nombre des Sources de sa biographie qu'autant qu'elles contiennent, comme VAdolescence Clémentine, des renseignements personnels et donnés par l'auteur comme tels.

sens perdu de Tantiquité. Non pas qu'ils l'aient toujours elle-même très bien comprise, ni surtout que le Moyenâge, comme on Ta cru trop longtemps, Teût tout à fait ignorée. Le Moyen-âge avait connu Cicéron et Virgile, Tite Live et Horace, Ovide et Sénèque, Plante et Ju vénal; il les avait même traduits et imités I Mais « il n'en avait usé, dit un historien peu suspect, — le chanoine J. Janssen, dans son mémorable ouvrage sur U Allemagne et la Réforme^ — que comme d'intermédiaires pour parçenir à une intelligence plus profonde du christianisme et à l'amélioration de la sfie morale ; » et c'était sans doute une manière parfaitement légitime d'en user, mais on en pouvait concevoir une autre. La grande nouveauté de V humanisme fut de donner, à l'étude ou à la connaissance de l'antiquité latine, cette connaissance elle-même ou cette

— O. Douen : Clément Marot et le Psautier huguenot, Paris, 1878; — 6. Guiflrey : Œuvres de Marot, t. I et II, les seuls parus, Paris, s. d.

2° L'Homme et le Poète. — Quercynoîs ou Normand ? — L'élève de son père, Jehan Marot, et des grands c rhétoricqueurs »; — sa jeunesse et ses amours ; — son édition du Rommant de la Rose, 1527. — Le valet de chambre de François I®*". — Les prisons de Marot. *- La publication de V Adolescence Clémentine, 1532 ; et l'édition des Œuvres de Villon, 1533. — Marot et le protestantisme. — Le séjour de Ferrare. — Retour à Paris. — La traduction des Psaumes, 1541 . — Marot à Genève ; — ses démêlés avec Calvin; — il quitte Genève pour Turin, où il meurt en 1544.

Réputation de Marot; — et qualités qui la justifient : esprit, clarté, malice. — Que ces qualités sont à peine d'un poète, mais plutôt d'un prosateur qui aurait mis des rimes à sa prose. — Marot n'a eu du poète ni l'intensité du sentiment, ni le pittoresque de la vision, ni l'éclat du style. — Comparaison à cet égard de Marot et de Villon; — Banalité des idées de Marot; — et qu'il ne faut point faire peu de cas de Marot; — mais qu'il est pourtant nécessaire de le réduire à sa juste valeur, si l'on veut bien entendre la réforme et Toeuvre de Ronsard:

3** Les Œuvres. — Les œuvres de Marot se composent : 1^ de

i U KAHDBL BB L'bISTOIRS DS LA. UTtiBJlTIIHB FRANÇAISE |

étude pour objet, et ainsi de transformer, rien qu'en les déplaçant, les bases mêmes de l'éducation ou de la cul^ ~ ture intellectuelle. La diiTérence est en effet proTonn entre la disposition d'esprit qui consiste à cherchera dans les Tusciilanes ou dans le sixième chant de l'Enéide, les signes avant-coureurs du christianisme déj; prochain, et celle qui consiste à n'y vouloir uniquement saisir, pour en jouir, que les témoignages du génie méluQcolique de Virgile ou de l'éloquence de Cicéron. Quan-, tité de choses qui échappaient dans le premier cas, an long desquelles on passait, pour ainsi parler, sans les apercevoir, apparaissent alors, surprennent et rel l'atlcnlion. Imaginez que de nos jours on ne prétendit voir dans Rabelais ou dans Molière que les ii précurseurs de la Révolution française », qu'ils sont bien dans une

Traductions et d'Allégories, comme sa traduction des Métamor*^ phases, 1. I et II, el comme son Temple de Cupido, on ei .L

Enfer; ~ 2° de Chants royaux. Ballades et Rondeaux; — 3" d'^W J gies, d'Épitres, A'Épigrammea; — 4° de pièces de circonslnnoet f qui ligurent dans les recueils sous les titres d'Etrennes, Épitttt phes, Blasons, Cimetières et Complaintes; — 5' de sa traduclÎQjl de Cinquante Psaumes de David.

Les meilleures édilbos sont l'édition de Niort, 1596, ehçl Thomas Porlao; — l'édition Lenglet du Fresnoy, La Haye, t Néaulme; — et, parmi les édiliiins niodci-ues, ce z Scheurlng, 13G9; — et celle de GuilTrey, qui pst d

II, — Marguerite de Valois [Ângoulfme, 1492; f 1549, chJI-l tenu d'OdoB],

1° Lus SouRUKs. — Brantôme ; Les Dames Illustres, Dis** cours VI, article 6; — Bayle -.Dictionnaire historique, article MAit-.r gueritk; — Géain : Notice sur Marguerite, en tite de son édilioAj des Lettres, Paris, 1841 ; — Leroux de Lincy : Notice, en télé son édition de V Heptaméron, Paris, 1853;— La Perrière : Le Livri de dépenses de la reine de Navarre, Paris, 1S62 ; — Marguerite d^M

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certaine mesure ou en un certain sens; et comptez, de leurs traits les plus caractéristiques, essayez de compter combien il y en aurait de perdus pour nous. C'est une manière de lire Tartuffe que d'y chercher ce que Molière a pensé de la religion, mais évidemment ce n'est pas la seule, ni surtout la plus littéraire. [Cf. Janssen, VAlle^ magne et la Rèforme\ trad. française, Paris, 1887, t. I et II; et Pastor, Histoire des Pa/?^^, trad. Furcy-Raynaud. Paris, 1888, t. 1.]

• D'un autre côté, si le Moyen-âge avait assez bien connu la littérature latine, il avait presque totalement ignoré la grecque. Grœcum est^ non legiturl Le grec était la langue des grandes hérésies, la langue de Nestorius, d'Arius, d'Eutychès. Et, à la vérité, le proverbe n'empêche pas que saint Thomas d'Âquin, pour ne nommer que lui, ne

FflZois, par l'auteur de i?o6erf J&mmef [C*«»« d'Haussonville], Paris,

2° La Femme et l'Écrivain. — Les mésaventures d'une réputation royale ; — et comment Marguerite a été victime de l'excès ou de l'indiscrétion de son affection pour son frère, François I®*"; — du goût des biographes pour les anecdotes scandaleuses; — et de son homonymie avec une autre Marguerite, qui est celle dont le Pré aux Clercs, les Huguenots et la Reine Margot ont popularisé la mémoire. — Mais les témoignages des contemporains, — et l'examen de ses œuvres elles-mêmes, y compris VHeptamérony — donnent d'elle une idée précisément contraire.

Composition de V Heptaméron ; — témoignage de Brantôme ; — comparaison àeV Heptaméron avec le Décaméron de Boccace, et les Propos et Joyeux devis de Bonaventure des Périers. — Que la grossièreté de certaines histoires n'y prouve que la grossièreté des mœurs et du langage du temps ; — mais que l'objet de Marguerite a été de réagir contre celte grossièreté ; — et que la preuve s'en trouve dans les Dialogues qui séparent les « journées ». — Les allusions historiques dans V Heptaméron. — Qu'il est le livre d'une honnête femme, et même un peu prêcheuse; — témoignage de du Verdier, dans sa Bihliothèquej t. IV, édit. de 1772.

L'examen des Poésies et des Lettres confirme cette interpréta-

h HISTOIRE DB Ul. LITTEBATURE VRAItÇAISB

soit plein d'Aristole. Mais Homère, Hérodote, Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane, Pindare, DémosthëDc, et les Alexandrins, il ne semble pas que le Moyen-âge les nit connus. Et comment l'auraît-il pu, s'il n'existait seulement pas une châtre de grec dans l'Université de ParisP En se portant aux sources grecques pour s'y abreuver, c'était donc le signal d'une véritable révolution que donnaient encore les humaniateB. On l'oublie trop quand on essaie, pour amoindrir sans doute notre dette envers elle, de contester l'origiuulité de la Renaissance. Si le mouvement n'a pas éclaté plus tôt, l'une des raisons en est probablement que le latin n'y pouvait sultire. Il y fallait cette conséquence de la prise de Constantinople par le Turc : la dispersion de l'élément grec à travers l'Europe entière du quinzième siècle. Et quand on ne saurait dire

tioa; — ei Us Poésies de Marguerite sont générale mcat des poésies pieuses; — « Elle aiinait fort à composer des chansons spirituelles, dit Brantôme, car elle aTail le cœur fort adonné a Dieu »; — et ses Lettres, quand elles ne sool pas des lettres d'aQaires ou des lettres politiques, sont des lettres o mystiques s. — De l'sllilude de Marguerite à l'égard dn proieslantisme. — L'aDaire du Miroir de l'âme pécheresse. — Les dernlérea anuêcs de Marguerite, et sa

3" Les Œuvres. — Les Marguerites de la Marguerite des Princesses, 1547; — L'Heplaméron des nouvelles de laBeine de Nayarre, 1" édition, 1558. et 2= cditton, 1559; — Lettres de Marguerite d'Angouiéme, publiées pnr Gëiiiu, Paria, 1B41, pour la Société de l'histoire de France; — Dernières poésies de la Reine de Navarre, publiées par Abel Lcrrauc, Paris, 1896.

La meilleure édition de l Heplaméron est eelle de Lerouï de

III. François Rabelais [Chinon, 1483, ou 90, ou 95 ; 1 1552 ou 53, Paris].

1° Les Sources. — Nicerou , dans ses Hommes illustres. l. XXXII; — Chaurepié,daQs son Dictionnaire, article Rabelais, très copieui et très iroportaol; — J. Ch. Brunct : Recherches sur les

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de quelle manière, en quel point précis Tinfluence a opéré, les effets n'en seraient pas moins certains, mais plus intérieurs et plus profonds seulement. [Cf. Emile Egger, Vhellénisme en France^ Paris, 1869; et Voigt, Die Wiederbelebung des classischen Alterthums, trad. italienne de Valbusa, Florence, 1890.]

Et il faut tenir compte encore de la qualité propre du génie italien. « La plante humaine, selon le mot célèbre de Stendhal, naît-elle plus forte en Italie qu'ailleurs?» C'est une question, qu'il y aurait lieu de discuter, et, dans cette sorte de stupeur admirative que nos dilettantes éprouvent ou feignent d'éprouver en présence d'un César Borgia, — lequel peut-être, en sa qualité de fils de son père, était Espagnol autant qu'Italien, — on trouverait qu'il entre bien de l'ingénuité. Mais ce que l'on ne peut

Éditions originales de Rabelais, Paris, 1834; et nouvelle édition, très augmentée, Paris, 1852; — A. Mayrargues : Rabelais, Paris, 1868; — Eugène Noël : Rabelais et son œuvre, Paris, 1870;

— Emile Gebhart : Rabelais et la Renaissance, Paris, 1877, et 2e édition, Paris, 1893; — Jean Fleury : Rabelais, Paris, 1877;

— Paul Stapfer : Rabelais, sa personne, son génie et son œuvre, Paris, 1889; — René Millet : Rabelais, Paris, 1892, dans la collection des Grands Écrivains français-, — et enfin les Notices ou Notes des éditions le Duchat, le Motteux, Desoer, Burgaud des Marets, Moland, et Marty-Laveaux.

2^ La Légende de Rabelais. — Comment elle s'est formée : — les attaques des contemporains; — l'épitaphe de Rabelais par Ronsard :

Une vigne prendra naissance De Festomac et de la panse Du bon Rabelais qui boivait Toujours, cependant qu'il vivait;...

— les démêlés de Rabelais avec les moines ; — avec la Sorbonne ;

— avec Calvin; — les déclarations des Prologues; — le caractère général du roman de Rabelais ; — et, à ce propos, qu'en dépit d'une tendance de la critique à vouloir que les hommes

IfANUEL DB LHIS-TOIRB DB LA LITTBBATDHB FRAKÇAI!

nier, c'est que Diinle, et Pélnirqiie, et Boccace i: mérité tlV'lre appelés les h premiers des moderaes « qi pour avoir été mnrqués de quelque signe qui les distii guait de leurs contemporains, et que nous allons tout l'heure essayer de préciser. Encore moins pouvons-nous < méconnnîtrelcs conséquences des guerres de Chiu'lis VIII, de Louis XII et de François I", Le premier contact avec l'Italie fut en vérité pour nos Français une espccc d^ révélation. « Au milieu de la barbarie féodale dont It,' XV* siècle portait encore l'empreinte, l'Italie, — dit Michelet, — offrait le spectacle d'une vieille civilisation. Elli imposait aux étrangers, par l'autorité antique de la religion et toutes les pompes de l'opulence et des arts, n Ol ne saurait mieux, dire ni plus juste. Joignez la séducttoi du climat et des mœurs. L'Italie de la Renaissancoi

ressemblent h Icu

■a. — Rabelais \ bDuiTon, ni même d'un r^volul rÈïoltd. — L'opuscule de Giaguvaé sur l'Autorité de Ralielais dana la révolution préseate{\l^ï); — et It's noies de l'édilion Esmaagaft:

3° L'Œuvre hr Rabelais.

A. Les Sources da Jloman. — Le fond mythique on mythologique [Cf. P. Sebillot, Gargantua dans les traditions populaires]; — et qu'il est doutcuic que Gargantua soit un o mythe solaire .— Il n'est pus oerluio non pliia qu'il soit la caricature de Fran-, çois I^. — Le fonds gaulois et lu tradUioo du moyen l'antiquité gréco-latine, et à ce propos de l'érudition c Inis : lotiiis encjclopxd iie profiindissimum abyasum; — les écri vains de la Renaissance; — de quelques emprunts de R.-ibelnii à Thomas Morus [l'abbaye de Thélème], — i Merlin Coacaic [les moutons de Dîndenaut], — b Pogge [l'anneau d'Hans C vel]. — * Cœlio Galcagnini [l'allégorie de Physis et d'Antiphy: les Paroles d^geldes], — à Cœlius Rhodigiaus, etc., etc. — I allusions historiques dans le roman de Rabelais ; — et la satire des mœurs contemporaines. — Imitation gén<irale de VlUade dans les premiers livres, et de VOdyssée dans les derniern [CF. dans l'édition d'Amsterdam, 1741, chez Frédéric Bernard, un amusant

le

envahie, dévastée, foulée aux pieds par ces hommes du Nord, Allemands ou Français, s'empara subtilement de ses grossiers vainqueurs, comme autrefois la Grèce. Ils conçurent l'idée d'une autre vie, plus libre, plus ornée, plus « humaine » en un mot, que celle qu'ils menaient depuis cinq ou six siècles. Un sentiment obscur du pouvoir de la beauté s'insinua jusque dans l'esprit des « gendarmes » ou des lansquenets ; l'Europe entière s'italianisa comme sans le savoir ; et c'est alors enfin que, repassant les monts avec les armées de Charles VIII, de Louis XII et de François P% le soufQe de la Renaissance parut avoir détruit, en moins de cinquante ans, le peu qui survivait encore de la tradition du Moyen-âge.

A cet égard, la Renaissance est bien l'œuvre du génie italien. Lorsque deux ou plusieurs éléments sont mis en

Parallèle entre Homère et Rabelais^ par Dufresny, l'auteur des Lettres Siamoises].

B.' Le sens du Roman \ — et n'étant pas nécessaire qu'un roman ait un sens ou une philosophie ; — comment se fait-il qu'on en cherche une dans le roman de Rabelais? — Le Prologue du premier livre;

— deux vers de Théodore de Bèze :

Qui sic nugatur, tractantem ut séria yincat, Séria quum faciet, die, rogo, quantas erit;

et quatre vers de Victor Hugo :

Rabelais, que naine comprit; 11 berce Adam pour qu'il s'endorme Et son éclat de rire énorme Est un des gouffres de l'esprit ;

— et du danger de voir dans le roman de Rabelais trop de mystère, et trop de profondeur.

Du roman de Rabelais comme satire des mœurs; — et, à ce propos de l'authenticité du V* livre. — Nécessité de préciser les dates : Pantagruel, livre premier, 1533; Gargantua, 1535; Pantagruel, livre second, 1516; Pantagruel, livre troisième, 1552. -r- Satire de la scolastique, — des moines en général, — de la Cour

48 MANUBL DE L

DB LA LITTÉRATUAB VRAITÇAISBJ

près

: l'un de l'autre, il ne snfiU

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uient 1 un puur i autre affinités électives, et il fuut qu'une force nouvelle intervienne du dehors pour opérer ou achever le mystère de leur combinaison. C'est à peu près ainsi que le génie italien a consommé l'œuvre de la Renaissance : il a été l'étincelle. Et non seulement, si I'od omettait l'élément italien, on méconnaîtrait le vrai caractère du mouveuei de la Renaissance, mais c'est la formation aussi du cU sicisme qu'on aurait peine à s'expliquer, et ce sont raisons de sa longue domination.

Le premier trait de ce nouvel esprit, c'est le développe^ ment de F Individualisme. On va vouloir maintenant être \« soi-même » avant tout ; on va vouloir l'être « le plus possible n; et, conséquemment, on va vouloir l'être a à tout

ent I

Ao. Rcjt jusiice

, — des rois et Aes grands, — de la iiiagistrnlure et de lu

lao de Rabelais aorome cxpreasîon de l'idcnl delaRenaissnnce : ^ la pédagogie de Rabelais; — le PantagruèUsmc ; — la philosophie de la nature.

Du roman de Rabelais comme programme de réformes; — et qu'en beaucoup de points il n'a pas dfl déplaire sous ce rapport à François 1°'', non plus qu'à Henri II. — Circonstaoaes de la publication du troisième livre. — Les idées aorBlea et politiques de Rabelais; — la pari du mi'decin et du physiologiste dans sou oeuvre; — la part du moine.

De quelques lacunes du roman de Rabelais. — Le mépris de la femme, et qu'à cet égard on n'est pas plus Gaulois que Rabe- — Ce que l'on veut dire quand on dit qu'il n'a pas eu le seuit de la beauté [Cf. Gebhart : Bahelais et la RenaissaTU:e\. — L pas eu non plus le sculiment de la tragédie de la vie. — Que toutes ces raisons, les a ordures dont il a semé ses écrits a, comme dit La Bruyère, ne recouvrent aucune profondeur d'inten~ tion. — Comparaison à cet égard de Pantagruel avec les Voyagea de GullWer. — De l'obscurité de Rabelais; — et que là où il est obscur, c'est peut-être une question de savoir s'il s'est toujoui^

prix ». Tandis qu'auparavant, si Ton se trouvait, à rexpéricnce, différer sensiblement des hommes de sa race ou de sa classe, on en était presque humilié, comme d'une tare ou d'une difformité, c'est au contraire si l'on croit avoir découvert en soi quelque chose de distinctif et de singulier que l'on s'en formera désormais un motif d'orgueil. Est sane cuique naturaliter, ut in çultu et in gestu sic in voce et sermone quiddam suum ac proprium^ quod colère et castigare quant mutare quum facilius^ tum melius atque felidus sit. Ainsi déjà s'exprimait Pétrarque dans une lettre a Boccace; et en effet on mettra désormais son point d'honneur h développer en soi ce quiddam suum ac proprium^ c'est-à dire à différer des autres, pour arriver a les surpasser. Rien de plus conforme à l'esprit antique, ni de plus opposé peut-être à celui du Moyen-âge. Non

C. La valeur littéraire du Roman. — Abondance, richesse et complexité de l'imagination de Rabelais ; — et que possédant au plus haut degré le don de voir, celui de peindre, et celui de conter, — il a eu même le don d'inventer de véritables mythes. — Allégorie, Mythe et Symbole. — luhumour de Rabelais. — Le don du rire. ^

— Le style de Rabelais, et qu'il convient de distinguer deux ^*^ époques dans son style; — dont la première est la meilleures

— De quelques procédés de Rabelais. — Le don de l'invention verbale ; — comment Rabelais s'y laisse entraîner; — et, en s'y abandonnant, s'élève parfois jusqu'au lyrisme. — Qu'il ne semble pas que Rabelais ait fait école, et pourquoi ? .. , -= -

40 Le vrai Rabelais. — Que, bienïbin d'avoir eu rien du bouffon ni du révolutionnaire de la légende, Rabelais a été le plus adroit des hommes, et le plus prudent. — Ses relations avec les du Bellay, le cardinal de Châtillon, François I" et Henri II; — Ses brouilleries avec Calvin, et avec Etienne Dolet [Cf. Richard Copley Christie : Etienne Dolet, le martyr de la Renaissance, trad. Slryienski, Paris, 1886] ; — qui avaient failli le compromettre. — Rabelais et la Cour de Rome. — Sa nomination à la cure de Meudon, en 1550. — Intervention personnelle du roi Henri II dans la publication du quatrième livre, en 1552. — Un passage de Théodore de Bèze : Pantagruel, cum suo lihro quemfecit inipi imevc pev favorem

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seulement on voudra « surpasser » les autres, mais encore et de plus, on voudra qu'ils avouent leur infériorité. C'est ce que Dante appelle quelque part : h grand disio d'eccel^ lenzayV'dfve désir d'exceller, et Boccace l'ambition de se survivre à soi-même : perpetuandl nominis desiderium. On ne se contentera pas d'une supériorité « latente », en quelque sorte, et qui trouverait dans l'orgueilleuse mais silencieuse conscience d'elle-même sa principale satisfaction. Il faudra que cette supériorité soit publiquement reconnue, proclamée, couronnée; et elle le sera, comme on sait, non pas métaphoriquement, mais de fait. Le poète, l'écrivain, l'artiste se trouvent par là comme voués à une fatale, perpétuelle, et violente émulation de gloire. De toutes les manières, par tous les moyens, ils vont s'efforcer de se tirer de pair, et par tous les moyens

cardinalium... — Il résigne sa cure de Meudon en 1552. — Sa mort à Paris, en 1553.

5^ Les Œuvres, — Si l'on néglige quelques Almanachs et deux ou trois brochures, les Œuvres de Rabelais se réduisent à son roman, et il suffit ici d'en indiquer les principales éditions, qui sont :

(En original) les éditions de 1533, 1535, 1542, 1546, 1548, 1552, 1562 et 1564; et

(En œuvres complètes) l'édition des Elzévirs, 1663; — l'édition le Duchat, Amsterdam, 1711, H. Desbordes; — l'édition de leDuchat et le Moteux, Amsterdam, 1741; J. F. Bernard; — l'édition D. L. (de l'Aulnaye) Paris, 1820, Desoer; — etles éditions plus récentes, Rathery, Paris, 1857, F. Didot; — Jannet, Paris, 1874, Picard; — et Marty-Laveaux, Paris, 1868-1881, Lemerre.

lY. — Les Amadis.

On ne peut passer absolument sous silence un livre dont les contemporains ont dit : de son auteur « qu'il était le gentilhomme le plus estimé de son temps pour parler bien français et pour l'art oratoire » [La Croix du Maine, dans sa Bibliothèque ^ article Nicolas de Herberay, Sieur des Essars]; — et du livre luimême « qu'on y pouvait cueillir toutes les belles fleurs de noire langue » [Et. Pasquîcr, dans ses Recherches de la France]. Voyez

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aussi, de toutes les manières, ils vont s'efforcer de discréditer leurs rivaux de popularité. [Cf. J. Burckhardt, la CwiJisation de la Renaissance en Italie, trad. Schmitt, Paris, 1885.]

Qui ne connaît les querelles fameuses des humanistes italiens, leurs débordements de vanité, les injures qu'ils échangent, et dont la grossièreté n*a généralement d'égale que l'insignifiance des objets qu'ils débattent? Vadius et ïrissotin seront des « gens du monde » en comparaison de Philelphe et de Pogge. C'est un effet naturel du déç^eloppement de F individualisme. Il y en aura d'autres, et de plus heureux, au premier rang desquels, dès à présent, il convient de signaler l a renaissan ce ou. la naissance de(^ la cri tique . Qui donc l'a dit, quel moraliste ou quel prédicateur, La Bruyère ou Bourdaloue, qu'à l'origine de

encore sur Amadis de Gaule : La Noue, dans ses Discours politiques et militaires.

Le sieur des Essars n'en a d'ailleurs traduit que les huit premiers livres, qui ont paru de 1540 à 1548 ; — et dont la meilleure édition est celle d'Anvers, 1561, chez Christophe Plantin.

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