‹ Manuel de l'histoire de la littérature françaiseChapitre 23 sur 90 · XI. — L'œuvre de la Pléiade · texte numérisé non relu

XI. — L'œuvre de la Pléiade

lo Les Sources. — Cf. les textes indiqués ci-dessus, et ajoutez;

— Vauqueîin de la Fresnaye ; Art poétique ^ édit. G. Pellissier, Paris, 1885 ; — Malhuriu Régnier, dans ses Satires, notamment Satire V et Satire IX\ — Emile Faguet. XVI^ siècle, Paris, 1889;

— Ferdinand Brunot, La doctrine de Malherbe, Paris, 1891 ; — et Marty-Laveaux : La langue de la Pléiade, dans la collection de la Pléiade française. On fera bien aussi de consulter sur ce

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une grande admiration pour les modèles grecs, c'est à l'école des Latins que nos poètes eux-mêmes se rangent; c'est Horace qu'ils imitent plus volontiers que Pindare; et il n'est pas jusqu'à Ronsard, dans sa Franciade, mais surtout dans sa théorie de l'épopée, qui, s'il invoque le grand nom d'Homère, ne s'inspire constamment de Virgile. Un érudit considérable, Jules- César Scaliger, fait un pas de plus dans sa Poétique, où il proclame ouvertement la supériorité des Latins sur les Grecs. Se rend-il compte peut-être que les Grecs, ainsi que le dira plus tard un philosophe [Hegel, Esthétique, trad. Bénard, t. I], n'ont connu que les Grecs et les barbares, tandis que les Latins ont vraiment connu l'homme? Toujours est-il qu'à partir de 1560 ou environ, et en dépit de quelques efforts, — tels

sujet, à uu point de vue plus général : A. Couat, la Poésie alexandrine^ Paris, 1882.

2o L'Œuvre de la Pléiade. — Au point de vue de la forme : elle a donné droit de cité à l'alexandrin dans la poésie française. — Comparaison du décasyllabe et de l'alexandrin. — La Pléiade a mis dans la circulation de l'usage poétique tous les rythmes dont nous nous servons; — elle a considérablement enrichi la langue; — et, à ce propos, que vaut le reproche qu'on adresse à Ronsard d'avoir « en français parlé grec et latin »? — La Pléiade a encore enseigné à la poésie, et même à la prose française, le « pouvoir intrinsèque » des mots, c'est-à-dire, qu'en toute langue, et indépendamment de ce qu'ils signifient, il y a de « beaux » mots et de vilains mots. — De quelques exagérations des romantiques à ce sujet [Cf. Th. Gautier, Notice sur Baudetaire]. — Enfin la Pléiade a prétendu relever la dignité du poète en même temps que celle de la poésie; — et elle y a réussi. — De l'acclimatation des genres de l'antiquité dans notre littérature.

Si elle n'a pas réussi davantage, c'est qu'elle a commis trois erreurs capitales : — 1° Elle s'est trompée sur le choix des modèles, qu'elle a toujours confondus, pourvu qu'ils fussent anciens, dans la môme admiration; — 2'^ Elle s'est trompée sur les conditions des genres, qu'elle a cru que l'on pouvait créer à volonté, sans égard au

que ceux d'Henri Estienne, dans sa Conformité du langage françois avec le grec, — on voit la langue d'Homère et de Platon se retirer pour ainsi dire de la circulation de l'usage et se réfugier dans l'ombre des collèges. Elle redevient matière d'érudition. Ce n'est plus à Sophocle ou à Aristophane que les premiers auteurs de nos tragédies ou de nos comédies ce classiques » demanderont des leçons de leur art, c'est à Plante et c'est à Sénèque. La seule « antiquité » qu'on imite est ou sera bientôt l'antiquité latine; et ainsi, comme un ferment qui n'était destiné qu'à favoriser une combinaison dont il ne devait point faire partie, le grec, après avoir servi à déterminer l'idéal classique, s'en élimine.

C'est qu'aussi bien, si le grec a de rares qualités, le latin en a d'autres, et de plus convenables peut-être a la

temps, aux lieux, aux lois de l'esprit humain. — Théorie de V Epopée, coDsidérée comme expression d'un conflit de races; — Théorie du Lyrisme, considéré comme expression de la personnalité du poète;

— TLcorie du Drame, considéré comme une rencontre de la force des choses et de la volonté humaine. — Enfin, et 3°, la Pléiade s'est trompée sur ses forces réelles, en ne connaissant pas assez ce qui lui manquait du côte de l'expérience de la vie et de l'observation de l'homme.

Mais, et au point de vue même du fond, ses erreurs ne l'empêchent pas d'avoir comme délimité la circonférence du classicisme.

— Elle a connu ou du moins entrevu le pouvoir de la forme ; — elle a vu en quoi consistait la véritable imitation; — et comment de Vimitation on passait à Vinvention [Cf. à cet égard André Chénicr, Epitre IV, à M, Lebrun, et Vinvention] ; — elle a communiqué à ses successeurs l'ambition d'égaler la langue française à la dignité du grec et du latin ; — et il n'est pas enfin jusqu'aux bornes de l'art classique qu'elle n'ait posées d'avance. — En ce sens Ronsard, moins le lyrisme, c'est déjà Malherbe; — et Malherbe, eu y ajoutai\t l'étendue de connaissances et la probilé de réflexion qui lui manqueront, ce scr;j déjà Boileau.

nature du génie français. « Rien, a-t-on dit, n'égale la dignité de la langue latine... Elle fut parlée par le peupleroi, qui lui imprima ce caractère de grandeur unique dans l'histoire du langage humain.... C'est la langue de la civilisation. Mêlée à celle de nos pères les barbares, elle sut raffiner, assouplir et pour ainsi dire spiriiualiser ces idiomes grossiers qui sont devenus ce que nous voyons... Qu'on jette les yeux sur une mappemonde, qu'on trace la ligne où cette langue universelle se tut : là sont les bornes de la civilisation et de la fraternité européennes... Le signe européen, c'est la langue latine. » [Joseph de Maistre, Du Pape,] C'est ce que les Français de la Renaissance ont compris, et peut-être n'eussent-ils pas su les dire, mais ce sont bien là les raisons pour lesquelles, après la courte et poétique ivresse dont le grec les avait

Troisième Epoque

De la publication des « Essais » à la publication

de r « Astrée ».

iS80-lS88 i à 1608.

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