‹ Manuel de l'histoire de la littérature françaiseChapitre 52 sur 90 · I.CH r(!MitiODS moderaes sont innombiables · texte numérisé non relu

I.CH r(!MitiODS moderaes sont innombiables

Deux bonnes édilious des OEuvres sont l'cditiou dL- 1810-lS iliuu Iteaouard,1820, Paris.

ressaisissait elle-même, et loin du maître, loin de la cour, à la ville, comme on disait alors, les salons, et dans les salons les femmes reprenaient leur empire. On les avait un peu écartées de la littérature et de l'art, entre 1660 et 1690. On les avait réduites à un rôle un peu efiFacé. Mais maintenant que le vieux roi ne se soucie plus d'elles, en attendant que le régent les traite comme on sait qu'il fera, leur naturelle influence renaît, et pour préluder aux « grandes nuits de Sceaux », voici briller chez M™° de Lambert les beaux jours, qu'on croyait évanouis, de l'hôtel de Rambouillet. Et puisque d'un côté les hautes spéculations les effarouchent, " que les grandes passions leur font plutôt peur, on s'ingénie à les leur présenter sous une forme qui les amuse; mais elles, à

XY. — Le salon de M"^® de Lambert.

1® Les^Sources. — Lettres choisies de M. de la Rivière, Paris, 1751 ; — Fonlenelle, Éloge de M°^^ de Lambert; — Mémoires de M"^^ de Staal-Delaunay, de d'Argenson, du président Hénault; — D'Alembert, Éloges de Saoy, de Sainte- Aulaire , de La Motte; — Sainte- Beuve, M™® de Lambert, au t. IV des Causeries du lundi; — Desnoiresterres, les Cours galantes; — Ch. Giraud, la Maréchale de Villars; Paris, 1881; — Lescure, Étude en tête de son édition des Œuvres de M™® de Lambert, Paris, 1883; — Emmanuel de Broglie, Les mardis et les mercredis de la marquise de Lambert, dans le Correspondant des 10 et 25 avril 1895.

2° La Renaissance de la Préciosité; — et qu'il y faut voir, comme à son origine, une protestation des femmes contre la grossièreté du langage ; — l'indécence des mœurs ; — et la tendance au naturalisme. — Anne-Marie Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert [1647, •[• 1733] ; — sa jeunesse ; — son mariage et ses premiers écrits. — Sa « correspondance » avec Fénelon. — Les Avis d'une mère à son fils et les Avis d'une mère à sa fille. — M™e de Lambert s'installe à l'hôtel de Nevers, 1698 [aujourd'hui la Bibliothèque nationale] ; — et se donne à elle-même le rôle de protectrice des lettres. — Ses mardis et ses mercredis. — Comme à l'hôtel de Rambouillet jadis, les gens de lettres s'y mêlent aux

leur tour, achèvent d'épurer la langue de tout pédan* tismc, et la pensée même de Tespèce d'orgueil dont elle se nourrit dans sa solitude. C'est pourquoi cette pensée d'une part, et de l'autre cette langue, deviennent la plus ressemblante image qu'il y ait de l'esprit français, si cet esprit, comme nous avons tâché de le montrer, est surtout un esprit de « sociabilité ». On n'écrit vraiment plus déjà que pour les autres, pour les amuser, pour leur plaire, pour être applaudi; — et un peu pour leur être utile. D'où que Ton vienne, dans quelque condition déjà que Ton soit né, quelque idée que l'on ait de son fonds, l'apprentissage de l'écrivain est d'en chercher le rapport ou l'accord avec les idées de son temps. La fortune littéraire, l'autorité, la gloire, la réputation ne s'acquièrent

grands seigneurs, — et les actrices [Cf. les Lettres d'Adrienne Lecouvreur publiées par M. G. Monval, Paris, 1892, Pion] aux grandes dames [Cf. Giraud, La maréchale de Villars]. — Mais le ton y est sensiblement plus libre ; — ou libre d'une autre manière ;

— et les conversations s'y étendent à d'autres objets.

3° Le grand homme du salon de M"»® de Lambert. — Antoine lloudart de La Motte [1672, f 1731]. [Cf. l'abbé Trublet, Mémoires sur M. de la Motte, et d'Alembert, Éloge de La Motte.] — Ses triomphes à l'Opéra; l'Europe galante^ 1697; Issé^ 169S; Amadis de Gaule, 1699. — Ses Odes, 1706, et ses Fables, 1719. — Son Discours sur Homère, 1714 — et la réponse de M™* Dacîer : Des causes de la corruption du goût. — Intervention de M™® de Lambert dans la querelle. — Le « Salon •» tout entier se range du parti des Modernes; — et, comme il se trouve représenter à la fois la politesse et le goût, — l'opinion littéraire achève de se détacher des Anciens. — Autres ouvrages de La Motte. — Ses tragédies : les Macchabées, 1721; — Romulus, 1722; — Inès de Castro, 1723.

— La Motte triomphe encore dans le f discours académique » ; — et devient l'oracle littéraire du salon de M™® de Lambert.

4° La formation de l'opinion publique. — De ce mélange de beaux esprits et d'hommes d'affaires dans le salon de l'hôtel de Nevers se forme l'opinion publique. — M™^ de Lambert devient la grande éleclrice de l'Académie française; — et leur influence à

plus autrement. C'est une manière de comprendre la littérature, et nous venons d'en voir les avantages. Mais ces avantages ne sont-ils pas peut-être compensés par quelques inconvénients? C'est ce que nous examinerons dans le chapitre suivant.

toutes deux s'en augmente d'autant. — L'indifférence du pouvoir y aide; — ainsi que le désordre croissant. — La cour, qui a perdu le gouvernement des esprits, — ne se rend pas compte du mouvement qui s'opère. — Ce n'est plus à Versailles que les talents « naissants » vont chercher la consécration de leur mérite ; — c'est dans le salon de M™® de Lambert. — Si Fontenelle et La Motte y régnent, Marivaux et Montesquieu y débutent. — La discussion des « grands sujets », sous une forme précieuse, y entre avec eux ; — comme avec l'abbé de Saint-Pierre [Cf. G. de Molinarî, VAbhé de Saint'Pierre, Paris, 1857 ; et Goumy, Étude sur la vie et les écrits de l'abbé de Saint-Pierre, Paris, 1859]; — et avec l'empire des salons se fonde le pouvoir de l'esprit.

peuple, ce sont les Vendôme, à moins que ce ne soit Ph lippe d'Orléans lui-même, puisque nous sommes en 171Ï et ces hommes obscurs, dont la profession d'athéism ou de libertinage « ennoblit la roture », nous les coi naissons également : ce sont les beaux esprits qui £ réunissent au café Procope ou au café Gradot; c'est c « petit Arouet », comme on l'appelle, et qu'on vient d'en bastiller, l'an dernier. S'ils ne sont pas encore du monde ils en seront bientôt, et pour s'en rendre dignes, ils e prennent, ou plutôt ils en ont déjà les manières. On le rencontre dans les salons, chez M""' de Lambert, où 1 liberté de leurs propos amuse l'oisiveté des femmes < l'insouciance des hommes. Ils s'insinuent jusque dans le boudoirs, où l'esprit triomphe avec eux de l'inégalité de conditions. Et, en attendant qu'ils forment une espèc

charge de Président à mortier, 1716. — Intéressante analogie de t commencement de carrière avec les débuts de celle de Montaign

— Premiers travaux de Montesquieu; — leur caractère scient fique; — ses Discours sur la Cause de l'écho , 1718; sur VUsai des glandes rénales, 1718; — et qu'on retrouvera dans VEspr des Lois la trace de cette culture scientifique. — Bizarrerie c ses goûts littéraires; — son admiration pour les tragédies c Crébillon, a qui le font entrer, dit-il, dans les transports des bai chantes » ; — il publie ses Lettres persanes, 1721-1722.

A. Les Lettres persanes; — et d'abord la question bibliogrj phique; — Pierre Marteau de Cologne et ses fausses éditioni Les sources des Lettres persanes; — et qu'on fait à Dufresn trop d'honneur en les voyant uniquement dans ses Amusemeni sérieux et comiques, — Mais, autant que de Dufresny, Montesquie s'est inspiré des Caractères de La Bruyère et du Diable boiteu de Le Sage; — du Télémaque de Fénelon [Cf. l'épisode des Tr( glodytes]; — des récits de voyages de Tavernier et de Chardin

— et même des Mille et une Nuits. — Fâcheux développement d l'intrigue de harem dans les Lettres persanes; — et que Montes quieu ne renoncera jamais à ce genre de tableaux [Cf. son Tempi de Guide; Arsace et Isménie, etc.]. — La satire des mœurs coi temporaines dans les Lettres persanes [Cf. notamment Lettres 4i

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de « corps », ou presque d'Etat dans TEtat, la fortune et la naissance s'étonnent un peu d'abord, font mine de s'irriter, mais au fond ne s'effarouchent pas, et finalement s'arrangent d'être traitées par eux avec autant de désinvolture et d'agréable impertinence qu'elles se permettaient de les traiter autrefois.

C'est qu'aussi bien, depuis quelques années, il s'est fait de singuliers mélanges de la naissance et de la fortune elles-mêmes : « Le corps des laquais — écrit Montesquieu dans ses Lettres persanes, en 1721 — est plus respectable en France qu'ailleurs; il remplit le vide des autres états. Ceux qui le composent prennent la place des grands malheureux, et quand ils ne peuvent suppléer par eux-mêmes, ils relèvent toutes les grandes maisons par le moyen de leurs filles, qui sont comme une espèce de

57, 72, 143, etc.]; — et qu'elle va bien plus profondément que la satire de Le Sage ou de La Bruyère [Cf. 24, 29, 44, 68, etc.]. — La dernière partie du livre. — De la singulière importance que l'auteur y donne, longtemps avant Malthus, à la question de la population [Cf. 113 à 123]. — Ses perpétuelles comparaisons de l'Europe à l'Asie. — Grand succès des Lettres persanes \ — Montesquieu se démet de sa charge de président, 1726; — il entre à l'Académie française, 1728; — et entreprend une série de voyages, — qui lui font connaître à peu près toute l'Europe civilisée, 1728-1731 [Cf. Voyages de Montesquieu, Paris et Bordeaux, 1892, 1894, 1896]. — Il se fixe dans son domaine de la Brède; — et fait paraître ses Considérations en 1734.

B. Les Considérations sur les Causes de la grandeur et de la décadence des Romains. — A quelle intention Montesquieu a écrit cet ouvrage; — et si peut-être il n'y faut voir qu'un a fragment » de V Esprit des Lois; — ou si l'auteur s'est vraiment proposé d'y rivaliser « avec Tacite et avec Florus «? — De la prédilection de Montesquieu pour Florus [Cf. son Essai sur le goût^ ; — et généralement pour les Latins de la décadence ; — ce qui ne l'empêche pas de reprocher à Tite Live « d'avoir jeté des fleurs sur les colosses de l'antiquité ». — Comparaison du livre de Montesquieu avec la troisième partie du Discours sur l'histoire universelle; —

) UANUEL DB L'HIBTOtBB DE U I.ITT'£Râ.TIinB FBAHÇAUI

fumier qui engraisse les terres moatagneuses et nridea^ [Cf. Lettres persanes, n" 99]. La Bruyère, dans ses Clti ractéres, avait dit quelque chose de cela. Relisons Ih-defl sus la deuxième partie de Gil Bios; elle est datée i 1725; on y voit un laquais devenir» par de sales emplois» l'arbitre de la monarchie espagnole; et si nous étions tentés de méconDaître la valeur « documeutaire », la gnification politique, la portée sociale du roman, songeoiu quels étaient hier encore les maîtres efTcctifs de l'Ea^ rope : un Dubois, le fils de l'apothicaire de Brive-la-Giti larde, ou un Alberoni, le fils du jardinier de Pai Rouvrons aussi les Lettres historiques et galantes Aiff M"" Dunoyer, ou les Mémoires de Saint-Simon. Mais songeons surtout au renversement opéré dans les conditions par le système de Law, 1716-1721, et que rien de pareil

iateiilioD de combat I philosophie de l'bn

G L'Esprit des Lois. — Du lieu qui ratlarho les Lettres persan* à l'Esprit des Lois; — et dans quel bcqb ou pout dire que Monlea quieu n'a vraimeut t^urit qu'un seul ouvrage. — Du dessein du livTf^H

— et qu'il faut bien qu'il ne soit pas clair; — puisqu'il n'est tV mfme pour aucun des commentateurs de Moalesquieu. — QaiI vrai dire l'ambilion de Moolesquien a élé de faire un grand Isvr

— mais qu'il n'y a qu'A moitii! ri!ussi. — Indéterniinar plan; — tour fâcheux de sa plaisanterie; — inaufGsance ou légèreté de sa critique [Cf. Voltaire dans son Commentaire]. — De quelques erreurs qu'il s'est plu à laisser subsister dans son livre [Cf. livre VU, ch. 16; livre XV, ch. 4; livre XXI, ch. 22]; — et quelles raisons il peut bien avoir eues de no pas les rL'pnrer? — Ce que Sainte-Beuve a voulu dire, en disant t que les ouvrages de Montesquieu n'claîctil guère qn'uue reprise idéale de ses lectures > ; — et que cela équivaut à dire qu'ils manquent d'ordre et de logique. — Du mot de M"*" du DeETand sur l'Esprit des Lois;

— et qu'il caractérise bien les défauts de la manière de Montesquieu. — Mais, que toutes ces observations n'empêchent pas Monlesquîeu d'avoir fait entrer dans le domaine de la littérature lotT

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ne s'était vu jusque-là. « Tous ceux qui étaient riches il y a six mois sont à présent dans la pauvreté, et ceux qui

n'avaient pas de pain regorgent de richesses... L'étranger a tourne l'état comme un fripier tourne un habit... Quelles fortunes inespérées, incroyables même à ceux qui les ont faites! Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du néant. Que de valets servis par leurs camarades, et peut-être demain par leurs maîtres ! » [Cf. Lettres per^ sanesy n** 138]. C'est encore Montesquieu qui parle, un satirique, assurément, mais un homme grave, un magistrat. Et c'est ainsi que, du fond de la société, comme une écume, en bouillonnant, toute une lie monte à la surface, et s'y étale, et y demeure. Une nouvelle aristocratie se forme, douteuse ou impure en sa source, ignorante à plaisir, cynique et débraillée dans ses mœurs, raffinée

un ordre d'idées qui n'en faisait point partie; — d'avoir esquisse le premier une philosophie de l'histoire purement laïque ; — d'avoir entrevu les analogies de l'histoire avec l'histoire naturelle ; — et, à un point de vue plus général, d'avoir éloquemment exprimé, — sur la liberté, — sur la tolérance, — et sur l'humanité, — des idées qui ne sont point, même de nos jours, aussi banales et aussi répandues qu'on le dit. — Succès de V Esprit des Lois, tant à l'étranger qu'en France ; — et si les défauts du livre n'y ont pas contribué autant que ses qualités ?

Des moindres écrits de Montesquieu : le Temple de Gnide, 1725; — le Voyage àPaphos, 1727; — le dialogue de Sylla et à' Eucrate, 1745; — Lysimaque, 1751-1754; — Arsace et Isménie, 1754; et V Essai sur le goût, 1757. — Des qualités du style de Montesquieu; — et qu'il est bien de la famille du style de Fontenelle; — quoique d'ailleurs plus grave, plus plein, et plus dense; — et, à cette occasion, de la préciosité de Montesquieu. — De l'art et de la capacité de former des idées générales; — et qu'ils font encore un caractère éminent du style de Montesquieu ; — ainsi que le pouvoir d'exprimer en peu de mots non seulement beaucoup de choses, — mais beaucoup de choses différentes et conséquemment beaucoup de rapports. — Les dernières années de Montesquieu. — Il fréquente chez M"*« de Tencin et chez M"^ Geoffrin

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toutefois dans ses goûts, et qui sans doute ne saurai désormais reprocher aux gens de lettres l'humilité d( leur extraction, puisqu'enfîn, des frères Paris ou du peti Arouet, c'est encore celui-ci a le mieux né ».

Au milieu de ce déclassement universel, ou plutôt à 1; faveur de ce déclassement même, l'influence des femmei continue de grandir, et pour la première fois depuis cen ans, voici qu'avec la marquise de Prie, sous le ministère du duc de Bourbon — 1723-1726 — leur pouvoir s'exerci jusque dans l'Etat. M™® de Lambert ne faisait que dei académiciens; la marquise de Prie fait une reine d< France ; M"' de Tencin fera des cardinaux et des ambas sadeurs. « Il n'y a personne — écrit Montesquieu — qu ait quelque emploi à la cour dans Paris ou dans les pro vinces, qui n'ait une femme par les mains de qui passen

[Cf. Marmontel dans ses Mémoires , et P. de Ségur, le Royaume di la rue Saint- Honoré, Paris, 1897]. — Sa situation unique dans le monde littéraire; — et dans l'opinion européenne de son temps.

3° Les Œuvres. — Nous venons d'indiquer les principales œuvres de Montesquieu. Il y faut ajouter cent cinquante ou soixant( Lettres familières (exactement 152 dans l'édition Laboulaye); — et trois volumes d* Œuvres inédites, publiés par le baron de Montesquieu [Paris et Bordeaux. 1892, 1894, 1896],

Les principales éditions de Montesquieu, indépendamment des éditions originales qu'il faut toujours consulter, au moins pour les Lettres persanes et pour VEsprit des Lois, sont : — l'édition Parrelie, dans la Collection des Classiques français, Paris, 1826 Lefèvre; — et l'édition Laboulaye, Paris, 1875-1879, Garnier.

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