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L'évolation de l'épopé

1" Les Sources ', — CristoForo Nyrop. Storia deW Epopea fran cese nel medio evo, traduit du danois par Egldio Gorra, Floreneo 188G; — Pio Rajoa, Le orlgini delf Epopea francese, l'ioreiu-e 1834; — Léou Gautier. Les Épopées frnnçitises, Paris, 2"édiiiou 1878-1894;— Paulin Paria, Les Chansons de Geste, dans VHistuin

LA LITTÉRATURE DU MOYBN-AGB 5

nations nous n'avons tous formé qu'une même Europe, homogène, indivise, inarticulée, si Ton peut ainsi dire, — l'Europe féodale, l'Europe des croisades; — et c'est pourquoi le premier caractère de la littérature française du Moyen-âge, c'est son caractère à^ uniformité .

Étant i/m^r/7ie, elle est déplus impersonnelle. Entendez par là qu'en aucun temps l'écrivain n'a moins mis de sa personne dans son œuvre. A cet égard, presque toutes nos Chansons pourraient être du même poète, et tous nos Fabliaux du même conteur. Nous en avons beau connaître les auteurs, les œuvres ne laissent pas pour cela d'être toujours anonymes, à la manière, disionsnous, de ces tragédies de La Harpe, — qui pourraient être de Marmontel, et réciproquement. Est-ce qu'empêché de sortir de sa condition par le poids, le nombre, et l'astreignante continuité des obligations qui l'y retiennent,

littéraire de la France ^ notamment t. XXII et XXV; — Godefroi Kurth, Histoire poétique des Mérovingiens, Bruxelles, 1893; — Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemagne ^ Paris, 1865;

— Ambroise-Firmin Didot, Essai de classification des romans de chevalerie^ Paris, 1870.

Léopold Constans, La légende d* Œdipe dans le roman de Thèbes, Paris, 1881 ; — Joly, Benoît de Sainte-More et le roman de Troie, Paris, 1870; — Paul Meyer, Alexandre le Grand dans la littérature du Moyen-âge ^ Paris, 1886; — Arturo Graf, Borna nella memoria e nelle immaginazioni del medio evoy Turin,

Paulin Paris, Les Bomans de la Table-Bonde, Paris, 1868-1877 ;

— Birsch-Hirchfeld, Die Sage vom Gral, Leipsig, 1877; — Alfred Nutt, Study on the legend of the Holy Grail, Londres, 1888 ; — Gaston Paris, Les Bomans de la Table-Bonde, dans VHistoire littéraire de la France, t. XXX; — J. Bédier, les Lais de Marie de France, dans la Bévue des Deux Mondes du 15 octobre 1891; et les Fabliaux, Paris, 1893.

2<* Évolution de l'Épopée.

A. L'Épopée héroïque. — Diverses formes de l'épopée : — le

> UTTÎBATtlnE 1

.NÇAISB

1 serf ou seigneur, clerc ou Inique, s'appartient pas â lui-même? est le repi

MANDBt DB

« l'individu, ou baron, ne

sentnnt de son ordre ou de sa classe avant que d'i ioi? manque k la fois de la liberté, du loisir et de V guillon qu'il faudrait pour oser se distinguer des autres Qui veut se distinguer n'y saurait réussir qu'en s'isolaut d'abord ; et l'homme du Moyen-âge ne semble avoir pensé, ou même senti qu'en corps, pour ainsi dire, et en groupi ou en troupe. Et, sans doute, c'est £i cette raison qu'il faut attribuer la pauvreté de la veine lyrique au Moyenâge. Mais surtout c'est ce qui explique cette absence entière de toute préoccupation d'arl, qu'on a déguisée sous les noms spécieux de « spontanéité )i ou de « naïveté H Les hommes d'alors, a-t-on dît, ne font pas à la rcflexioi la même part que nous; ils ne s'observent pas; ils viveni naïvement, comme les enfants. >> [Cf. Gaston Pi

Mahabahrala ; l'Épopée hom^riqoe ; l'Épopée virgîlienne ; les belungen; l'Ëpopée dantesque, l'Épopée frnnçuÏBe; la Jérusalem délivrée. — Que le propre de l'ëpopëe semble èlre ù son origine :

— 1" d'nïoir un fondement historique ou cru tel; — 2° de poétiser un conflit non seulement de n nnlionalités u. mnîs de o races n; — 3> et d'incarner le Irioniphe de l'une de ces races Eur l'autre dans un héros o ëponyme a. — Qu'il ne sauruil flre qu'à peine questiou, CCS earacli^reB une Fois admis, d'une lipopée miiroving'ieiine;

— et qu'il devient presque inditférenl de savoir ce que c'élnienl que ces a canlilèues u ou vulgaria carmina qui aur.-iiL'nt précédé l'épopée nnlionale. — H n'y a pas lieu non plus d'eiaminer si l'épopée française est o romane o ou n germanique d dnna son origine; — et encore bien moins de faire de la qucslion une question de patriotisme. — Le moraenl précis de la naissance de l'épopée frnnçnÎBe est celui de la rencontre ou du heurt de l'Orient et de l'Occident, de l'iBlamianie et du christianisme, de l'Arabe et du Franc; — elle s'est ÎDCArnée d'abord dans In personne de Chnrlcs-

'tel, que l'on a confondu plus tard avcr son petll-fiU Charlc- ' et ainsi on peut inéme dire n où u nos Ckanso geste sont nées : c'est sur le champ de bnl.-iille de Poitic

lé,

>us

LA LITTéRATURB DU MOTEN-AGB 7

Poésie du Moyen-dge], Et on a eu raison de le dire! Mais aussi, comme les enfants, n'éprouvent-ils que des sentiments très généraux ou « typiques », dont l'expression est aussi générale qu'eux-mêmes ; et l'art est justement chose individuelle. Ce qui distingue un peintre d'un autre peintre, c'est ce qu'ils savent apercevoir l'un et l'autre de différent dans un même modèle. Le Moyen-âge, lui, n'y a guère vu que ce que l'on y reconnaît d'abord de pareil ou d'identique^Tous les hommes pour lui se ressemblent, un peu comme à nos yeux tous les nègres ou tous les Chinois ; et, au fait, ce qui diversifie les visages humains, et, en les diversifiant, ce qui les individualise, n'est-ce pas le reflet en eux d'une complexité intérieure, d'une richesse, ou d'une intensité de vie inconnue aux hommes de ce temps? Leur littérature est donc très générale, dépourvue de signification individuelle comme de signi-

Comment on peut tirer, de ces caractères de l'épopée proprement dite, une division de son histoire. — Elle a dû débuter par les chansons du Cycle du roi, c'est-à-dire dont Charlemagne est le héros [Ex. la Chanson de Roland] ; — auxquelles ont succédé les chansons du Cycle de Garin de Montglane [Ex. la Chanson d'Alis* cans] dont les héros sont les continuateurs de la lutte du grand Empereur contre le Sarrasin; — et à celles-ci les chansons du Cycle féodal [Ex. Renaud de Montauban], dont les héros sont les barons en révolte contre une royauté qui ne remplit plus son office.

— Coïncidence notable des chansons de ce dernier cycle avec le recul de l'Islam. — Le même temps doit être aussi celui des chansons qui nous montrent les nationalités intérieures en lutte les unes contre les autres [Ex. la Chanson de Garin le Loherain] ; — et celui des poèmes généalogiques [Ex. Les Enfances Guillaume], qui ont pour objet est de donner aux héros une origine et des débuts dont les merveilles s'accordent avec la grandeur de leurs exploits.

— Comparaison des poèmes de ce genre avec les poèmes cycliques de la poésie grecque; — et avec les « généalogies » sémitiques. — Que nos dernières Chansons de geste sont déjà, dans le vrai sens du mot, des épopées littéraires; — non moins arti^cielles qu'en

MANUEL SB L mSTOlRE DB LA LITTBSATUSB FRAKÇAISK

Ëcattun locale, et c'est ce tjue l'on veut dire quand en note le caracU-re à'inipersonnafité.

Enfin, — et par rapport à la riipidité de succession dt idées ou des formes d'art dans nos littératures modernes,* dans nos littératures contemporaines surtout, — l'immobilité de la littérature du Mojen-âge en fait un dernier caractère. Car ce n'est pas seulement d'un bout de l'Europe a l'autre bout qu'une Chanson de geste rcsscmbl à nue autre Chanson de geste, ou un Mystère à un aub Mystère, c'est encore d'un siècle à un autre siècle, et dn temps de Charlemagnc îi celui de saint Louis. Entre la Chanson de Roland, que l'on date de l'an 1080, et celle de Raoul de Cambrai, dont on place la rédaction aux environs de 1220, s'il y a quelques difTérenccs, n'étant guère que « philologiques », elles ne se révèlent doue aussi qu'aux seuls érudits. Précisons bien ce point,

e Henriade o

e Pélréide; — mais qne Tiospi' t le Cycle de la Croisai

d'autres

reparaît, daDS les chansons qui rormci [Ex. la Chanson du chevalier au Cygne

C'est presque aussitôt après que rbiatoirc propreuienl dite dégage de l'épopée. — Geoffroi du Villehardouîn et la Conquête de Conslantinopte, 1210-1215; — coud i lions a épiques a deréTéaement, et allure « épique h du récit; — comparaison à cet égard do l'éïolutioD de l'épopée frnuçnise et de celle de l'épopée grecque ; — l'auteur de la Conquête de Constanlinople est ù l'auleor de la Chanson de Roland ce qu'Uérodole est à Homère. — Il serait pluB arbitraire de prétendre retrouver le caractère a épique u dans la Vie de saint Louis, du sire de loinville, 1275; ^ et cepeudant. si saint Louis en est le héros, ne peut-on pas dire que l'hagiographie est la véritable épopée chrétienne? — mais Ki c'est Joinïille lui-même, alors c'est déjà l'histoire sous forme d'autobiographie. — Oq reirouïe les caractères de l'épopée, luttant poor ainsi dire avec ceux de l'hisloiro, dans les Chroniques de Froissart. — La Chronique de Berti-and du Cueactin, da trouvère Cuvelier; — et la Geste des Bourguignons, s qui dût la série des

lA UTTiRÂTiniB DU HOTEN-ACK

Voa De conDaissait pas la date du Cid ou d'Hoil faudrait être aveugle pour ne pas voir que . Sritannicus ou Bajazet les ont assurément suivis. M: 1 Chroniijne de Bertrand du Guesclin, du trouvère Cii' lier, pour être d'ailleurs plus plate que la Clinnson de 1 Renaud de Monlauban, ne laisse pas de lui rcsseniblei bien plus qu'elle n'en diffère. Même héroïque matière, i let même manière de la traiter [Cf. Paulin Paris, Histoire ]

ire de la France, t. XXIII] . Évidomment les heuret nsouleutplus lentement alors que de nos jours, beaucoup j jplus lentement, d'une allure plus paresseuse ; on vit I moins vite; et comme on n'eu vit pas pour cela d'une I kie plus intense ou plus intime, il en résulte que, s'il I s'opiire quelque sourd travail au sein de cette immobilité, i parait d'abord à la suifjiee.

Mais le travail ne s'en opère pas moins, et c'est 1

nous conduisent de U jusqu'au qu'n est abusif de s

a en laisses n lenil du xv° siècle.

B. L'Epopée anti.^

■s t. romans d'aventures s qui n'ool aucuu des caraclères de BVpopée; — le Bornait d'Alexandre le Grand et \e Roman de Troie s TVois Mousquetaires ou les (Quarante-Cinq de leur temps; ai reTtent à dire que le Moyeu-âge n'a tu dans les légendes Hc l'antiquité que ce qu'elles contenaient de o mervcilluux n ou surprenanti ii — et qu'à cet égard, avec les moins historiques los chansous de geste, les épopées inspirées de l'antiquité hqI de transition uux Romans de la Table-Ronde. . L'Épopée romanesque- — S'il faut chercher rorigim l'épopée roiuancaque daus une transforma lion des mœurs; -

e propos, de l'opposition de l'Épopée courtoise et de l'Épopée 1 utlionale. — Que la véritable origine de l'épopée i ^t dans 1b dirréren dation des éléments de l'épopée n.

it l'élément authentique est devenu de l'histoire; — et l'élément | lâerveïlleux,. symbolique et mythique est devenu le roman d'à

— Sources des romans de la Table-Ronde. — ISHistoria ' I Britannia. de Geoffroi de Monmoulh, 1135, et i

KAKOBL DB l'hISTOIHB OB Ul LITTini.TDIIK VRANÇAISB I

moment de dire que, comme cette imperson> comme cette iinifarmili' dont nous parlions tout ii l'heure^ BJnsi cette immobililé n'est et ne peut être que relatîvdj Il n'y a rien d'absolu en histoire. Ajoutons même ici quSj de n'avoir été précipitée ou contrariée dans son mouvï ment pnr nucune intervention du dehors ni par aucu^ caprice individuel, c'est ce qui fait le grand intérêt < historique de la littérature du Moyen-âge, Elle s'est développée lentement, mais elle s'est développée de son fonds, sur place, en quelque sorte, et conformément h sa nature. Les philologues nous enseignent que la langue de Joinville et de Guillaume de Lorris, — la langue de la Vie de saint Louis et de In première partie ( Roman de la Rose, — moins riche assurément, i colorée, moins souple, moins subtile et moins raffim que la nôtre, était cependant, en un certain sens, plufl

Merlini. — La Geste des Brelans ou Roman de Brut, de Wace [ira duclioD en vtra de GeofTi-oi de Monmoulli], 1115. — CoQstilutioSfl du Cycle d'Arthur. — Les lais de Marie de France. — Le Tristan^ de Bâroui. — Autres contes i anglo-normnnds u. — RnUachcmeat des aventures de Tristan, et autres héros gallois, au cycle d'Arthur. — Crestieu de Troyes s'empare de la matière de Bretagne; — et c'est ici que, pour la première fois dans l'histoire de la liltt^rature du Moyen-âge, on peut saisir l'iafluence du talent sur la transForraatian d'une littérature.

Carnctères g^ni5raux de l'épopée romanesque ; — et qu'ils n ni ceux de l'épopée héroïque, —ni ceui de la poésie provençale ; —m 1° le merveilleux n'y est pas celui des paya du soleil, dod plus quel le paysage en général; — 2° l'adornlioa mystique à lu Fois Euelle dont la femme y est l'objet ne ressemble p.is du to qui respire dans les ohansona des troubadours; — 3° la passion y aJTecle un caractère de tendresse et de profondeur qu'elle ne présente nulle part ailleurs ; — 4° et le tout s'y enveloppe d'un voile de mélancolie ou de tristesse même qui n'a méridional. — D'aatres caractères no dilTéreu épopée romanesque de la poésie arabe; — puisqu'on a préleudM

voisine de sa perfection, comme étant plus logique; et ils entendent par là plus conforme aux lois de l'évolution organique des langues. Et, en effet, prosateur ou poète, aucun grand écrivain n'avait encore eu l'audace d'en troubler le cours. Pareillement, et pour avoir elle aussi quelque chose de plus logique, l'évolution de la littérature du Moyen-âge n'en est donc que plus instructive. Il s'agit de savoir comment s'est faite cette évolution.

On prétend quelquefois qu'elle aurait commencé par la poésie lyrique ; et, sans remonter jusqu'à ces chansons dont Salvien nous dit qu'elles servaient à nos pères de

voir dans les Arabes les initiateurs de la « chevalerie ». — Elle diffère encore de l'inspiration des Niehelungen. — L'inspiration des romans de la Table-Ronde est foncièrement celtique.

Comment leur origine explique leur succès par leur nouveauté. — Longue influence des Romans de la Table-Bonde ; — leur diffusion à l'étranger; — la compilation de Rusticien de Pise, 1270; — traductions, continuations, imitations italiennes, allemandes, néerlandaises, anglaises, espagnoles et portugaises. — Le Parsifal de Wolfram d'Eschenbach, et Tristan et Iseult de Gottfried de Strasbourg. — Pénétration réciproque du Cycle d'Arthur et du Cycle de la Croisade. — On met en prose les plus anciens Romans de la Table- Bonde ; — on en compose directement en prose, tels que Merlin, le Grand Saint Graal^ etc; — ils deviennent sous cette nouvelle forme les sources d'inspiration des Amadis; — et rattachent ainsi, par eux, le « roman » moderne et la littérature classique à la littérature et au roman du Moyen-âge.

3« Les Œuvres. — On trouvera dans l'ouvrage plus haut cité, de M. C. Nyrop la liste complète de nos Chansons de geste; et, dans l'article de M. G. Paris, Histoire littéraire de la France, t. XXX, l'analyse de la plupart des romans en vers qui se rapportent au

la UAMDEL DB tHISTOimi SB LÀ LITTiKATCaB THANÇAISB;^

consolation de leurs maux : — cantilenis infortunia » nolantur, — ou nous parle de a cautilènes u dont nOl grandes épopées ne seraient que l'assemblage, et le développement. Mats ces canlilênes n'ont absolument rien de lyrique et, pour peu qu'on essaie d'en imaginer la nature, elles ne sont à proprement parler que de l'épo] diffuse, de l'épopée qui n'esi pas encore, qui devient^ mais dqà de l'épopée. Elles aspirent à se réunir; et chez nous, comme en Grèce autrefois, on dirait avec vérité qu'elles n'ont de raison d'être que par et dati* l'épopée qu'elles devaient être un jour.

C'est de l'épopée qu'il faut donc partir. Elli d'abord, comme encore en Grèce, que de l'histoire, s'il ne faut pas douter que les hommes du Moyen-âge ne fussent aussi convaincus de la réalité des exploits de Roland que de l'existence de Philippe-Auguste ou dd

,pé.^l

cycle breton. Noua y renvoyons donc le lecteur, et dous nous contentODB ici d'indiquer plus particulièrement :

La Chanson de Roland, nombreuses éditions, pnrmi lesquelli^s il convient de signaler : l'êdilion F. Michel, Paris, 1837; — l'dditiou V. GMaiii. Paris, 1B50, — l'édition ou les éditions Léoo Gautier, Tours, 1872-1883; — les éditions Th. Mîiller. 1863, et 1678; — et leditiou W.Fiirater, Heilbronn, 1883 ; — la Chanson d'Alùicana, édition Guessard et Montalgton, Paris, 1870; — la Chanson de Jtenaud de Monlauban [Les Qualre fils Aymon}, édition Michelant, 18&2, Stuttgart; [Cf. un urticle de Taiue dans ses Essais de critique et d'histoire^,

— la Chanson de Girart de Roassillon. éditiou ou traduction P. Meyer. Paris, 1884; — la Chanson de Raoul de Cambrai, édition Paul Meyer et Longnon, Paria, 1882; — et la Chanson du Chevalier au Cygne, édition Rt-i ffenberg, Bruxelles, 1846-1848.

Les principanï monuments de l'Épopée antique sont : le Roman de Thèlies, édition L. ConstaoB, Paris, 1890:— le Romande Troie, de Benoist de Sainte-More, publié pnrM. A. Joly. Paria, 1870-1871 ;

— le Roman d'Enéas. publié par M. J. S. de Grave, Halle, 1891 ;

— et les Romans d'Alexandre le Grand, publiés par M. Paul Meyer, Paris, 1886.

saint Louis. Les enfants ne le sont-ils pas bien de l'existence du Petit Poucet et du Chat Botté? Mais c'est de l'histoire amplifiée, de l'histoire « héroïsée », si Ton osait risquer ce barbarisme ; et, à la faveur de cette amplification, qui n'est qu'un effort du poète pour égaler son langage à la grandeur des événements qu'il chante, s'insinue déjà dans l'histoire un commencement d'exagération, et bientôt un élément merveilleux ou fabuleux. On prête aux Roland, aux Guillaume, aux Renaud, des vertus qui excèdent la mesure de l'humanité; on leur attribue des exploits dignes de leurs vertus ; on arme l'un de sa « Durandal », on met l'autre à cheval sur « Bayard ». Comme d'ailleurs cet élément fabuleux flatte plus agréablement les imaginations des hommes, il ne tarde pas à usurper sur l'élément historique, auquel même on le voit servir d'explication, jusqu'à ce qu'il prenne enfin toute

Viennent enfin, parmi les romans de la Table-Ronde, et indépendamment des OEuvres de Creslien de Troyes, dont M. Wendelin Fôrster a entrepris la publication complcle : \^Crestien von Troyes sàmtliche Werke, Halle, 1884. 1887, 1890]; — - les Lais de Marie de France, édition Karl Warnke, Halle, 1885; — Lancelot du Lac [analysé dans Paulin Paris, op. cit.'] et édition Tarbé, 1849, Reims; — Perceval, édition Potvin, Mons, 1866-1871 ; — Le Saint Graal, édition Hucher, Le Mans, 1874; — Merlin, édition G. Paris et Ulrich, dans la collection de la Société des anciens textes français, Paris, 1886; — et Tristan, recueil de ce qui reste de poèmes relatifs à ses aventures, édition Fr. Michel, Londres et Paris, 1835-1839.

in. — Les chansonniers.

1» Les Sources. — Paulin Paris, son article surZes Chansonniers dans V Histoire littéraire de la France, t. XXIII; — G. Raynaud, Bibliographie des chansonniers français des xiii® et xiv° siècles, Paris, 1884; — V. Jeanroy, les Origines de la Poésie lyrique en France au Moyen-âge, Paris, 1889; — G. Paris, Les Origines de la Poésie lyrique en France, Paris, 1892.

NHÂNÇÂÎM

hi place, dans les Hoinans de la TaUe-Ronde par exemple^ où l'histoire ne sert plus que de pri5texte au trouvèi pour exercer la fertilité de son invention; — et le se détaclie ainsi de l'épopée.

h'èpopée ne cesse pas d'exister; et les Chansons qui forment le « cycle de la Croisade », sont un témoignage assuré de la longue survivance du genre. Mais il n'est plus qu'une ombre, un reflet de lui-même, sans corps qui le soutienne, et d'où la couleur, d'où la vie se retirent insensiblement. D'un autre côté, ii mesure que l'on conçoit mieux la grandeur purement humaine des événements historiques, Vépopée se change en vhrvnique, comme dans la Chanson de Bertrand du Guesclin. Rien de plus prosaïque ni qu'il y ait moins de raisons de mettre en versl Les auteurs le sentent bien, et leurs lecteurs, ou plutôt leurs auditeurs. Trois ou quati

2° Les

i POËBII

E LTBIQUE,

'kansons de toile ou d'histoire; — et qu'elles on tempo rai ne s del'i'popée nuliauale, comme le prouvent : — tour eBsenlieltement narrutlf; — le rôle que les femmes y joi [oe aont elles qui font les avauceB, et les hommes les trc avec la brutnlitë dont ils usent toujours en pareil cas] ; — enfin l'in- (lisUnution des éléments épique, lyrique, et même dramatique. — L'élément épique domine dans les Chansons d'histoire proprement dites ; — l'élément dramatique se déguge dans les Pastourelles et Chansons à danser, dont le développement ultérieuraboulit. — sous . l'influencedes divertissements des Fêtes de Mai, — i> de véritables pièces, telles que le Jeu de Rabin et Marion, d'Adum de la Halte, 1260; — mais le second, l'élément lyrique ou personnel, n'apparaît qu'an contact de la poésie provcuçnic.

B. — Caractère arliiîciel de la poosio provençale; — et qu'elle n'est qu'un jeu d'esprit; — dont lo thème invariuble est l'amour (t courtois ; — mais dont la valeur d'art n'est pas moin» grande pour cela : Maleriam superai-it opus [Cf. dans la littérature grecque les poÈlea de l'époque alexandriiiu]; — et dont les défauts autant que les qualités expliquent la fortune aristocratique.

>ut^l

siècles avant V Art poétique, ils se rendent compte que

épopée

Se soutient par la fable et vit de fictions.

Et comment ne s'aviseraient-ils pas, en lisant la Vie de saint LouiSy du sire de Joinyille, ou la Conquête de Constantinople, de Geoffroy de Villehardouin, que l'emploi de la prose n'enlève rien à l'intérêt d'un récit, fût-il même héroïque ? Ce qu'en tout cas nous pouvons dire, c'est que maître Jehan Froissart, qui avait commencé d'écrire ses Chroniques en vers, pour faire plus d'honneur à Prouesse, les remet en prose; — et voilà V histoire à la fois détachée de Vépopée et distinguée du roman.

Le sens et la nature de l'évolution sont donc ici bien clairs : il s'agit d'une différenciation des genres. Au lieu d'un seul genre, nous en avons trois désormais, — auxquels, si

G. — Les principaux représentants de la poésie lyrique en langue d'oil sont : Conon ou Quesne de Bélhune, — Gace Brûlé, — Blondel de Nesle, — Guy, châtelain de Coucy; — Gautier d'Espinaus, — Gontier de Soignies, — Thibaut de Champagne, roi de Navarre, — Charles d'Anjou, roi de Sicile, — Colin Muset, — et Rutebeuf. — Quelques rares « bourgeois » se sont aussi exercés dans ce genre, — notamment dans les « puys » du nord de la France; — et parmi lesquels on cite : Adam de la Halle, — Jean Bodel, — Baude Fastoul, tous les trois d'Arras *.

D. — Si les uns ou les autres ont ajouté quelque chose à leurs modèles provençaux, — et qu'il semble qu'ils aient pris l'amour plus au sérieux. — Mais peut-être cela ne tient-il qu'au caractère de la langue; — moins formée, et par conséquent d'apparence plus naïve que la langue d'oc. — Ils ont toutefois exprimé quelques sentiments qu'on n'avait pas exprimés avant eux; — et, sous le rapport de la forme, quelques-unes de ces Chansons courtoises sont peut-être ce que la littérature du Moyen-âge nous a laissé de plus achevé.

1. Nous empruntons ces deux listes de noms à M. Gaston Paris, dans son histoire de la Littérature française au Moyen-^ge, p. 184-187, 2« édition, 1890, Hachette.

16 MANUEL DB L HIBTOlItB DE LA. LITTÉB&TUnB PnAKÇAtsSf

l'on voulnit, on en pourrait ajouter de surcroît un quairi l'épopée salîri^iie, de l'espèce de Baudoin de Sebourg o du Pèlerinage de Ckarlemagne à Jérusalem, — tous les trois netteineut cnractérisés; et, comme nous le distons, ce n'est aucune iuterveattoD du dehors qui les a ainsi séparés l'un de l'autre, mais au contraire une néccssilo du dedans. On remarquera que la même différenciation de genres s'était autrefois opérée en Grèce, VOdyssée ayant certainement succédé h l'Iliade, et les ffisloires d'Hérodote k l'Odyssée. —,

Une différenciation des classes, dont l'origine loîntaioeX se retrouverait dans le progrès de la civilisation géné-r'' raie, semble à peu près contemporaine de la dernièreX phase de la différenciation des genres.

Richeut, le plus ancien des fabliaux qui nous soient parvenus, est de 1159, mais Richeut n'est qu'à peine un

E. — Dernière trnnsrormatiiJQ de la poésie lyrique. — Développement des genres a forme Cïe [Btillade, Rondeau, Virelai. Chant Hofol]. — Disparition du sentiment personnel. — Guillaume de Maehiiul, — Eustacho Deschamps, — Christine de Pisa». — Alain Charticr. — Caractère o circonstanciel o de leur œuïre; — ils eaaaieut de faire delà pofisie avec l'aclnalitd. — Qu'il y a lieu de s'étonner que. contemporains de du Guesclîn ou de Jeanne d'Arc, ils n'y aient pas mieux réussi [Cf. la plus connue des ballades d'Eustaclie Discbamps, sur du Guesclin] ;

Blloc d'honneur et arbre de eaiUance.

Us s'efforcent aussi de n roornliscr u ; — et, la poéxie se confondant avec la prose, — il faut attendre au moins jusqu'à Charles d'Orléans et jusqu'à Villon pour voir reparaître le lyrisme.

3* Lm Œuvhes. — ■ Itomanz^n und Paslourellen . cHilioa Karl Bartscli, Leipzig, 1870; — Œuvres complètes d'Adam de la Malle, édition CouEscmnker, Pnris, 1S72.

Chansons de Conon de Bétkiine. (édition VVallenskoid. Hclsingfors, 1891 ; — OEif.-res de Blondel de Nesle, édition Tarbc. Reims,

LA LITTERATURE DU MOYEX-AGË 17

fabliau, et « la plupart des autres semblent être de la fin du XII® et du commencement du xiii® siècle ». Les fabliaux attestent l'émancipation intellectuelle du vilain. On en peut dire autant du Roman de Renart et de la seconde partie du Roman de la Rose. Quelle que soit la portée satirique de ces œuvres, — et quand on la réduirait a ce que toute peinture de mœurs enferme nécessairement de moquerie , puisque enfin nous ne sommes pas des anges, — ce sont des œuvres « populaires, » où toute une classe de la société s'est fait comme qui dirait une littérature à son image, et dont elle s'amuse. L'unité sociale, dont les Chansons de geste étaient le témoignage éloquent, se brise; et la hiérarchie féodale s'immobilise un moment dans ses cadres. A des fonctions diverses répondent maintenant des habitudes nouvelles, et, de ces ha]}itudes, s'engendrent des genres littéraires nouveaux.

1862; — Chansons du châtelain de Couci, édition Fath, Heidelbcrg, 1883; — Poésies de Thibaut de Champagne ^ éditions Lévesque de la Ravallière, Paris, 1742, et Tarbé, 1851 ; — Trouvères Belges du XII^ au XIV^ siècles, édition Scheler, 1'"° série, Bruxelles, 1876, et 2^ série, Louvain, 1879; — Les plus anciens chansonniers français, édition Brakelmann, Paris, 1891, et Marbourg,

Les poésies de Guillaume de Machaut sont encore presque toutes inédites. En revanche, on a déjà publié jusqu'à huit volumes des Œuvres d'Eustache Deschamps.

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